Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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2ème Partie : les conspirateurs




Les dogmes sont les éléments qui rattachent la religion à la réalité dans laquelle elle doit exister. Les dogmes, c'est la fioriture, le superflu, le folklore d'une religion. C'est l'inutile, le contraignant, le festif, le guerrier. La fête de Noël est un dogme, la trinité est un dogme, la croix juive est un dogme. Jésus, Moïse, Bouddha, Jinnah et Allah sont des dogmes.

Qui maîtrise la religion maîtrise le pouvoir, qui maîtrise les dogmes maîtrise la religion.
Léopold Tudal, Bible Orange

2.1


Au mois de décembre, il est courant de dire que la vie est ralentie. Un froid aux effets anesthésiants s’engouffre sous les vêtements et dans les esprits embrumés, une chape de verglas recouvre les terrains de jeu et les ambitions des plus courageux, une odeur de soupe et de raclette gagne les foyers et les appétits. Les rêves des plus pantouflards sont en hibernation, tandis que ceux des mois oisifs tournent autour d’une tasse de café crème ou d’un voyage en Jamaïque. Les rues givrées, aux couleurs froides, s’emplissent de véhicules aux teintes d’albâtre d’où s’échappent des fumées blanches en gros paquets volatiles. Les rares humains qui déambulent dans ces rues marchent rapidement, par petits pas pressés, les doigts recroquevillés dans les douillettes poches de leurs anoraks ou empaquetés dans des gants rembourrés, avec pour but évident d’écourter au maximum leur expédition à l’extérieur. Ils vont de boutique en boutique, du travail au loisir ou du loisir à chez eux, mais ne restent jamais longtemps à contempler la fraîche pâleur que diffuse l’avare soleil de décembre. Et l’économie, la sacro-sainte économie, retrouve à cette époque son rythme hiémal et ralenti, cadencé par les chutes de neige en altitude, le solde des congés en fin d’année et la propension de chacun à faire vivre l’industrie du parfum, du textile, de la maroquinerie, de l’ameublement, du multimédia et du jouet – en bref à faire des cadeaux.

Car, au mois de décembre, il est courant de faire des cadeaux en tous genres, à des personnes de tout poil, pour des sommes diverses, mais toujours pour la même raison. C’est ainsi que les week-ends sont l’occasion pour le plus grand nombre d’investir les boutiques spécialisées à la recherche du présent le mieux approprié à l’occasion, à la personne qui devra ouvrir le paquet et à la liberté financière de l’acquéreur. La plus grande débauche de dépense électrique est de rigueur pour faire perdurer cet esprit de fraternité, de solidarité et de consommation sauvage, allant de la guirlande qui chapeaute chaque plaque de rue à la myriade de conifères enrubannés de lumières multicolores, de pendentifs pesants et de faux cadeaux en image de synthèse, nec plus ultra du raffinement en cette période de fêtes. Tout est mis en œuvre, de la publicité interactive à chaque coin de rue aux démonstrations nocturnes de produits, pour rappeler aux citoyens leur éternel devoir de consommateurs.

Car – et surtout au mois de décembre – la société de communication globale n’en est pas moins restée une bonne vieille société de consommation où le nerf de la guerre est devenu la première source de communication entre les humains.

Aussi, c’est dans ce climat festif et bon enfant, où la tentation d’acheter est aussi palpable que l’odeur des gaufres et du chocolat chaud, que Sophie et Léocadie s’évertuaient à coller des affiches illégales, sur des murs peu fréquentés, munies d’un seau de colle de mauvaise qualité.

La première avait l’esprit occupé par une pensée fixe, ce qui lui permettait de ne pas faire attention au prosaïsme des gestes qu’elle effectuait et qui réduisait l’impact du froid sur ses joues : Elle se demandait ce qu’elle faisait ici. Elle aurait pu être au chaud en train de réviser ses cours sur l’évolution de la démocratie de son invention à nos jours, ou de rédiger sa thèse sur l’histoire du cinéma au XXè siècle. Chaplin, Coppola, Cocteau ou Capra étaient autant de noms qui commençaient par C, comme chaleur, chocolat, calme et concentration. Sa première erreur était d’avoir consenti à se rallier à ce comité sans intérêt, juste parce que Léocadie le lui avait demandé. La seconde était de l’avoir suivi à la plupart des réunions de concertation qui avaient lieu chaque samedi matin, où une poignée de personnes sans idées discutaient de l’avenir incertain de l’association. La troisième était d’avoir accepté de venir coller ces affichettes à moins de dix jours de Noël.

Ces affiches étaient d’un ridicule. Les slogans faisaient peur à voir : « Donnez l’argent aux pauvres », arguait l’une d’elles. «  Ne laissez pas un système corrompu vous corrompre » prévenait une autre. Ça ne voulait strictement rien dire.

