Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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2.4


Une discussion froide peut être définie comme une conversation dépourvue de chaleur humaine. Elle peut également signifier un échange verbal se réalisant dans un lieu où règne une faible température. Le dialogue en cours pouvait donc être qualifié d’extrêmement froid, dans le sens où il rassemblait les deux conditions justifiant cette dénomination.

Joignant ses deux poings crispés l’un contre l’autre et les frottant vigoureusement, l’homme vêtu d’une épaisse toge pontificale, doublée d’une fourrure de chinchilla, déclara avec une teinte de désespoir :

_ Ce que vous me demandez là est impossible.

Comme réponse à l’affirmation qui venait de retentir, celui qui marchait à ses côtés fit quelques pas de plus dans le vaste jardin à peine entretenu, qu’était devenu la cité du Vatican. Ils n’étaient plus qu’à quelques mètres de l’extrémité Est du mur de Léon IV, dont une partie avait déjà été démontée et vendue, et se situaient à égale distance de la magnifique fontaine de l’Aquilion d’une part, et de l’académie des sciences et de la casina de Pie IV d’autre part.

Cela faisait trois fois que le Saint Homme annonçait son incapacité à satisfaire sa demande, et cette dernière était la moins convaincante. Léopold jeta un œil au représentant de l’autorité catholique qui se tenait légèrement en retrait, et s’accorda un faible sourire. Ses réactions étaient tellement prévisibles et standardisées que même s’il n’avait pas pu lire dans ses pensées, il aurait pu se jouer de lui comme un adulte soumet un enfant à sa volonté. Ce pape n’était pas un grand cru. Il n’arrivait pas à la cheville de celui qui avait repoussé l’attaque des Sarrasins contre Rome, au IXè siècle, et qui avait donné son nom au mur qui le soutenait.

Toutefois, il fallait lui reconnaître certaines qualités qui, si elles ne faisaient pas de lui un grand pape, étaient suffisantes pour qu’il fût un grand homme. D'ailleurs, son âge, cinquante et un ans à peine, était étonnamment faible pour une telle place et démontrait que sa valeur avait primé sur l’expérience des autres postulants au titre. Il avait prouvé ses aptitudes de gestionnaire lors de la Grande Crise de 2085, qui avait contraint le Saint-Siège à se séparer de ses biens extérieurs, notamment les basiliques St-Jean-de-Latran, Ste-Marie-Majeure et St-Paul-hors-les-Murs, pour faire face à la catastrophique baisse de fréquentations des églises. Il avait également participé à la tentative de simplification des dogmes chrétiens, afin d’élargir la cible des fidèles, lors des conciles de Vatican III (2079) et de Paris (2084), en pure vanité. Enfin, l’évêque zélé qu’il était avait participé activement, et sur le terrain, à la mise en place du Conseil d’Ethique et de Médiation qui avait été demandé lors du premier sommet Christiano-musulman, visant à bannir de façon durable le fanatisme et le terrorisme de ces deux religions. Ceci étant entendu que le problème concernait presque exclusivement le fanatisme islamiste.

Mais son manque de charisme, associé à un physique ingrat et peu imposant, son caractère trop désinvolte sur certains sujets et trop tranché sur d’autres, lui ont valu la réputation de privilégier l’Islam au Christianisme et de dilapider le patrimoine religieux pour conserver sa confortable qualité de vie.

Il était évident que ceux qui avaient émis ces diatribes ne voyaient pas le souverain pontife qui, frigorifié, tentait de réfréner les ardeurs de ce jeune homme qui avait besoin du soutien financier du Vatican pour fonder son propre mouvement. Malgré toute sa bonne volonté et sa foi profonde en sa qualité de néo-messie et de précurseur d’un nouveau règne, il ne pouvait subvenir à sa demande. Pas avec la crise financière que traversait l’état du Vatican.

Mais le temps passant et le froid s’insinuant à travers l’étoffe de sa robe, il sentait ses arguments devenirs de plus en plus fades et se réduire comme peau de chagrin.

_ Voulez-vous que nous regagnions l’intérieur, proposa-t-il dans un français presque parfait. Le climat est plus virulent que je l’aurais cru.

En constatant que son interlocuteur avait eu l’imprudence de ne pas se munir de vêtements chauds, il avait eu l’idée de le déstabiliser en proposant de poursuivre la conversation en extérieur. Mais il devait s’avouer qu’il avait été pris à son propre filet, car son hôte s’était alors contenté de remonter légèrement le col de sa chemise molletonnée, et n’avait pas montré le moindre signe d’indisposition face à la vague de froid qui traversait en ce moment l’Italie.

