1907-2007, hommage à Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction








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Outre ces interventions ponctuelles, le ministre innove en créant le corps des architectes-conseils par l’arrêté du 24 juin 1950. Nommés par le ministre, ces derniers sont chargés de deux à trois
9 An, 538 Ap, discours de Claudius-Petit aux architectes-conseils du 3 novembre 1950 : «Comme moi, vous êtes là pour permettre ou empêcher, mais vous n’êtes pas là pour faire. […] mais ce que je vous demande sans cesse, c’est de faire en sorte que tous les logements soient inscrits dans un ensemble où l’on tienne compte de la verdure ou au moins des arbres, dans lequel on tiendra compte de l’espacement et dans lequel on tiendra compte de la densité (en moyenne envisagez de 3 à 500 habitants à l’hectare et surtout pas 1000 ou 1200 à l’hectare, mais pas non plus 150, à moins d’avoir à créer un espace vert de compensation dans un quartier à trop forte densité) […]. Ce que je cherche c’est créer une sorte d’harmonie, une sorte de symphonie avec des maisons hautes et des maisons basses. Là où il faut être systématique, c’est pour refuser les cours intérieures, tout ce que nous voulons chasser, là où il faut peut-être ne pas être systématique mais où il faut être persuasif, c’est contre la conception bourgeoise du logement qui veut que la plus belle façade soit sur la rue, où cependant le bruit est infernal et, au contraire, la façade sacrifiée sur le jardin, alors qu’elle devrait être la façade agréable.»

départements chacun. Ils assurent le lien entre l’administration centrale et l’administration locale et conseillent les délégués départementaux du mru, mais dialoguent aussi avec les architectes en chef, les maires, les préfets. Ils vont ainsi grandement contribuer à l’adoption des préfinan•cés 9. Le choix de ces architectes-conseils, parmi les meilleurs éléments de la jeune génération, est le fruit d’un savant dosage : des amis de lon•gue date, de jeunes prix de Rome, des architectes distingués lors de la reconstruction, de très jeunes architectes remarqués pour l’originalité de leurs travaux et, enfin, des « institutionnels » 10. Mis à la disposition des autres ministères et des entreprises nationalisées, ces architectes sont, par ailleurs, investis des opérations « phares » auxquelles Claudius tient tout particulièrement. Ainsi, Dubuisson se voit confier le chan•tier du Shape de Saint-Germain-en-Laye, Gagès et Grimal sont chargés de l’opération du secteur industrialisé de Bron-Parilly, près de Lyon, et Zehrfuss conçoit pour la régie Renault, dirigée par Pierre Lefaucheux, l’usine de Flins et les logements du personnel d’Épône et des Mureaux. Collectivement, cette jeune génération d’architectes intègre tous les cou•rants modernes, revendiquant Perret comme Le Corbusier, se pénètre de la Charte d’Athènes, bref, ils satisfont tous les espoirs de Claudius, Dalloz et Herbé. Avec cette équipe, Claudius parvient réellement à ses fins et insuffle l’esprit nouveau sur l’ensemble du territoire. La nouvelle architecture française est enfin mise en valeur, notamment au salon des Arts ménagers.

Grâce à sa longévité ministérielle, à l’estime que son action ins•pire, le ministre s’autorise, de plein gré cette fois, des prises de position plus personnelles et moins consensuelles. Reprenant la démarche initiée par Le Corbusier et son association pour une synthèse des Arts créée en 1949 et présidée par Matisse, le groupe Espace s’efforce également de réunir peintres, sculpteurs et architectes 11. Né de la volonté conjointe de Félix Del
10 Sont nommés architectes-conseils: Marcel Roux, André Sive, Bernard Zehrfuss, Jean Le Couteur, Jean Dubuisson, Guillaume Gillet, Jean de Mailly, Fernand Pouillon, Henri Madelain, Jean-Louis Fayeton, André Le Donné, Pierre Sonrel, Gustave Stoskopf, René Gagès, Franck Grimal, Laurent Chappis, Jacques Duvaux.

11 Abram (Joseph),

L’Architecture moderne en France, du chaos à la croissance 1940-1966,

t. II, Paris, Picard, 1999, 327 p., p. 81-88.

1 Selon Claude Parent, l’Ordre a en horreur Espace et le ceA, très proche d’Espace, subit le même sort (entretien avec l’auteur du 3 novembre 1998).

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Marle et d’André Bloc en octobre 1951, Espace associe des peintres issus du Néoplasticisme, des plasticiens, des architectes et des constructeurs. André Sive, Marcel Roux, Paul Herbé, Jean Le Couteur sont aussi partie prenante. Parmi les réalisations du groupe, très intéressé par la polychromie, outre la collaboration Zehrfuss/Del Marle pour la régie Renault, on peut noter celle de Nelson avec Fernand Léger pour l’hôpital de Saint-Lô, celle d’Herbé avec Prouvé et Del Marle pour la foire-exposition de Lille et pour Bamako. En acceptant la présidence d’honneur d’Espace, Claudius prend part à une initiative à laquelle il adhère totalement et lui assure un soutien efficace face aux attaques qu’elle subit, notamment dans La Journée du bâtiment en février 1952 12 .

