0 Le projet méthodique de l’architecture. Ville et Territoire – éléments d’analyse : raison d’être d’un cours








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date de publication06.07.2017
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0.1. Le projet méthodique de l’architecture.

Ville et Territoire – éléments d’analyse : raison d’être d’un cours



Les formes concrètes de l’expérience, leur multiplicité et leur complexité, suscitent dans le public un intérêt grandissant.

Dans les écoles d’architecture de nos régions, et sauf rare exception, les formes du monde ne font pas réellement l’objet d’une exploration adéquatement outillée. Le monde – et surtout, étrangement, ses parties qui nous sont proches - se dissout bien souvent dans le flou d’un contexte sujet aux commentaires les plus improvisés et arrogants, aux interprétations les plus particularistes, aux opinions les plus désinvoltes, lesquels – la plupart du temps – finissent par ne plus nourrir le projet, par ne plus lui fournir même le moindre matériau, mais bien par servir seulement d’alibi à des projets dont la source réelle reste cet « international style » de revues dont la finalité est la promotion de modes et de courants éphémères. Une fois rassemblées sur la Terre en un amoncellement de plus en plus massivement hétéroclite de micro-territoires privés, mutuellement indifférents, les hétérotopies, sociosyncrasiques ou idiosyncrasiques que suscite la mode,  interdisent petit à petit l‘expérience du monde, qui est, en définitive, la finalité décisive de l’architecture.
Alors, comment penser, comment commencer à penser le projet d’une architecture du monde ?
En Italie dans les années ’50, à l’intérieur d’un Mouvement Moderne de plus en plus nettement impliqué dans la réalisation des larges bouleversements qu’impose la réalisation des finalités restreintes d’une société bourgeoise prisonnière de ses illusions, un petit groupe d’architectes1, que nous nommerons ici - pour faire bref - l’école structuraliste italienne, a engagé un travail de fond. L’enjeu essentiel de ce travail est la mise à l’épreuve d’une base méthodique réellement alternative à celle – re-fondatrice voire cycliquement re-fondatrice - que promeut la tradition révolutionnaire2. Une base méthodique sur laquelle retendre au contraire le fil de la longue aventure de la construction du monde (l’architecture comme expérience historique), et par laquelle ressaisir l’architecture dans la perspective d’une résolution des contradictions que l’embourgeoisement - la « citoyenneté » bourgeoise - a si rapidement élargies à l’Humanité entière.
Cette base méthodique du projet : une radicale mise à l’écart de l’obsession du temps - du passé et de l’avenir - sur laquelle s’étaient fondés tant les romantiques du XIXème siècle, qui identifient l’Histoire à la résurrection du passé, que les avant-gardes du XXème siècle tendues à la fin de l’Histoire ou acharnées au désir d’être « contemporains », c’est-à-dire de leur temps, et même quelque peu en avance. Mise à l’écart de l’obsession du temps au profit de l’expérience3 du Lieu, d’un lieu dense, dans lequel passé et avenir sont comme contenus, contenus dans le présent.

Cette base méthodique a plusieurs implications fondamentales :

La première. Passé et avenir n’ont pas de consistance. Seules persistent des traces présentes4.

La seconde. Passé et avenir peuvent avoir une existence seulement dans le présent. C’est en ce sens que nous pouvons dire que le présent a une « densité »,

La troisième : l’expérience est entièrement celle de celui qui la vit. Le lieu existe, dans sa « densité », seulement pour celui qui en fait l’expérience5.

L’expérience du Lieu, considérée comme base méthodique du projet de l’architecture, n’est pas une stricte affaire de sensations, d’émotions, d’osmose. Mais plutôt le moment d’une dialectique entre une attitude de « passivité »6, de disponibilité, de réceptivité, et une attitude « active », structurante, descriptive(analytique)/constructive (projective), cognitive, classificatrice, c’est-à-dire, en bref ludique et logique. La densité de l’expérience naît de l’exercice de cette dialectique : un exercice que je nomme ici « imagination ».

