Sir Nikolaus Pevsner fait partie de la génération de savants et d'intellectuels allemands chassés de leur pays par la montée du nazisme. Contrairement à Erwin








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date de publication24.10.2016
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« PEVSNER NIKOLAUS (1902-1983)

Sir Nikolaus Pevsner fait partie de la génération de savants et d'intellectuels allemands chassés de leur pays par la montée du nazisme. Contrairement à Erwin Panofsky qui choisit les États-Unis, Pevsner préféra - à l'instar des Viennois Ernst Gombrich (qui devint directeur de l'institut Warburg transporté à Londres), Ludwig Wittgenstein ou Karl Popper - s'établir en Angleterre où il connut une brillante carrière universitaire.
Il devint, dès lors, l'un des principaux protagonistes de l'histoire de l'architecture dans ce pays et jouit en même temps d'une renommée internationale. Pevsner sut, en effet, joindre à une grande rigueur intellectuelle le goût des larges synthèses ; professeur avant tout, il se plut à multiplier les ouvrages destinés à un public élargi. Dans le même esprit, il fut l'animateur de plusieurs sociétés (dont la Victorian Society), le rédacteur infatigable de l'Architectural Review et aussi le promoteur de l'inventaire exhaustif des monuments remarquables d'Angleterre. Couvert d'honneurs en Grande-Bretagne et aux États-Unis, il fut anobli par la reine. Cependant, sa notoriété et surtout les positions tranchées qu'il a toujours défendues à propos du « mouvement moderne » ont fait de lui, à partir des années 1970, la cible favorite de certains historiens. C'est ainsi que Pevsner est la figure centrale du pamphlet de David Watkin, Morale et architecture aux XIXe et XXe siècles (Oxford, 1977, éd. franç., Bruxelles, 1979). Face à la polémique, il paraît nécessaire de prendre un certain recul en analysant l'évolution de la démarche de Pevsner et en rappelant le foisonnement d'une œuvre dont malheureusement fort peu de titres sont traduits en français.
Né à Leipzig en 1902, Pevsner poursuivit ses études universitaires tant à Leipzig qu'à Munich, Berlin et Francfort, villes qui ont (comme Hambourg ou Vienne) formé dans les premières décennies du siècle une génération de chercheurs aussi attachés aux valeurs de l'interprétation iconographique qu'à celles de l'analyse formelle. En 1924, Pevsner soutint une thèse de doctorat sur l'architecture baroque allemande. Conservateur adjoint au musée de Dresde (1924-1928), il consacre ses premiers travaux à la peinture maniériste en Italie (« Gegenreformation und Manierismus », in Repertorium für Kunstwissenschaft, 1925 ; repris en anglais dans le tome I de Studies in Art, Architecture and Design, Londres, 1928). Cette importante étude place Pevsner dans la descendance directe de Burckhardt et de Wölfflin.

Du premier, il reprend la conception d'une histoire de l'art qui se veut surtout histoire culturelle et sociale, du second il développe l'idée selon laquelle le style d'une époque se définit plus en vertu d'une approche globalisante qu'en fonction des réalisations individuelles de quelques grands artistes. Les années de jeunesse de Pevsner - il enseigna ensuite de 1929 à 1933 à Göttingen - correspondent donc à l'élaboration d'une pensée fortement marquée par un déterminisme qui puise ses origines dans les concepts de Volksgeist (caractère national) et de Kunstwollen (sorte d'inconscient collectif). Une fois en Grande-Bretagne (où il enseigne pendant plus de vingt ans à Oxford et à Cambridge), Pevsner publie le texte d'une série de conférences à la B.B.C., The Englishness of English Art (1955), où il tente de vérifier sa méthode sur l'art anglais pour en tirer quelques éléments permanents. Parallèlement, il s'intéresse à d'autres formes « régulatrices » de la production artistique et publie Academies of Art, Past and Present (1940 ; rééd. New York, 1973).
Mais son livre le plus célèbre, qui contient l'essentiel de son enseignement universitaire, reste An Outline of European Architecture, 1942 (Génie de l'architecture européenne, 1965, rééd. 1991). Il y affirme dans l'introduction la primauté absolue de l'architecture dont l'histoire est avant tout « l'histoire de l'homme modelant l'espace ». D'ailleurs, « cette supériorité artistique se double d'une supériorité sociale. Ni la sculpture, ni la peinture, bien que toutes deux soient enracinées dans les instincts élémentaires de création et d'imitation, ne nous entourent au même degré que l'architecture, n'agissent sur nous de manière aussi incessante et aussi omniprésente. »
Il fait preuve dans son livre d'une vaste culture mais surtout de virtuosité dans l'analyse formelle, choisissant tel ou tel bâtiment comme la cristallisation exemplaire d'un moment de l'histoire. Mais sa vision reste marquée par ses choix idéologiques, et il est ainsi amené à condamner la production de la fin du XVIIIe siècle et de toute une partie du XIXe au nom de leur « historicisme ». Pour Pevsner, en effet, l'éclectisme ne peut être que le symptôme d'un « siècle malade où l'architecte doit abandonner son rôle d'artiste pour celui de conteur d'histoire ». De plus, pour un historien qui place sa foi dans une vision progressiste de l'art et croit aux vertus d'une nécessaire tabula rasa, toute référence au passé est un vice.