C’est dans le même état d’esprit que le ministre prend part à la création du cercle d’Études architecturales (ceA), association née de la volonté de Dalloz de réunir architectes, ingénieurs, hauts fonctionnai•res, maîtres d’ouvrage et hommes politiques. Créé en décembre 1951, le ceA tient sa séance inaugurale le 14 mars 1952, il a pour membres d’hon•neur Franck Lloyd Wright et Walter Gropius, Perret en est le président-fondateur, selon le vœu de Dalloz. Le Corbusier en est membre, tout comme Bernard Laffaille, Jean Prouvé, mais aussi Max Querrien, Edgar Pisani, Jacques Chevallier et François Bloch-Lainé (caisse des Dépôts et Consignations). Chaque année, le ceA remet son prix à une personnalité qui « concourt à faire valoir l’esprit d’architecture ». Le Cercle se propose, par ailleurs, de réfléchir sur la profession d’architecte et son enseigne•ment, sur la protection du paysage, et « la recherche du progrès et de la productivité dans l’industrie du bâtiment ». Là encore, la participation de Claudius-Petit à une telle association est mal vue de l’Ordre, qui appelle le ceA le « contre-Ordre », et donne lieu à des articles polémiques viru•lents. Une fois de plus, le ministre garde son indépendance et assume ses convictions et ses amitiés.


Le Corbusier

Dès l’automne 1948, Claudius-Petit apporte tout son soutien à Le Corbusier, lucide sur ses propres pouvoirs et conscient des contraintes de cette amitié. Celle-ci lui vaut, en effet, de constants reproches et lui impose une certaine réserve et surtout pas le traitement de faveur qu’espère l’archi•tecte. Cela n’empêche pas Claudius de le défendre ardemment en toutes occa•sions. Malgré un emploi du temps surchargé, il prend le temps de le recevoir, lui rend visite, à son domicile comme à son atelier, au 35, rue de Sèvres.

L’aide qu’apporte le ministre à l’architecte est discrète mais constante. Outre son soutien énergique pour l’Unité d’habitation de Marseille dès sa nomination, il fait un très bon accueil en janvier 1950 aux envoyés du Premier ministre indien, Jawarharlál Nehru, P. N. Thaper et P.

L. Varma, chargés de recruter un architecte pour édifier la nouvelle capitale du Pendjab, Chandigarh. Si Claudius leur vante les mérites de Perret et de Beaudouin et leur conseille de leur rendre visite à leur agence, le ministre se fait très convaincant quand il leur parle de Le Corbusier. En confiant ce travail à Corbu, leur dit-il, « vous aurez une architecture qui viendra du sol, qui viendra du paysage. Ce sera quelque chose qui sera né là-bas. » Enfin, il leur fait l’éloge de son cousin Pierre Jeanneret. Les émissaires de Nehru se souviendront de la conviction du ministre et de l’impression que leur a fait Le Corbusier dans son atelier.

Parallèlement, Claudius appuie le projet d’Unité de Rezé et tombe en admiration devant le projet de la chapelle de Ronchamp, il accepte de contribuer à convaincre l’archevêque, Mgr Dubourg, de confier ce chantier à Le Corbusier. D’une part, Claudius s’engage à suivre person•nellement le dossier de dommages de guerre de la chapelle, d’autre part, il se prête à la lubie de Corbu qui grave sur disque les propos enthousiastes du ministre. Le 20 janvier 1951, la commission diocésaine d’Art sacré accepte définitivement le projet.
1 Assemblée nationale, débat du 14 novembre 1951, Jo, p. 8014, La France catholique du 1er février 1952, La France et Le Méridional, à Marseille, popularise l’expression «Maison du fada», seul Le Provençal de Gaston Defferre défend Le Corbusier localement.

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En 1952, Le Corbusier et son projet d’Unité d’habitation de Rezé mais surtout Claudius, plus sérieusement visé, subissent une véritable offensive menée par Georges Labro et Robert Béguin. Tous deux font une confé•rence de presse le 18 janvier au siège de la société des Architectes diplômés par le gouvernement, rue du Cherche-Midi, contestant l’octroi de prêts hlm au projet de Rezé au détriment des maisons individuelles souhaitées par une majorité de Français, ils s’en prennent également à Marseille et cette initiative est fortement relayée dans la presse où les termes les plus durs sont utilisés. À l’Assemblée, des parlementaires n’hésitent pas à parler de «clapier»: désormais on parle d’une «philosophie concentrationnaire», de « Maison du fada » 13. Le Corbusier a beau porter plainte à l’ordre des Architectes, le mal est fait.

