Du même auteur, à la Bibliothèque : Nouvelles genevoises La bibliothèque de mon oncle Voyages et aventures du docteur Festus Préface








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I


Pendant que ces choses se passaient, le docteur Festus continuait son voyage d’instruction dans la malle de Milady. Il n’avait pas tardé à se réveiller, mais se trouvant dans l’obscurité, il en avait conclu qu’il ne faisait pas encore jour, et s’était mis à sophistiquer mentalement, en attendant l’aurore aux doigts de rose. À propos de l’aurore, il vint à songer aux deux vers qui l’avaient frappé la veille, et dans l’état de satisfaction où il se trouvait, une velléité poétique se vint loger comme une mouche bovine dans un recoin de son cerveau. Il jugea opportun d’ouvrir son grand voyage d’instruction par un à propos versifié, et, tout en attendant l’aurore pendant treize heures d’horloge, il fit le quatrain suivant :

Sur un mulet courir la terre,

Courir la terre sur un mulet ;

Et du mulet sauter à terre,

Et remonter sur son mulet...

Le docteur fut très content de ce quatrain. En effet, y appliquant toutes les règles des meilleurs traités connus de versification, il le trouvait avec raison sans défaut ; la rime riche, la mesure exacte, le sens clair et complet, et l’expression poétique ; car il se rappelait que le mot mulet est employé par Homère dans le premier chant de l’Iliade, vers 48. Aussi, après l’avoir composé de verve en français, il le traduisit dans les vingt et une autres langues, éprouvant le sentiment délicieux que personne autre que lui, dans le monde, n’était en état de faire un pareil travail, depuis la mort de Pic de la Mirandole.

II


Cependant Jean Baune, le repris de justice, tout en fouettant le cheval de sa gaule, songeait en lui-même qu’il n’avait plus besoin de Pierre Lantara, si ce n’est pour partager, ce à quoi il ne tenait pas. De façon que s’étant laissé devancer de trois pas, il lui déchargea son pistolet dans l’occiput. La balle perça le crâne, coupa l’os hyoïde, perfora le palais, effleura les papilles nerveuses du cartilage nasal, puis faisant un ricochet contre les os frontaux, s’arrêta dans le lobe gauche du cervelet ; et Pierre Lantara tomba par terre, exhalant sa scélérate vie sous le coup d’une main plus criminelle encore que la sienne.

À l’ouïe du coup de feu, le docteur Festus y appliqua aussitôt toutes les lois de l’acoustique pour reconnaître à quelle distance et dans quelle direction le coup était parti : si c’était dans la cuisine de l’hôte, dans le grenier de l’auberge, ou dans la cour, ou enfin dans la chambre aux curiosités ; et il allait formuler une conclusion, lorsqu’à l’ouïe d’un nouveau bruit, il se décida à attendre les nouvelles données que lui fourniraient les faits.

Ce bruit était celui que faisait Jean Baune, le repris de justice, pour ouvrir la malle. À peine eut-il levé le couvercle, que, voyant un homme bien éveillé qui le regardait faire, il lui braqua dessus son pistolet, par bonheur déchargé récemment ; tandis que le docteur Festus, se croyant encore dans son rêve, le prenait pour un Néoplatonicien de mauvaise mine. Mais à la vue de Jean Baune qui rechargeait son pistolet, le docteur crut rêver qu’il se sauvait à toutes jambes, et effectivement, après une course impétueuse de deux heures d’horloge, voyant dans une prairie des meules de foin, il s’y cacha, suspendant ainsi pour cause majeure son grand voyage d’instruction, jusque-là si heureusement commencé.

III


Le docteur, enfoui si subitement dans sa meule, ne savait trop que penser. Il croyait veiller ; mais d’autre part il croyait rêver, ce qui le conduisit à faire une série de syllogismes dont le dernier fut un dilemme continu, indéfini, insoluble qui lui donna beaucoup de mal (le dilemme lui était en général funeste), et qui lui faisait tourner la tête, comme la rivière, une roue de moulin. C’était celui-ci : ou je dors ou je veille ; mais si je veille, je ne dors pas, donc je veille ; mais si je dors, je ne veille pas, donc je dors (et il s’embrouillait) ; donc je veille ; donc je dors ; mais je veille, donc je ne dors pas ; et ainsi de suite durant trois heures d’horloge.

Au bout de ce temps, une sensation le tira de là. C’était comme un objet terminé par trois pointes dures et lisses comme des dents œillères d’un sanglier. Cet objet, s’insérant de part en part dans la région postérieure de sa culotte, la souleva, lui fit décrire un arc de cercle, et la déposa, lui inclus, sur une surface élastique et molle.

C’était George Luçon, dit le Trèfle, qui faisait ses foins avec les ouvriers de la ferme, afin de profiter du sec, et serrer pour l’hiver. Il avait planté sa fourche dans la meule et chargé le docteur tout empaillé sur le char, se disant : Le foin est lourd c’tte année ; cinquante livres feront le quintal. Quand ils eurent tout chargé, l’on piqua les deux bœufs, et le docteur recommença à voyager pour son instruction jusqu’à la fenière de George Luçon, où il fut hissé avec le foin.

IV


Nous avons laissé Milord s’acheminant vêtu de l’habit du Maire, et la force armée suivant l’habit par instinct de discipline. Tout en cheminant, il éprouvait de grandes migrations sur le ventre, sur le dos, sur le flanc, sous l’épaule et par les reins. Alors il se souvint de la fourmilière, et comme il était arrivé au bord du grand canal, il forma le projet de s’y baigner pour noyer les fourmis. S’étant déshabillé au pied d’un saule, il se trouva couvert de soixante-trois mille fourmis ; dont treize mille huit cent vingt-neuf portant leurs œufs, et les autres des brins de paille, à dessein de former une société nouvelle dans le local de son individu. Aussitôt Milord se jeta à l’eau ; mais auparavant il avait appendu à une branche du saule l’habit de maire surmonté du chapeau, ce qui formait une espèce de Maire aérien assez semblable à ces magistrats, qui, dans les champs, gardent le blé mûr contre les moineaux.

Aussi la force armée voyant Milord d’un côté, le Maire de l’autre, ne s’y trompa pas. Elle sentit bien (il y a un instinct dans les masses) que son chef véritable était au saule, et au lieu de se jeter à l’eau, elle s’aligna à dix pas, et garda une exacte discipline. En ce moment, un souffle de vent ayant soulevé la manche droite de l’habit, la force armée fit demi-tour à gauche, pas accéléré ; et, sur un nouveau mouvement, fit halte, et présenta armes avec une étonnante précision. Puis, le vent ayant beaucoup fraîchi et livrant l’habit à des mouvements désordonnés, la force armée, toute tremblante de bonne volonté, fit la charge en douze temps, reprit l’arme au bras, croisa baïonnette, et s’avança au pas de charge, fixant du coin de l’œil le terrible Maire qui continuait à montrer une extrême irritation ; jusqu’à ce que le chapeau étant tombé, la force armée se jeta contre terre et demanda quartier.
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