Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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4.4


Le Tudal n’avait généralement aucune difficulté pour passer incognito lors de ses rares sorties publiques. Lorsqu’il dînait au restaurant, il pouvait débarquer nu ou déguisé en clown et ne déclencher aucune réaction de la part des observateurs. De même, il pouvait sans réels efforts passer au yeux de tout ce parterre pour le pape, Gandhi ou même Jésus si l’envie lui en prenait, et effacer ensuite l’incident de la mémoire des témoins. Sa connaissance de la psyché humaine lui réservait de moins en moins de zones d’ombres et ses opérations de suggestion mentale de groupe, même s’il essayait de s’adonner à cette pratique avec un maximum de retenue, s’avéraient de plus en plus aisées.

Mais, ce soir là, il n’avait pas le loisir de se grimer mentalement et de contrôler les réactions de son entourage ; il ne pouvait se permettre aucune fantaisie. Ce soir, il ne sortait pas seul et cette présence lui imposait de s’habiller en Tudal, de revêtir son habit de chair et d’os qui lui allait si bien. La seule précaution qu’il prit pour éloigner les regards indiscrets fut de réserver une salle particulière et de recommander au serveur de ne pas signaler sa présence, ni celle de son invité. En effet, une entrevue entre le Tudal et le PDG de Starnet Europe avait de quoi faire couler de l’encre.

_ Voulez que nous fassions la cérémonie du pain ? s’enquit son invité sans réelle conviction.

_ Non, le rassura le Tudal. Je suis un peu las de toute cette mascarade. Elle est nécessaire à l’homme du peuple demandeur de repères mais me porte parfois sur les nerfs. Parlons en toute simplicité, si vous le voulez bien, comme deux homme affaires. Que les complications spirituelles ne nous touchent pas.

Le ton était posé : le Tudal ne voulait pas que son interlocuteur voie en lui l’homme d’Eglise, le gourou fédérateur. Seul le chef d’entreprise était assis en face de lui. Les deux hommes échangèrent des propos anodins et commandèrent des plats très onéreux. Le Tudal savait que la puissance se manifestait souvent par un étalage d’argent, et les deux forces en présence représentaient chacune une énorme puissance. Les plats fumants furent servis, le vin coula dans les verres ballon, des petit pains chauds arrivèrent dans un panier en osier. Les serviettes se posèrent doucereusement sur les genoux, les mains cherchèrent des poses naturelles – en vain ; l’entrevue commençait par un tête à tête gêné.

La tension entre les deux hommes resta à ce même niveau et la conversation ne s’éleva guère au dessus de la conversation mondaine jusqu’à ce que l’homme en costume gris ne finisse par demander :

_ Monsieur le Tudal, puis-je savoir pour quelle raison vous voulez contrôler mon entreprise ?

Le Tudal nota mentalement la formule de politesse qui mêlait habillement son titre officiel à un recul poli. Il fit également semblant d’avoir une geste de surprise, précaution nécessaire.

_ Monsieur Anguinolfi, vous faites fausse route. Je ne sais pas comment vous est parvenue cette rumeur, mais elle est fausse. Et puis, comment pourrais-je contrôler une entreprise telle que Starnet, la plus grande d’Europe ?

Anguinolfi fit une moue, apparemment insensible à la flatterie, et coupa un morceau de pain en deux. Le Tudal nota le symbole et en sourit intérieurement.

_ De son côté, Tudal a pris des proportions impressionnantes. Le cours de votre action monte en flèche, pulvérisant toutes les tentatives de spéculations. Votre petit show de l’autre soir a également fait son petit effet. (Il engloutit un morceau de pain et le mâcha lentement avant de poursuivre) Savez vous ce qui m’étonne ? Au niveau de développement que vous avez atteint, vous pourriez vous permettre de nombreux coups d’éclats, mais vous n’en faites rien. On dirait que vous reculez pour mieux sauter, et on a déjà vu la petite entreprise manger la grande, surtout une entreprise comme la votre, qui fait…de l’aérophagie financière.

