Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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4.6


Apprivoisé…

Tyler Dool resta de longues secondes planté devant le miroir des toilettes, ses mains moites lissant l’émail du lavabo. Ainsi, il était apprivoisé ; c’était ce que lui avait lancé Balthazar, quelques minutes plus tôt. Il avait prononcé ce mot sans arrières pensées ; il n’y avait eu ni malice, ni méchanceté, ni charbonneux calcul dans cette assertion, juste l’énoncé d’une situation que tout le monde avait intégrée depuis longtemps. Tout le monde sauf lui. Lui, le limier, la bête incontrôlable, le prédateur ultime de la race humaine ; lui, Tyler Dool, fils d’un réfugié Polonais, qui avait sans état d’âmes fait torturer des agitateurs et des intellectuels dans plusieurs pays, qui avait tué de ses mains sans réelle nécessité, qui avait vendu ses noirs services aux dirigeants les moins fréquentables de la planète. Lui, il était maintenant apprivoisé. Apprivoisé, comme un chat, un chien…un cochon d’inde. Il était passé en quelques mois du statut de rapace, de reptile, de fauve, à celui d’animal familier. Obéissant, intègre, il était devenu digne de confiance, bien sous tout rapport. Une bonne place, du caractère, une bonne présentation : le gendre idéal.

Dool détourna son regard du visage qui lui faisait face.

Que s’était-il passé ? Comment avait-on pu lui imposer une muselière, à lui qui mordait sans distinction la main qui nourrit comme celle qui punit ?

La réponse était évidente et tenait en un mot : Tudal. D’une manière ou d’une autre, ce personnage l’avait dressé, sans qu’il ne s’en rendre compte lui-même – mais n’est-ce pas là la caractéristique des dompteurs de talent ? Par sa voix il lui avait fait plier l’échine, par ses caresses il l’avait amadoué, par ses coups de crosses il l’avait maté.

Le Tudal avait fait de lui un homme civilisé. Comme l’homme-singe s’était converti en Sir Greystoke, il était devenu un homme du monde, un homme d’affaire, un homme rangé. Il était parvenu à l’intégrer dans ce système qu’il rejetait depuis sa naissance, ce système qui avait tué ses parents à la tâche, qui l’avait placé dans des familles qui ne l’aimaient pas, qui l’avait enlevé trop tôt du douillet monde de l’enfance et oublié dans celui des traînes-misère, des indigents, des gueux, des parias, des hors-la-loi, des misérables. Cette société qui l’avait forcé à se rebeller, à exacerber sa hargne, à cracher sa folie de vivre, qui pour survivre l’avait fait plus bête qu’homme ; cette société qui lui avait fait préférer le combat à la compassion, l’ombre à la lumière, la mort à la vie, qui avait fait de lui le plus formidable outil de persuasion et de corruption, le maître de la domination, de la coercition et de la soumission, le routinier des actions les plus viles et les plus sales ; voilà que cette société le rappelait à lui, l’acceptait en son sein, le berçait indolemment de ses faveurs. Celle qui, après l’avoir enfanté, l’avait renié, le reconnaissait enfin comme son enfant légitime.

La question n’était pas de savoir si sa transformation était magique ou diabolique, bénéfique ou néfaste, l’œuvre du bien ou celle du mal. Le fait était simple : il était devenu un autre. Sa force résidait autrefois dans sa rage, son culot, son désir de nuire, sa soif de vengeance ; elle se situe désormais dans sa capacité de réflexion, son recul, son calme, sa connaissance du problème donné. Ces faits n’étaient plus à démontrer mais à accepter. Il avait vu les hommes les plus durs pleurer à chaudes larmes sous la pression appropriée et des parfais couards se révéler de véritables rocs lorsque la situation l’impliquait. Il était dans la nature humaine de changer, de s’adapter, de se courber sous la contrainte comme un métal chauffé au rouge. Ce qui lui arrivait n’était ni plus ni moins qu’une réaction normale à la vie sédentaire – mis à part l’épisode Egyptien – organisée et hiérarchisée qu’il vivait depuis qu’il appartenait au Tudalisme. Il convenait désormais de vivre avec et non de tenter de la combattre.

