Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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4.7


Grâce soit rendue au progrès technique.

Depuis l’avènement de la technologie média, le stockage des informations numériques est devenu un symbole de simplicité et de fonctionnalité. La raison principale en est que le format des données est universel et accessible depuis n’importe quelle centrale média. Tous les problèmes de compatibilité imputables aux anciens ordinateurs ont été résolus grâce à une centralisation des moyens techniques, pour tout dire grâce à l’hégémonie du système Starnet. En effet, Starnet est propriétaire de toutes les lignes d’Europe et même de certaines lignes utilisées outre-Atlantique ou outre-Oural. De fait, une émission médiavisée diffusée en Hollande a le même format vidéo qu’une autre émission fabriquée au Portugal. Le fait qu’ils doivent transiter par les mêmes couloir numériques oblige les producteurs à adopter le format vidéo standard. Adieu les conversions, les pertes de données, les programmes inutiles et bonjour l’accès immédiat aux fichiers, en tout lieu et à toute heure, et la démocratisation de la diffusion de l’information.

Evidemment, ce qui est vrai pour la vidéo l’est également pour le son, l’image ou le texte. Ainsi, une liste de courses éditée en Norvège peut sans problèmes être lue par une console située en Pologne. Pour faire des emplettes, les consoles miniatures qui se fixent sur le poignet révèlent alors toute leur utilité : on a avec soi la liste de course automatique que nous a édité la médiavision domestique en sondant l’intérieur du frigidaire et en se calquant sur un modèle pré-établi de menus quotidiens. Il est désormais impossible d’oublier quoi que ce soit.

Malheureusement, toute cette simplicité, tout ce gain de temps et d’énergie, toutes ces aides au bonheur citadin ne sont accessibles que par l’intermédiaire de la technologie média, et tant pis pour ceux qui n’ont pas eu le bon goût d’adopter ce train de vie moderne : ceux-là sont condamnés à vivre comme au temps anciens où les comptes se faisaient à la calculatrice et où les listes se notaient à la va-vite sur un morceau de papier déchiré.

Léocadie, dont la répulsion pour la médiatechnologie n’a jamais été démentie et dont le poignet n’a jamais rencontré le moindre appareil numérique, fait partie de cette catégorie de consommateurs, ceux qui entrent dans un magasin sans support média mais avec une liste écrite à la main ; une liste, en l’occurrence, rédigée par D. J. Moerl, lue par la console de Jean Grandeflamme et recopiée avec soin par sa propre main.

_ Que désirez-vous, mademoiselle, demanda un vendeur avec déférence. Avez vous un disque à me confier ?

Léocadie considéra sobrement le commerçant. Dans de nombreux établissements, il était d’usage que les clients confiassent le disque de leur liste à un vendeur, lequel se chargeait d’effectuer la collecte des courses dans les rayons, moyennant une petite rétribution. D’autres permettaient même que l’on envoie la liste par la média, auquel cas le client n’avait plus qu’à venir chercher ses achats. Un type de magasins allait jusqu’à interroger le centre média domestique sur les besoins du foyer et à livrer régulièrement le client à son domicile, sans qu’il n’ait d’autre souci que celui de payer les biens à la réception. Les enseignes restantes ne proposaient aucun service média ; mais ceux-là étaient de moins en moins nombreux. Cette quincaillerie, malgré sa rusticité apparente, appartenait vraisemblablement à la première catégorie, et Léocadie se dut de refuser l’avance du vendeur.

Elle se promena dans les rayonnages et s’efforça de retrouver les articles mentionnés sur la liste. Si certains n’allaient pas lui poser de difficulté, comme le scotch, la ficelle ou le câble électrique, d’autres, tel l’acide nitrique, la laissaient perplexe. Où se procurer ce produit ? Etait-ce en vente libre ? Pouvait-elle demander conseil à un vendeur sans passer illico pour une terroriste ? Etait-ce l’un des produits dont Moerl l’avait prévenu de la nature licencieuse ? Toutes ces réponses n’allaient pas manquer de trouver une réponse dans un futur proche – Léo savait user de son charme comme d’un inhibiteur d’hostilité et d’un délieur de langue ; elle regretta néanmoins de ne pas avoir insisté sur ce point lorsqu’elle avait Moerl devant elle. Elle se refusait dorénavant à le contacter pour lui demander conseil, acte qu’elle considérait comme un aveu de faiblesse.

Toutefois, elle ne pouvait que féliciter son "allié" pour la qualité de son organisation. Ce qu’elle savait pour l’instant du plan d’attaque de Moerl semblait d’une rigueur et d’une efficacité sans faille. Peut-être avait elle misé sur le bon cheval, et peut-être cette collaboration allait-elle être couronnée de succès. Dans tous les cas, il lui semblait évident que leur action allait se concrétiser rapidement. La facilité avec laquelle il avait accepté les conditions qu’elle avait édictées montrait à quel point il avait besoin d’un associé et comment le temps jouait contre lui. Avait-il senti lui aussi les événement se précipiter ? Elle n’avait aucune certitude, ni sur l’échéance du coup d’éclat auquel elle participait, ni sur les éléments qui dictaient la conduite de Moerl. Mais elle était bien décidée à laisser traîner ses oreilles – et celles de ses espions – du côté de son acolyte.

