Sous la direction de Michel collot








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Envoyé par Carole.

LES ENJEUX DU PAYSAGE
Sous la direction de Michel COLLOT


Présentation :
[…]  « Le paysage est un carrefour où se rencontrent des éléments venus de la culture, de la géographie et de l’histoire, de l’intérieur et de l’extérieur, de l’individu et de la collectivité, du réel et du symbolique.[…].

Une des originalités de cet ouvrage est la place importante qu’il accorde aux représentations littéraires du paysage. Les littéraires ne sont pas suffisamment intervenus dans le débat contemporain sur le paysage, auquel ils peuvent apporter un éclairage nouveau , notamment en montrant que dans le paysage s’investissent des significations, des valeurs, un imaginaire auxquels la fiction et la poésie peuvent donner leur pleine expression.[…].

Les littératures de l’antiquité n’offrent que très rarement la description complète d’un environnement naturel ou urbanisé. L’espace que construisent l’art et la littérature du Moyen-Age est encore principalement symbolique et n’entre qu’exceptionnellement en rapport avec un point de vue individualisé. L’essor du paysage dans la littérature à la renaissance semble lié à l’émergence du sujet, même si cette notion reste encore incertaine.[…]

La promotion des valeurs de l’imagination et de la sensibilité au XVIIIème va retentir dans la conception même du paysage in situ, à travers l’influence qu’exercent, selon Jean Louis Haquette, les modèles littéraires sur l’art des jardins. Progressivement, en revanche, le paysage littéraire semble s’affranchir du modèle pictural auquel le rattachait la tradition de l’ut pictura poesis ; un des principaux acteurs de cette autonomisation a sans doute été au XIXème Victor Hugo, dont les descriptions n’ont pas manqué de choquer la critique de son temps. L’émancipation de l’art et de la littérature modernes vis-à-vis des contraintes de la mimesis met en valeur la part d’imagination et de construction que comporte toute représentation du paysage ; selon Michel Collot, c’est sur cette évolution que s’appuie la critique thématique lorsqu’elle définit le paysage littéraire comme cette image du monde, inséparable d’une image de soi, qu’un écrivain compose et impose à partir de traits dispersés mais récurrents dans son œuvre.[…].

Les questions que pose la représentation du paysage en littérature se retrouvent en d’autres termes dans le domaine des beaux-arts.[…) A partir de l’exemple de la peinture hollandaise au XVIIème, Christian Michel montre que l’essor du paysage relève moins d’un souci de réalisme que de l’élaboration d’un système de signes. Il en est de même chez les cinéastes comme Antonioni, Wenders, Eisenstein. Le paysage n’est jamais dans leurs films un simple décor ; il participe à l’action, reflète les sentiments des personnages, contribue à l’instauration d’un rythme, porteur d’émotions et de significations.[…]

En mettant ainsi l’accent sur les représentations littéraires et artistiques du paysage, on risquerait de sous-estimer le rôle qu’il joue dans la vie réelle des hommes et des sociétés. Les sciences humaines nous rappellent qu’il correspond à des besoins vitaux autant qu’à des enjeux symboliques, qui sont à mettre en relation avec des réalités géographiques, sociales et économiques.[…]  envisager le paysage comme la résultante d’une interaction permanente entre l’homme et son milieu.

L’exemple du paysage montre l’extraordinaire potentiel symbolique dont est porteuse la relation de l’homme avec son environnement.

Le paysage des idylles bucoliques par Suzanne SAID
 Mettre en question la notion même de « paysage » dans des poèmes où la nature n’est pas un spectacle, mais un environnement.
En découvrant au XVIIIème la campagne grecque, les modernes ne se contentent pas de s’exclamer, ils tentent de prouver la véracité des idylles en les localisant précisément dans l’espace et dans le temps.[…]
Une construction artificielle : examinons les implications du vocabulaire du paysage : un paysage n’est pas un donné naturel, il est toujours le résultat d’une construction humaine. Le paysage est un ensemble découpé artificiellement dans le réel et constitué en unité par un observateur placé à distance.[…] On peut même soutenir que le paysage bucolique pousse à l’extrême l’artificialité qui est le lot de tout paysage, car il est doublement artificiel : il est le fruit d’une combinaison par le poète d’éléments empruntés au réel , mais il est aussi le résultat d’un travail de la critique qui compose une unité à partir d’une série de membra disjecta. Quand on lit des études consacrées au paysage bucolique, on constate qu’elles créent leur objet d’études- le paysage bucolique- à partir d’une série d’éléments hétérogènes ;elles mettent en effet sur le mêle plan :

-des descriptions, le plus souvent à la 1ère personne, du lieu où se déroulent le chant bucolique ou la fête champêtre

-des descriptions par un narrateur du cadre d’un événement mythique comme le désespoir du Cyclope, l’enlèvement d’Hylas par les nymphes…