La seconde n’était pas moins préoccupée, mais pas par les mêmes affaires. Elle se demandait comment ce mouvement sectaire, enclenché à peine deux mois auparavant par Léopold Tudal, pouvait avoir atteint aujourd’hui ces proportions alarmantes. A sa connaissance, sa seule action notable avait été de créer sa société, baptisée tout simplement Tudal, puis de laisser venir à lui les investisseurs, en continuant bien-sûr à haranguer les foules sans relâche et à soigner son image de sauveur désintéressé. Le résultat ne s’était pas fait attendre, et de nombreux financiers avaient profité de cette aubaine pour gonfler le rang des actionnaires ou celui des donneurs providentiels.

Dans le même temps, il avait réalisé plusieurs de ce qu’il était acquis d’appeler des miracles, souvent en catimini, à la demande de personnes en difficulté. Léopold Tudal, le bienfaiteur de l’humanité, permettait aux aveugles de voir de nouveau, guérissait des enfants atteints de débilité, retrouvait les objets perdus…

Et tous les soirs, il officiait une messe ultra-médiatisée, où il ne manquait pas de glisser divers messages d’espoir promettant paix et réussite personnelle à la foule de fidèles, toujours plus dense et motivée, qui se tassait dans les églises surchargées.

Cet étalage de bonne volonté et de positivisme outrancier écœurait Léocadie au point qu’elle laissa tomber son pot de colle sur l’asphalte blanchâtre. Cette popularité naissante la dégoûtait plus que la vision de cette glue mouvante et visqueuse dans son réceptacle.

Ce messie n’était qu’un arriviste audacieux qui s’engouffrait dans une brèche dont personne n’avait forcé l’accès avant lui. Il pénétrait dans l’univers spirituel des gens. Il les dépouillait de toute leur liberté de culte et leur imposait une icône à vénérer, sans qu’il leur soit possible de la refuser. Cela s’appelait du harcèlement moral et était passible de plusieurs années de prison dans le monde qu’elle croyait être sien.

Ce qui la révoltait, c’est que personne n’avait encore eu assez de cran pour se soulever contre cet objecteur de conscience moderne, ce dictateur religieux, ce faux prophète. Elle, elle aurait la volonté de faire ce geste civique et nécessaire…mais lui manquaient les moyens et le temps.

Alors, elle collait des affiches, par un temps glacial et humide, en compagnie de sa meilleure amie. Cela passait au moins le temps.

_ Qu’est-ce que tu as prévu pour Noël ? demanda-elle d’une voie frigorifiée, émergeant avec peine de ses rancœurs intérieures. Tu veux manger avec nous ?

_ Non, rétorqua Sophie avec une véhémence à peine contenue. Je te rappelle que j’ai une famille qui m’attend et je compte bien passer mes fêtes en leur compagnie.

Léocadie eut un mouvement de recul involontaire.

_ Calme-toi ! Qu’est-ce qui ne va pas ?

Sophie s’empourpra.

_ Tu me demandes ce qui ne va pas…Mais regarde devant toi ! Tu crois que ça m’amuse d’afficher ces inepties que personne ne va lire, avec le temps qu’il fait, tout ça pour la gloriole d’un petit comité sans avenir.

Léocadie eut le faible sourire que lui permettait ses lèvres gercées.

_ Hé bien ! Quelle énergie, déclara-t-elle d’une voix amusée. Ça va mieux maintenant ?

Mais Sophie n’était pas calmée, n’allait pas mieux et jeta son pinceau contre le mur pour donner du corps à ses paroles.

_ Ne rigole pas, rugit-elle. Tu ne te rends pas compte que ton comité à la noix n’est rien d’autre qu’un repaire de paumés et de couards, qui sont menés à la baguette par cette marâtre de présidente. Ce n’est pas une secte, au moins ?

Léocadie récupéra le pinceau qui se répandait en glue bleuâtre sur le sol.

_ Non, dit-elle dans un fin nuage de vapeur. Ça n’en a pas l’ambition.

Sophie attrapa le pinceau qu’elle lui tendait et le laissa négligemment tomber dans ce qui lui restait de glue. L’onomatopée que cela produisit lui fit penser au bruit que ferait son poing dans la figure de cette présidente.

_ Tu ne vas pas rester dans cette association, au moins ? demanda-elle avec un soupçon d’inquiétude.

_ J’ai mon idée, répondit Léocadie pensivement. Mais tu n’as pas répondu à ma question.

Sophie gratta sa haute tête pour tenter de déterminer à quelle question Léo faisait allusion.