_ Comme vous voudrez, mon Saint-Père, concéda son invité qui n’avait pas omis une seule fois d’employer le titre honorifique qui s’imposait.

_ Vous n’avez pas l’air de souffrir du froid, s’enquit le Saint Homme en marchant rapidement en direction d’un bâtiment allongé, à l’allure austère.

_ La plus grande souffrance n’est pas physique, rétorqua son hôte d’une voix calme. Vous le savez, mon Saint-Père.

_ Certes.

Ils pénétrèrent bientôt dans le dit bâtiment, qui s’avérait être la pinacothèque vaticane. Le pape, Auguste I, prit alors un air de sérieux totalement nouveau, comme si ces murs avaient réveillé en lui une ardeur précédemment atrophiée par le froid. Son dos se cambra, faisant légèrement monter les plis de son habit qui effleuraient le sol, les traits de son visage se durcirent, sa voix trouva le ton qui convenait aux importantes déclarations.

_ Cet endroit, avoua-t-il, de part la qualité des œuvres qu’il recèle, est le seul lieu qui ne soit pas sous les feux des caméras de la médiavision centrale. La surveillance des toiles entreposées ici est réalisée par un service spécial, que je peux aisément contrôler. Tout ce que nous dirons ici pourra donc demeurer confidentiel.

Il ne savait pas vraiment pour quoi il avait conduit son invité ici. Cela avait été un élan spontané, sans arrières-pensées. Il ne connaissait pas plus la raison pour laquelle il dévoilait le secret de ces salles à cet inconnu. Mais il n’avait pas le temps d’y réfléchir pour l’instant.

_ Bien-sûr, continua-t-il, que j’ai l’argent que vous me demandez. La vente de toutes les propriétés externes de l’état durant la Grande Crise a permis de renflouer les caisses de l’état et le partenariat avec l’Islam n’est pas étranger à leur maintien à un niveau raisonnable. Mais je ne peux pas me permettre de débloquer une telle somme officiellement, sans me mettre à dos la moitié des hommes d’Eglise du monde Chrétien et voir ma réputation de dépensier avoir raison de moi. J’ai foi en vous, je sais qui vous êtes et je sais que votre action est ce dont l’Eglise a besoin.

_ Je vous remercie vivement de cette confiance, mon Saint-Père.

_ Mais sachez que cette confiance n’est pas partagée par tout le monde, ici. Cette citadelle regorge plus de vieux bigots rétrogrades que de visionnaires, et il en a toujours été ainsi. Si des actions ont pu être accomplies ces dernières années, c’est uniquement grâce à l’engagement de quelques individus déterminés à changer les choses. Mais ce n’est pas suffisant : les deux derniers conciles se sont soldés par des échecs, le nombre de fidèles stagne malgré l’augmentation constante de la population mondiale et le message vieillit mal. Je pense que la subsistance de notre culte ne peut plus aujourd’hui s’imaginer sans qu’une personne telle que vous n’intervienne. Mais tout d’abord, dites-moi : quelle est votre position exacte au sien de notre communauté française ?

_ Je suis assimilé à un prêtre, répondit Léopold. J’officie des messes tous les jours

_ Ha ! (Le Saint-Père semblait déçu) Vous n’êtes donc pas un prophète.

_ Non, je suis plus que ça. Vous avez l’air de douter de moi.

_ Excusez-moi, Seigneur, se confondit aussitôt le pape sous l’autorité de la voix de son interlocuteur.

Il posa alors un genou à terre et lui baisa la main d’un geste de farouche dévotion. Pas la moindre trace de gêne ne transpira sur le visage de celui qui demeurait debout. Il n’y eut que sa voix qui trahit son humanité – ou la part d’humanité qui existait en lui – lorsqu’il admonesta d’une voix suave : « relevez-vous, je vous prie. »

Le saint homme s’exécuta prestement et ne put réfréner son envie de demander fébrilement :

_ On m’a parlé du curieux habit que vous arborez parfois. Le portez-vous lorsque vous officiez ?

_ Non, je suis vêtu comme n’importe quel ecclésiastique. Je porte ma toge orange lorsque je représente ma propre personne, et non Dieu.