-des descriptions d’œuvres d’arts… etc.
Un cadre utopique : le paysage bucolique n’est pas seulement artificiel, il est aussi « mythique ».La campagne de Théocrite par exemple est en effet un produit de l’imagination, un lieu de nulle part, qui se définit par opposition à Alexandrie et à une réalité qui est celle de la grande ville. Tout comme les premiers paysages de la peinture italienne qui servent de cadre à des sujets empruntés à la mythologie classique ou aux Ecritures et sont simplement des « accessoires ».[…] Le lieu bucolique, même quand il est censé appartenir à la réalité, est toujours rejeté dans un ailleurs et placé sous le signe de la nostalgie.
Une campagne vue de la ville : Tout entier voué à la consommation et à la jouissance, le paysage bucolique est un paradis artificiel, d’où l’on a exclu soigneusement non seulement le travail, mais aussi tout ce qui peut déplaire à l’élite urbaine pour qui il est fait.

Les paysages idylliques d’Homère mettaient déjà l’accent sur le bien-être et éliminaient tout ce qui peut troubler la quiétude ou le confort des bienheureux.[…] de la même manière, la campagne de Théocrite est un environnement revu et corrigé par le poète. Les éléments déplaisants comme les ronces ou la peine des hommes sont écartés. Cette campagne n’est pas un spectacle, mais un milieu qui parle fort peu à la vue : les adjectifs descriptifs comme « beau » ou « grand » sont vagues et les notations de couleurs rares. Elle s’adresse davantage à la sensualité : des adjectifs comme « agréable » ou « moelleux » reviennent à plusieurs reprises. Pour illustrer ce point de vue, on se tournera vers la fin des Thalysies, qui crée autour des citadins un environnement idéal .Le poète communique à ses lecteurs le plaisir qu’il y a d’être étendus sur des couches profondes de joncs frais, dans une nature dont ils deviennent le centre : les arbres s’ordonnent autour de leur t^te et les fruits roulent autour de leur corps .Par des adjectifs et des verbes qui expriment l’abondance, il les transporte dans un âge d’or retrouvé.[…] les sons dominent, avec le bruissement de l’eau, le babillement des cigales, le murmure de la grenouille, le chant de l’oiseau…On peut remarquer qu’ils sont parfois métaphoriquement assimilés à des productions proprement humaines comme le chant ou le gémissement. Car la poésie bucolique ne se contente pas de chanter le paysage, elle ne cesse de le faire chanter et e confronter la musique de l’homme et celle de la nature. Elle va même jusqu’à instaurer entre les deux une sorte de fusion.

Artificiel, utopique, humanisé, le paysage de l’idylle, qui est d’abord en grec une « épopée miniature » est donc resté fidèle à son véritable ancêtre, la grande épopée homérique. Dans l' Iliade comme dans l’Odyssée, la campagne apparaissait surtout à travers des comparaisons qui mettaient en parallèle la nature et l’homme ou dans des descriptions de pays de nulle part. Avec Théocrite, elle semble se rapprocher du réel. Mais ce n’est qu’une apparence. Elle reste un lieu mythique, un ailleurs vers lequel on aspire et qu’on modèle au gré de son désir.[…]
Fonctions et représentations du paysage dans la littérature latine par Anne VIDEAU
La notion contemporaine, occidentale, de « paysage » définie par un dictionnaire courant se présente en deux volets :

-la « partie d’un pays que la nature présente à l’œil qui la regarde »

-le « tableau représentant une certaine étendue de pays où la nature tient le premier rôle »

La première définition vise l’expérience réelle d’un individu, indéfini, la seconde la transposition artistique, au sens strict picturale, d’un objet du réel.
Le paysage dans la littérature médiévale des XII et XIII èmes siècles par Françoise FERRAND
Omettre de parler du paysage dans la littérature médiévale serait gravement lacunaire, ce serait passer sous silence de nombreux textes qui sollicitent la vue grâce à des descriptions du spectacle offert par la nature dans un espace organisé.[…] Cependant , il n’est pas rare de rencontrer des descriptions assez longues de la nature environnante , soit en prélude à une scène, soit comme motif de transition, descriptions qui révèlent un sens aigu de l’espace et de la perspective ainsi qu’un véritable imaginaire pictural.[…] La célébration des beautés de la nature parcourt les textes, que ce soient les entrées printanières des chants de trouvères, ou les allusions qui y sont faites dans les romans…Mais ces expériences du monde sensible, lorsqu’elles sont organisées en paysage, le sont de façon codée , voire stéréotypée et s’inscrivent dans la tradition du paysage idéal d’où toute forme de réalisme est absente. Ce paysage idéal est bien sûr hérité des littératures antiques grecque et latine, et le fruit de la fréquentation des Arts de rhétorique qui en recommandent la description.

