Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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4ème Partie : les ennemis




Je n'ignore pas cette croyance fort répandue : les affaires de ce monde sont gouvernées par la fortune et par Dieu ; les hommes ne peuvent rien y changer, si grande soit leur sagesse ; il n'existe même aucune sorte de remède ; par conséquent il est tout à fait inutile de suer sang et eau à vouloir les corriger, et il vaut mieux s'abandonner au sort. Opinion qui a gagné du poids en notre temps, à cause des grands bouleversements auxquels on assiste chaque jour, et que nul n'aurait jamais pu prévoir. Si bien qu'en y réfléchissant moi-même, il m'arrive parfois de l'accepter. Cependant, comme notre libre arbitre ne peut disparaître, j'en viens à croire que la fortune est maîtresse de la moitié de nos actions, mais qu'elle nous abandonne à peu près l'autre moitié
Machiavel, Le Prince

4.1


Mes amis.

Si vous trouvez ce mot, quelque part dans l’appartement (je ne sais pas encore où je vais le mettre je pense très sérieusement à la table de la cuisine), et que je ne suis pas à proximité, c'est que je ne vis plus chez vous.

Gino, ne fais pas cette tête de chien battu. Marco, ne t'énerve pas. Romain, ne dis pas que tu le savais, je t’entends d’ici. Attendez au moins que je vous aie expliqué mon geste avant de réagir comme vous savez si bien le faire.

Vous savez que je n’aime pas les longues lettres ; je n’aime pas les lire et encore moins les écrire. Pourtant, je pense que cette lettre sera longue, tout simplement parce que j’ai beaucoup de choses à y mettre. J’aurais bien aimé pouvoir l’enregistrer sur une console média, dicter sobrement mes paroles à une machine servile, mais il n’y a ici pour s’exprimer que le papier et le crayon ; alors je suis bien obligé de m’en contenter. Remarquez, ce n’est qu’un moindre mal, parce que si ma déclaration y perd en spontanéité, elle y gagne en clarté (enfin, j’espère).

Je viens d'écrire que j’avais beaucoup de choses à vous dire, alors voici mes déclarations : Tout d’abord – même si cette entrée en matière peut vous sembler curieuse – sachez que je vous aime, tous. Tous, même Fanny qui a mystérieusement disparue en laissant notre Marco aussi désœuvré qu’un lion en cage. Je crois d’ailleurs savoir pourquoi elle est partie sans dire un mot, et lorsque vous le saurez aussi vous ne pourrez pas lui en vouloir.

Ainsi, je vous aime tous, comme des frères. Oui, comme des frères. Toi aussi, Romain, bien que ça te fasse de la peine, que ça alimente ta haine du monde ou que ça te désespère au delà de toute imagination. Lorsque je t’ai rencontré, dans cet étal où tu balayais les miettes de pain (j'en ris encore), j’ai cru voir en toi un beau gosse, mignon et marrant ;un nouveau mec auquel je pourrai m’accrocher avant de me faire mettre dehors. C’est comme ça que ça s’est toujours passé, jusqu’à présent. Je sais maintenant que me trompais, que tu étais bien plus que ça. La Rue du Quai a représenté durant cette année bien plus qu’un toit sous lequel m’abriter. Dans ce loft, je me suis sentie chez moi, ce qui ne m’était jamais arrivé. Chez vous, j’ai trouvé une famille, la famille que j’ai toujours rêvé d’avoir.

Je me rends compte que ce serait sans doute le moment que je vous parle de mes parents. Vous, qui êtes tous orphelins, avez été si compréhensifs à ce sujet (je me demande d’ailleurs comment vous avez fait) que vous méritez une explication. Mon histoire est simple, affligeante de simplicité, à tel point que vous en avez déjà sûrement vu circuler une copie conforme sur un écran de média. C’est celle de la petite fille riche qui veut fuir sa prison dorée. Vous voyez ? Pas très original. Pas besoin d’en rajouter ,il suffit de fermer les yeux pour imaginer cette petite fille grandir dans son cocon moelleux à l’abris de toutes les atteintes du monde extérieur, puis de se confronter, accidentellement, à la dure réalité de la vie et enfin de faire le choix de fuir l’opulence et le luxe au profit de l’indépendance et de la simplicité. Les détails n’ont pas vraiment d’importance, seul importe le résultat : je suis là. Et vous êtes ma nouvelle famille.

Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Ou plutôt, pourquoi est-ce que je vous l’écris ? Parce que je n’ai jamais osé vous en parler, vous qui êtes si seuls, frappés par la fatalité, alors que j’ai choisi mon isolement. Mais je vous assure que je suis 1000 fois plus heureuse ainsi. J’ai perdu mon confort mais j’ai gagné ma liberté, qui est désormais le bien le plus précieux que je possède.