Ce mot, Dieu, ou plutôt la façon dont il avait été prononcé, suscita une nouvelle bouffée d’admiration envers l’homme qui se tenait devant lui, noble, fier, sans pour autant être paré du moindre artifice visuel. A aucun moment il ne s’étonna d’être si servile devant cet étranger, dont il se méfiait quelques instants plus tôt, et son enthousiasme ne faiblit pas lorsque ce dernier lui donna l’interprétation exacte du code de couleurs de sa toge, de la présence des trois bandes et des trois personnages qu’elles étaient sensées représenter, à savoir Jésus, Dieu et Lui-même.

_ Sur ce vêtement, expliquait-il, une seule des trois bandes blanche se termine au niveau de mon col. Les deux autres se prolongent sur mes épaules et se rejoignent dans mon dos, sous la capuche. La bande centrale me représente, celle de gauche Dieu et celle de droite Jésus. Chacune des ces bandes, ou ligne (de conduite) correspond à un dogme particulier : Le message symbolisé par Dieu vante le respect de Dieu, de la religion et du sacré, que ce soit envers les croyances chrétiennes, comme envers les autres confessions. Ce dogme prône le respect total de la question religieuse et du culte, dans son sens large.

« Le second, celui de Jésus, est une extension de son message d’amour et de paix, appliqué à la société actuelle. C’est une règle éthique et humaine qui bannit toute forme de violence gratuite, toute forme d’agression inutile, tout conflit meurtrier pouvant être réglé sans l’usage des armes. C’est en quelque sorte la continuité du message de non violence, contenu à l’état latent dans la forme actuelle de la religion, mais accompagné cette fois-ci d’un moyen de le faire respecter. Et ce moyen, c’est moi.

« Le troisième constituant de cette charte est le dogme, symbolisé par ma personne, qui prêche la primauté de l’homme dans son mode de vie et la totale maîtrise de sa destinée. Il est très important pour moi que l’être humain soit à terme capable de se prendre en main et de ne plus se comporter comme une peuplade arriérée. Cette ligne de conduite est la plus difficile à réaliser, parce qu’elle demande beaucoup d’efforts aux hommes, afin de bouleverser toutes leurs habitudes millénaires, de s’ouvrir à d’autres modes de pensées, à d’autres horizons spirituels. Mais je fais le serment que cette évolution vers une humanité plus responsable, plus raisonnable, et qui n’aurait plus peur de se positionner à la place qu’elle mérite ne sera entravée par aucun obstacle, tant que j’en serai le garant. C’est l’essence même de ma venue, et c’est ce que j’ai commencé à mettre en œuvre, depuis quelques jours.

« Ces trois dogmes constituent donc une évolution logique des œuvres que vous avez accomplies, que ce soit la simplification du message divin par le Conseil d’Ethique et de Médiation inter-religieux ou le rapprochement des religions que représente le sommet Christiano-musulman. »

Le Saint Homme buvait les paroles de ce personnage, comme si c’était de l’eau bénite, comme si Dieu s’exprimait à travers la voix de Léopold et donnait des instructions au simple mortel qu’il était. Cet homme, drapé le plus simplement du monde dans ses habits de ville, lui apparaissait comme un saint, encore plus grand que toutes les figures historiques qui avaient marqué son éducation religieuse, et il savait que tous les ordres qui émergeraient de sa sainte bouche seraient exécutés sans l’ombre d’une hésitation.

Cette soudaine dévotion n’avait pour lui pas de raison d’être explicitée. Les plus grands apôtres avaient été conquis par Jésus d’un seul regard, et n’avaient jamais cherché à mettre leur foi en question. Il en était de même pour lui, car – et il en était persuadé – cet homme était le messie tant attendu et ouvrirait la voie à un nouveau monde de croyances et de lumière, pour les siècles des siècles.

Cette foi aveugle ne se démentit pas lorsque Léopold lui explicita que son mouvement allait influer sur le christianisme originel au point de le faire quasiment disparaître, dans sa forme actuelle, et que le Vatican allait devoir financer la majeure partie de ce bouleversement sans précédent. Le haut dignitaire de l’Eglise Catholique, le dirigeant suprême, tenant entre ses mains les rennes de la première religion du monde, était à genoux devant son invité, s’exhibant devant des caméras indiscrètes et des rangées de toiles de maître, louait son image comme cela avait été une statue de Dieu et acquiesçait sans réfléchir, sans avoir conscience une seule seconde de l’aberrant rapport de force qui s’établissait dans ce lieu.

Et toute sa droiture, toute sa suspicion, toute sa froideur, son visage crispé et son ton solennel avaient disparu lorsque son visiteur prit congé de lui.

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