Argot du corps et dépréciation. Formes et valeurs d’une pratique discursive de moquerie








titreArgot du corps et dépréciation. Formes et valeurs d’une pratique discursive de moquerie
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date de publication21.01.2020
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Argot, sexe et espagnol dans Le Printemps des éclopés

(ou La Guerre des doudounes) de Robert Reus
Emmanuel Deronne

Université de Lorraine/ATILF, UMR 7118, Nancy (France)

emmanuel.deronne@lorraine.iufm.fr
Rezumat: Argou, sex şi spaniolă în Le Printemps des éclopés (sau La Guerre des doudounes) de Robert Reus
Voltaire Deronne (1909-1988), alias Robert Reus, nu a publicat în timpul vieţii sale decât două romane şi un eseu despre romancierul olandez Maxence Van der Meersch, toate trei între 1946 şi 1952, la editura lui Pierre Clairac, din Aurillac (Franţa). Dar mai mult de cincisprezece texte dactilografiate (şi două manuscrise) inedite au putut fi adunate de autorul acestui articol şi vor fi, cel puţin parţial, publicate în format electronic.

Unele dintre aceste romane, scrise parţial în argou sau în franceza neconvenţională, au fost respinse din cauza acestei caracteristici lingvistice. Printre ele, Le Printemps des éclopés (‘Primăvara şchiopilor’) (intitulat mai întâi ‘Războiul ţâţanelor (frumoase)’, şi chiar ‘Aristocratul’) (1980-1986) este scris în limba franceză neconvenţională, inclusiv în argou.

Naratorul, un tânăr soldat membru al Controlului Poştal al Armatei, ajunge în zona "liberă" în timpul "războiului ciudat" (‘drôle de guerre’, în franceză), în mai şi iunie 1940, fugind de atacul german. Apoi aşteaptă să fie demobilizat la Gramat (Lot), apoi în tabăra militară de la Avord, pentru ca în final să revină la Paris, iar după aceea în regiunea sa din Nord. Nu fără umor, acest roman vorbeşte despre sexualitate în acest timp de război şi oferă o descriere satirică a armatei şi religiei.

Argoul este, aici, la fel de „lucrat” ca o limbă mai literară. Este exprimată o întreagă filosofie hedonistă, în care problema limbii nu este absentă. Argou şi dorinţă sexuală sunt asociate într-un fel de sincretism păgân. Naratorul, un cunoscător al argoului francez şi al celui spaniol, dar şi al literaturii clasice, este descris ca un lingvist complet, singurul în măsură să facă faţă tuturor situaţiilor.

Definiţie originală a competenţelor socio-lingvistice în armonie cu opiniile politice ale naratorului, care se presupune a fi frecventat, precum autorul, cercurile pacifiste şi anarhiste, acest roman, în parte autobiografic, este prezentat ca o mărturie fidelă despre limba din acea vreme.


Cuvinte-cheie: argou francez, argou spaniol, sexualitate, hedonism, elită

Abstract: Slang, Sex and Spanish Language in French Novelist’s Robert Reus Le Printemps des éclopés (or La Guerre des doudounes)
Voltaire Deronne (1909-1988), alias Robert Reus, published only two novels (and one essay, about the French novelist Maxence van der Meersch), between 1946 and 1952 (Pierre Clairac editions, Aurillac, France). But fifteen typescripts (and two manuscripts) have recently be collected by the author of this paper and will be partly published as e-books. Some of the novels, including slang, have been refused partly for this linguistic reason. Among them, Le printemps des éclopés (firstly named La guerre des (belles) doudounes (woman’s breasts), and then L’Aristo) (1980-1986), is composed in French informal language and slang. The narrator, a young soldier, member of the team of Postal control, joins the French South zone during the “Drôle de guerre” in May and June 1940 because of German army attack, waits for his demobilisation in Gramat (Lot) and in a military Camp, and finally returns to Paris and home, in North of France. This novel is about sexuality during war and satirical descriptions of army and religion. Slang is worked out as any other literary style. A hedonist philosophy is expressed, whose language is a part. Slang and sexual desire are joined in a sort of pagan syncretism. The narrator, a French and Spanish slang expert who also studied classical authors, is portraited as the perfect savant, the one who is able to face any situation, to understand everything. A new definition of social and linguistic competences in accordance with the political opinions of the narrator, a pacifist having approached some anarchists.
Keywords: French slang, Spanish slang, sexuality, hedonism, elite



