Du même auteur, à la Bibliothèque : Nouvelles genevoises La bibliothèque de mon oncle Voyages et aventures du docteur Festus Préface








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V


Cependant, Milady dépouillée par le Maire errait en chemise dans le bois, et dans sa douleur elle se trouvait malheureuse d’être une Milady. Elle n’avait aperçu par les taillis que des charbonniers, auxquels elle n’avait osé confier le secret de sa misère, en sorte qu’elle fut sur le point de s’évanouir de joie, lorsqu’elle aperçut de loin un habit complet suspendu à un saule, vers le bord, du grand canal. Elle accourut aussitôt pour s’en revêtir, et s’éloigna promptement avec l’intention de demander l’hospitalité dans la première maison qu’elle rencontrerait, et d’y attendre des vêtements qu’elle ferait chercher.

La force armée suivit, et ils arrivèrent ainsi à la ferme de George Luçon, dit le Trèfle, qui leur offrit de bon cœur son fenil et son foin. Milady épuisée s’y étendit avec délices, après avoir suspendu à la muraille l’habit auprès duquel s’aligna la force armée.

VI


Durant ce temps, le docteur Festus, quoique en chemise, éprouvait une chaleur délicieuse, et se fût trouvé parfaitement heureux dans son foin, sans la circonstance de son dilemme insoluble. À la fin, résolu d’en finir à tout prix, il composa un plan d’expérience auquel il ne tarda pas à donner exécution. La première chose à faire était de reconnaître le milieu ambiant. À cet effet, il entreprit avec les bras un système régulier de mouvements rotatoires ellipsoïdes qui embrassaient l’espace compris. Du premier coup de sa méthode, sa main gauche attrapa le dos d’un rat, ce qui lui causa une sensation moitié pelisse, moitié soie, tandis que sa main droite saisissait, d’autre part, le nez très distinct d’une personne quelconque (c’était Milady). Il reprit bien vite la méthode de tâtonnement, et compta cent quatre-vingt-deux papillotes autour de ce nez. Alors tous ses doutes furent levés, et, éludant habilement un dilemme captieux qui pointait dans son entendement, il poussa droit à cette conclusion définitive, qu’il était encore couché dans sa chambre, à l’hôtellerie du Lion-d’Or, deux étages au-dessus de son mulet, un étage au-dessous de la chambre aux curiosités, et il se remit à attendre l’aurore aux doigts de rose.

VII


Mais lorsque l’aurore aux doigts de rose vint éclairer la fenière de George Luçon, et que le docteur s’apprêtant à revoir le plafond de sa chambre, ne vit que la grossière charpente d’une toiture champêtre, à laquelle étaient suspendues mille deux cent soixante-trois toiles d’araignées, il retomba de nouveau dans son dilemme continu, insoluble, indéfini. S’étant assis, moitié rêvant, moitié veillant, il aperçut l’habit à la muraille, les deux factionnaires auprès, Milady endormie, et un rat dans sa main. Alors il rêva que son premier soin était de classer le rat qui se trouva être une variété du mus œconomus, après quoi il rêva encore qu’il endossait l’habit du maire, et qu’il sortait dans la campagne après avoir mis son rat dans sa poche. La force armée suivit l’habit.

VIII


Milord s’était amusé à nager dans le grand canal, après y avoir laissé les fourmis. Celles-ci ne périrent point, mais voguant les unes sur leur brin de paille, les autres sur leur œuf, elles profitèrent du même vent qui avait agité l’habit du maire, pour atteindre à l’autre rive où elles prirent terre par le plus beau temps du monde. Là s’organisant par centuries et décuries, elles formèrent une marche régulière, et, traversant le pré de Joseph Sandoz, elles franchirent pendant la nuit la grande route de Cerlin, (passant sur le corps de Louis Renan, dit le Quarteron, qui revenant des fiançailles de Toinette Redard, s’était couché dans l’ornière pour avoir trop bu de clarette) ; puis, longeant le marais de Chédal, elles vinrent fonder la grande fourmilière qui se voit encore au pied du roc de Mortaise, sous lequel est leur grand grenier central pour les cas de famine.

Pour Milord, ne trouvant plus que sa chemise au saule, il était entré dans une rage concentrée qui peu à peu, s’étant creusé une issue, s’échappa en une débâcle immense de jurons, à commencer par celui de Guillaume-le-Conquérant après la bataille de Hastings, et à finir par celui de Castlereagh approchant le rasoir de son mastoïdien ; de telle façon qu’on y reconnaissait les traces de trente-six dialectes distincts, angles, pictes, saxons, normands et autres, et huit sous-dialectes avec leurs variétés distinctives. Après quoi, il cueillit un sauvageon noueux, et encore furieux il tomba sur un troupeau de moutons qui n’en pouvait mais ; imitant ainsi l’exemple d’Ajax fils de Télamon, lequel se prit des torts de l’industrieux Ulysse, à des béliers camus. Les moutons s’enfuirent à la ferme qui était celle de George Luçon, dit le Trèfle, et y arrivèrent au moment où le docteur Festus, moitié rêvant, moitié veillant, en sortait au point du jour.
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