Ces tensions s’apaisent avec l’inauguration de l’Unité de Marseille en octobre 1952. Le ministre en fait un événement positif pour le ministère et pour l’architecte. Pour Rezé comme pour Ronchamp, les efforts du ministre permettent d’espérer le lancement imminent des chan•tiers. Quoi qu’ait pu en penser Le Corbusier, Claudius-Petit ministre a, en définitive, fortement contribué à le faire travailler.

Pour une capitale moderne

Enfin, Eugène Claudius-Petit s’intéresse de près à l’aménage•ment de Paris. Pour accueillir l’exposition internationale prévue pour 1955, Claudius est un fervent partisan de l’aménagement du rond-point de la Défense. Il tient particulièrement à ce que cette exposition soit l’occasion d’une opération d’urbanisme définitive, prévoyant des habitations et res•treignant autant que possible le temporaire, afin d’en faire un nouveau pôle de développement pour la capitale. Il repousse l’exposition à 1961 lors du Conseil des ministres du 8 novembre 1950, et peut ainsi mener les premiè•res réserves foncières, grâce au Fonds national d’aménagement du territoire qu’il a créé. Il confie à Camelot, Zehrfuss et de Mailly l’aménagement du secteur en 1952. Par ailleurs, Claudius prend part à l’intense polémique qui entoure l’installation de l’Unesco à Paris. Favorable à ce projet depuis 1948, il affirme tout le bien qu’il pense du choix de l’institution internationale très décrié et rejeté par la municipalité, la préfecture, la commission des Sites et des Paysages.
En décembre 1952, Eugène Claudius-Petit quitte le mru relati•vement satisfait. Ses inlassables efforts de pédagogie ont porté, la construc•tion a pris le pas sur la reconstruction, l’industrialisation du bâtiment est en route, la nécessité de l’aménagement du territoire est reconnue et les solutions possibles de la crise du logement sont identifiées. L’objectif des 240000 logements par an, la réforme foncière, la contribution des employeurs, entre autres, sont déjà repris ici et là et, quelques mois plus tard, ces solutions seront soutenues par le gouvernement et votées par le Parlement. La politique globale de l’habitat qu’Eugène Claudius-Petit a défendue tant bien que mal s’impose enfin. Mais, parce qu’il n’a pu que l’es•quisser, cette politique reste modifiable et interprétable à loisir. Conscient de la fragilité de cet édifice, Claudius en souligne l’équilibre précaire et les risques d’une systématisation, dans une interview aux Échos, début décem•bre 1952. Il y évoque, notamment, le danger d’accorder une trop grande place à l’accession à la petite propriété, et fait part de sa crainte de voir

1 Les Échos, n° 116,
du 7 décembre 1952. l’architecte supplanté par l’ingénieur et le bureau d’études 14 .
Observateur attentif et critique

En février 1954, après l’intense mobilisation qui a suivi l’appel de l’abbé Pierre, son successeur au ministère de la Reconstruction et du Logement, Maurice Lemaire, présente le détail de ses mesures à la commis•sion de la Reconstruction. Son plan prévoit la construction de 100 000 logements d’urgence en région parisienne et autant en province, enfin, à
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moyen terme, il envisage un concours sur 500 000 logements, souhaitant abaisser le coût unitaire à un million de francs. Claudius réagit vivement. «Un mouvement de charité, aussi admirable soit-il, ne pourra pas se pro•longer si les moyens de financement ne sont pas compris de telle sorte que la construction de logements accompagne, supporte et soit en même temps la récompense d’une politique d’expansion économique. […] Il est inexact que le problème du logement sera résolu dans quatre, cinq ou même dix

ans. Je prétends qu’il ne sera pas résolu dans vingt ans.»

En août 1954, la crise liée au vote créant la communauté euro•péenne de Défense (ceD) permet à Claudius de remplacer, par intérim, le ministre de la Reconstruction démissionnaire, Lemaire. Il s’empresse alors d’accorder le permis de construire du palais de l’Unesco conçu par Zehrfuss, Marcel Breuer et Pier-Luigi Nervi. Son prédécesseur s’y refusait pour ne pas affronter une campagne de presse bien orchestrée, très hostile à une œuvre moderne dans ce quartier historique du septième arrondissement. Faisant fi de l’avis de la commission des Sites qui exige des modifications, Claudius affirme avec force la primauté de l’œuvre et la liberté de l’archi•tecte. Le chantier s’ouvre enfin, mais la crise politique de la ceD se poursuit et Claudius ne s’occupe de construction et d’urbanisme que pendant une quinzaine de jours puisqu’il démissionne à son tour fin août.