Résumé
Voltaire Deronne (1909-1988), alias Robert Reus, n’a publié de son vivant que deux romans et un essai sur le romancier Maxence van der Meersch, tous trois entre 1946 et 1952 aux éditions Pierre Clairac, d’Aurillac (France). Mais plus de quinze tapuscrits (et deux manuscrits) inédits ont pu être rassemblés par l’au-teur de cet article et seront au moins en partie publiés dans un format électronique. Certains de ces romans, écrits partiellement en argot ou en français non conventionnel, ont été refusés en raison de cette caractéristique linguistique. Parmi eux, Le Printemps des éclopés (d’abord intitulé La Guerre des (belles) doudounes, et encore L’Aristo) (1980-1986) est composé en français non conventionnel incluant de l’argot. Le narrateur, jeune soldat membre du Contrôle Postal de l’Armée, rejoint la zone “libre” durant la “Drôle de guerre”, en mai et juin 1940, fuyant l’attaque des Allemands. Il attend ensuite sa démobilisation à Gramat (Lot) puis dans le camp militaire d’Avord pour finalement retourner à Paris, puis dans sa région, le Nord. Non sans humour, ce roman traite de la sexualité dans cette période de guerre et propose une description satirique de l’armée et de la religion. L’argot y est aussi travaillé que le serait une langue plus littéraire. Une philosophie hédoniste s’exprime, dans laquelle la problématique de la langue n’est pas absente. Argot et désir sexuel sont associés dans une espèce de syncrétisme païen. Le narrateur, un connaisseur de l’argot français et de l’argot espagnol, mais aussi de la littérature classique, est décrit comme un linguiste complet, seul capable d’affronter toutes les situations. Définition originale des compétences sociolinguistiques en harmonie avec les opinions politiques du narrateur, qui est censé avoir, comme l’auteur, fréquenté les milieux pacifistes et anarchistes. Ce roman en partie autobiographique est présenté comme un témoignage fidèle sur la langue de cette époque.
Mots-Clefs : argot français, argot espagnol, sexualité, hédonisme, élite

1. Introduction : Robert Reus et l’argot
E ROMANCIER ROBERT REUS (1909-1988), mon père, a publié de son vivant trois œuvres, chez Pierre Clairac, éditeur à Aurillac : deux romans, La Foire (1946 ; rééd. 2012) et L’Épidème (1947 ; rééd. 2012) et un essai, le Portrait morpho-psychologique de Maxence van der Meersch (1952). Il est également l’auteur d’un nombre important d’œuvres inédites et notamment d’une quinzaine de romans, fonds que j’ai entrepris récemment de valoriser, quittant pour l’occa-sion ma stricte spécialisation de chercheur en sciences du langage. Dans ces œuvres inédites, l’argot tient souvent une grande place.

La Foire et L’Épidème présentent une variété de registres et de langues importante, répartie entre les divers personnages, variété soulignée par les critiques de l’époque. Mais la langue populaire et l’argot y tiennent une place minime.

Le roman inachevé L’Étouffement, qui inclut le journal fictif d’un personnage nommé Jean Espar (1952, inédit), comporte une singularité différente, en rapport avec le thème du corps ici abordé, à savoir des passages dans un langage amoureux inventé, un argot amoureux individuel, qui ne relève pas du cadre de cet article.

En revanche, sans préjuger de l’analyse systématique du reste du fonds, une partie des autres romans ont été rédigés totalement en langue populaire et en argot, depuis Le soleil du baron (1958, inédit) jusqu’à L’homme qui n’applaudit pas (1975 env., inédit) et au Printemps des éclopés, support principal de cet article.

