A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers Francs-Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté








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A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Francs-Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté

Au Nom et sous les Auspices de la Grande Loge de France


Liberté Egalité Fraternité
---------------
RL  « Sagesse & Fraternité »

N° 1204 Orde BANDOL
« Le Verbe sorti du Silence »

Ou :

« L’ésotérisme dans l’Evangile de Saint Jean »

Bruno Phelebon-Griolet 25 Juin 2005
VM

et vous tous mes FF,
« Le Verbe sorti du Silence

ou l’ésotérisme dans l’Evangile de Saint Jean »
- Aperçu de l’ésotérisme

- L’ésotérisme dans l’Evangile de Jean 

- Verbe et silence

- Conclusions
Silence et Verbe, Verbe et Silence … En fait ce thème nous ramène à l’étude de l’ésotérisme Chrétien et plus particulièrement celui de l’évangile de Jean, évangile qui a toute son importance, pour nous Francs-Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, puisque nous ouvrons le Volume de la Loi Sacrée au Prologue de Jean et que c’est sur cette même Bible que nous prêtons tous nos serments et engagements.
Aperçu de l’ésotérisme :

L’enseignement ésotérique d’un philosophe était celui qu’il réservait à ses disciples, s’associant ainsi à la notion d’un savoir réservé : C’est donc l’idée de secret qui frappe évidemment, mais « Ce que les philosophes s’efforcent d’atteindre par une voie détournée et comme par tâtonnement, il faut y parvenir immédiatement, par l’intuition sans laquelle nulle métaphysique réelle n’est possible et hors de laquelle on ne peut saisir qu’une ombre de la vérité » (R. GUENON).

Il y a donc bien convergence de toutes les traditions vers un même noyau central de vérités fondamentales les mêmes partout et toujours, sauf peut-être dans les conditions qui prévalent hélas dans notre monde moderne Occidental. Or, la tradition est la transmission (étymologiquement) d’un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principes immanents d’ordre universel. C’est pourquoi l’on peut parler d’ésotérisme au sens large lorsque celui-ci s’enrichit de la dimension théosophique.

On peut préciser encore : «  L’enseignement concernant l’inexprimable ne peut évidemment que le suggérer à l’aide d’images appropriées … Cela revient à dire qu’un tel enseignement prend nécessairement la forme symbolique ».

Enfin, pour parler d’Initiation, il faut supposer la transmission d’une influence spirituelle, outre l’aspect « initiable » de l’impétrant, ce qui ne peut se faire que par des rites appropriés, et à condition que l’ « Initiant » détienne un héritage rituel et traditionnel, et surtout par le « travail intérieur » que l’ « Initié » accomplira sur lui-même et sans lequel l’initiation demeurerait toute formelle, inopérante (R.GUENON).

Esotérisme Chrétien :

L’évangile n’était pas seulement une religion, ni doctrine métaphysique, ni éthique, mais tout cela ensemble. La moralité chrétienne dépasse ainsi le « légalisme » et on parlerait plutôt d’une mystique tant s’y trouvent réinterprétées et prolongées les exigences d’accomplissement véritable de l’homme. Des Synoptiques, nous savons que Mathieu et Marc nous proposent l’Evangile du Fait et de la Lettre et que Luc nous présente celui de l’âme. Quant à Jean, il nous offre celui de l’Esprit (Cf. Clément d’Alexandrie) et de l’Amour dont la substance symbolique doit naturellement nous porter à en extraire les enseignements ésotériques qu’il contient.

C’est de ce dernier dont nous allons nous entretenir et plus particulièrement du Prologue, puisque nous ouvrons nos travaux à la première page de l’Evangile de Jean au 1er degré du REAA.

Esotérisme de l’Evangile de Jean : Verbe et Amour….