Exigeant, Claudius-Petit n’est pas cependant un partisan de la modernisation à tout prix. Ainsi, à l’automne 1954, il est un des rares à s’op•poser au plan de Bernard Lafay pour l’aménagement de Paris qui prévoit la transformation du canal Saint-Martin en grande voie de pénétration routière dans Paris. S’il accueille plus favorablement le rapport de Pierre Sudreau sur Paris et sa région, il craint l’affairisme qui se développe. Partisan de «refaire Paris sur Paris», comme Claudius l’affirme au cercle d’Études architecturales (ceA)enfévrier 1955,illuisemblecependantindispensablededénombrer«ce qu’il faut garder et soigner [et] qu’on laisse dépérir (les vieux hôtels du Marais,
1 An, 538 Ap, réunion du ceA séance du 14 février 1955.

1 An, 538 Ap, lettres d’Émery à Claudius-Petit des 12 juillet et 2 août 1957.

17 Deluz (Jean-Jacques),

L’Urbanisme et l’architecture d’Alger. Un aperçu critique,

Liège/Alger, Mardaga/ opu, 1988, 195 p.,

p. 60-107.

18 La Croix des 27-28 avril 1958.

par exemple) […] mais, il faut enlever toute la crasse autour et supprimer toutesles ruelles infâmes»15. Claudius se déclare, par ailleurs, contre l’objectif du secrétaire d’État à la Reconstruction et à l’Urbanisme, Bernard Chochoy, qui veut construire 320000 logements par an. Le chiffre de 240000 lui sem•ble toujours plus raisonnable. Au congrès national du mouvement hlm de juin 1957, Claudius s’élève contre la ségrégation en cours, avec les logements pour fonctionnaires, pour jeunes travailleurs… Il s’alarme également de la spéculation foncière et de ses conséquences. «À quoi assistons-nous donc à Paris maintenant? […] Sinon à l’éviction de toute la population ouvrière de la capitale de la France. […] Dans tous ces quartiers soumis à la plus éton•nante des spéculations [La Défense et les opérations Maine-Montparnasse et Front de Seine en gestation], pour permettre aux terrains d’apparaître tout de même pas trop chers, on va empiler sur ces espaces le maximum de construc•tions, pour un rendement qui ne peut se justifier que dans le cadre d’un rendement capitaliste. […] Pour que nous restions une société sans classes, donc une ville sans classes, il faut que le terrain soit disponible pour que les plans permettent d’esquisser la ville de demain.»

Si Claudius se montre si offensif, c’est parce qu’il constate que personne n’entend sérieusement freiner la dérive en cours. Et il est d’autant plus en colère et déçu, que ses propres amis y participent. D’Alger, Émery lui fait part de son «indignation, provoquée par les agissements de ceux qui ont été nos amis, et qui te doivent le plus clair de leur réussite»16. Car en Algérie aussi l’investissement immobilier connaît une croissance sans précédent. Herbé, Dalloz, Hanning et Pouillon réalisent de très imposants programmes, dont ils excluent les architectes locaux17. Claudius vit mal cette évolution et partage probablement l’analyse amère mais lucide d’Émery.

Fin avril 1958, il s’oppose de nouveau très fortement à la poli•tique gouvernementale dans La Croix 18. Sous le titre «La France cherche toujours un toit», Claudius-Petit déclare notamment: «Il n’y a pas de poli•
19 Le ministre Sudreau exprime ces critiques dans Le Figaro Littéraire, du 15 août 1959 et la

Revue des Deux Mondes

du 1er janvier 1960. Le colloque du cnAh sur «le problème des grands ensembles » a lieu du 21 au 23 janvier 1960 à l’Unesco.

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tique du logement en France, je veux dire de politique stable, digne de ce nom, […] certains grands ensembles vont grouper 10000, 15000 ou 20000 personnes dans un même et unique type de logements réservés à une caté•gorie de salariés ou d’employés définis par un maximum et un minimum de ressources. À la monotonie des maisons va s’ajouter la monotonie des habitants. […] Bientôt, nous découvrirons que les grands ensembles, jetés au hasard des terrains disponibles, ne constituent que des morceaux brisés d’un urbanisme inexistant. En travaillant à la petite semaine, on risque de rendre incohérentes les agglomérations au lieu de faire des villes.»

Alors que la polémique enfle autour des «grands ensembles» avant que le terme de «sarcellite» ne fasse son apparition, Claudius prend clairement position. Le ministre Pierre Sudreau incrimine, comme beau•coup, la Charte d’Athènes, Claudius s’en fait le défenseur lors du colloque qu’organise le centre national d’Amélioration de l’habitat (CmAh) en jan•vier 1960 19. Pour lui, s’attaquer à la Charte d’Athènes est une façon détour•née de s’en prendre à Le Corbusier et aux architectes mais surtout de ne pas aborder le problème au fond. «Notre société basée sur l’argent a vite fait de se donner bonne conscience en accusant les architectes et les promo•teurs car ceux qui, systématiquement, pour obtenir le meilleur rendement de crédits […] s’en tiennent à ce qui est immédiatement et apparemment utile ont leur responsabilité. Ils la partagent avec un Parlement qui ne veut jamais voter les impôts nécessaires pour que les crédits soient normaux […]. Ne demandons pas aux promoteurs et aux architectes d’être des héros si, lorsqu’ils se rendent dans certaines administrations, en disant: «Nous voulons construire 80logements à l’hectare», ils s’entendent répondre:

«Vous gâchez le terrain ! Il faut “densifier”, il faut mettre 100 ou même 120 logements à l’hectare. » Après tout, cela rapporte davantage d’argent. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? […]. Si l’on veut diversifier la population et les types de construction, tout en utilisant au maximum l’industrialisation,
0 Colloque du cnAh des 21-23 janvier 1960.