Dool sortit des toilettes. Son visage reflétait une quiétude naturelle ; pas une miette de son bouillonnement intérieur ne se lisait sur ses traits. Il tourna d’une main assurée la poignée de sa porte et pénétra dans son bureau avec les idées claires. Son changement n’était, somme toute, pas une mauvaise affaire. Il se faisait vieux et une vie claire et rangée était ce qui pouvait lui arriver de mieux. Il faudrait juste qu’il en touche deux mots avec son "bienfaiteur", dans une discussion des plus masculines, à l’ancienne, en tête à tête. Mais encore faudrait-il qu’il en ait la possibilité. Et le courage.

A peine cette pensée s’était-elle insinuée dans les replis de sa conscience que son regard se posa sur une silhouette assise dans son fauteuil. Cette vision lui fit l’effet d’une apparition spectrale, comme si ce personnage n’avait pu qu’être généré par la fièvre intérieure de son cerveau. Pourtant, la réalité de la situation finit par s’imposer à lui et il reconnut l’homme qui l’attendait, celui-là même qui hantait ses réflexions depuis plusieurs minutes. La situation était surréaliste, mais elle était claire : dans l’intimité de son bureau, le Tudal était venu lui parler, à l’ancienne, dans un tête à tête des plus masculins.

Tyler Dool réajusta les plis de sa veste en même temps que ses pensées et se courba légèrement devant son employeur.

_ Tudal, dit-il, heureux de vous voir en chair et en os. Cela faisait longtemps.

_ En effet, cher Tyler. La médiavision rapproche les idées mais éloigne les êtres. Je suis désolé de m’être ainsi installé derrière votre bureau, mais il me tardait de savoir ce qu’on ressentait, assis à la place de Tyler Dool.

_ Je vous en prie, mettez vous à l’aise, fit Dool en prenant une chaise. Ce bureau est vôtre.

L’animal avait reconnu son maître. Contrairement à la proposition de Tyler, le Tudal se leva et tira les rideaux, ce qui illumina la pièce d’une saine lumière naturelle. Le bureau, ainsi ouvert à la clarté du jour, paraissait vide, propre, comme s’il ne servait jamais. Les murs ne supportaient pas de cadres, le bureau ne recelait pas le moindre objet personnel, même les étagères n’exhibaient que des rangées de dossiers jumeaux, sans aucune personnalisation. En fait, la pièce paraissait aussi nue que l’était son occupant aux yeux du Tudal.

Ce dernier entreprit également d’ouvrir la fenêtre ; un flot composé d’air extérieur, assez doux, de senteurs oxydées et de bruits de klaxons se mêla à celui qui composait la pièce.

_ C’est une belle journée, commenta le Tudal. Nous allons sûrement avoir un été indien. Alors pourquoi ne pas profiter un peu du beau temps ?

_ En effet, admit Dool.

Le Tudal, appuyé contre le mur crème, gardait le silence et dévisageait son employé.

_ Vous vouliez me demander quelque chose ? hasarda Dool.

_ Non, Tyler. J’avais des révélations à vous faire.

_ A moi ?

_ A vous, oui. Que vous le vouliez ou non, vous êtes toujours mon joker dans le jeu que constitue le Tudalisme. Il y des cartes que vous vous devez d’avoir en main, alors que les autres ne supposent même pas leur existence. Vous n’ignorez pas que je compte me présenter aux prochaines élections présidentielles. Le président en place est désormais d’accord pour m’appuyer publiquement et, pour ainsi dire, transmettre le flambeau de la main à la main.

Dool se remémora la scène de "persuasion" dont il avait été partiellement témoin et une boule se forma au creux de son estomac. Ce qui le mettait mal à l’aise, ce n’était pas la violence qui avait été employée, mais le fait qu’il ne sût pas de quelle nature avait été cette violence. Si le traumatisme immédiat s’était estompé, cette entrevue lui laissait encore un arrière-goût amer, justement parce qu’il ne pouvait toujours pas s’expliquer rationnellement ce qui s’était passé.

_ Je compte rendre publique cette passation de pouvoirs, ajouta-t-il. Une interview publique, durant laquelle je ferai doucement glisser les questions dans ce sens, est prévue dans une semaine.