Alors, pourquoi vous ai-je quitté ? Est-ce une autre crise d’enfant gâtée, une fugue d'adolescente attardée ? Non, c’est une résolution mûrement réfléchie. D’ailleurs, la longueur et la franchise de cette lettre devrait vous en convaincre. Voici mon explication :

Tout d’abord, n'accusez pas ce pauvre Père Alison. Je sais qu'il présente le profil du coupable idéal. Depuis qu'il habite avec nous, il passe son temps à essayer de nous convaincre que le Tudal est le Diable personnifié et que la clef de notre révolte se trouve dans les Saintes Ecritures. Avec le mal que j’ai eu à vous convaincre que le Tudal et Léopold ne formaient qu’une seule personne, je comprend que ce point de vue puisse vous choquer. Je sais, depuis qu'il habite avec nous, mon comportement a changé ; je suis plus souvent à son chevet à écouter ses idées qu'à m'occuper du Comité ou à imaginer des actions contre le Tudal. Mais, je n'ai pas cédé à son idée, ni davantage à celle de Moerl. Je garde toujours ma liberté de penser. Seulement, sa proximité m'a influencée et je vois maintenant la résolution du problème "Tudal" d'une autre manière. Ce n'est pas vraiment sa présence dans nos murs, ni la nature de ses propos, qui m'a poussée à partir, mais plutôt la sincérité de son engagement.

Chacun de nous doit résister, si c'est notre volonté, notre conviction intime. Mais nous n'avons pas tous les mêmes armes à notre disposition, ni tous les mêmes envies. Les armes du père Alison ont été durant un temps la prière et un prêche virulent. Désormais, il ne résiste plus qu'en restant ce qu'il est, en restant fidèle à sa foi et à ses idée. Si tout le monde en faisait de même, le Tudal n'aurait plus de prise sur les hommes. Pour ma part, je croyais avoir trouvé mon mode d'action idéal en prenant la tête du Comité.

Mais ce n'était pas ainsi que mon action devait être efficace.

Je ne peux pas vous révéler en quoi consiste ce nouveau mode d'action, il en va de votre sécurité. Et de la mienne. Tout ce que je peux vous dire, c'est ce que je ressens. Depuis quelques temps, j'ai l'impression que tout s’accélère. Je ne me sens plus maître des opération, on dirait que tout me file entre les doigts. Il ne vous est jamais arrivé de faire une course contre un concurrent beaucoup plus rapide que vous ? Plus vous faites d'efforts et plus il vous distance, avec une facilité déconcertante. Le seul moyen de gagner la course est alors de tricher, de prendre un raccourci. C'est ce que j'ai choisi de faire : prendre un raccourci pour gagner contre le Tudal. Une de nos sources m'a prévenue qu’il comptait se présenter aux élections présidentielles. C'est couru d'avance, s'il fait campagne, il va gagner et moi, j’aurai perdu. Je ne peux pas laisser faire ça, je dois agir. Et je dois agir vite. Je crois que le destin est en marche, qu'on ne peut plus l'arrêter. Quoi que je fasse, les choses évolueront comme elles sont censées le faire. Alors autant que j'en fasse le maximum dans la dernière ligne droite.

Je ne suis pas certain que mes explications soient très claires, tout compte fait. Mais si je reste confuse, c'est pour votre propre bien, pour vous éviter de prendre des risques. Alors, je vous le marque en gros : N'ESSAYEZ PAS DE ME RETROUVER. Vous n'y arriverez jamais, il y a trop d'épisodes de ma vie que vous ignorez. Il ne vous reste plus qu'à continuer de vivre comme vous le faisiez avant de me connaître et à espérer que mon choix soit le bon.

Une dernière chose. Rappelez-vous, mes amis, lorsque le père Alison m’a appelé, alors que nous tentions une énième fois d’échafauder une stratégie contre Dool et le Tudal, et qu’il m’a appris que son presbytère avait été brûlé par un groupuscule de fanatiques Tudalistes. Vous avez alors accepté mon choix et vous l’avez intégré dans notre loft. Maintenant, tout ce que je vous demande c'est d'accepter à nouveau mon choix et de me laisser libre de mener mon action à ma guise.

Je vous dis adieu, mes amis, mes frères, tout en espérant que ce ne sera qu'un au revoir.
Léo.
PS : Je vous avais bien dit que ce serait une longue lettre.
La voix traînante de Romain se tut, et avec elle les derniers échos des paroles écrites par Léocadie. Dans la salle à manger, seuls les rideaux ondulant sous un vent d'automne bougeaient, chaque personne assise autour de la table restant prostrée dans un mutisme solitaire. Romain, Marc, Gino, même le père Alison ; tous présentaient la même mine torturée, et le clin d'œil final voulu par l'auteur de la cinglante lettre n'y changeait rien.

Comme souvent dans de telles circonstances, ce fut Gino qui rompit ce pesant silence.