Maintenant qu’elle y pensait, elle ne connaissait rien de lui, ni son travail, ni sa situation familiale. Ce pouvait-il que cet être abjecte soit marié ? Pauvre femme. En tout cas, il devait avoir des relations très avantageuses pour avoir fait la lumière sur son identité, alors que tant de monde avait échoué à cette tâche auparavant.

Léocadie laissait son esprit conjecturer sur la vie probable de Moerl lorsque son regard croisa une silhouette féminine. Une alarme muette retentit dans son cerveau et toute son attention fut immédiatement concentrée sur cette personne. Elle fit volte face et se dirigea vers la première issue qu’elle rencontra. C’était un escalier en bois, étroit et craquant, qui menait sans doute à une seconde partie du magasin, à l’étage. Elle l’emprunta et grimpa les degrés en vitesse, pour se retrouver dans une pièce obscure et poussiéreuse. Sans savoir où la menaient ses pas, elle se fraya un chemin à travers des sacs pleins d’objets divers et des cartons encore fermés, et ouvrit une porte. Le destin était taquin, ce matin, car elle se retrouva nez à nez avec la personne qu’elle cherchait justement à fuir.

Sophie la dévisageait comme si elle venait d’apercevoir une apparition spectrale – vu la vigueur avec laquelle Léocadie avait jailli devant elle, cette attitude était peut-être justifiée. Résignée, Léocadie referma la porte derrière elle, et s’apprêta à affronter son destin. Cette situation lui fit étrangement repenser à la première fois que Léopold avait parlé avec son mystérieux poursuivant, dans la scène qu’il avait consigné dans son journal. Sophie n’avait toujours pas recouvré ses esprits lorsque Léo lui adressa la parole.

_ Qu’est-ce que tu fais là ?

_ Et toi ? Tout le monde est mort d’inquiétude.

_ Ne me joue pas la comédie, je sais que tu n’est pas reparue Rue du Quai.

_ Reparue ? s’étonna Sophie. Mais c’est toi qui a disparu, pas moi !

Léocadie se mit en marche afin que Sophie la suive. Un bref récapitulatif s’imposait : En effet, Sophie n’avait pas disparu, au sens propre du terme. Mais elle avait progressivement cessé de venir aux réunions du Comité, puis espacé ses visites au groupe des cinq avant d’arrêter simplement de donner signe de vie. Certes, il existait une différence entre leurs deux façons de rompre les liens, mais celui de Léocadie avait le mérite d’être franc et net, alors que celui de Sophie sentait la fourberie et l’hypocrisie. Elle le lui annonça en l’état.

_ Fourbe et hypocrite !! s’indigna Sophie. Mais tu savais où j’habitais, non ? Ma porte t’a toujours été ouverte.

_ Ne fais pas l’innocente, rétorqua Léocadie entre deux grandes enjambées. Je suis passée te voir, juste avant la manifestation, et j’ai bien senti que je gênais. D’ailleurs, j’ai dû avoir de la chance de ne pas la voir. Elle se cachait à l’étage ?

Sophie ralentit imperceptiblement son allure, ce qui suffit à ce que Léocadie ne puisse pas saisir l’expression de son visage.

_ Alors, tu es au courant, déplora-t-elle. C’est Romain qui…

_ Je n’ai plus de contact avec eux. Je l’avais senti depuis bien longtemps. Il suffisait de voir la manière dont vous vous regardiez.

_ C’est un coup de foudre, exulta Sophie. Tu ne peux pas comprendre…

_ Je sais très bien ce que c’est, se défendit Léo.

_ Ha, oui…Léopold

Léocadie eut un faible sourire et s’arrêta tout à fait ; elle se trouvaient désormais dans une rue piétonne.

_ Tu n’en démords pas. Je ne sais pas quelle mouche t’a piquée pour que tu croies que je me suis entichée de Léopold, mais elle est coriace.

_ Parce que je me trompe ? lança Sophie comme une bravade.

_ Depuis quand est-ce que tu es homo ? rétorqua Léocadie.

Sophie renonça à sa précédente question. L’absence de réponse était pour elle un aveu bien plus éloquent.

_ Depuis toujours.

Léocadie détourna la tête.

_ Et dire qu’on a dormi ensemble.

_ Et alors ! Tu as eu à te plaindre ?

_ Non, avoua Léo.

_ Tu sais, on s’est trouvées avec Fanny. Tout ce qu’on veut, maintenant, c’est vivre tranquillement.

_ Et le pauvre Marc ?

