Du même auteur, à la Bibliothèque : Nouvelles genevoises La bibliothèque de mon oncle Voyages et aventures du docteur Festus Préface








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V


C’est par le fait des dépenses de ce procès, que la commune de Primebosse ne pouvait refaire son clocher sans s’endetter. Il est vrai que le conseil municipal avait été d’avis qu’on vendrait les cloches pour y suffire, mais bien des gens pensaient que c’était un mauvais commencement pour un clocher.

Ils en étaient là lorsque Jacques André, le même que nous avons dit, menant baigner ses bêtes à la mer, vit le télescope qui lui ouvrait la gueule, et s’enfuit à toutes jambes, croyant que ce fût le grand cachalot du Malabar. Sur quoi, ayant porté l’épouvante à la commune, ils battirent la générale, et vinrent en armes au rivage, où, voyant de loin la bête, ils lui tirèrent dessus durant neuf heures d’horloge, attendant qu’elle fermât la gueule pour s’en approcher sans risque. Comme ils n’avançaient rien, quatre allèrent à deux lieues de là pour s’embarquer sans être vus du monstre ; puis, faisant un grand contour, ils vinrent l’examiner par derrière, et ayant reconnu que ce n’était pas un poisson, ils s’écrièrent : Miracle ! miracle ! c’est un clocher ! Alors la commune approcha sans crainte, le curé en tête, qui prit possession au nom de l’Église.

Aussitôt ils le mirent à sec, et ils se placèrent derrière pour le rouler au village, formé d’une seule rue, terminée aux deux extrémités par une porte. Mais arrivés là, ils trouvèrent une difficulté insurmontable. Ils avaient beau pousser de toutes leurs forces, le télescope ayant quarante pieds de long, ne pouvait entrer par la porte qui en avait six de large, comme leur fit observer Renaud le municipal, qui y réfléchissait depuis un bon moment, les bras croisés.

Pendant que trempés de sueur ils s’essuyaient le front et buvaient un coup, le Conseil municipal s’alla assembler dans la grand-chambre de la maison commune, pour aviser aux moyens. Les uns étaient d’avis qu’on le laissât là, où on en ferait une auge pour les bestiaux ; les autres disaient qu’il fallait en faire du bois, et ménager d’autant la coupe communale ; quelques-uns inclinaient à en faire une grande trappe à renards, pour y prendre ceux qui venaient la nuit au village. Ils démontraient qu’en y tenant toujours poules, renards y seraient toujours pris.

À la fin, Renaud leur dit : M’est avis que vous raisonnez à gauche ; c’est un clocher et rien d’autre : or d’une auge vous ne feriez pas un clocher ; ainsi ne faut-il pas faire le rebours. Un chat est un chat ; chaque chose à sa place et puis ça va ; avec de l’eau on ne fait pas du vin rouge, et Chaperon se noya qui voulut faire un bateau de sa cuve, comme vous savez tous. Je vois un moyen : entrons-le de long ; m’est avis qu’il passera. Je parierais qu’il passera.

Mais Prélaz, qui en voulait à Renaud par rapport à sa rigole dont il lui avait détourné partie, avec permission du Maire qui était son cousin, se prit à dire : Moi je parie que non ; il n’y a qu’un moyen : c’est d’abattre six toises de mur, et vous verrez s’il ne passe pas. N’écoutez pas Renaud, il n’a plus la tête, témoin sa vache.

Renaud fut atterré par ce dernier mot, qui lui donna décidément du dessous dans le Conseil municipal. En effet, quelques mois auparavant, voyant l’herbe qui avait crû sur son toit, il s’était dit : Faut que j’y monte ma vache. Trois jours après il mit une corde au cou de sa bête, et se faisant aider de Joseph son neveu, et de Perrache son filleul, ils hissèrent la vache sur le toit. Et voyant qu’elle tirait la langue, crurent que c’était de faim et appétit herbivore, et bissaient toujours plus fort, si bien que la bête arriva morte au faîte. C’est ce malheur que l’autre rappelait méchamment, par rapport à sa rigole. Aussi tout le Conseil municipal vota contre Renaud, et se rendant sur les lieux, ils firent abattre six toises de mur, au grand désappointement de Renaud, qui regardait faire, la figure jaune comme un coing, et longue d’une aune.

Le clocher entré, ceux de Primebosse le hissèrent sur leur église, et mirent au bout un beau coq en fer-blanc, à grande queue, laquelle queue figure leur girouette. C’est pourquoi, la queue étant fixe, ceux de Primebosse disent que depuis leur nouveau clocher, le vent n’a pas changé, et ils mènent les étrangers voir leur girouette du monticule de Penay, qui est la place d’où elle se voit le mieux.

C’est ainsi que finit le beau télescope de Guignard, lequel a encore un miracle dont les gens de l’endroit font grand cas, et le curé s’en fait gloire. Aussitôt qu’on sonne vêpres, l’angélus ou matines, la vibration fait sortir la mort-aux-rats, de façon que les fidèles qui sont au chœur éternuent tant que le batail est en branle ; d’où ils croient que cela tient au batail, et ont refusé jusqu’à vingt mille écus patagons qu’offrait l’évêque de Faribole, pour avoir ce miracle dans son diocèse.
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