1 Claudius-Petit (Eugène), «L’État et l’architecture», Techniques et Architecture, mai 1960, p. 58-60.

ce qui n’empêche pas de varier l’architecture, par exemple en multipliant les immeubles à façade libre, peut-être la construction coûtera-t-elle 10% de plus, mais tous les malheurs que l’on attribue actuellement aux grands ensembles et que l’on fait défiler devant nous avec complaisance seront peut-être évités, et cela mérite bien 10 % de plus. » 20 De même, s’il estime la réforme des hlm plutôt positive, notamment la diminution du nombre de catégories et la réévaluation à la hausse des normes et surfaces, il est persuadé que les prix-plafonds vont réduire à néant ces efforts car ils ne tiennent pas compte de l’augmentation du coût de la construction.

Pour une maîtrise d’ouvrage de qualité

En mai 1960, Eugène Claudius-Petit publie «L’État et l’archi•tecture» dans Techniques et Architecture21. Il y définit ainsi le rôle idéal de l’État: «promouvoir, susciter, provoquer, permettre, protéger l’expression libre de l’architecte au nom de l’intérêt général, face à la médiocrité inévita•ble et trop constante des intérêts particuliers». Cette définition de l’action publique en faveur de la qualité architecturale, il s’efforce de la mettre en œuvre à Firminy, dans la banlieue de Saint-Étienne, où il est maire durant dix-huit ans et à la tête de la Sonacotra, qu’il dirige de 1956 à 1978.

Fidèle aux idées développées au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, Claudius-Petit entend faire la démonstration de leur validité à Firminy. En 1953, élu maire, Eugène Claudius-Petit découvre une cité ouvrière aux routes en terre battue, appelée « Firminy la noire », où beaucoup trop de logements n’ont ni eau courante ni électricité. S’y investissant pleinement, il mène à Firminy une politique ambitieuse et y réalise l’essentiel de ce qu’il n’avait qu’esquissé sur le plan national au ministère. En dix-huit ans de mandature, son action transforme en profondeur la cité minière. Rénovant le centre-ville, il crée un nouveau quartier confié à André Sive, Marcel Roux et Charles Delfante. Mêlant
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hygiénisme et urbanisme, le projet se réalise selon les directives d’un plan d’urbanisme directeur, permettant une réorganisation complète de la cité. Il déplace en périphérie les activités industrielles et le flux routier de la nationale et crée un nouveau centre liant ancienne et nouvelle ville autour d’un espace réunissant des équipements culturel, cultuel, sportif et commercial. Nommé Firminy-Vert, prix de l’urbanisme 1961, ce quartier réunit un millier de logements hlm, des écoles, tout en s’efforçant d’éviter la ségrégation sociale. L’ensemble est complété par un patrimoine archi•tectural de Le Corbusier unique en Europe : un stade et une maison de la culture, une église et une Unité d’habitation, depuis classés monuments historiques. Le soin apporté aux réalisations et aux espaces paysagers, les nombreuses innovations (terrain d’aventures pour les enfants, chauffage par le sol par exemple), la coûteuse et courageuse rénovation urbaine dans la vieille ville sont autant d’éléments qui font de Firminy une exception dans les réalisations urbaines de cette période.

De même, dès sa nomination à la tête de la Sonacotra, Eugène Claudius-Petit entend faire de cette société d’économie mixte un acteur important en matière d’architecture et d’urbanisme. Aux côtés des mai•res et au service de l’État, il espère loger décemment les travailleurs algé•riens et leurs familles, participer activement à l’indispensable rénovation urbaine et éradiquer le logement insalubre, les bidonvilles comme les garnis. Mais, outre cette mission première, il entend aussi faire œuvre d’architecture en toute indépendance. Connaissant les moyens dont il dispose, il sait les limites de cette ambition. Cependant, il accorde une vraie place à l’architecture et fait du choix des architectes, pour les foyers-hôtels comme pour les logements hlm, son « domaine réservé ». Ainsi pour l’opération des Canibouts à Nanterre, il appelle Édouard Menkès dont il avait remarqué le travail en Sarre, dix ans plus tôt. Il fait aussi appel à Marcel Roux qui devient l’architecte-conseil de la Sonacotra. Sa
Lengereau (Éric), L’État et l’architecture 1958-1981, une politique publique? Paris, Picard, 2001, 559 p., p. 68-71 et An, ministère des Affaires culturelles, n° 840754, article 21.