_ Pour Noël ? Je rentre à Paris, bien-sûr. Je suppose que tu vas rester avec tes nouveaux amis.

_ Oui. Tu sais, ils forment une famille.

Sophie sentit l’afflux sanguin qui remontait à ses joues, signe de l’énervement qui la regagnait.

_ Tu crois vraiment que c’est ta famille ? railla-t-elle avec insistance.

_ Ce n’est peut-être pas la réalité, badina Léocadie, mais c’est une alternative comme une autre.

Sophie tourna le dos à sa copine dans un geste d’ultime contrariété.

_ Oh, arrête tes conneries, tu me fatigues. Tu sors ça à tout bout de champ. Pense un peu par toi-même.

Se fut au tour de Léocadie de s'irriter et ses jolies joues virèrent à l’écarlate.

_ Tu crois que je suis influençable ? grogna-t-elle.

Sophie ne se retourna pas et se contenta de répondre :

_ Si tu poses la question, c’est que tu connais la réponse. (puis, lui refaisant face et avant qu’elle ne rétorque) Ecoute, je veux juste t’aider à ouvrir les yeux. Tu es une fille qui a besoin de contacts, mais tu t’entiches du premier venu.

_ D'abord, je ne me suis entiché de personne, fit Léocadie, sans dissimuler sa vexation. Ensuite, il n’y a pas que Romain que j’apprécie. J’aime tout autant ses amis.

_ Oui, mais tu ne couches qu’avec lui, remarqua la brunette.

Un éclair étrange traversa le regard de Léocadie.

_ Tu es jalouse, ma parole, s’exclama la blondinette dans un élan de compréhension ultime. Tu trouves que je te délaisse au profit de cette bande.

_ Mais non, je ne veux que ton bien. Et quand je disais que tu t’entichais, je ne pensais pas à Romain.

Sophie se remit alors à badigeonner le mur contre lequel elle maintenait fermement une affiche depuis plusieurs minutes. Ces mouvements frénétiques de va-et-vient lui firent retrouver son calme. A ses côtés, Léocadie restait perplexe et ne bougea pas un pouce durant quelques secondes. Puis elle demanda doucement :

_ Tu pensais à qui ?

_ A ton ami Léopold, bien sûr.

_ Comment ça, mon ami ? se défendit maladroitement Léocadie. Je ne le connais même pas.

Sophie prit le temps de coller une autre affiche avant de s’expliquer.

_ Tu t’intéresses beaucoup à lui depuis quelque temps. Tu le suis à la trace, tu pactises avec ses anciennes connaissances, tu ne manques aucune de ses allocutions.

_ Je ne suis pas allée à une seule de ses messes.

_ Encore heureux ! Tu n’es pas croyante.

Un homme hagard passa en zigzag dans la ruelle, sans prêter attention aux deux filles. Il se cogna dans un mur, puis disparut au coin de la rue comme une illusion.

_ Si j’y allais, ce serait juste par curiosité, justifia vivement Léocadie, à voix basse.

_ Dis-moi la vérité, qu’est ce que tu penses de ce mec ?

_ Le mec qui vient de passer ? s’étonna Léocadie.

Sophie eut un geste de dépit.

_ Non, Léopold ! corrigea-t-elle à mi-voix.

_ Je n’en pense rien, dit-elle en détournant son regard. Je trouve qu’il a beaucoup de charisme.

Sophie n’en croyait pas un mot.

_ Du charisme ! Du charisme ! Mais arrête un peu. Tu te rappelles, lorsqu’on s’est décrit nos hommes idéaux ?

_ Oui.

_ Hé bien, ta description, c’était exactement lui.

Léocadie fut frappée par la surprise. En fait, elle n’avait pas du tout eu l’impression de décrire Léopold lors de ce petit jeu. Mais à la réflexion, ce n’était pas tout à fait faux. C’était même assez troublant.

_ Peut-être qu’il m’intéresse un peu, admit-elle à mi-voix. Mais un tout petit peu, alors.

Léocadie retourna alors dans sa rêverie précédente, empreinte de dépit et de doutes. Elle devait s’avouer qu’un autre élément l’empêchait pour l’instant de commettre la moindre action contre ce leader charismatique, et c’était un élément on ne peut plus personnel. Une petite boule qui se coinçait dans sa gorge chaque fois qu’elle prononçait son nom, et un pincement infime qui se produisait dans son cœur lorsqu’elle pensait lui. Ce n’était pas grand chose, mais pas rien non plus ; le genre de chose qui faisait réfléchir des heures durant et qui empêchait de trouver le sommeil, même blottie dans les bras robustes d’un homme.

Ce n’était pas de la haine, ni de la colère, ni de la pitié. C’était donc…

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