Les éditeurs ont cependant mis un frein à cette pratique. Pour ce qu’il a été possible de reconstituer à ce jour grâce à la correspondance entre mon père et les éditeurs, pour L’homme qui n’applaudit pas, les éditeurs ont demandé à l’auteur de revenir à une version en français standard, qu’ils ont ensuite également refusée (les deux versions sont en ma possession). L’Amitié par le livre a également eu en 1988 un comportement rigoriste et rétrograde envers un autre roman, L’Auberge de la pierre qui clapote (vers 1987), taxé indûment de vulgarité, avec de prétendues erreurs classées en pas moins de huit catégories !

Le cas du roman inédit Le Printemps des éclopés est légèrement différent dans la mesure où l’auteur a lui-même initialement hésité quant à la langue à adopter. Nous connaissons en effet la genèse de ce roman.

La première version, intitulée La guerre des (belles) doudounes (tapuscrit de 1980, accompagné d’un dossier comportant les documents historiques mobilisés pour cadrer ces souvenirs lointains de la guerre 39-45 déjà abordés, d’une façon complètement différente, dans La Foire), présente déjà des dialogues en français populaire, argotique ou même régional à l’occasion, mais la partie narrative de ce récit à la première personne relève d’un style littéraire proche de celui de La Foire (qui était, elle, rédigée à la troisième personne). À partir de la moitié du roman, cependant, l’auteur adopte une langue exclusivement populaire et argotique.

La même année (au plus tard en 1981) est rédigée une deuxième version destinée à homogénéiser la langue et plus développée, intitulée L’Aristo. Ce roman est refusé par plusieurs éditeurs, puis repris et « édulcoré » par l’auteur en 1986 : le roman est envoyé aux éditeurs sous ce dernier titre du Printemps des éclopés. C’est sous ce titre que j’ai décidé de republier la deuxième version de 1980 pour Kindle (j’attribuerai donc à la deuxième version le titre de la troisième), en attendant de pouvoir réaliser une édition critique en bonne et due forme faisant état de l’histoire du texte et présentant les documents préservés.

Voici à ce propos un court passage d’une lettre que mon père a adressée en 1986 aux éditions Les Lettres libres, projet de publication à compte d’auteur partiel qui n’a pas abouti :
Durant la guerre, traducteur d’espagnol aux armées, je viens de tirer de cette expérience un roman LE PRINTEMPS DES ÉCLOPÉS, dont certains grands éditeurs m’ont reproché la gouaille et implicitement mon antimilitarisme. Je l’ai un peu édulcoré. Bien sûr, mes opinions antireligieuses, antiracistes, antiautoritaristes et surtout antimilitaristes transparaissent dans tout ce que j’écris. Il paraît que ce n’est plus de mode. Il faut maintenant pour le fond beaucoup de cul et pour la forme du baroque outrancier.

Je crois trouver chez vous un climat favorable à ma libre expression, chez vous où je me sentirai en confiance entre amis bien mieux que partout ailleurs, votre association sans hiérarchie où les salaires sont les mêmes pour tous m’en est la plus sûre garantie. Dites-moi donc ce que vous pensez de mon PRINTEMPS DES ÉCLOPÉS et si une publication pourrait être envisagée sans trop de risque de ne rien récupérer des sommes engagées.
L’aspect plus politique ne sera pas abordé ici, mais on notera la prise de recul assez violente par rapport aux romans des années 80 (« beaucoup de cul » et « baroque outrancier »). Par ailleurs, dans un courrier aux éditions Le Sycomore (13/11/1982), pour la version L’Aristo, l’auteur parle à propos de son roman d’« une pointe d’érotisme conforme aux modalités des rapports sexuels à cette époque et dans cette conjoncture ». Les modifications opérées pour Le Printemps des éclopés portent sur la langue (remplacement d’une petite partie des termes argotiques par du français standard (gros cul est remplacé par camion etc.), sur certaines scènes « érotiques » (l’épisode proprement dit de la « guerre des doudounes », bagarre entre deux femmes, est raccourci) et surtout sur les passages plus politiques (évocation de la situation française et internationale). Je dois ici simplifier cette histoire (à l’origine, chaque chapitre avait reçu une étiquette linguistique).

