Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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2.6


La seconde réunion débuta de la même manière que la première : Léopold Tudal énonça solennellement la date du jour, et ses paroles furent aussitôt retranscrites en signes sur une microbande, ainsi qu’en bits sur un fichier de la média centrale.

_ La réunion d’aujourd’hui sera courte, ajouta le maître de séance, car j’attends un invité dans quelques moments. Aussi vous demanderai-je de me présenter succinctement l’avancement des points en cours, et de sortir de cette pièce sans le remue-ménage auquel nous avons eu droit lors de la dernière session.

Dool fut l’objet de deux regards acrimonieux et accusateurs. Il y répondit par la plus totale des indifférences.

_ Le nombre de fidèle a légèrement augmenté depuis notre dernier bilan, annonça Balthazar avec empressement. Nous nous maintenons dans les mêmes fourchettes de progression que précédemment, avec toutefois un net avantage pour les communes rurales sur leurs homologues urbaines. Il semblerait que le christianisme gagne peu à peu la campagne. Dans l’ensemble, l’évolution des baptêmes est linéaire, avec une variance de 2,1 à peine, ce qui nous conforte dans l’accomplissement de nos objectifs à court terme.

_ Quels objectifs ? demanda Léopold, surpris.

_ J’ai posé quelques bases d’un modèle prévisionniste, en prenant en compte les données que monsieur Sampan m’a fournies, et j’en ai déduit des objectifs de progression, pour maintenir un impact significatif du mouvement sur le public. Tout est consigné ici.

Il fit glisser une chemise en plastique vers le centre du bureau. Léopold s’en empara et le survola rapidement.

_ Excellent, M. Dvorak, fit-il, visiblement ravi. Voici le style d’initiative que je comptais vous voir prendre. Comment a évolué le problème de la sur-fréquentation de nos églises ?

_ Les premières réticences des pouvoirs publics ont été levées. Un jeu de haut-parleurs devrait être posé sur les parvis des églises Saint-Bonaventure, Saint-Paul et Sainte-Croix dès la semaine prochaine.

_ Très bien.

_ La présence de M. Dvorak a été déterminante lors de nos négociations, précisa Paul. Un véritable lien est en train d’être tissé avec les dirigeants de cette ville, et un climat de compréhension et de coopération s’instaure peu à peu.

_ Vous m’en voyez ravi. De mon côté, j’avoue que j’ai également réussi mon pari avec les autorités religieuses. Nous ne devrions plus avoir à souffrir de restrictions budgétaires avant un bout de temps et vos salaires vont pouvoir être revus à la hausse.

_ C’est heureux, confia Balthazar avec une semi-ironie, parce que la plupart des paroisses refusent de partager leurs dons avec nous. Ils ne nous considèrent pas comme leurs semblables.

_ J’ai remarqué le même type de réserves de la part des dirigeants de l’autorité catholique traditionnelle, confirma Léopold sans aucune trace d’émotion dans la voix, et ce, dans les plus hautes sphères du pouvoir. Ces réactions sont tout à fait normales, elles disparaîtront lorsque les personnes concernées comprendront où se trouve leur intérêt.

_ Monsieur, intervint humblement Dool, j’ai déterminé et répertorié différentes sources possibles d’opposition à notre mouvement. L’autorité catholique est en effet notre problème le plus évident, comme vous venez de le souligner, mais d’autres troubles peuvent apparaître, comme des collusions politiques formées de jeunes militants ou des groupes activistes descendants d’anciens mouvements fanatiques. Tout est consigné dans ce rapport.

A l’instar de Balthazar, Dool fit glisser un petit document dans la direction de Léopold. Celui-ci s’en saisit et le parcourut avec de légers hochements de tête.

_ Bon travail, félicita-t-il en refermant le dossier d’un geste sec. Je vous laisse toute liberté pour la suite de vos investigations.

Dool sourit d’un air satisfait et se laissa choir en arrière sur sa chaise. Il brillait dans son œil une lueur qui ne plaisait pas à Paul.

_ A mon tour de vous faire un rapport sur l’avancement de mes activités, déclara alors Léopold.

Les trois associés ouvrirent leurs oreilles et leurs esprits, conscient du fait que leur chef ne se livrait que très rarement à des explications. Ils n’en furent que plus surpris lorsque Léopold leur expliqua en détail le contenu des trois commandements qu’il comptait instaurer, comme fondement du nouveau mouvement religieux qu’ils étaient en train d’édifier. Tous reconnurent intérieurement que s’ils étaient d’une simplicité enfantine, ils se révélaient être incroyablement clairs :

«  N° 1 : Tu ne blasphémeras pas en connaissance de cause et tu n’utiliseras pas la religion à des fins personnelles.