Ainsi, l’architecture du monde possède ceci de paradoxal qu’elle n’existe jamais en ses traces, qui n’en sont pour ainsi dire que le résultat, qui n’en sont que la ruine, qui sont la ruine du monde, mais qu’elle ne peut exister sans elles, car ces traces sont tout à la fois le matériau sur lequel s’exerce l’imagination et la réalité à laquelle les fruits de l’imagination sont immanquablement destinés à s’ajouter.

Le monde, entendu comme une architecture, est la ruine lue comme structure formelle, comme construction, comme configuration, comme fruit de l’imagination humaine. Bien plus qu’un vague contexte, le monde est le texte de l’architecture.
L’apprentissage de l’architecture, moment méthodique essentiel, est le moment d’un re-saisissement de la ruine terrestre en texte du monde. Il est pour l’essentiel le moment d’une description de la configuration du monde. Il est – à travers la découverte de ses lieux physiques - le moment de l’identification de ses lieux idéaux, de ses éléments, de ses figures organisatrices, de ses structures formelles. Il est une histoire de l’architecture, dans le sens où il est une enquête de l’architecture. Une enquête qui conduit aussi nécessairement à la reconnaissance des écarts qui, souvent, et presque toujours, subsistent entre les concrétions issues de l’activité fabricatrice de l’homme et les formulations idéales qui soutiennent mentalement son activité, qui l’animent et la motivent7.