« La compréhension et l’admission de l’Evangile Johannique ne peuvent donc être effectives que dans la mesure où est acceptée son écriture symbolique qui recouvre une interprétation profonde du sens de la vie par au-delà les irréalités d’un certain foisonnement de mythes et d’allégories ». Paul DIEL précise encore : « Il est actuellement admis que l’Evangile de Jean est un texte symbolique ». Tout au long de son récit, Jean accorde, au symbolisme dont il le pare, l’expression d’une pensée intuitive et analogique qui se réfère à l’insondable profondeur de la vie. A ce titre, le symbole, pour lui, n’a nullement pour but d’apporter une preuve logique, mais doit déboucher sur une conviction intuitive : La confiance inébranlable dans l’organisation légale du monde physique et de la vie … Si l’Evangile Johannique est bien celui de l’Esprit, il est également le message d’espérance et de joie. Ce message, qui apparaît en filigrane dans la trame de toutes les mythologies, précise à l’homme, de la manière la plus simple bien que substituée, qu’il peut dominer l’angoisse née de son ignorance du sens de la vie, triompher de ses tentations, de ses mauvais penchants et de ses passions, surmonter son goût inné d’une sublimation excessive née de son imagination.

L’homme qui sait reconnaître sa médiocrité, lutter contre ses faiblesses, affronter les difficultés, peut être en mesure d’entrevoir, au terme de son combat, ne serait-ce qu’un bref éclat de la vraie Lumière (« Gardez courage, j’ai vaincu le monde » Ev. XVI, 33 ).

L’Evangile de Saint-Jean est aussi celui de l’ « Amour » : Il nous engage à nous ouvrir à la bonté en ce qu’elle est le contraire de la haine. C’est à cette fin qu’il émet ce qu’il nomme son « Nouveau Commandement », aboutissement de tout le quatrième Evangile : « Aimez-vous les uns les autres … » (Ev. XII, 34 et XV, 12).

Ainsi, la « Bonne Nouvelle » apportée par l’Evangile réside dans le fait que la mort de l’âme n’est pas irrémédiable. La résurrection est donc le réveil de la capacité d’aimer de manière spirituelle et ontologique : « Tant il est vrai que la Connaissance et l’Amour sont une même chose et que l’éveil, ou le réveil du Surconscient, est seul de nature à nous en ouvrir l’accès ». ( J. TRESCASES).

La véritable mort, celle de l’âme, la « Seconde Mort » tant redoutée des Egyptiens, engendrée par le pêché, est définie à contrario comme la perte de la capacité d’aimer exprimée ainsi: « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères ... Celui qui n’aime pas demeure dans la mort … » (Jean, Epître 1,3).

Le Silence et le Verbe……

Il semble impossible de parler de ce qui est absence ou abolition de toute parole. Le silence se présente comme le point zéro à partir duquel s’inaugure tout langage, sans qu’on y puisse faire retour. Pour reprendre une terminologie empruntée à Claude Lévi-Strauss, on peut dire que le silence est la nature pure, donc l’inabordable, la culture étant la rupture définitive du silence. Celui-ci ne saurait être objet de connaissance. C’est d’ailleurs à lui que, par bien des côtés, les sciences humaines voudraient ramener les contemporains : silence de la religion, silence de l’homme, silence de Dieu, à l’image du sage que Lévi-Strauss, à la fin de Tristes Tropiques, évoque au pied de son arbre, ou du Bouddha qui renvoie au grand silence, dans l’essence universelle. Pourtant c’est à cette expérience, inobjectivable comme moment privilégié de présence à soi, au monde et à Dieu, que toutes les religions convient leurs fidèles. La prière contient toujours cet élément de solitude silencieuse.

Toutes les voies ascétiques passent par le silence. De Jésus, qui conseille de s’enfermer dans sa chambre et dans le secret de son cœur, aux ermites, qui fuient dans le désert, tous les maîtres spirituels nous convoquent au silence comme à l’expérience de la présence de l’Autre.

Même si certains mystiques chrétiens eux-mêmes font l’expérience du nada, nada, nada de saint Jean de la Croix, tous affirment cependant que le silence est plein d’une présence cachée. Le silence est-il donc franchissement de la limite, catharsis devant l’étouffement possible de nos tâches et de nos relations, néant qui permet tout le reste, envers inconnaissable du langage, dont certains « langages » cependant nous rapprochent (comme la musique) ? Chacun peut en faire ce qu’il veut, puisque le silence s’expérimente, mais ne se dit pas.