_ Je n’ai pas une grande expérience dans la communication, avança Tyler, mais n’est-ce pas un peu tôt ? Les élections n’ont lieu que l’année prochaine.

_ Croyez-moi. C’est le moment idéal.

Dool ne rajouta rien. Le ton qui avait été employé enterrait toute volonté de contester ou même de rétorquer. De plus le Tudal n’avait, à sa connaissance, jamais commis d’impair, malgré des choix plus ou moins irrationnels.

_ Si votre décision doit être annoncée dans une semaine, fit Dool dans un léger sourire, c’est que ce n’est pas la confidence que vous vouliez me faire. Ou alors, vous attendez de moi une réaction rapide.

_ Vous avez doublement raison, Tyler. Ce n’est en effet pas l’objet de ma venue, mais j’attends pourtant de vous une action rapide. Voyez-vous, je crains de devoir vous renvoyer en Egypte.

Nouveaux souvenir, cette fois-ci plus âpres : visions fugaces, sable ocre volant en rafale, alignements de soldats en treillis, campements fragiles sous le zénith, jeeps traçant une piste éphémère au milieu du désert ; odeurs rémanentes, silice perforant les narines, graisse chaude des armes, sueur humaine, nourriture chiche et indigeste ; sensations aussi, rudesse obligatoire du briefing des nouvelles recrues envoyées par Chein, déjà presque converties au Tudalisme, attention de tous les instants sur la nature des entraînements, sur les résultats, sur la réaction des hommes, fouet du vent sur le visage, brûlures du soleil le jour, morsure du froid la nuit, stress à la veille des compte-rendus hebdomadaires. De bons souvenir, de ceux qui marquent, qui façonnent une vie, qui endurcissent, mais aussi qui creusent les rides et qui blanchissent les cheveux.

Il en était conscient, son séjour là-bas avait contribué à son changement. La rigueur qu’il avait dû inculquer à ses hommes, il se l’était appliquée d’abord à lui-même. Ce séjour avait su éduquer la bête qui sommeillait en lui et lui imposer des règles. Il avait du mal à se l’avouer, mais cette épreuve lui avait fait découvrir de nouveaux pans de son caractère, lui permettant de gérer une équipe. Il avait appris le grégarisme, la commensalité ; il avait perdue une partie de son individualisme. De loup solitaire, il était devenu chef de meute.

_ Que s’est-il passé ? demanda-t-il.

_ La situation s’est quelque peu dégradée.

_ Chein n’est pas capable de faire front ?

Le Tudal se détacha du mur et mis ses mains dans son dos.

_ Ce n’est pas ça. Loup est toujours chargé du recrutement, et l’homme qu’il a chargé de vous remplacer n’est pas à la hauteur. Il y a des conflits entre les recrues qui avaient commencé l’entraînement sous votre férule et les nouvelles. Votre présence est indispensable pour ramener l’ordre et égaliser le niveau de tous les soldats.

Dool secouait lentement la tête, le regard vissé sur ses pieds. Il entendait parfaitement bien ce qu’on lui disait mais le sens des mots ne le touchait pas, glissait à travers lui. Il était insensible aux arguments du Tudal, qui – il le savait – étaient fallacieux. Mais, parallèlement, ces paroles s’accrochaient en lui aussi sûrement qu’une tique, dans des replis de son être qu’il ne maîtrisait pas. Il avait beau se débattre intérieurement, chasser aussi violemment qu’il pût ces mots, ces phrases, il lui semblait impossible de refuser le sens qu’ils véhiculaient : il fallait qu’il retourne dans ce désert.

Il essaya toutefois une dernière esquive.

_ N’y a-t-il personne de mieux qualifié que moi pour cette tâche ? Je ne suis pas maître de guerre, vous le savez bien.

_ Tyler, cette mission est d’une importance capitale. Je n’ai confiance qu’en vous. Mon accession au poste de dirigeant national va non seulement accélérer, mais aussi compliquer les choses. Ce n’est pas une alternative qui m’enchante, mais nous devrons peut-être entrer en guerre lorsque je serai élu. C’est même une forte probabilité.

_ Une guerre !