Ces idées sous-tendent aussi bien Pioneers of Modern Movement, from William Morris to Walter Gropius (1936 ; rééd. Pioneers of Modern Design, 1949) que Sources of Modern Arts (1962 ; rééd. The Sources of Modern Architecture and Design, 1968 ; trad. franç., Bruxelles, 1970, Thames & Hudson, Paris, 1993).
Ruskin et William Morris en Angleterre, Otto Wagner et Adolf Loos à Vienne, et plus tard Walter Gropius et Frank Lloyd Wright ont personnifié les différentes étapes d'un processus au cours duquel l'architecture est redevenue miroir universel d'une société réconciliée avec elle-même.
Cette foi inébranlable en la modernité appartient elle aussi à un moment particulier de notre histoire ; elle n'autorise en aucun cas à occulter la qualité et la profondeur des travaux de Pevsner, qu'il s'agisse des quarante-six volumes de The Buildings of England (immense somme publiée de 1951 à 1974), de la série d'essais riches d'intuitions originales : La Genèse du pittoresque ; les Revivals égyptien ou dorique (cf. supra, Studies in Art...) ou de son dernier livre A History of Buildings Types (1976), où Pevsner brosse une intéressante étude typologique des grands programmes architecturaux.

Écrit par Monique MOSSER
« HITCHCOCK HENRY-RUSSEL (1903-1987) »

