Littérature québécoise








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Wenceslas-Eugène Dick

Le roi des étudiants

BeQ

Wenceslas-Eugène Dick

(1848-1919)

Le roi des étudiants
roman


La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 217 : version 1.01

Wenceslas-Eugène Dick est né à Saint-Jean, dans l’île d’Orléans. Il obtint un diplôme en médecine. Il collabora à plusieurs journaux et revues, dans lesquels il publia des contes, des nouvelles, des poèmes, des chroniques. Il publia aussi quelques romans : L’enfant mystérieux, en 1890 ; Un drame au Labrador, en 1897 ; et Le Roi des Étudiants en 1903. En 1998, les Éditions de la Huit (Québec) ont fait paraître la première édition de son premier roman, qui avait d’abord paru en feuilleton en 1875 : Une horrible aventure.

Le roi des étudiants

Édition de référence :

Saint-Henri, Décarie, Hébert & cie.

I



Silhouettes d’étudiants


C’était dans une chambre de douze pieds carrés au plus, rue Saint-Georges, Québec.

Ils étaient là quatre, buvant, fumant, chantant, riant... que c’était plaisir à voir. Le cliquetis des verres, le choc des bouteilles, les éclats de voix, les notes plus ou moins fausses de quelque chanson égrillarde, le bruit des pieds battant le parquet ; tout cela se combinait adorablement pour former le plus délicieux tintamarre du monde.

Comment en eût-il été autrement ?

Ce quatuor bruyant représentait la fine fleur de l’école de médecine : Després, le roi des étudiants tapageurs, l’organisateur par excellence de joyeuses équipées, le meilleur buveur de l’Université ; Cardon, passé maître dans l’art d’obtenir de la boisson à crédit ; Lafleur, qui faisait dix affreux calembours entre chaque rasade qu’il ingurgitait – et Dieu sait s’il en ingurgitait, des rasades ! – enfin, le petit Caboulot, le rat de l’école, intelligent comme un diablotin, mais plus grouillant, plus étourdi, plus léger qu’un papillon.

Rien d’étonnant donc à ce que quatre lurons de cette trempe, arrosés de whisky, fissent un charivari à broyer le tympan d’une escouade d’artilleurs !

Tout à coup, le bruit cessa pendant une dizaine de secondes ; la porte s’ouvrit, et un cinquième personnage entra.

Alors, ce fut une tempête.

– Bonsoir, Champfort !

– Que tu arrives bien, Champfort !

– Viens prendre un coup, Champfort !

– Champfort, pas d’étude ce soir ! Au diable la pathologie !

– Mort à la matière médicale !

– Aux gémonies les maladies des yeux !

– Et celles des oreilles, donc !

– Que la fièvre quarte étouffe Virchow, Kasper, Claude Bernard... et même monsieur Koshlakoff, de Saint-Pétersbourg !

– Que Satanas torde le cou à feu Galien !

– Et donne le coup de grâce à ce bon monsieur Hippocrate.

– Lafleur !...

– Cardon !...

Le nouvel arrivant, tiraillé à droite, tiraillé à gauche, assassiné d’apostrophes aussi véhémentes, ne pouvait placer un mot et se contentait de sourire.

– Là ! là ! mes amis, fit-il enfin, ne parlez pas tous à la fois : qu’y a-t-il ?

– Il y a que nous bambochons ce soir.

– Ça se voit.

– Et que nous voulons nous administrer une cuite à tout casser...

– Tais-toi, le Caboulot, laisse parler le grand monde.

– Tiens ! faut-il pas avoir six pieds, par hasard, pour qu’on se permette de parler devant monsieur !

– Silence ! intervient Després. Je vais t’expliquer la chose, Champfort ; assieds-toi.

– Lorsque Dieu créa le monde...

– Passe au déluge ! interrompit Lafleur.

– Monte sur une chaise ! glapit le Caboulot.

– Pas de discours ! grogna Cardon.

– Laissez-moi faire : ça ne sera pas long.

Champfort s’était assis, attendant patiemment la fin de la bourrasque.

– Lorsque Dieu créa le monde, reprit imperturbablement Després, il travailla, comme tu le sais, pendant six jours...

– C’est connu, ça ! fit la voix flûtée du Caboulot.

– Pas assez ! répliqua gravement l’orateur.

Puis il poursuivit :

– Mais le septième, il l’employa à se reposer, laissant ainsi à l’homme, qu’il venait de former à son image, un enseignement plein de sagesse. Or...

– Ergo !

– Or, nous avons travaillé toute la semaine comme des nègres. N’est-il pas juste que nous prenions cette soirée, cette nuit même, s’il le faut, pour laisser un peu se détendre l’arc de nos centres nerveux ?

– Bien parlé !

– Puissamment raisonné !

– D’une logique irréfutable !

– Mais, sans doute, mes très chers, répondit en riant Champfort. Et je songeais si peu à me mettre en désaccord avec cette sage règle, que je venais vous prier d’étudier sans moi, ce soir. Je ne suis pas dans mon assiette et n’ai aucune disposition pour le travail.

– Bravo !

– Hourra pour toi, Champfort !

– Vive le whisky, le tabac et les chansons !

Et Després, de cette voix lente et mesurée qui lui était habituelle, se mit à chanter, tout en saisissant une bouteille de la main droite et un verre de la main gauche :

Étudiants, étudiants

Chantons, rions sans cesse ;

Que l’étude et l’allégresse

Se partagent nos instants.

De son côté, le Caboulot hurlait :

Pourquoi boirions-nous de l’eau,

Somm’ nous des grenouilles ?

Cardon, lui, proclamait moins haut la chose, mais la mettait consciencieusement en pratique.

Quant à Lafleur, il n’est pas nécessaire de chercher ce qu’il turlutait de sa voix enrouée ; c’était toujours la même rengaine :

C’est notre grand-père Noé,

Patriarche digne,

Que l’bon Dieu nous a conservé

Pour planter la vigne.

Il ne fallait pas lui demander autre chose que cela : c’eût été peine perdue. Mais, en revanche, toutes les cinq minutes, l’éternel couplet lui revenait dans le gosier, avec le nom du respectable grand-père Noé, auteur de la première bamboche dont parle l’histoire.

Laissons Lafleur redire, en quinze couplets, les mérites et les exploits du grand-père Noé, et esquissons à la hâte le portrait du nouvel arrivant.

II



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