« N° 2 : Tu ne feras pas de mal à autrui, sous quelque forme que ce soit.

« N° 3 : Tu ne laisseras personne décider de ta destinée à ta place.

_ Ce dernier point n’est-t-il pas quelque peu politique ? objecta Paul.

_ N’est-ce pas un peu ambitieux, comme credo ? remarqua Balthazar.

_ Le second est très réducteur, opina Dool, la bouche figée en une moue septique.

Léopold ne répondit à aucune des trois remarques. Ces trois dogmes n’impliquaient pas de discussion, ils étaient tels quels et le demeureraient jusqu’à ce que le plus grand nombre les ait acceptés.

_ Ces trois préceptes seront les fondements du culte que je vais représenter, proclama-t-il. Chaque composante correspond à un besoin très particulier que l’être humain recèle en permanence : le besoin d’avoir un modèle et de s’y conformer, le besoin d’être respecté d’autrui et le besoin d’accomplissement personnel. Vous devrez toujours avoir ces trois lois en mémoire, dans chacune de vos actions, dans chacune de vos phrases. A partir de maintenant, vous êtes les gardiens et vecteurs de ce message.

Les trois hommes s’imprégnèrent de cette nouvelle responsabilité, chacun d’une manière différente. Paul sentit le fardeau qui pesait sur ses épaules s’alourdir une nouvelle fois, Dool sentit son importance et son influence sur les autres mortels grimper d’un niveau, ce qui lui extirpa un sourire jubilatoire, et Balthazar sentit son rôle se compliquer encore un peu plus, mais également son travail devenir encore un peu plus intéressant.

_ Paul, reprit Léopold d’une voix forte, avez vous sélectionné quelques scribes ?

_ Oui, j’ai enrôlé trois écrivains professionnels. Ils adhèrent totalement à notre mouvement.

_ Très bien. Je veux les voir dès demain. Arrange-toi avec la secrétaire.

_ Oui, monsieur.

_ Il faut trouver un nom à cette religion, ajouta vivement Léopold. Notez tous ceux qui vous passeront à l’esprit, nous en reparlerons lors de la prochaine session. Autre chose avant de finir ?

_ Les gens sont demandeurs de détails, monsieur, dit Paul. Je pense qu’il faudrait que vous fassiez plus de déclarations officielles, sur des sujets précis, comme pour votre entretien avec le pape.

_ Les déclarations de presses n’intéressent que les intellectuels, objecta Léopold. Les gens n’ont rien de plus à savoir que ce qu’ils ne savent déjà.

_ Des ragots circulent. Il faudrait les démentir.

_ Ils se démentiront d’eux-mêmes, en temps voulu. Messieurs, la réunion est terminée. Je ne vous retiens pas.

Personne, à ce moment précis, n’aurait pu ajouter la moindre syllabe, tant le pouvoir de persuasion de ces seuls mots était puissant. Ils se levèrent donc, dans un silence cérémonieux, attrapèrent le disque de donnée que leur console média leur présentait, rangèrent leurs affaires, et filèrent en direction de la sortie, chacun arborant une attitude différente, chacun en proie à des réflexions différentes.

Paul avait l’œil vague et la tête perdue dans les méandres de ses futures actions. Rien ne le préoccupait plus en cet instant que cette rencontre avec les trois écrivains dont Léopold l’avait chargé. Dool exhibait son sourire saurien, et imaginait l’ampleur que n’allait pas manquer de prendre son rôle dans cette entreprise. Il jubilait également, intérieurement, car Léopold lui laissait la seule chose qu’il appréciait vraiment dans son travail : sa liberté. Dvorak était celui qui avait l’état d’esprit le plus complexe, et les sentiments les plus antinomiques se mêlaient en lui. Autant la réussite de son intégration au sein de l’équipe, et la promesse implicite qui lui était faite d’une vie plus exaltante que celle qu’il n’aurait jamais eu dans sa montagne natale l’emplissaient d’une franche joie, autant l’image qu’il recevait de celui qui était son employeur le mettait dans l’embarras. Il avait toujours eu l’habitude de cerner ses associés en un instant, en plongeant son regard dans le leur ; et ceux de Léopold lui causaient un trouble immense car il ne parvenait pas à y décrypter le moindre élément révélateur de sa personnalité. En fait, il y lisait un tempérament différent à chacun de ses essais.

Et pendant ce temps, Léopold, l’insondable, restait sans bouger, les mains jointes, ombre impassible au milieu de cette salle à l’atmosphère feutrée, et maintenait son regard fixé sur la personne qui attendait dans l’antichambre. Au bout de quelques secondes, il se leva, et quitta la pièce. Son visage ne marquait rien d’autre que sa placidité habituelle et la certitude du devoir accompli.

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