Cet apprentissage n’est pas érudition. Il n’est humainement possible que tendu par le désir d’un perfectionnement du monde, dont l’occasion est presque toujours d’ailleurs fournie par un besoin, par l’urgence de répondre à une condition concrète.
C’est pourquoi l’architecture n’existe pleinement que comme expérience d’un projet, dans une préfiguration, dans une inscription qui ne se présente jamais comme ambition d’une modification de la Terre tout entière, mais toujours nécessairement comme perspective d’une modification d’une partie, souvent très petite, de la Terre. Le projet de l’architecture est celui d’un accomplissement de la configuration d’une partie du monde, ou d’une trans-figuration, d’une transformation, d’une reprise de ses figures existantes en une configuration plus complexe. Comme « concrétions » terrestres, les faits nouveaux complètent la ruine, mais, comme cristallisations mentales, figuratives, elles embrassent le monde figuratif issu de l’élaboration antérieure en un nouveau monde figuratif. En ce sens que, c’est l’ancien monde qui devient le complément du nouveau.
Le cours d’ « analyse » - qui s’est intitulé durant une dizaine d’année et jusqu’à l‘année dernière « Histoire et Morphologie des Villes »8 - s’inscrit dans la perspective ouverte par les travaux de l’école structuraliste italienne, avec laquelle il partage l’attitude, le point de vue et la méthode.
Le territoire y est lu comme une architecture, en dehors de toute distinction a priori entre architecture « formelle » et architecture « informelle », publiable ou non-publiable (où persiste toujours l’ancienne hiérarchie de l’« architecture savante » et de l’« architecture populaire »), mais aussi en dehors des prétendus partages d’échelle qui délimiteraient les champs respectifs de l’architecture et l’urbanisme9.
Le projet de l’architecture y est entendu, au sens le plus large, comme projet de la configuration d’un territoire, comme projet de l’architecture d’un territoire. Les projets, au sens usuel du terme, y sont considérés comme parties du plus ample projet de l’architecture. Au regard de cet objectif commun et général, les projets sont donc lus, d’abord, comme moments de recherche, d’expérimentation et de mise en oeuvre d’un projet territorial10.
Dans cette perspective, l’apprentissage de la lecture, de la description architectonique du territoire, acquiert une position centrale dans l’enseignement et devient une condition nécessaire de l’apprentissage du projet. La lecture du texte de l’architecture, cette lecture imaginative tendue par la découverte d’un lieu dans sa densité, mue par le désir d’un perfectionnement du monde, dont nous avons parlé, est en effet le moment par excellence de l’exercice du projet : de la découverte de ses éléments, de ses figures, de ses ressorts expressifs, de ses parties achevées et définitives mais aussi de ses questions irrésolues, qui, justement, sont la raison d’être du projet.
L’enjeu central du projet n’est alors pas tant la réinvention du langage, l’invention de nouvelles modes, de formes dont la raison d’être tiendrait d’abord d’une pure prétention à la différence, qui est toujours plus ou moins prétention à la distinction sociale. L’enjeu est autre. Il consiste en une réinterprétation de l’ensemble de la structure formelle-idéale qui règle la configuration d’un territoire. Cette réinterprétation – du point de vue qui est le nôtre – ne peut postuler la disparition pure et simple, même capillaire, du résultat historique de l’activité constructive de l’homme, ni au profit d’une structure formelle-idéale entièrement nouvelle11, ni au profit d’une stricte approche « au cas par cas »12 d’inspiration néo-libérale telle que pratiquée actuellement13. Au contraire, cette réinterprétation consiste pour l’essentiel en la clarification, en la détermination progressive d’un projet associant dans une relation d’équilibre les différentes structures formelles embrassées issues de l’application constante de l’être humain au façonnement de la Terre comme structure symbolique de l’expérience. En bref, l’enjeu central du projet devient la construction progressive d’une méthode de travail capable tout à la fois de clarifier et d’accroître l’unité complexe du territoire : le projet d’une architecture stratifiée du territoire.
Les structures d’ancienne initiative possèdent chacunes leurs aires de déploiement et leurs règles d’équilibre caractéristiques. Elles sont déjà le plus souvent très déterminées, leurs caractères sont reconnaissables. Elles sont aussi souvent, à mesure que leurs constituants matériels vieillissent, oblitérées par les faits plus récents14, ou bien encore elles présentent, à un ou plusieurs niveaux de leur configuration, des déséquilibres plus ou moins prononcés15. Ces structures restent à connaître plus à fond dans leurs caractères idéaux, actuels et virtuels, tant morphologiques que typologiques et élémentaires16. Elles sont à étudier, à protéger, à rééquilibrer et à réaffirmer. Elles sont et restent le grand vivier du projet de l’architecture, parce qu’elles continuent – dans leur état de ruine plus ou moins avancé – de représenter à nos yeux - ce dont l’architecture nous semble maintenant désormais incapable - la possibilité d’un équilibre déterminé entre tous les constituants d’un territoire, mais surtout parce qu’elles sont en quelque sorte les parties les plus incontestables des territoires dont nous tentons de ressaisir le projet – et ce, paradoxalement, malgré leur fragilité matérielle. Elles sont les structures en comparaison desquelles tout nouvel élément de projet mesure concrètement sa justesse, avec lesquelles il tente la réussite exigeante d’une union à la fois étroite et distincte.
Un équilibre déterminé : c’est ce dont les faits d’initiative plus récente, observés ensemble, dans leurs interrelations, nous semblent pour leur part le plus généralement privés, quelle que soit la perfection de certains d’entre eux considérés isolément.
La difficulté face à laquelle se trouve l’enseignement de l’architecture tient au fait qu’il n’existe aujourd’hui aucune piste sûre, que les mutations qui affectent le territoire semblent ne pas offrir même la possibilité de penser le projet du territoire comme projet d’architecture. Le cours se tient en quelque sorte dans cet espace d’inquiétude, sans chercher à nier la difficulté, sans chercher à faire preuve d’une résolution qui risquerait de laisser en marge bien des questions irrésolues, en cherchant au contraire à partager le doute avec les étudiants, mais à partager aussi avec eux quelques notions de méthode, à mettre à l’épreuve, en les illustrant d’exemples, quelques clés de lecture, et à explorer quelques principes et quelques idées de projet, dont la compréhension devient peu à peu familière.
Que la « démocratie » - du moins sous les modalités qui sont les siennes actuellement - se soit montrée jusqu’ici souvent incapable de penser et de mettre en oeuvre les éléments d’une résolution concrète des contradictions que porte avec lui l’ordre bourgeois, qu’elle n’ait accordé, notamment, aucune attention déterminée à l’élaboration de l’architecture de ses territoires, ne suffit pas à prouver sa supériorité sur les anciens régimes autoritaires, qui ont su parfois assurer pour longtemps l’équilibre de toutes les composantes de l’expérience concrète du monde. Bien au contraire : cela signifie, peut-être, qu’il lui faut encore découvrir le lieu d’où elle pourra imaginer le jardin où elle pourra être. Et c’est à cette découverte qu’un cours comme celui-ci contribue.