démarche et ses choix sont avant tout motivés par la haute idée qu’il se fait de l’architecture. « Protecteur » et défenseur de ses amis Modernes, il veut surtout permettre l’expression d’architectes qu’il estime et qui, par conviction, par manque d’expérience ou de reconnaissance, se retrouvent en dehors du « circuit ». Il fait ainsi travailler Louis Miquel puis Émery qui quittent l’Algérie peu avant l’indépendance, notamment pour le quartier de Metz-Pontiffroy. De même, il vient en aide à Roland Simounet en lui confiant du travail à la Logi-Est, filiale de la Sonacotra. Grâce au sou•tien du directeur de la Construction, Robert Lion, Claudius-Petit finit par obtenir pour la Sonacotra l’accès aux zones à urbaniser en priorité (Zup). C’est notamment par ce biais qu’il fait travailler Georges-Henri Pingusson aux Ulis, Roger Anger, Mario Heyman et Pierre Puccinelli à Sevran, ou encore Pierre Pinsard, Michel Andrault et Pierre Parat et permet la mise en œuvre des Tétrodon de l’AuA à Fos-sur-Mer.

Enfin, Claudius-Petit affirme aussi ses convictions au sein du commissariat au Plan. Il préside ainsi le groupe « Architecture » de la commisssion de l’Équipement culturel et du patrimoine artistique du Ve Plan. Au terme des travaux, sont présentées des recommandations pour une meilleure politique architecturale: «éduquer les Français, former les cadres, sensibiliser l’opinion et créer un centre de recherche; prévoir des programmes expérimentaux, un renforcement de la direction de l’Archi•tecture et une réforme du conseil général des Bâtiments de France ; créer un corps unique des architectes-conseils et des ateliers régionaux d’archi•tecture et d’urbanisme». En outre, les membres de la commission se pro•noncent pour une promotion de la création architecturale par le biais des constructions publiques et pour une réforme de l’enseignement de l’archi•tecture 22. Claudius souhaite également le retour de la procédure de mise au concours pour toutes les constructions publiques. Par ailleurs, il sou•tient très tôt Robert Lion, directeur de la Construction du ministère de
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l’Équipement, quand il projette, malgré l’opinion de son ministre Albin Chalandon, de créer une nouvelle instance pour promouvoir la qualité architecturale. Membre du comité directeur, Claudius participe, aux côtés notamment d’Adrien Spinetta, d’Hubert Dubedout, d’Anatole Kopp, de Joseph Belmont à la séance inaugurale du «Plan Construction», présidé par Paul Delouvrier, le 25 mai 1971.

Cohérent, infatigable défenseur de la cause moderne, Eugène Claudius-Petit n’a eu de cesse de promouvoir ses fortes convictions durant les Trente glorieuses. Même s’il a été insuffisamment entendu, Eugène Claudius-Petit a eu une influence importante: son action modernisatrice a durablement remis en cause et renouvelé la profession architecturale autant que ses pratiques. Agissant à la marge, mais efficacement, Claudius a per•mis l’émergence d’une nouvelle génération d’architectes et d’une nouvelle architecture dont un grand nombre d’édifices sont aujourd’hui représen•tatifs de l’histoire de la modernité en France. S’il n’a pas su prévenir la dérive que constitue une partie de la production de grands ensembles, il a été un des premiers à la dénoncer. Enfin, par son soutien constant, Eugène Claudius-Petit a été un des principaux maîtres d’ouvrage de Le Corbusier à qui il a permis de s’exprimer jusqu’à la fin de sa vie.

Benoît Pouvreau, mai 2007.


L’église de Firminy, œuvre ultime*

* Nathalie Régnier,

architecte Dplg, enseignante à l’école d’Architecture de Versailles, collabore à la revue Construction Moderne. Une version abrégée de cet article a été publiée dans le n° 126 de cette revue.

La ville de Firminy peut maintenant s’enorgueillir de posséder un patri•moine architectural moderne exceptionnel, dont elle veut faire un attrait culturel et touristique, pour sortir de ses années de crise. Inaugurée le 29 novembre 2006, l’église Saint-Pierre à Firminy, est la dernière œuvre de Le Corbusier, réalisée, plus de 40 ans après sa mort, par l’architecte José Oubrerie. Œuvre posthume, elle finalise un ensemble urbain des•siné par le maître, composé d’une maison de la culture et de la jeunesse, d’un stade, et d’une Unité d’habitation de 414 logements sociaux. De ces quatre bâtiments, seule la maison de la culture a vu le jour avant sa disparition en 1965. Le chantier de l’Unité d’habitation avait à peine commencé : il sera terminé avec le stade, par l’architecte André Wogensky, ancien collaborateur de l’atelier de la rue de Sèvres. Celui-ci se chargera également de réaliser la piscine, qu’il a lui-même conçue, intégrée à la composition originale.
La genèse du projet