En poésie lyrique, dans les chansons appelées pastourelles, il sert de décor à la rencontre du chevalier et de la bergère et peut aussi être le cadre d’amours champêtres.[…] La topique du locus amoenus, lieu agréable, fécond, propice à la rencontre amoureuse, avec sa prairie semée de fleurs, sa fontaine, son arbre, est par ailleurs abondamment repris Il apparaît aussi bien dans la poésie que dans le roman.
Il faut se garder de ne toujours voir dans ces évocations et ces descriptions qu’héritage et emprunts à la culture antique : quelque chose a changé : le chois des éléments, la façon de les organiser et de les insérer dans la narration impliquent désormais une construction de l’esprit qui sous-tend ces descriptions : le paysage idéal est devenu aussi un paysage symbolique […].

Depuis St Augustin et son De Trinitate, la Nature est considérée comme un ensemble de signes interprétables, comme un livre et un miroir (liber et speculum) pour reprendre l’expression d’Alain de Lille, qui permettent d’entrer dans le mystère divin au même titre que la révélation biblique, que le Livre .Elle manifeste Dieu.[…] La littérature est parcourue par la célébration de la beauté du monde, signe implicite de la perfection divine, celle des fleurs, des plantes, des animaux, la terre avant le ciel qu’elle annonce, s’offrant non pas comme un fabuleux royaume mais comme le miroir de l’ordre et de la beauté d’un monde supérieur et de la vérité divine .La fonction du Beau n’est pas tant alors d’émouvoir que de retrouver en l’homme ,grâce aux arts, l’harmonie fondamentale de l’univers. Il s’agit d’un ordre musical, les choses devant s’accorder entre elles selon les justes proportions.[…]

Des formes simples, immuables, le cercle et le carré, parfois le rectangle formé de deux carrés(qui se retrouvent dans l’architecture) permettent cette représentation idéale du monde terrestre et divin, formes déterminées par la symbolique des Nombres et leurs correspondants géométriques :

  • le 1, chiffre parfait, symbolise l’unité divine, Dieu ; la figure qui lui correspond est le cercle et ses composants(demi-cercle, voire simple ondoiement pour le passage de la terre au ciel)

  • le 3, chiffre de la Trinité, est figuré par le triangle

  • le 4, chiffre de la terre, est figuré par le carré

D’autres nombres sont aussi symboliques, mais non figurables géométriquement, sauf le 8, chiffre du baptême figuré par un octogone(fonts baptismaux et fontaines rappelant le baptême).Rien d’étonnant alors que le premier espace délimité dans la nature et s’ offrant à la contemplation, le premier paysage, soit celui du cloître, ce lieu carré avec en son centre une fontaine circulaire ou un puits. Il signifie l’harmonie du monde et rappelle la grâce qui l’abreuve. Lieu planté ; fleuri, où se posent les oiseaux, chantres de Dieu à la manière des cohortes angéliques, il constitue avec ses fleurs et ses ombrages le premier paysage à la fois idéal et symbolique où l’homme vient méditer. Il réunit ainsi dans sa Paix toutes les données de l’esthétique métaphysique médiévale, protégeant de la forêt sauvage, du chaos et des forces du mal.

Parallèlement, le modèle de l’hortus conclusus devient un topique de la littérature profane : locus amoenus intégré à l’architecture d’un château, jardin clos ou verger, lieu propice à la rencontre amoureuse, il revêt un aspect paradisiaque […] Chrétien de Troyes est sans doute de tous les écrivains médiévaux le plus doué de sensibilité visuelle et auditive : On se souvient de l’admirable passage d’Yvain ou le chevalier au lion où il narre la chevauchée d’une jeune fille par une nuit d’orage, avec un rendu si juste des sensations qu’elle éprouve tandis que l’eau de la pluie de mêle à ses larmes.[…] Chrétien de Troyes a donc inventé le paysage dans la mesure où il a inventé le regard du spectateur, celui qui est dans la scène et celui du lecteur qui voit le paysage avec un spectateur[…] Les songes, visions et voyages initiatiques vont se multipliant dans les romans en prose et font intervenir des paysages dont la signification est donnée par narrateur après leur description : Ainsi, dans la Queste Del Saint Graal, on passe aisément d’un paysage réel (« Et vers le soir, ils aperçurent entre deux rochers sur une montagne, une chapelle antique tout effondrée… ») à un songe allégorique (ainsi Gauvain rêve et «  vit dans une prairie pleine d’herbe verte et de fleurs, les compagnons de la Table Ronde »). Créant des visions, l’imaginaire va se libérer dans l’invention de paysages nouveaux : il suffit d’ôter le placage du commentaire allégorique : seule subsiste la représentation de l’espace naturel.
Vu le plus souvent par le héros, le paysage dans l’univers des premiers romans médiévaux, s’il est l’héritier du paysage idéal des Anciens, prend d’abord appui sur la représentation symbolique, pour être traversé par une conscience individuelle avant que la quête de la présence dans l’ordre et l’harmonie des formes naturelles ne laisse place aux songes et aux visions de l’étonnant, de l’insolite et du terrifiant.
De l’émergence du sujet et de l’essor du paysage dans la littérature de la Renaissance : par
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