_ Il est peu crédible que les autres pays acceptent de se laisser gagner par le Tudalisme sans réagir, bien que mes paroles prêchent le contraire. Si, dans un avenir proche, le chef de l’Etat Français est également le dirigeant du Tudalisme, il est facile d’assimiler le pays à la religion. La résistance des pays face à notre avancée, si elle a lieu, sera donc une réaction à l’échelle d’un état. Les états ont deux manières de communiquer : la diplomatie et la guerre. Mais l’une est bien plus rapide et persuasive que l’autre.

_ Une guerre…répéta Dool à mi-voix.

_ Dans le cas d’une attaque ennemie, l’armée Française est puissante, mais insuffisante. Cela fait des décennies que nous n’avons pas eu de guerres ; nos soldats sont rouillés, démotivés et démodés, tout comme notre arsenal. C’est pour cela que l’importance des hommes que vous entraînez est capitale. Non seulement leur mode d’attaque, farouche et direct, va étonner, déstabiliser l’ennemi, nous donnant ainsi un avantage psychologique, mais leur action sera accompagnée d’un élément déterminant, qui sera à même de faire plier l’opposant.

_ Quel élément ?

Le Tudal enfonça son regard dans celui de Tyler Dool comme un coin dans du bois tendre.

_ Tyler, ces hommes seront tellement motivés qu’ils seront capables de prêcher le Tudalisme sur le champ de bataille, de convertir l’adversaire durant les pauses du combat, ou même en pleine action. C’est là tout le sens de cette armée, de ce fabuleux outil de conquête dont je vous donne la charge. Vous rendez-vous compte de la puissance que vous aurez si vous prenez la tête de cette arme ?

_ Mais…et Chein ? C’est un militaire. C’est lui, qui prendra la tête de cette armée.

Le Tudal se mit à rire.

_ Loup Chein est tout sauf un militaire, vous le savez bien. Pour l’instant, il se cache, mais son avenir est très fourni, je vous l’assure, l’armée sera le moindre de ses soucis.

_ Très bien, Tudal, murmura-t-il en effectuant un signe de croix sur son torse, signe de soumission suprême.

Il ne comprenait pas ce qu’il faisait, ni la raison pour laquelle il le faisait. Ses paroles sortaient de sa bouche malgré lui, indépendamment de son cerveau. Il sentait vaguement que cet acquiescement était la seule issue qui s’offrait à lui, mais il ignorait tout ce qui se cachait derrière. Quelles étaient les réelles raisons qui poussaient le Tudal à agir de la sorte ? Voulait-il l’éloigner de la France ? Voulait-il continuer son "dressage", alors qu’il croyait la chose achevée ? Y avait-il encore des raisons cachées, des éléments emboîtés les uns dans les autres comme des poupées gigognes ?

_ Permettez moi de me retirer et de réfléchir à tout cela, lança-t-il en se redressant brusquement.

_ Vous avez une semaine, concéda le Tudal.

Dool serra les dents. Il venait une fois de plus de céder à la volonté du Tudal, de son maître. Il ne pouvait désormais décemment plus se considérer comme le prédateur qu’il se vantait d’être. Il sentait une partie de lui s’éteindre à cet instant précis, tout un pan de son passé s’enfuir.

C’est alors que la voix du Tudal envahit de nouveau la pièce. Tyler mit plusieurs secondes avant de réaliser la portée de ces paroles.

_ Tyler, je sais ce qui vous tourmente. Je le regrette.

Ahuri, Dool observa le Tudal comme s’il s’agissait d’un fantôme ou d’une poupée qui venait subitement de s’agiter, à l’encontre de toutes les lois de la nature. Ce dernier continua.

_ Vous étiez destiné à ce changement, ce n’est pas moi qui l’ai voulu. Vous pensez bien que j’aurais préféré que vous restiez l’homme froid, calculateur et sans scrupule que vous étiez lorsque vous vous êtes introduit par effraction dans l’appartement de Paul.

Tyler surprit alors la première trace d’hésitation qu’il n’avait jamais vu chez le Tudal, et qu’il ne verrait jamais. Cela faisait la même impression que de voir un paralytique marcher ou une poule chanter le blues. Jamais il n’oublierait ce moment.

