Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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titrePrologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1
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3.5


Malgré ses efforts journaliers et répétés pour se montrer plus présent, ce matin là, le soleil rechignait à se lever. Ses rayons pâles et incertains, plus gris-souris que jaune-puma, halaient à peine l’appartement de Sophie et s’effaçaient devant la lumière franche et localisée des spots de la pièce. Ainsi éclairé, le logement paraissait ancien et mal entretenu – ce qu’il n’était pas – et sa locataire morose et boudeuse – ce qu’elle était en partie. A quelques pas d’elle, Léocadie, pourtant soumise à ce même traitement lumineux, n’affichait pas les mêmes signes d’une triste lassitude et, sur ses traits, se lisaient la vigueur et la volonté.

Léocadie arpentait la pièce de long en large, suivant un itinéraire précis et récurrent : elle effectuait un large arc autour de la table massive ou déjeunait Sophie, posait le pied sur une marche de l’escalier, revenait vers la gazinière, se postait quelques secondes en face de la fenêtre aux rideaux pourpres, puis retournait à son point de départ, près de la porte d’entrée. Tout en déambulant, elle parlait sans discontinuité, s’adressant à une Sophie dont les gestes ne montraient pas qu’elle écoutait ce qu’on lui disait.

_ Donc, commentait Léocadie, cette manifestation va partir du marché de Croix-Rousse à 8 heures, c’est à dire dans quelques minutes, pour se terminer devant l’hôtel Garibaldi vers 9 heures. C’est là que nous tenterons d’interpeller le Tudal et les chefs d’état avec lesquels il devrait se trouver.

Léocadie se posta contre la porte d’entrée, croisa ses jambes et attendit une réaction de la part de son amie. Celle-ci se contenta dans un premier temps d’engloutir une tartine, de vider son bol en céramique et de le poser dans l’évier. Puis elle étira ses membres dans un bâillement et demanda d’une voix pâteuse :

_ C’est quoi cette réunion ?

_ C’est justement ce qu’on veut déterminer. On pense que le Tudal a des ambitions politiques.

Sophie leva pour la première fois la tête en direction de Léocadie et fronça les sourcils.

_ "On" pense ?

_ Oui, le Comité, répondit calmement la blondinette. Tu en fais partie, je te rappelle.

La brunette entreprit alors de rassembler les miettes de pain à l’aide d’une éponge prévue à cet effet.

_ Tu sais, Léo, Je n’ai plus le loisir de m’y consacrer. Mes études me prennent beaucoup de temps. J’ai un examen la semaine prochaine.

_ Tes études ! s’exclama léo. Et c’est pour cela que tu ne viens pas à la manif ?

Sophie leva des yeux las, comme si elle s’apprêtait à énoncer une banalité inutile et que l’énergie que cela allait lui demander la fatiguait d’avance.

_ Evidemment. J’ai un cours, ce matin.

Léocadie décroisa ses jambes et reprit son trajet à travers la pièce. Son visage montrait maintenant un certain désarroi. Elle stoppa sa progression en face de la vitre, dans laquelle elle apercevait la silhouette de Sophie, forme colorée au milieu du gris du dehors.

_ On s’est toujours tout dit, tu sais, déclama-t-elle subitement d’une voix terne. On est amies, et les amis se disent tout.

_ Bien sûr, répondit Sophie, la voix cependant à moitié couverte par le son de l’eau qui coulait sur ses mains.

_ En tant qu’amie, reprit Léocadie sur le même ton, je crois être prête à tout entendre de ta part.

_ Je le crois aussi.

_ Alors pourquoi ne viens-tu pas à cette manif ? Pourquoi as-tu toujours des excuses fallacieuses pour éviter nos réunions du Comité ? Pourquoi es-tu de plus en plus distante avec moi ?

_ Oh, Léo ! s’écria Sophie en s’essuyant les mains. Je suis désolée que tu penses ça. Je ne t’évite pas, c’est juste que…

_ Pourtant, continua Léocadie d’une voix plus forte, tu t’entends bien avec mes amis. Je t’ai vue t’amuser avec eux, lorsque nous allions au Vestibule. Tu as l’air assez liée avec Fanny. Gino t’a même fait des avances.

Une expression de surprise se dessina sur les traits de la maîtresse de maison.

_ Comment tu sais ça ?