Le silence des espaces infinis, qui effrayait Pascal, peut-il être absolu ? Le silence - mais, alors, celui-là angoisse - n’est-il pas simplement l’absence de réponse à mes questions, l’impossible intelligibilité des choses et des êtres ? Alors peut-être le manque de ce que j’attends, l’effort du langage pour sauter par-dessus son ombre me font-ils reconnaître, comme à Ludwig Wittgenstein, « qu’il y a du mystique », mais en sachant bien que « ce dont on ne peut parler il faut le taire » .Saurait-on pour autant y trouver la garantie d’une présence ?

Dans le Prologue, en transmettant un message de salut qui doit consoler l’homme de sa condition de faiblesse et de mortalité, l’Evangile de Jean veut surtout lui faire découvrir la sublime Lumière de la Vérité en le soustrayant à ses conflits intérieurs par un effort personnel et en l’aidant à passer de l’état de trouble qui l’agite à l’harmonie ressaisie de son Moi.

La démonstration est alors faite que chacun de nous possède la potentialité de trouver et de parcourir le chemin qui doit mener vers la joie, vers la satisfaction essentielle, par la découverte de l’explication symbolique de la vie en évolution, cette vie qui est : « La Lumière des hommes » (c.q.f.d.). Cette certitude en recèle implicitement une autre : celle de l’ignorance pérenne de la cause interprétative de la création cosmique. Jean, dans un raccourci saisissant, affirme que « le Verbe était Dieu ». Saint Ignace d’Antioche (v.100-117 ap. JC) parle du « Verbe sorti du Silence ». Manifestation, épiphanie du « Verbe », qui semble une réponse à l’impatience du 1er Millénaire. En attendant ce jour, qui tardait tant, et auquel il était prudent de ne pas songer trop ardemment, la spiritualité d’Ignace sera de se mettre en route pour le rejoindre par le silence et la mort : « Celui qui comprend véritablement la parole de Jésus, celui-là peut entendre son silence même ; c’est alors qu’il sera parfait ; il agira par sa parole »…

Ainsi le Silence peut être le Principe : La Parole n’existe que par le Silence, comme elle le manifeste également.

Le Silence dont il est question est donc « Archétype », il est le « Principe » de la « Parole »… signifiant de la sorte que l’esprit humain ne peut dissocier l’organisation spatio-temporelle de l’Univers et le mystère de son origine sans attenter à l’Existence elle-même. Il s’agit d’une complémentarité entre les deux aspects de l’énigme primordiale : Le Chaos symbolise alors la déroute de l’esprit humain devant le mystère de l’existence. Jean apportera en guise d’ultime interrogation, une nouvelle affirmation du mystère originel en s’écriant : « Dieu, personne ne l’a jamais vu » ! (Ev. I, 18)

Dans une peinture de Raphaël, Aristote montre la terre et Platon le ciel ; la Table d’Emeraude enseigne également que : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » ; ce symbolisme atteste qu’il existe un principe créateur Grand Architecte de l’Univers, que l’esprit doit dominer la matière et que l’homme doit retourner à la Terre.

L’homme ne peut retrouver la parole qu’en redevenant fidèle à son destin essentiel et l’Evangile nous rappelle qu’Adam jouit mal des « fruits de la terre » (voir Matthieu 28-7, Jean 20-9, Paul 1ère Ep. Cor. III,15) … Il doit alors mourir pour renaître . (cf. symbolique du grain de blé : Jean XII, 24). Le Christ ressuscité après sa descente aux enfers comme Osiris, Perséphone…etc., représente ainsi l’homme régénéré. Il appartient donc à chacun de faire renaître sa conscience. On ne peut être plus explicite ! Encore qu’il conviendrait de ne pas nous payer de mots et de bien nous imprégner de la haute portée des symboles (« La Lettre tue, c’est l’Esprit qui vivifie » : Jean ,VI,64), car l’initiation se vit pleinement ou alors elle n’est pas : L’Initiation n’est pas liée à l’acquisition d’une nouvelle connaissance mais bien à celle d’un état de l’être tout entier, et sans réserve d’aucune sorte