J’ajouterai à cette pratique de la langue populaire et argotique un essai de théorisation qui, à ma connaissance et sauf découverte ultérieure, n’a pas abouti à la rédaction d’un texte théorique. Nous ne possédons qu’un projet de texte intitulé « Mon français non conventionnel ». Apparemment, ce projet, destiné à figurer en exergue de L’Aristo, a été rédigé en réaction à un refus des éditions du Seuil (sans doute le refus de L’homme qui n’ap-plaudit pas). Un plan d’une page indique que l’auteur se sent proche dans son traitement de la langue d’un auteur comme Henri Barbusse et qu’il se dissocie de plusieurs autres, par exemple Sade, Genet, Cavanna et Boudard, qu’il qualifie de « dégueulasses » (je reviendrai sur cet adjectif, présent dans le roman). Sa conclusion est nette : il condamne la langue populaire et argotique utilisée superficiellement à des fins commerciales, pour flatter les instincts des lecteurs, mais conclut sur le caractère naturel du français non conventionnel pour les romans « sauf pourtant les romans philosophiques, poétiques, historiques ou dont le décor est d’un milieu riche, snob ou guindé ».

En exergue de L’Aristo, on trouve finalement la mention (non reprise en 1986) d’un parrainage pour le moins intéressant, celui d’Albert Paraz, le défenseur de Céline :
En 1949, au temps où j’étais « Gendelettre », c’est-à-dire après la sortie de mes romans « La Foire » et « L’Épidème », Albert Paraz, le truculent auteur du « Gala des vaches » et de « Valsez Saucisses », me reprochait par l’entremise de ma femme (alors hospitalisé au Sanatorium de l’Adastra à Vence, où il est mort de la tuberculose, comme elle devait en mourir elle aussi peu après) de ne pas écrire toute la vérité telle qu’elle est vécue. Aujourd’hui, j’obtempère à cette injonction amicale. Je livre cette vérité cependant très romancée… Que ceux qui, quarante ans après, pourraient encore s’y reconnaître me pardonnent…
Quelques lettres inédites non pas de Paraz lui-même mais d’autres malades qui évoquent le comportement farfelu de Paraz, lettres adressées à la première épouse de mon père, viennent confirmer leur présence simultanée à Vence.

Ajoutons que mon père disposait dans sa bibliothèque d’une petite série d’ouvrages sur l’argot, de plusieurs dictionnaires parmi lesquels le diction-naire de Cellard & Rey (1980) (qu’il évoque ci-dessous) et d’ouvrages de San Antonio et de Blondin, dont il avait étudié la langue.

Aide-mémoire pour une langue qu’il ne pratiquait plus depuis trente ans ? Il revendiquait au contraire, à travers ce roman qu’il a qualifié provisoirement de « Document – Roman - Histoire », le fait d’apporter un témoignage fidèle sur la langue des années 40. Extrait d’une lettre aux éditions Grasset (31/12/1980) :
L’Aristo est d’abord un document (c’est presque littéralement transcrit, surtout la partie qui concerne le Contrôle Postal Militaire en 1940), c’est aussi un récit, mais surtout un roman écrit dans cette langue parlée qui fait actuellement l’objet d’un intérêt certain en France, comme en témoigne la publication récente chez Hachette du Dictionnaire du français non conventionnel.
Ce recours à la langue populaire ou argotique, dans des proportions fort variables selon les œuvres, relève en tout cas d’une problématique langa-gière personnelle forte, qui méritera des études supplémentaires.

En ce qui concerne le thème très riche ici proposé de l’argot du corps, même en me limitant au Printemps des éclopés, il est évidemment impossible de rechercher l’exhaustivité. J’ai donc choisi de valoriser quelques aspects marquants de ce roman, dont je prépare actuellement la publication pour Kindle. J’ai choisi d’illustrer deux domaines différents, le domaine physiologique des besoins naturels et le domaine des relations sexuelles, ce dernier à travers l’étude du nom emblématique « doudoune » qui entrait dans le premier titre du roman, puis à travers le thème de l’amour en langue étrangère (argot espagnol). Dans une scène de tonalité comique et à orientation antimilitariste, le narrateur, membre du Contrôle postal de l’Armée pendant la « Drôle de guerre » de mai 1940, doit expliquer à ses supérieurs le sens d’une lettre écrite par un réfugié espagnol qualifié d’« obsédé » par tous les personnages.
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