Pionnier du style international dont il fut le plus ardent défenseur, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, devenus pour la plupart des ouvrages de référence, l'historien de l'architecture Henry-Russel Hitchcock est mort d'un cancer à New York le 19 février 1987. Cet insatiable érudit était une figure populaire de l'Université américaine, entre Harvard et New York. Constamment enveloppé de la fumée bleue de ses chères Gauloises, ce bon vivant jovial et généreux, à la voix de stentor, était connu de ses étudiants et collègues sous le seul nom de « Russel ». Né à Boston, Hitchcock commença à écrire pendant ses études à l'université Harvard, contribuant à Hound & Horn, un périodique estudiantin qui prônait le modernisme dans les arts (parmi les autres membres de ce cercle d'intellectuels radicaux qui collaboraient à la revue, citons T. S. Eliot et Virgil Thompson).
Après avoir passé quelque temps à la School of Design de Harvard, il décida d'entreprendre un doctorat en histoire de l'art. Dès cette époque, son principal centre d'intérêt était l'architecture moderne, qui, en cette fin des années 1920, ne pouvait constituer un sujet convenable de recherche. Par une ironie du sort, celui dont la carrière académique devait culminer avec sa nomination à l'Institute of Fine Arts de l'université de New York, après des années d'enseignement à Vassar College et Smith College, à la Wesleyan University, à Yale et Harvard, resta dépourvu du traditionnel diplôme, lacune que vinrent combler par la suite de nombreux titres honorifiques.
Sa carrière d'historien et de critique de l'architecture moderne commença véritablement avec sa collaboration à la revue Architectural Record et la parution en 1929 de son premier livre : Modern Architecture : Romanticism and Reintegration. Après avoir analysé la « désintégration » de l'architecture au XIXe siècle sous les coups du romantisme historiciste, il présentait sa « réintégration » en deux étapes. Tout d'abord sous l'influence d'architectes tels que Peter Behrens, Joseph Hoffmann, Auguste Perret ou l'Américain Henry Hobson Richardson (auquel Hitchcock consacrera un livre en 1961), puis grâce aux « Nouveaux Pionniers » des années 1920 : Le Corbusier, Mies van der Rohe, Walter Gropius, qui poussèrent les élévations simplifiées de leurs prédécesseurs à leurs conséquences les plus révolutionnaires, ce que Hitchcock baptisa le « style international ».
Ami intime de l'architecte Philip Johnson, c'est avec ce dernier qu'il écrit en 1932 The International Style. L'ouvrage fait suite à une exposition organisée en 1931 par les deux hommes au Museum of Modern Art de New York, apologie des volumes élémentaires, du plan ouvert, de l'organisation en rythmes réguliers à l'exclusion de tout ornement, de toute modénature. Véritable manifeste culturel, The International Style propageait la modernité architecturale aux États-Unis. En 1942, Hitchcock faisait encore œuvre de pionnier avec In the Nature of Materials : the Buildings of Frank Lloyd Wright (1887-1941), première étude d'importance consacrée à l'architecte encore largement ignoré dans son propre pays. Ses relations avec Wright avaient du reste été orageuses. S'estimant négligé lors de l'exposition du M.O.M.A. en 1932, celui-ci s'était livré à une déclaration restée légendaire : « J'avertis Henry-Russel Hitchcock [...] que j'entends non seulement être le plus grand architecte qui ait jamais vécu, mais le plus grand architecte qui vivra jamais. Oui, j'ai l'intention d'être le plus grand architecte de tous les temps. »
Loin de se borner à être le chantre du mouvement moderne, Hitchcock - à l'instar d'une autre grande figure des temps héroïques de l'histoire de l'architecture, sir Nikolaus Pevsner - se tourna dès la fin des années 1940 vers l'architecture de l'Angleterre victorienne.
Son Early Victorian Architecture in Britain, paru en 1954, stimula grandement les études victoriennes alors à leurs débuts par la richesse et la précision de son recensement. Notons que Hitchcock figure parmi les membres fondateurs de la Victorian Society of America qu'il présida pendant de nombreuses années, usant de son prestige pour sauver de la démolition nombre de constructions menacées. On lui doit aussi des études sur l'architecture vernaculaire (Rhode Island Architecture, 1939), et il fut le premier à attirer l'attention sur le désormais célèbre shingle style américain, typique des maisons de Newport, qui devait durablement marquer Richardson. Mais son opus magnum, traduit en français en 1981, reste Architecture : Nineteenth and Twentieth Centuries (1958) qui reprend sur une vaste échelle le développement historique de Modern Architecture. D'une étonnante densité - voyageur vorace, l'auteur mettait un point d'honneur à n'analyser que des bâtiments qu'il avait vus de ses yeux -, l'ouvrage reflète paradoxalement une certaine réticence à généraliser : exposant son sujet dans une langue sobrement élégante, au moyen de structures claires, Hitchcock ne cherche pas à en éliminer la complexité. Peu soucieux des théories déterministes du Zeitgeist, Hitchcock considère avant tout l'œuvre architecturale comme un objet esthétique, qu'il se charge d'analyser et de relier à d'autres objets. Sa relative indifférence à la signification sociale d'un bâtiment lui a parfois valu d'être taxé de formalisme. Mais ses analyses visuelles ne sont jamais purement descriptives : elles renvoient toujours à un élément décisif sur le plan architectural. Et le contexte politique, social et culturel de la période, s'il n'est qu'esquissé, n'est jamais absent de ses ouvrages. Henry-Russel Hitchcock, pionnier aux mille facettes, est un des pères fondateurs de l'histoire moderne de l'architecture.

Écrit par Jérôme COIGNARD

Bibliographie

Modern Architecture : Romanticism and Reintegration, Payson and Clarke Ltd., New York, 1929, reprint Hacker Art Books, New York, 1970, The International Style : Architecture since 1922 (en collaboration avec Philip Johnson), The Museum of Modern Art, New York, 1932 ; 2e éd., 1966 ; The Architecture of H. H. Richardson and his Time, New York, 1936 ; 2e éd. révisée, M.I.T. Press, Cambridge (Mass.) et Londres, 1966 ; Rhode Island Architecture, Rhode Island Museum Press, Providence, 1939 ; reprint M.I.T. Press, Cambridge (Mass.) et Londres, 1968 ; In the Nature of Materials : the Buildings of Frank Lloyd Wright (1887-1941), Duel, Sloan and Pearce, New York, 1942 ; rééd. T. Copplestone, Londres, 1973 ; Early Victorian Architecture in Britain, Yale University Press, New Haven et Londres, 1954, 2 vol. ; reprint T. Copplestone, Londres, 1972 ; Latin American Architecture since 1945, The Museum of Modern Art, New York, 1955 ; reprint, 1972 ; Architecture : Nineteenth and Twentieth Centuries, The Pelican History of Art, Penguin Books, Harmondsworth, 1958 ; 2e éd., 1963 ; 3e éd., 1969 ; 4e éd., 1977, reprint 1978 ; 1981, 1982, trad. franç. Architecture : XIXe et XXe siècle, Pierre Mardaga, Bruxelles, 1981 (trad. par L. et K. Merveille) ; Rococo Architecture in Southern Germany, Phaidon, Londres, 1968 ; German Renaissance Architecture, Princeton University Press, Princeton, 1981.

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