Conclusions :

Nous avons vu que les symboles permettent de rendre concrètes, sensibles et perceptibles, des vérités transcendantes que le langage serait incapable de formuler et que l’ésotérisme devient ainsi à même d’en dégager la réalité spirituelle sous-jacente. Mais à cela s’ajoute l’idée fondamentale d’une transmission, d’une « Tradition », au sens étymologique du mot. Mais qu’est-ce qui se trouve ainsi transmis ? Une connaissance grâce à laquelle l’homme parviendrait à reconstruire la métaphysique traditionnelle, une et universelle. Il importe tout de suite, pour éviter tout contresens, de préciser que ladite connaissance, dans les perspectives de l’ésotérisme traditionnel, ne constitue pas du tout une « philosophie » au sens moderne, spéculatif, « intellectuel » du mot. L’initié doit alors retrouver par lui-même l’édifice à partir de sa méditation personnelle des symboles mis en action par le rituel auquel il participe.

Sur l’Autel de nos Loges, le Livre de la Loi Sacrée, ouvert au Prologue de l’Evangile de Jean, est ainsi offert à la réflexion du Maçon du REAA pour qu’il découvre la clef du message Johannique. Celui-ci, comme nous l’avons constaté supra, nous invite, en tout premier lieu, à rechercher la vérité dans son acception initiale qui en fait le contraire de l’erreur, la sublime Vérité se maintenant, certes, toujours hors de notre portée. Cette investigation induit un immense programme dont l’exécution obéit au dessein de contraindre, sans les ignorer cependant, les tentations et les passions, de freiner les désordres de l’âme et les exaltations excessives et factices (cf. P. DIEL).

« Toute la cécité de l’homme et son malheur viennent de ce que son individualité lui masque son destin collectif et qu’il rêve de transférer sur lui seul l’éternité de la vie. Comme la bûche dans le foyer, il n’est porteur de flamme que s’il joue son rôle et accompli son destin dans la Chaîne d’Union » ( J. TRESCASES ).

Ainsi l’enseignement de l’ésotérisme johannique permet-il, au travers d’une certaine synthèse des traditions (« Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père » : Jean XIV, 2), d’appréhender « une spiritualisation plus haute de l’initié qui suit ainsi la voie traditionnelle de sa réalisation intérieure ». Le Rituel nous replace en effet en dehors de l’espace et du temps et le REAA, Ordre animé d’une pensée spirituelle intense, est capable de participer à une alchimie qui nous conduit vers la compréhension mystique de la représentation de la continuité de la vie, puisqu’au secret de l’évolution s’associent les divers états de l’être.

« La compréhension de cette symbolique permet donc à l’initié de se réaliser et à l’homme banalisé de devenir  l’homme véritable, ou homme de vérité, réintégré dans la chaîne de la vie, porteur de lumière et facteur de paix, de joie et d’amour » (JT).

Mes TCFF, VM,
J’ai dit. BPG

Bibliographie :

- Bible, AT. et NT.

- Dictionnaires Littré et Robert

- Encyclopédie Universalis

- Ordo ab Chao

- Rituels REAA

- Bayard : symbolisme maçonnique traditionnel

- Bergson : les 2 sources de la morale et de la religion

- Paul Diel : symbolisme dans l’Evangile de Jean , Bible , mythologie , psychologie de la motivation

- Mircéa Eliade : aspects du mythe

- René Guénon : symbolisme de la croix , le roi monde , orient et occident , Saint-Bernard

- Bernard Martinez : Jean le bien-aimé

- Abbé H. Stéphane : Introduction à l’ésotérisme chrétien

- Jacques Trescases : symbolique de la mort et de la résurrection

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