Du même auteur, à la Bibliothèque : Nouvelles genevoises La bibliothèque de mon oncle Voyages et aventures du docteur Festus Préface








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IX


Milord, à la vue du docteur qu’il dut prendre pour le voleur de son habit, recourut au moulinet dans lequel il était expert, et froissa rudement le docteur ; ce qui fit grand bien à celui-ci, en retirant son attention du fond du dilemme où elle était profondément enfoncée, comme un perçoir dans un tuyau de fontaine. Mais Milord voyant la force armée qui chargeait sur lui pour défendre l’habit, revint sur elle ; pendant que le docteur Festus, moitié veillant, moitié rêvant, se dérobait pour toujours au moulinet, en se cachant dans le creux d’un arbre miné par les ans.

X


Milord ayant abattu la force armée, revint au docteur pour s’emparer de l’habit, mais le trouvant disparu, il se mit à sa poursuite, faisant une battue et fouillant les buissons avec son sauvageon noueux.

La force armée restait sur le terrain fort maltraitée par le moulinet. Au bout de deux heures d’horloge elle se releva, et ne voyant plus l’habit, elle se livra aussitôt à l’indiscipline la plus grossière ; partant du pied droit, divergeant dans sa marche, et se frappant du talon le derrière, et du genou le menton. Elle allait à travers champs, gâtant les haies, perçant les clôtures, abattant les choux, couchant les seigles, enfonçant les semis, perturbant les basses-cours, effrayant les grenouilles, disjoignant les rigoles, et rompant les gerbes ; de telle sorte que les paysans lui juraient après, et de derrière les haies lui lancèrent onze cent trente-trois carottes, et des noyaux de pêches à pleins sacs.

XI


C’est dans cet état qu’elle vint à rencontrer le Maire, qui, sous l’habit de Milady, regagnait sa commune. À la vue de tant d’indiscipline, ce respectable magistrat sentit le texte de la loi lui apostropher la conscience, et une bile aigrie lui remonter du foie jusqu’aux confins du gosier, où, depuis ce jour, il lui en resta toujours la mesure d’un dé à coudre, ce qui lui donnait une expression de pituite recuite. Dans son indignation, il vint se poster en face des rebelles, et à l’exemple de César qui ramena ses légions au devoir en les appelant Quirites... Gredins ! leur dit-il ; mais la force armée, ne voyant plus l’habit, lui passa sur le ventre, et alla outre.

Le pauvre Maire restait gisant, et dans sa douleur il se trouvait malheureux d’être maire. Il ravalait avec amertume des textes de loi tout entiers, qui, lui gonflant le cœur, cherchaient à s’exhaler au dehors ; et la seule chose dans laquelle il trouvait quelque consolation, c’était de songer que du moins il n’avait pas été insulté dans l’exercice de ses fonctions.

XII


Cette idée lui donnant quelque force, il se leva et se mit à errer, livré à une mélancolie profonde, pendant laquelle il rédigeait mentalement un procès-verbal de toute force. Comme il passait devant la ferme de George Luçon, il se dépêcha de parapher mentalement son procès-verbal ; puis, se rappelant qu’il était abîmé de fatigue et de faim, il demanda abri et déjeuner. Sur quoi George Luçon qui était à traire sa vache devant l’étable, lui offrit de bon cœur son lait et sa fenière. Le maire but six pots de lait chaud, après quoi George Luçon le conduisit au fenil, tenant d’une main son seau de lait plus blanc que neige, et de l’autre lui montrant l’échelle. Le Maire y grimpa, et s’étant dépouillé des vêtements de Milady, s’étendit dans le foin et s’endormit aussitôt.

C’est ce jour-là qu’il fit son grand rêve normal. Il fut ravi en extase dans une commune où il s’assit sur vingt-six volumes d’archives, constatant l’acquisition par ladite, de trois fontaines coulantes, vingt pieds de haie vive, et deux chemins vicinaux ; le tout par prescription ou saisie, tant sur le propriétaire que sur les hoirs. Pendant qu’il était ravi en extase, il vit un procès-verbal de huit pieds de haut, dansant la matelotte avec la déesse Thémis, qui, à lui maire, lui avait durant ces instants, confié sa balance. Tout autour, trois cents huissiers en robe courte chantaient les cinq codes sur l’air de Marlborough, avec une plume de paon sur l’oreille gauche, et un exploit en façon de jabot. Trois mille cinq cent quatre textes de loi encore inconnus cuisaient dans une marmite de parchemin, dont soixante-deux clercs léchaient les parois pour attraper la bouillie descendante. Tels étaient ces beaux lieux. Mais au milieu de la fête, il vit une force armée qui fumait la pipe près d’un magasin à poudre, pouffant la fumée dans les yeux d’un respectable caporal à chevrons. Alors ne pouvant se maîtriser, il courut sus, et les ayant touchés seulement du fléau de la balance, ils furent instantanément changés en conscrits fusillés, et il s’absorba dans une satisfaction inerte tellement vive, qu’il en transpirait des conclusions, des arrêts et des prises de corps ; tout en ronflant d’une telle véhémence, que Milady en fut réveillée en sursaut vers midi de ce jour.

Milady ne trouvant plus l’habit du maire que le docteur Festus avait revêtu, se prit à pleurer de détresse et de modestie souffrante, jusqu’à ce qu’ayant aperçu ses propres vêtements déposés par le Maire, elle éclata en transports joyeux, car elle avait les passions vives, défaut qu’elle tenait de son père, lequel était mort d’une allégresse rentrée. Elle fit donc huit grands sauts de joie, ignorant entièrement qu’elle bondissait droit sur le diaphragme du Maire. Celui-ci, corpulent de sa nature, était descendu sous le foin, comme un pavé chaud dans du beurre, ce qui empêchait Milady de l’apercevoir. Mais au bond qu’elle fit, il entra en cauchemar, et il se sentit tout un Hôtel-de-Ville sur le poitrail.

Milady s’habilla, et ayant remercié en passant George Luçon de lui avoir procuré ses habits si à propos, elle reprit sa route, et continua d’aller à la rencontre de Milord dans la direction de l’ouest.
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