Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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2.5


L’immense appartement de la rue du Quai était devenu sa maison. Elle, Léocadie, n’avait pas eu de véritable foyer, où elle n’aurait pas eu peur d’étaler ses affaires à loisir sans prendre le risque de les perdre lors de son prochain déménagement, dont les murs pouvaient laisser libre cours à son imagination décoratrice, où elle pouvait dormir jusque tard le matin sans être considérée comme une paresseuse, bref, où elle se serait véritablement sentie chez elle, depuis qu’elle avait quitté la demeure de ses parents, six années auparavant.

Ce matin radieux, alors qu’un soleil d’hiver nacré pointait à travers le carreau embué de sa chambre – sa chambre à elle – lui donnait des envies agréables. Des envies de sortir, de bouger, de rencontrer des gens…de travailler. Mais d’un autre côté, il faisait si chaud dans son lit qu’elle se sentait coupable de devoir l’abandonner aussi vite.

Depuis qu’elle avait aménagé dans ce loft, elle avait connu toutes sortes de matins. Il y avait eu des matins vaseux, des matins gais, des matins ronchons, des matins déprimés, des matins érotiques. Ce matin, c’était plutôt normal. Aucune émotion particulière ne venait la troubler, aucune idée importune ne venait la déranger. Elle se sentait juste bien, à l’aise dans son foyer et elle avait peur que cet état d’esprit ne change si elle sortait de son cocon.

Cette intuition fut bonne, car dès qu’elle se fut désenroulée de ses couvertures et que son petit pied entra en contact avec le sol froid, une brusque décharge transforma ce potron-minet d’un calme enchanteur en matin tortueux, et des pensées s’agglutinèrent en elle comme des insectes autour d’une source de lumière. Comment avait-elle pu oublier ses problèmes, en l’espace d’une nuit ?

Elle traversa la pièce comme une flèche et fit des va-et-vient dans l’appartement avant de se poser la question fatidique :

Pourquoi l’avait-t-on dotée d’un cerveau ? Les gens idiots avaient moins de soucis.

Puis, sans l’ombre d’une hésitation, elle enfila les premiers vêtements qui lui tombèrent sous la main et sortit en trombe, affrontant le froid cinglant de la rue comme lorsqu’elle avait été chassée de chez Max. D’un pas vif et décidé, elle se mit à marcher, droit devant elle, franchissant des kilomètres de trottoir sans le moindre ralentissement.

Sur son passage, des têtes se retournaient, surpris par la détermination qu’affichait cette jeune fille, par la farouche expression de volonté qu’exprimait son visage pourtant si angélique. Elle savait où elle allait, elle le savait exactement. Elle aurait pu marcher les yeux fermés sans avoir le moindre doute sur les parcelles de trottoirs où elle devait placer ses pieds, les angles de rue où elle devait tourner et la façon d’éviter les gens qui la croisaient. Cette fois-ci, aucun événement ne l’empêcherait d’accomplir cet acte, cet acte qu’elle préméditait depuis quelques temps mais qu’elle avait toujours repoussé.

Elle se rendait au siège de la société Tudal, où elle était certaine de rencontrer l’objet de ses troubles. Elle ignorait la raison pour laquelle ce moment précis lui semblait être le plus opportun, mais ce n’était qu’une question secondaire à ses yeux. Le fait est qu’elle n’avait jamais été aussi motivée.

Lorsqu’elle se trouva devant la façade de la rue Pierre Corneille, rien, aucun indice, ne laissait présumer le fait qu’une organisation religieuse se cachait en ces murs. Pourtant, elle ne douta pas un instant et poussa la porte en bois qu’elle avait identifiée – sans réelle raison – comme étant l’entrée. Elle grimpa les trois étages qui la séparaient de son but avec une vigueur inégalée et pénétra dans un local étriqué, tout en longueur, au fond duquel une secrétaire la fixait d’un air étonné. Elle ne put s’empêcher de faire un bref parallèle avec la configuration spatiale des bureaux du Comité, mais la comparaison s’arrêta là.

_ Comment avez-vous…s’écria la réceptionniste.

_ Je veux voir Léopold Tudal, ordonna Léocadie, d’une voix dont la fermeté ne lui était pas familière.

_ Monsieur Tudal est en réunion, fit l’autre d’un air pincé.

Quel cliché, pensa rageusement Léocadie. Elle n’avait aucune imagination.

_ C’est de la part de qui ? renchérit l’employée de bureau.

_ Je représente les anciens amis de Léopold, fit Léocadie en crachant presque à la figure de son interlocutrice.

_ Je ne peux pas déranger monsieur Tudal durant sa réunion.

_ Très bien. Je vais l’attendre ici.

Léocadie s’installa alors sur l’une des chaises qui traînaient dans cette longue salle, et se mit en devoir d’attendre, jusqu’au soir s’il le fallait, qu’apparaisse l’objet de son tourment.

Elle n’eut pas besoin de déployer un tel effort de patience, car la réunion – c’était donc la vérité – se termina dans les dix minutes qui suivirent son irruption. La double porte qui lui faisait face pivota en silence, dévoilant l’épaisse protection qui la constituait, et trois hommes en sortirent en silence, presque ensemble.

Elle ne put s’empêcher de dévisager ces trois personnes, tant l’image qu’ils lui lançaient était éloignée de ce qu’était censé représenter Léopold. Loin de la figure messianique qu’il affichait à longueur de temps, ou même de l’homme de la rue qu’il était autrefois, les trois individus, chacun dans leur style, ressemblaient plutôt à des hommes d’affaire, costumes taillés sur mesure, coiffures soignées et petites mallettes en cuir à l’appui. Cette vision inattendue lui causa un frisson qui parcourut son dos de bas en haut.

Puis, irrésistiblement attirée par une force qui ne pouvait être que sa curiosité, elle jeta son regard dans la salle de réunion proprement dite, et rencontra immédiatement celui de Léopold. A vrai dire, elle ne voyait que lui. Il se trouvait exactement en face d’elle, dans l’alignement parfait de l’ouverture de la porte, et il se tenait simplement à sa place, les mains posées sur son étrange bureau à cinq côtés, ses yeux intenses plongés dans les siens.

Soudain, avant d’avoir véritablement prit conscience de sa situation, une légère douleur apparut entre ses deux yeux et un déclic se produisit dans son cerveau. Elle avait beau savoir que, quelquefois, le cerveau pouvait fonctionner comme une mécanique très perfectionnée, elle fut stupéfaite à cet instant de constater avec quelle vitesse les rouages de son esprit venaient de s’aligner dans une configuration qu’elle ne connaissait pas. A la vue de ce tableau, l’ancien ami de ses amis, l’idole dont on lui avait ressassé les exploits et la grandeur d’âme, l’exemple à suivre par excellence, transformé en une sorte de requin de la finance, de golden boy, de…manipulateur de foules – elle ne savait pas ce qu’était devenu Léopold, ni si c’était bien lui qu’elle apercevait dans la pénombre, juste l’impression comptait –…tout devint incroyablement clair dans sa tête.

Une pièce venait de prendre place dans le puzzle de ses idées, une pièce maîtresse qui rassemblait à elle seule tout un bloc à un autre, ce qui donnait une vision nouvelle de l’ensemble.

Il ne lui restait qu’une seule chose à faire.

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