_ Il faut la retrouver…Non ?

Pour seule réponse, un reniflement, un grincement de chaise et des bruits de pas : Romain se levait et se dirigeait vers la cuisine.

_ Si seulement je l'avais vu venir, ragea-t-il.

_ Tu n'as pas à t'en vouloir, lui dit Gino. Elle a écrit que c'était pas notre faute.

_ Oui, fit Romain en pointant du doigt le père Alison. C'est la sienne.

Le petit homme se ramassa sur sa chaise. Il portait un survêtement trop grand pour lui et paraissait encore plus petit et fragile qu'il ne l'était réellement.

_ C'est possible, acquiesça-t-il avec contrition, même si c'est involontaire. Je l'ai sans doute trop abreuvée de références religieuses. Elle se sera sentie une âme de sauveuse…

_ J'espère que ce ne sera pas une âme de martyre.

L'homme d'Eglise leva des yeux désolés vers le pimpant jeune homme qui le surplombait de toute sa colère.

_ Où est-elle ? lui demanda Romain, le rouge aux joues.

Il baissa la tête

_ Je n'en sais rien.

_ Il a raison, intervint Gino. Comment veux-tu qu'il sache quoi que ce soit. Ce sont nous ses amis, c'est à nous de nous creuser la cervelle.

_ Bien sûr, bien sûr, marmonna Romain. Mais où est-ce qu'elle a bien pu se fourrer ? Bon sang, comme si c'était le moment d'aller jouer les filles de l'air.

_ Si je peux me permettre, émit le père Alison d'une voix faible, je ne sais pas si nous devons aller la chercher. Pour moi, Léocadie a fait un choix et nous nous devons de le respecter, même s'il nous en coûte.

_ Vous avez raison, rétorqua Romain. Nous n'allons pas la chercher. Parce que vous, vous allez déguerpir d'ici au plus vite. Ce n'est pas parce que Léo a eu pitié de vous que vous faites partie de la famille.

Gino et Marc restèrent de marbre. Ils n'avaient pas les arguments pour contrer Romain, et n'étaient même pas certains d'en avoir envie. La présence de l'ecclésiastique dans leur loft avait durant ces quelques mois compliqué les choses : l'atelier de Gino avait dû être réaménagé en chambre, la logistique quotidienne s'en été retrouvée alourdie, les discussions étaient devenues moins franches qu’à l’accoutumée. Sans compter que cacher un représentant d'une religion que plus personne n'acceptait désormais présentait quelques inconvénients, surtout lorsque l'on avait fait le choix de vivre aussi discrètement que possible. Et, depuis l'apparition du curé, Léocadie avait peu à peu changé de comportement en se désintéressant du Comité et en se plongeant dans des lectures cabalistiques. Pas vraiment le genre de la maison.

_ Si vous voulez que je parte, je partirai. Mais vous oubliez un peu vite que Léocadie a écrit en lettres grasses de ne pas tenter de la retrouver. Elle a déclaré vous considérer comme sa famille ; une famille doit accepter le départ de ses enfants et non les retenir.

_ Ne me parlez pas de famille, grinça Romain, vous qui avez juré de ne jamais en fonder. Et puisque vous doutez de la pertinence de mon choix, nous allons le voter à main levée. Vous, le prêtre, je vous rappelle que votre voix ne compte pas. Qui est d'accord pour partir à la recherche de Léocadie ?

Il jeta un regard accusateur à Gino, qui n'eut d'autre choix que de lever son bras. Romain leva également le sien et Marc resta prostré sur sa chaise, le regard perdu dans le vide. Le grand gaillard venait à nouveau de craquer au départ d'un membre de la "famille". Une blessure récente se réouvre plus facilement.

_ Deux contre un, commenta Romain. La recherche est votée. La question est maintenant : où chercher ?

_ Elle est peut-être revenue voir son ex, suggéra Gino. Le dealer.

Romain frissonna à l'idée de savoir sa Léo en compagnie de ce dégénéré. Il espérait qu'elle n'avait plus de contacts avec lui, de près ou de loin. Il scruta Alison du regard, qui détourna la tête.

_ Sophie, grogna Marc. Allez voir chez Sophie.

_ Pourquoi chez elle ? On n'a plus de nouvelles depuis des mois.

_ Justement, expliqua le géant. C'est peut-être un signe. Et c'est votre seule piste.

_ Mais tu ne viens pas ?

_ Pas envie…

_ On y va tout de suite. Vous, le prêtre, on ne veut plus vous voir à notre retour.

Marc posa sa tête dans sa main, à la manière du penseur de Rodin. Gino se leva pour se servir un verre dans la cuisine. Romain prit les clef du loft, attrapa l’artiste par le bras avant qu'il n'ait atteint l'évier et l’entraîna vers la porte.

Le père Alison ne bougea pas avant plusieurs minutes.

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