_ Tyler, vous…vous ne savez pas qui je suis, et vous n’êtes pas prêt à le savoir, comme la plupart des hommes. Mais ce qui me plait chez vous, c’est que vous ne cherchez pas à combler votre ignorance. Cela ne vous empêche pas de dormir, cela n’affecte pas votre efficacité. Quoi qu’il en soit, je voudrais eu vous sachiez que votre "assagissement" n’est pas de mon fait et que, malgré tous mes pouvoirs, je ne peux pas m’y opposer. Ou plutôt, je m’y refuse. Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est le pourquoi du comment. (Le Tudal s’appuya contre le bureau ; il n’avait jamais eu l’air aussi sérieux) Si vous avez changé d’attitude, c’est que vous avez enfin rencontré quelqu’un qui vous faisait peur. Durant tout le début de votre vie, excepté votre petite enfance dont vous ne vous souvenez guère, vous avez distillé la peur autour de vous, comme un venin, comme un virus. Jamais un homme n’avait osé se lever contre vous et vous renvoyer la crainte que vous répandiez.

_ Tudal, de quoi parlez v…

_ C’est pourtant ce que j’ai fait, malgré moi, car c’était la seule manière de vous atteindre. En quelque sorte, vous avez trouvé votre maître, mais c’est un point de vue que vous seul partagez, que je n’ai pas mis en place. Je ne vous ai jamais considéré comme un animal de compagnie ; il est vrai que je vous ai un peu malmené, manipulé. J’ai dû user de certains moyens de pression, assez subtils pour que vous ne vous en rendiez pas compte, mais je n’ai pas installé cette relation de domination. C’est pourquoi il serait opportun que vous reconsidériez nos rapports. Cessez de me considérer comme un danger et voyez en moi un guide.

_ Mais de quoi parlez vous ?

Les paroles que lui soumettait le Tudal lui semblent surréalistes, comme s’ils avaient tout d’un coup glissé dans un univers de folie.

_ Je comprend votre désarroi. Réfléchissez-y à tête reposé, Tyler. Repassez l’année qui vient de s’écouler et analysez vos réactions. Demandez vous si elles étaient naturelles, si vous aviez déjà agit de cette manière auparavant, si cela correspondait à votre plan de carrière idéal. Si vous le voulez, nous en reparlerons, à votre demande. Mais,pour l’instant, je vous conseille de bien considérer l’échéance de votre départ. Ma demande n’est pas une fantaisie, un test. Ce n’est pas pour vous éloigner d’ici que je vous envoie en mission, ce n’est pas pour vous isoler que je vous fait traverser la Méditerranée. C’est pour accomplir un travail qui est nécessaire, pour terminer ce que vous avez commencé.

_ Je…balbutia Dool.

_ Je n’étais pas obligé de vous parler ainsi, acheva le Tudal, mais je pense que j’ai bien fait. Je vous laisse à vos réflexions.

Le Tudal sortit en tirant précautionneusement la porte, aussi légèrement qu’un voile de brume. La fenêtre était restée ouverte et charriait toujours la même quantité de sons mécaniques, de vapeurs de combustion et de vent tiède. Dool la verrouilla d’une main distraite et s’avachit dans son fauteuil. Son propre fauteuil. Comment le Tudal savait-il tout ce qui se passait en lui ? Qui était-il vraiment ? Quel était le sens de ses paroles, de cette mission, de cette visite ? Arriverait-il enfin à se dépêtrer de tout ce mystère qui l’entourait ?

Il allait devoir partir, c’était certain ; abandonner tout le travail qu’il accomplissait ici, sa surveillance, son équipe, son bureau. Le chien-chien irait une fois de plus rapporter la ba-balle de son maître, même si ce dernier se défendait de l’avoir lancée à dessein.

Durant le trajet, durant ses longues soirées de veille solitaire, durant les interminables exercices de ses hommes, il aurait le temps nécessaire à la réflexion, comme disait le Tudal. Il pourrait ressasser à l’envi ces mots qui s’étaient désormais gravés dans sa mémoire. Mais avant…

Avant, il allait régler un problème qui le pesait depuis longtemps, il allait élaguer un arbre pourri, il allait faire appel au Mr Hyde qui sommeillait en lui. Oui, une dernière fois, il allait accomplir une œuvre d’une bassesse et d’une infamie inclassables, d’une sauvagerie et d’une violence absurde.

Et il allait s’amuser comme un fou.

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