La construction de l’église de Firminy est l’aboutissement de l’acharnement et de la passion de quelques hommes: Eugène Claudius-Petit, puis son fils Dominique, l’architecte José Oubrerie, et Dino Cinieri, le maire actuel de Firminy. Mais à l’origine du projet, il y a d’abord la rencontre d’une personnalité politique, Eugène Claudius-Petit avec Le Corbusier. Élu maire de Firminy en 1953, après avoir été ministre de la Reconstruction de 1948 à 1953, ancien résistant, l’homme a porté très haut l’exigence de qualité archi•tecturale: il a permis, en particulier, la réalisation de l’Unité d’habitation
l’église de Firminy 9

pour Marseille. En 1954, il fait appel à Le Corbusier pour concevoir quelques édifices majeurs du centre civique de la petite ville minière de Firminy, située dans le département de la Loire, dans la banlieue de Saint-Étienne. Le plan-masse du quartier moderne de «Firminy-Vert», avait été confié à André Sive, ancien collaborateur de Le Corbusier, Marcel Roux, Charles Delfante et Jean Kling. En 1960, Claudius-Petit, avec l’association paroissiale de Firminy, confie à Le Corbusier, la construction de l’église.

Cette église complète une trilogie d’édifices à vocation cultuelle dans l’œuvre de Le Corbusier, avec la chapelle de Ronchamp, réalisée en 1955, et le couvent de la Tourette à Eveux-sur-l’Arbresle en 1960. Sans être spécialement religieux ni croyant, Le Corbusier, Suisse et protestant par ses origines, ne refusait pas toujours ce type de commande. Il fallait un site, un programme, ou bien une relation particulière avec le commanditaire, pour susciter son intérêt, conscient de l’importance de la dimension spirituelle dans la représentation de toute société humaine. Soucieux de répondre à tous les besoins du corps et de l’esprit, il affirmait «J’ignore le miracle de la foi mais je vis souvent celui de l’espace indicible, couronnement de l’émo•tion plastique.» Le père Couturier, initiateur des deux projets précédents, avait su reconnaître en lui le grand artiste, capable de donner à l’art sacré un nouvel élan, en adéquation avec son époque.

L’origine de la forme tronconique vient d’une première esquisse faite pour l’église du Tremblay en 1929, qui présente un volume central verti•cal, autour duquel se développe une rampe en spirale. Le thème de la forme pyramidale est récurrent dans l’œuvre de Le Corbusier, par exemple dans le palais de l’assemblée à Chandigarh, allusion aux tours de refroidissement employées dans l’industrie. Pendant les quelques années de sa conception, le projet de l’église de Firminy, sera modifié continuellement au fil des étu•des, pour réduire le budget, et répondre aux demandes fonctionnelles de la liturgie, avant d’aboutir à la version finale de 1964, connue uniquement sous forme de maquette dans son aspect définitif, réalisée par le maquettiste Dirlik, avec une réduction importante des dimensions de la hauteur de la coque. Devant les difficultés du projet, Le Corbusier écrira en janvier 1965 à l’abbé Tardy: «J’ai été chargé d’un travail. Je l’ai fait en conscience… J’ai lutté avec les matériaux, les formes, l’entreprise. J’ai rempli toutes les condi•
tions du contrat. J’ai fait mon travail. Je me sens plus lié que jamais, par cette œuvre qui est nôtre… Et je ne peux pas envisager autre chose à présent que l’ouverture du chantier, pour la plus grande joie spirituelle de tous.»

Péripéties d’une construction

Au sein de l’atelier, le projet est confié à José Oubrerie, jeune collaborateur, qui sera en charge du projet de juin 1960 à août 1965. Études, maquettes, et dessins des différentes étapes du projet, aboutiront à la maquette de 1964. C’est à lui, après la mort de Le Corbusier, que le nou•veau maître d’ouvrage, l’association « Le Corbusier pour l’église de Firminy-Vert», créée par Claudius-Petit et dont le président n’est autre que Jean Dubuisson, confie en 1968 la responsabilité de la construction de l’église, sur la base de l’avant-projet sommaire laissé par Le Corbusier. Financées par des dons privés, et un prêt de la fondation Le Corbusier, les études seront finalisées en 1970, mais la crise économique en empêchera l’exé•cution. Après deux périodes de construction, qui s’échelonnent de 1972 à

1974, pour les fondations et les trois premiers niveaux, puis de 1977 à 1979, avec les quatrième et cinquième niveaux, près des deux-tiers du gros-œuvre Le socle de l’église,

resté inachevé pendant
sont réalisés, soit la totalité du socle de l’édifice, jusqu’au plancher des gra-plus de 25 ans. dins. Les travaux s’arrêtent alors, à la coulée des deux premières banchées de la coque, par manque de financement.

