Du même auteur, à la Bibliothèque : Nouvelles genevoises La bibliothèque de mon oncle Voyages et aventures du docteur Festus Préface








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Livre sixième et dernier


Où le Maire éprouve un moment d’affaissement moral. – Comment le Télescope aborde en Ginvernais, et Milord en Angleterre. – Les Commissaires sont repêchés, réclamés, interdits, et meurent jeunes d’une hypothèse rentrée. – Histoire des pommiers de la commune de Primebosse. – Du Télescope, de la mort aux rats, et de l’Évêque de Faribole. – De trois perruques crustacées. – Comment l’âme du Maire ploie sous le faix. – La force armée retrouve l’habit et tombe dans la fosse avec le Docteur. – Dénouement de cette histoire.

I


Le Maire, après avoir pris congé de Milord et de Milady au bout du pont de Vireloup, avait repris la route de sa commune, après avoir acheté à crédit une main de papier timbré, pour verbaliser en temps et lieu. Mais ses pensées étaient extrêmement tristes.

Il cheminait pensif et tout en proie à une mélancolie sombre, songeant à tant de maux qu’il avait éprouvés, et dont le pire était, pour lui, Maire, de se trouver sans un seul administré. Il essaya bien de dresser quelques procès-verbaux fictifs, à l’occasion des objets qu’il rencontrait, en particulier lorsqu’il repassa à l’endroit où gisait Pierre Lantara ; mais dans l’état d’annihilation où il se trouvait réduit ses idées ne venaient pas, et il n’y goûtait aucun charme. Il ne se sentait plus cette abondance de considérants, ce luxe d’articles de lois, ce parfum de légalité qui s’exhalait jadis de toutes ses pensées, de tous ses mouvements, et pour ainsi dire de sa transpiration même ; en sorte qu’affaissé sous le poids de sa douleur, il lui venait à l’esprit des projets sinistres.

Un moment, il tomba moralement si bas, qu’ayant ramassé le poignard de Lantara, il le leva sur son sein, ayant soin de bien ouvrir sa chemise, tant il était résolu de mourir. Puis tout-à-coup il se ressouvint par habitude qu’il se devait à ses administrés ; en sorte qu’il baissa de nouveau le poignard, jusqu’à ce que s’étant souvenu aussi que désormais il n’avait plus d’administrés, il le leva de nouveau bien déterminé à périr.

Au moment de se frapper, le Maire jeta un regard autour de lui, et n’apercevant personne qui pût soit le retenir, soit dresser le procès-verbal de sa mort, soit remplir toutes les formalités légales relatives à la succession et aux biens des mineurs, soit apposer les scellés et constater le décès et l’inhumation, il renonça à son projet, et reprit la route de sa commune.

II


Cependant le télescope flottait toujours avec sa cargaison turbulente. Milord, après avoir dit douze fois aux trois commissaires : Do you speak english ? n’obtenant aucune réponse, était entré en état de colère froide pendant une heure d’horloge : état d’où il ne sortait guère qu’en boxant. Il se campa donc aussi bien qu’il le put, et commença, sur le corps des trois commissaires, un roulement de coups de poings, excessivement moelleux et nourri. Mais ceux-ci, accrochés les uns aux autres par rapport à l’hypothèse, cherchaient à se dévisager sans seulement s’apercevoir de ce nouvel incident. Milord, après avoir pris cet exercice salutaire, s’arrêta soulagé, et entra bientôt après en humour au sujet du débat qu’il avait sous les yeux. Le docteur Festus, ayant reconnu Milord pour le même personnage qui l’avait rudement maltraité dans un autre endroit de son rêve, se tenait coi pour ne pas s’exposer à une nouvelle illusion du même genre.

Pendant ce temps, le télescope, poussé par un fort vent nord-ouest, avait rebroussé vers les côtes du Ginvernais, où il vint échouer sur la plage, comme une grande baleine qui aurait la gueule ouverte. Aussitôt Milord et Milady prirent terre, et le docteur Festus sortit ensuite, enjambant les trois commissaires qui étaient complètement entortillés dans l’hypothèse.

Milord reconnut aussitôt le docteur pour ce faux maire qui lui avait enlevé ses habits trois mois auparavant, et courut sus pour le boxer. Ce que voyant, le docteur se livra à une fuite effrénée, qui le conduisit vers un plant de pois-gourmands, où il se cacha pour attendre la nuit. Il commençait à s’inquiéter de la prolongation de son rêve, et se chatouillait les côtes pour se réveiller, mais sans grand succès. Milord l’ayant perdu de vue, revint vers Milady ; ils gagnèrent ensemble le port de Fustaye en suivant la côte et se nourrissant, pendant cinq jours, de moules, d’huîtres et d’eau saumâtre ; et de là s’embarquèrent de nouveau pour leur patrie, où ils arrivèrent heureusement, jurant de ne jamais remettre les pieds sur le continent. C’est pour cela que Milord s’embarqua pour le Bengale où il mourut, fort âgé, d’un accès d’humour, en voyant des Brahmines se frotter saintement de bouse de vache. Milady, inconsolable, ne survécut qu’un an à son époux, étant morte d’un palanquin qui lui tomba sur la tête.
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