_ Ce n’est pas très difficile à deviner. Gino fait des avances à tout ce qui est du sexe féminin. Mais explique-moi : Est-ce que tu trouves toujours que je suis influencée par eux ? Tu crois toujours que c’est eux qui m’ont poussée à prendre les rênes du Comité ?

_ Non ! s’exclama Sophie, indignée.

_ Alors, dis-moi ! persifla Léocadie en se retournant et en affrontant durement le regard de sa confidente. Pourquoi ?

La grande brune garda le silence, les lèvres pincées et les muscles contractés.

_ Je vais être en retard à mon cours, déclara-t-elle enfin. Tu réfléchis trop… Si tu tiens à le savoir, je n’en ai rien à faire de votre Comité, rien à faire de savoir si le Tudal a des ambitions politiques, s’il porte des slips ou des caleçons…

_ Tu es avec eux ! s’écria Léocadie.

Sophie se figea sur place.

_ Mais non, cria-t-elle, à la limite de la colère. Tu ne comprends donc rien à rien. Je n’en ai rien à faire, tout simplement. Je ne suis ni avec eux, ni contre eux. Je m’en fiche comme de mes premières pantoufles. (Elle se mit à parcourir le même trajet dans la pièce, en sens inverse) Si je t’ai suivi dans les premiers temps, c’est par amitié, uniquement, et parce que tu avais besoin de soutien. Tu te rappelles ? Sophie la bonne amie, Sophie l’épaule sur laquelle on s’appuie, Sophie la logeuse gratuite et compatissante. Ce temps est révolu, cette Sophie là n’existe plus. Maintenant, tu as tout le soutien que tu désire – tes amis, ton Romain, ton Comité – tu n’as plus besoin de moi. Alors, écoute bien ta vieille copine, comme tu ne l’as jamais écouté : j’en ai marre de te suivre. Tu comprends, marre ! JE ME BARRE.

Léocadie passa une main dans sa chevelure blonde, visiblement troublée par cette déclaration inattendue.

_ Ecoute, Soph, je ne veux pas qu’on se brouille, c’est trop bête. Et je ne veux pas que tu te croies inutile. J’ai toujours besoin de toi, tu as toujours ta place dans le Comité. Tu es clairvoyante, intelligente…

_ Arrêtes tes boniments, reprit l’intéressée, furieuse. Je te parle d’amitié, et toi tu commences à détailler mes compétences et à me considérer comme une marchandise. Tu as complètement perdu le sens des réalités, tu deviens comme lui.

_ Comme qui ?

_ Tu as très bien compris ! Comme Léopold, comme le Tudal.

_ Mais tu perds les pédales ! Je le combats. Il faut bien que quelqu’un s’oppose à ce tyran.

_ Mais pas comme ça ! Ne fais pas l’innocente, tu sais très bien de quoi je parle. Tu endocrines les gens contre cet homme, exactement comme lui. Tu utilises les mêmes méthodes que lui.

_ Il faut bien que les hommes trouvent une raison de s’investir. Je leur en offre une, qui me semble juste.

A ces mots, Sophie attrapa fermement son sac et le jeta lourdement sur son épaule. Le fait qu’elle fût la seule étudiante du campus à encore préférer les livres aux disques informatiques n’était pas étranger au poids excessif de son bagage et à la grimace qu’elle exhiba à ce moment. Il était cependant certain qu’une autre forme de chagrin la tourmentait, loin du surpoids de son sac et du retard qu’elle était en train d’accumuler sur son cours imminent. Elle se dirigea promptement vers la porte dont elle agrippa la poignée, avant de se retourner vers Léocadie.

_ Tu me dégoûtes, lui lança-t-elle. Je ne sais pas ce que tu es en train de devenir. Tu es peut-être en train de perdre une amie, et toi, tu ne t’intéresses qu’à ton mouvement, tes projets… Si tu ne veux pas partir, moi, je pars. Claque bien la porte, elle se ferme toute seule.

Et comme pour lui montrer quelle était la marche à suivre, Sophie claqua la elle-même si fort de la poussière se souleva en un panache gris.

Avant de rejoindre le cortège, qui avait déjà dû partir sans elle, Léo resta plantée pendant quelques minutes, à méditer sur ce qui venait de se passer. A l’extérieur, le souffle court, les muscles contractés et les yeux humides, Sophie regrettait déjà son geste. Elle s’arrêta, se moucha et se dit la seule chose qui pouvait la rassurer : elle l’avait pour le bien de Léo.

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