José Oubrerie, n’aura de cesse d’achever cette œuvre, et d’aider Claudius-Petit à rechercher les financements pour sa réalisation, notamment aux États-Unis, où il fait une carrière de professeur; parallèlement, il réalise

Le chemin de l’eau se dessine en relief sur la peau de béton.

Repère orthonormé, l’autel est ancré jusque dans les fondations de l’église.

L’église est un volume concret de béton brut ponctué d’éléments sculpturaux.

Les fentes de lumière colorées accompagnent le mouvement ascendant.


Les canons à lumière modifient le volume intérieur.

La «constellation d’Orion» est une pluie de lumière captée dans l’espace de la salle.

1 voir l’article de Nathalie Régnier dans le n° 79 de Construction Moderne.
L’église illuminée, lors de son inauguration en novembre 2006.

plusieurs projets pour la France: le centre culturel français à Damas, des loge•ments à Paris et une maison familiale à Lexington1. En 1990, après la mort de Claudius-Petit, l’association reprise par son fils Dominique, s’adresse encore à lui, avec l’atelier de l’Entre à Saint-Étienne (Yves Perret et Aline Duverger architectes), et de l’ingénieur André Acetta, chargé des plans béton lors des premiers travaux, pour reprendre les études, afin de répondre aux nouvelles exigences de sécurité, ainsi qu’à la réglementation qui concerne les handica•pés. Un avant-projet détaillé est établi en 1995, intégrant un ascenseur pour handicapés, un escalier de secours extérieur, et des adaptations de rampes, avec les plans et un devis estimatif pour recueillir les fonds nécessaires à l’achèvement de l’église. En 1996, le socle de l’église, ruine moderne inache•vée, est classé monument historique! Une décision qui permettra à l’État de financer une partie des travaux, lors de la relance du chantier… qui n’inter•viendra que cinq années plus tard.

L’authenticité de l’œuvre

C’est seulement l’élection, en 2001, de Dino Cinieri à la mairie de Firminy qui permet enfin au projet d’aboutir. Conscient du potentiel de l’œuvre de Le Corbusier pour sa ville et ayant connu, dans son enfance, la désolation que représentait la vue de ce bloc de béton inachevé pour les Appelous, cet homme comprit la nécessité d’achever l’église, pour permet•tre aux habitants de Firminy, d’accepter et de s’approprier leur patrimoine. Il confie à Roger Aujame, autre ancien collaborateur de Le Corbusier, la constitution d’un dossier pour reconnaître et inclure ce patrimoine dans le «patrimoine mondial de l’Unesco». Avec la communauté d’agglomérations Saint-Étienne-métropole, la décision est prise en 2003, de reprendre le chan•tier, en tant qu’édifice à vocation culturelle et patrimoniale, pour en faire une antenne du musée d’Art moderne de Saint-Étienne, consacrée à l’œuvre de Le Corbusier. À cette occasion, l’association Le Corbusier pour l’église de Firminy-Vert fait donation du bâtiment existant à la communauté d’agglo•mérations, désormais maître de l’ouvrage. Ce montage a permis de financer les 6,8 millions d’euros du chantier, en partie par des fonds publics (Europe, État, collectivités locales), s’ajoutant aux fonds privés, pour 4,5 millions d’euros. Pour ne pas violer la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État tout en conservant à l’édifice sa vocation première, une convention est en cours d’étude avec la mairie pour consacrer l’église: le clergé devra, comme toute association, louer les locaux pour y dire la messe.
En dehors de sa fonction, il reste aussi toutes les questions que pose aux historiens son degré d’authenticité. Sur ce sujet, les discussions entre José Oubrerie et la fondation Le Corbusier, légataire universelle de l’architecte et gardienne de sa postérité, ont été vives : composée aujourd’hui surtout d’historiens, plus que d’architectes praticiens, la Fondation n’ac•cepte qu’avec réticence les constructions d’œuvres posthumes de Le Corbusier. José Oubrerie s’exprime ainsi: «L’œuvre est maintenant ache•vée, dotant critiques et historiens d’un nouveau sujet de débat, étant donné sa dimension et la stature de Le Corbusier. Peut-être deviendrons-nous par rapport à lui, ce que Scamozzi a été pour Palladio, vilipendés, puisque nous avons osé, et que les historiens jugent. Nul ne peut dire ce que l’église aurait été, Le Corbusier vivant, et pourtant, il y est totalement présent mais nous le sommes aussi. »

De par sa situation et sa verticalité, l’église a une présence très forte dans le paysage urbain de Firminy. Au sein de cette nouvelle acro•pole, elle prend la place principale de la composition architecturale, sans laquelle, le reste serait incomplet. Son volume spécifique, «objet à réac•tion poétique », est comme un point final, culminant, qui révèle l’ensem•ble. En raison de l’assise fragile du terrain, situé sur une ancienne carrière, les bâtiments composent avec le site, et s’implantent selon les courbes de niveaux de la vallée, contenus à l’intérieur d’une boucle de la voirie. De
l’église de Firminy 1

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