_ Il fera son deuil. Tu sais, Fanny l’avait pris en pitié, mais elle cherchait depuis quelques temps une occasion de le quitter. Le problème, c’est que derrière son air de brute, Marc est un garçon très sensible et elle ne voulait pas le faire souffrir.

_ On peut dire que c’est gagné.

Sophie eut un sourire amer.

_ Oui, c’est dommage.

Léocadie reprit sa marche, beaucoup plus lentement. Les deux filles ressemblaient maintenant à deux amies de longue date qui discutaient calmement – ce qu’elles étaient.

_ Et comment Romain a-t-il pris la chose ? s’enquit Léo.

_ Tu le connais, il a exulté dès qu’il a découvert que Fanny vivait chez moi. Mais depuis quelque temps, on dirait qu’il s’est calmé. Je l’ai croisé en ville et on a échangé quelques mots. J’ai l’impression que notre idylle est passée au second plan, après ta disparition. Il souffre, lui aussi, tu sais.

Léocadie baissa les yeux.

_ Je sais.

Sophie jeta un regard complice à Léo.

_ Bien sûr que tu sais, tu as des espions dans tous les coins. Tu sais aussi ce qui est arrivé au Comité ?

Léocade stoppa net.

_ Au Comité ?

_ Le Comité n’existe plus, annonça calmement Sophie. Hier, il y eu une rafle perpétrée par des inconnus. Les locaux sont dévastés, les fichiers média sont illisibles et plusieurs des adhérents qui étaient présents ont été tabassés. Rassure-toi, il n’y a pas de morts, juste quelques gars salement amochés. Ceux qui ont pu parler font tous état d’un homme à la tête du groupe, un type complètement fou qui ressemblait à un diable ricanant et qui était le premier à taper dans le tas.

_ C’était Dool ?

_ Oui.

_ En somme, récapitula Léo, mis à part le cadre légal, tout ce qui constituait le Comité a été détruit.

_ Oui. Il ne reste plus rien.

_ C’est étrange. J’ai l’impression que ça ne te surprend pas.

_ Non, c’est vrai.

Léocadie et Sophie continuèrent à marcher en silence, cachant leurs mains dans leurs poches pour les dissimuler au vent piquant de la fin septembre. Un an auparavant, ces deux jeunes filles marchaient main dans la main pour faire des achats au marché de croix rousse ; elles étaient entre temps devenues les meilleurs ennemies du monde, l’une défendant la cause de la liberté de penser, l’autre engagée dans le camp adverse.

_ Depuis quand es-tu avec eux, demanda Léocadie d’une voix étranglée ?

_ Depuis le début, dit Sophie. Dès que tu as fondé ton Comité, Dool est venu me voir. Il m’a dit que tu t’engageais sur un chemin dangereux et qu’il voulait éviter que tu ne te fasses du mal, involontairement.

_ Tu le renseignais ?

Léocadie repensait à Dool tournant autour de leur loft. Elle s’était demandé à l’époque comment il avait pu connaître leur adresse. L’appartement n’était pas déclaré, il n’avait pas de boîte aux lettres ni d’adresse média.

_ Oui, au début, je lui ai donné toutes les informations qu’il me demandait. J’étais persuadée s’agir pour ton bien. Quand j’ai commencé à en savoir un peu plus sur eux, j’ai espacé mes informations, puis arrêté d’en donner.

_ Tu as gardé des contacts avec eux ?

_ Oui.

_ Ils savent où je suis ?

_ Non. Et je me fais du souci. D’ailleurs tout le monde se demande ce que tu fais. Tout le monde s’inquiète.

Léocadie sourit, du même sourire dont se pare parfois Dool. Ils ne savaient pas où elle était ; elle les menait en bateau, elle se jouait d’eux, elle les tournait en bourrique.

_ Il ne faut pas que tu dises que tu m’as vu.

_ Ne t’inquiètes pas, je ne leur sert plus d’informatrice. Mais ils en ont d’autres.

_ Qui ?

_ Je sais pas. Méfie-toi de tout le monde. La preuve, ta meilleure amie t’as trahie.

_ Je ne parlais pas de Dool, mais du groupe. Ne leurs dit pas que tu m’as vue.

_ Pourquoi ?

_ Je ne veux pas qu’ils me recherchent.

_ Mais pourquoi ? Qu’est ce que tu manigances ?

Les deux filles échangèrent un long regard appuyé.

_ Je ne te dirai rien, Sophie.

_ D’accord. Je…je voulais juste te dire une chose. Au début, quand j’ai commencé à jouer un double jeu, je m’en suis voulue. Je voulais te le dire, mais quelque chose m’en a empêché. Je ne sais pas ce que c’est.

_ Moi, je le sais. Tu n’as pas à t’en vouloir, tu es tombée sous le joug du Tudal. Reste à savoir pourquoi je résiste depuis si longtemps à son emprise.

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