Les doigts rangés sous son menton, le Tudal sourit de nouveau, extérieurement. Il aimait la métaphore.

_ Monsieur Anguinolfi, vous faites l’erreur de considérer Tudal comme une entreprise banale. Le fait est qu’elle n’a pas un but mercantile. Elle œuvre pour le bien de la population.

_ Ne me faites pas rire. Je refuse de croire que vos prêtres soient bénévoles. Et puisque vous venez de rendre publique votre apostasie d’avec l’Eglise catholique, vous allez avoir besoin d’argent. Alors parlons honnêtement : Vous êtes très pris, moi aussi ; dites moi pourquoi vous avez provoqué cette entrevue.

Le Tudal but une gorgée de vin. Il prit soin de faire durer son geste aussi longtemps que possible, en imitant la technique de son hôte. Dans le même temps, le serveur apporta les plats avec une inutile élégance.

_ Je voudrais que nous tissions des relations commerciales.

_ Nous y voila ! Qu’entendez vous par « relations commerciales » ?

_ Je vous donne l’occasion d’établir sur la planète une suprématie telle que vous n’en avez jamais rêvé. Vous me laissez gérer cette expansion de la médiatechnologie à ma guise et, en contrepartie, le Tudalisme ne payera jamais rien à Starnet.

Anguinolfi prit une bouchée de mousse de fois gras avec un peu de pain, mastiqua avec insistance et rétorqua avec suspicion :

_ Vous m’aideriez à introduire la médiavision dans d’autres pays ?

_ Exactement.

_ Quels pays ?

_ J’ai conclu un contrat tacite avec certains chefs d’état. Vous n’êtes pas sans savoir que les dictateurs ont officiellement disparu de la surface de la planète ; il n’y a plus aujourd’hui que des hommes arrangeants et soucieux de l’avenir économique de leur pays. Certains de ces hommes sont très intéressés par le potentiel que recèle la médiavision : Congo, Somalie, Soudan, Sri Lanka, Qatar… Pour ne citer qu’eux.

Il n’y avait effectivement qu’eux à citer.

Anguinolfi se repassa mentalement la liste des caractéristiques de ces pays, les yeux perdus dans les enluminures du plafond.

_ Qatar… Qu’est qu’un pays producteur de pétrole a à y gagner ?

_ De l’argent, comme les autres. Le pétrole n’est pas inépuisable.

Anguinolfi arbora la même moue dubitative qu’au début de l’entretien.

_ Il n’est pas inépuisable, mais les énergies de remplacement dont on parle depuis un siècle tardent à le détrôner.

_ Elle le feront un jour, croyez moi. Et les pays du Proche-orient sentent le vent tourner.

Le PGD se laissa aller en arrière sur sa chaise.

_ Comment voyez vous cet hypothétique partenariat ?

_ Vous vous occupez de l’installation et de la maintenance de toutes les lignes, ce qui devrait accroître substantiellement votre activité. Vous m’octroyez les lignes à titre gracieux dans un premier temps, le temps que l’utilisation de la médiavision se démocratise dans ces pays reculés…

_ …Et que le Tudalisme s’y installe !

_ Tout à fait. Lorsque nous serons implantés, la médiavision trouvera son public d’elle même, ne serait-ce que par les nombreuses communications religieuses qui seront nécessaires au culte.

Le serveur emporta artistiquement les plats vides, dans une danse qui rappelait la libellule voletant entre les brins d’herbe.

_ Qu’y gagne Starnet ? Vous m’avez dit que les communications du Tudalisme devaient demeurer gratuites.

_ Celles des dirigeants Tudals et des communications messianiques, oui. Mais les adhérents payeront leurs appels personnels.

_ Hum…Et vous croyez que ce sera rentable ? Ces pays ne sont pas réputés pour le taux d’alphabétisation de leur population.