1 Saverio Muratori, ses élèves parmi lesquels Gianfranco Caniggia, G.L. Maffei et Ernesto Natan Rodgers, leurs éléves, parmi lesquels Aldo Rossi et Giorgio Grassi, ...

2 Quelles qu’en soient les variantes, courtisane, doctrinaire-collectiviste, désinvolte-individualiste, doctrinaire-individualiste, etc...

3 Lisez : Ernesto Natan Rodgers, Esperienza dell’architettura,

4 Traces physiques (immobiles, inscrites dans le sol, ou mobiles, telles que relevés, cartes, modèles réduits, etc.) et traces mentales (souvenirs et idées, etc.).

5 Et cette expérience ne peut pas concerner que les architectes.

6 Passivité, comme passion, dérive d’un mot grec qui signifie « sentir »

7 Écarts qui manifestent une relation dialectique entre le type et sa détermination, lisibles dans l’imperfection, dans l’irrégularité, dans le non-fini, le déséquilibre, le glissement, l’interruption, l’absence, etc. Écarts caractéristique d’une « textualité », qu’Eisenmann tend – d’un point de vue puriste - à attribuer à la propension au jeu de l’individu créateur, mais qui renvoient aussi aux limitations qu’imposent les conditions du projet.

8 Un cours donné en troisième année, dû à l’initiative de Marcel Pesleux, qui, sous son nouveau nom, se donne en deuxième année.

9 Ce partage d’échelle est la supercherie intellectuelle qui permet d’évacuer purement et simplement toutes les questions de configuration qui nécessitent d’embrasser du regard une portion de territoire plus ample que celle de la parcelle, de les évacuer hors du champ de l’architecture, confinée à l’intérieur de la parcelle, mais aussi hors du champ de l’urbanisme qui, en qualité de discipline « transversale », se montre aujourd’hui incapable de susciter en son sein l’approfondissement de ces questions.

10 Et non comme fruits d’un expérimentalisme académique sensé refléter d’abord le pouvoir d’invention de l’individu créateur.

11 La thèse révolutionnaire critiquée et abandonnée depuis déjà un certain temps !

12 L’approche « au cas par cas » conduit quasi immanquablement à la négation de toute appartenance d’un fait à une structure formellement organisée.

13 Le classement d’édifices et de sites au titre de « patrimoine » masque aujourd’hui une véritable démission face à la question du projet territorial. Tout ce qui n’est pas classé devient sans intérêt et peut donc être impitoyablement détruit ou défiguré.

14 Je pense ici par exemple à la structure de « Bruxelles-métropole brabançonne » qui, tant dans les parties centrales de la ville que dans l’ensemble de sa structure régionale, a été largement oblitérée au point de n’apparaître plus aujourd’hui que par fragments très réduits et éloignés.

15 Un cas de déséquilibre particulièrement frappant est celui de la répartition des espaces publics caractéristiques de « Bruxelles-capitale », presque tous exclusivement localisés à l’Est de l’agglomération.

16 Elles ne font le plus souvent l’objet que d’une approche particulariste, romantiquement pittoresque, , d’inspiration sittienne-bulsienne, qui ne s’attachent qu’à leurs caractères stylistiques.

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