Du même auteur, à la Bibliothèque : Nouvelles genevoises La bibliothèque de mon oncle Voyages et aventures du docteur Festus Préface








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VI


Cependant les pêcheurs qui avaient repêché les commissaires, revinrent à quelques jours de là jeter leurs filets dans le même endroit. Au second coup, les filets amenèrent les trois perruques satellites, que les pêcheurs mirent aussitôt dans un panier à part, pour les porter au maire de leur village, et lui demander ce que ça pouvait bien valoir.

Le maire leur dit que c’étaient des bêtes d’eau salée, et qu’il y avait quelque chose à gagner ; mais il ne leur en offrit rien, les invitant à aller trouver Prévôt, l’écrivain public, lequel avait des connaissances dans la marine (désignant par-là l’Ichthyologie).

Prévôt, l’écrivain public, leur dit que c’étaient des fausses couches de baleine, leur assurant que ça ne vaut rien à manger, par rapport à ce que ça n’a pas eu son excroissance, et qu’on ne mange le veau qu’après huit mois. Du reste, pour trois sous qu’il leur fit payer, il leur écrivit une lettre pour Favras, le botaniste, qui demeurait à huit lieues de là.

Favras, le botaniste, leur dit que c’était une pulpe filamenteuse qui avait recouvert une noix du Micicispi, et leur en offrit deux écus patagons. Les pêcheurs firent la pache, et allèrent au cabaret, où ils s’enivrèrent, pour avoir eu trop d’argent sur eux ; en sorte que le soir, s’en retournant, ils tombèrent dans un puits, et périrent d’eau et de vin.

Favras, le botaniste, partit pour Mirliflis dès le lendemain, et alla droit à M. Dubalay, conservateur en chef des musées royaux, lui disant tenir sa pulpe d’un capitaine de vaisseau, qui la tenait du Caraïbe même qui avait mangé la noix ; sur quoi M. Dubalay lui donna douze écus patagons de chacune ; puis, les ayant examinées de près, il trouva que Favras était une bête, et que c’étaient au contraire trois magnifiques crustacés non encore décrits. Il fit aussitôt un mémoire de deux coudées, qu’il lut à l’Institut, et reçut la croix d’honneur ; après quoi il conseilla au Musée d’acheter cette rareté pour mille écus patagons la pièce, et le Musée, qui était bonhomme comme un Musée, la lui acheta au comptant. Tel fut le sort des trois perruques.

VII


Nous avons laissé le Maire cheminant vers sa commune, la tristesse dans l’âme, et pas un texte de loi dans le cœur. Il y était arrivé au bout de cinq jours, et là, s’étant convaincu par ses propres yeux qu’il ne lui restait pas un seul administré, il s’assit sur une auge, et pleura de la bile pure, qui, tombant sur sa chemise, la jaunit amèrement.

Comme il arrive dans les grandes afflictions, la force d’âme du Maire vint à ployer sous le faix et il se démoralisa, perdant toute dignité, et cherchant à se distraire de ses maux dans un tourbillon de plaisirs. D’abord il se livra à la danse, et se donna à lui-même un grand bal dans la grande salle de l’Hôtel-de-Ville, ayant pris les rafraîchissements dans la boutique de Frelay, l’oncle, qui vendait de l’anisette et du pain d’épice. De cette manière le Maire s’étourdit dans les fêtes qui durèrent huit jours : dansant sans cesse et ne s’épargnant aucun rafraîchissement.

Ensuite il se livra à la boisson, s’étant établi dans le cabaret de Roset, au grand pressoir, où il mit tous les tonneaux en perce, et but aussi du bouché ; de façon qu’il chancelait par la rue, tombant sur les bornes, s’acculant aux murailles, se choquant aux tombereaux, et du derrière enfonçant les pavés. Cela dura trois semaines pleines.

Ensuite le Maire se livra à l’extrême dévotion, se faisant ermite dans le fond d’une tonne défoncée, où il se macérait la chair : s’arrachant les cheveux, se laissant croître la barbe, et se fustigeant d’un trousseau de clés, par trois fois le jour. Et il fit ce train de vie un bon mois entier.

Ensuite le Maire s’amollit, se traitant au vin chaud et aux pigeons en sauce, s’habillant de ouate fine, et dormant sous l’édredon, de neuf heures du soir à deux heures après midi ; se mettant alors des papillotes et se graissant de pommade au jasmin, pour aller s’étendre sous l’ombrage efféminé des platanes. Et il suivit cette méthode durant neuf jours.

Ensuite le Maire se livra à l’amour des richesses, et prévariqua dans l’exercice de ses fonctions ; appelant à lui des causes fictives au sujet des meubles et immeubles de sa commune, et s’adjugeant à tout bout de champ les propriétés de ses administrés, tant par prescription que par défaut. Cela dura quinze jours.

Enfin, le Maire, toujours plus démoralisé, et s’ennuyant de posséder toute sa commune immobilière, mit le feu à trois granges, après avoir malignement jeté la pompe à feu dans un puits ; après quoi il alla hypocritement sonner le tocsin pendant trois jours consécutifs, et enfin, au bruit de la cloche, revint à la raison ; d’où il fut sur le point de perdre l’esprit, tant il eut de repentir d’avoir ainsi profané son caractère. Aussi, s’étant choisi une cave en façon de catacombe, il y passa quinze jours dans la douleur puis, s’étant levé, il alla prendre une bêche et se dirigea sur la grande route.
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