_ C’est un rôle du Tudalisme que de contribuer à l’éducation des peuples, à travers l’étude du culte. En considérant une participation de 90 % de la population et la mise en place d’un foyer de communication par grande ville, l’opération devrait être largement rentable.

_ Vous êtes fou ! Vous croyez que votre mouvement va aussi bien marcher dans ces pays qu’en Europe ? Ces gens là n’ont pas besoin de vous.

_ « La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. » Je n’invente rien, c’est de Marx. Les pays où je compte m’implanter regorgent d’opprimés et sont d’avides de cœur et d’âme. Notre venue sera comme une libération.

Deux nouvelles assiettes se posèrent sur la table. Anguinolfi goûta prudemment à la sauce de son homard tandis que le Tudal observait les volutes de fumée qui s’échappaient de son agneau au foie gras.

_ Franchement, s’exclama le PDG de Starnet, un taux de 90 % d’adhésion…c’est illusoire !

_ Pas du tout. Voyez comme nous avons gagné l’Europe. Qui aurait parié là-dessus il y a ne serait-ce que six mois ? Nous nous installerons en Afrique et en Asie aussi bien qu’en Europe.

_ Vous êtes bien optimiste. Il me semble qu’il n’y a qu’en France que le Tudalisme est majoritaire. Nos voisins Européens restent encore bien timides à adopter nos rites.

_ C’est parce qu’ils n’ont pas encore compris le message du Tudalisme. Maintenant que notre implantation dans ces territoires est presque achevée, la conversion de l’Europe est inévitable, à plus ou moins long terme.

_ D’accord. Admettons que l’Europe soit un territoire conquis, le reste du monde est bien différent. Toutes les croyances tribales, les dogmes locaux enracinés dans des pratiques locales depuis des millénaires, qu’en faites vous ?

_ Nous ne ferons pas l’erreur du Christianisme de vouloir remplacer le culte existant. Nous intègrerons les dogmes antérieurs et nous les adapterons progressivement au Tudalisme, de la manière la plus naturelle qui soit. C’est ainsi qu’a procédé l’Islam pour s’implanter en Afrique et à l’Est de l’Indus, ainsi que le Bouddhisme en Inde et en Asie méridionale. Ça s’appelle le syncrétisme. D’ailleurs, nous avons déjà commencé à nous adapter en Europe, en modifiant nos rites pour les intégrer au mode de vie local, et cela fonctionne. La conquête des autres continents prendra juste plus de temps et se heurtera des traditions mieux ancrées, mais elle aura lieu.

_ Je vous trouve bien sûr de vous. Comment pouvez vous être assuré de la rentabilité de l’opération ? Avez-vous fait des études, des prévisions ?

_ Avec la technologie satellite, il n’y a plus besoin de câbles, ou très peu. Dans les pays que je vise, l’habitat est relativement concentré. Vous n’aurez qu’à installer quelques centres médias de façon judicieuse et vous verrez bien le résultat. Au vu de votre poids financier, ce ne sera qu’une goutte d’eau à peine visible et n’influera que très peu dans votre équilibre budgétaire. Ensuite, selon les résultats obtenus, vous serez à même de multiplier les points médias et d’accroître vos investissements dans ces secteurs. Vous n’avez quasiment rien à y perdre : Vous fournissez le produit, je vous apporte le client. Vous n’aurez même pas à faire de publicité. Le seul compromis que je vous demande est la gratuité des communications pour les membres du Clergé Tudal et pour les appels officiels, tant que durera de Tudalisme, dans ces pays.

_ Je vous rappelle que la technologie satellite est toujours très chère. Nous ne l’avons pour l’instant jamais utilisée.

_ Nous avons une connexion satellite permanente avec un foyer secret situé en Egypte. Elle est à votre disposition.

Anguinolfi s’épongea la bouche à l’aide d’une serviette.

_ Votre réputation est donc bien réelle. Il est impossible de vous résister.

_ La vôtre est de toujours faire les bons choix. Je suis certain que vous allez y rester fidèle.

Et le Tudal mordit avidement dans sa bouchée d’agneau.

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