Communication L1 S1








télécharger 286.89 Kb.
titreCommunication L1 S1
page3/13
date de publication20.03.2018
taille286.89 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > droit > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   13

3) Alors, une société de l'information ?


Ces critiques de la "société de communication" ont eu finalement raison de cette expression journalistique dénuée de véritable contenu. On lui préfère aujourd'hui le concept plus "rigoureux" de société de l'information, et ce changement d'appellation n'est pas anodin ni dénué de signification. Dans cette société de l'information, on voit aussi un monde idéalement communiquant, mais on légitime cette vision par un argumentaire en trois temps :

  1. Nous connaissons aujourd'hui une véritable révolution technique dans le domaine du traitement, du stockage et du transport de l'information ;

  2. Cette révolution provoque des bouleversements profonds dans les structures de nos sociétés, voire de nos civilisations ;

  3. Ces bouleversements sont globalement bénéfiques puisqu'ils conduisent à une société plus égalitaire, plus transparente, plus démocratique.

D'accord pour les deux premiers points qui sont de l'ordre du constat ; mais d'où viennent les certitudes de la conclusion ?

D'une vision du monde nouvelle qui s'élabore d'abord aux Etats-Unis dans les années 40, puis atteint l'Europe et, plus tard, l'Union Soviétique. Ce nouveau regard sur le monde fait de l'information – il faudra voir quel sens on donne à ce mot – le noyau dur, le concept fondamental, d'une épistémologie – c'est-à-dire d'une théorie de la science ou théorie de la connaissance – qui se propose tout à la fois de construire une représentation nouvelle de l'être humain et de renouveler notre mode d'appréhension du réel.

Il s'agit en effet de concevoir une nouvelle façon de comprendre le monde et l'homme. Cette conception nouvelle va s'incarner dans une science très largement pluridisciplinaire, la cybernétique, dont le paradigme informationnel va structurer bientôt des domaines aussi variés que l'automatique, l'informatique, l'intelligence artificielle, la biologie et la génétique, mais aussi les sciences sociales et les sciences de la communication… Nous nous arrêterons plus tard, lorsqu'il s'agira d'étudier la genèse des théories de la communication, sur la cybernétique de Norbert Wiener et la théorie mathématique de l'information de Shannon. Contentons-nous pour l'instant d'une approche rapide de cette nouvelle vision des choses.

La cybernétique propose un nouveau "mode d'étude de toute structure complexe organisée" (Encycl. Universalis, art Wiener N.)

Le texte fondateur de Norbert Wiener 12 est publié en 1948 et s'intitule Cybernetics: or Control and Communication in the Animal and the Machine, Boston, The M.I.T. Press. On peut traduire par Cybernétique, ou théorie de la communication et de la commande chez l’animal et dans la machine.

Rappelons enfin que Cybernétique est directement forgé par Wiener à partir du grec ,, diriger; - , (accusatif de s, s) (kubernein nèa) diriger un bateau.

 s - , (kubernétès) pilote, chef de timonerie;

  ou  , (kubernètikè) l'art de la timonerie, d'où le sens figuré (Platon) de gouverner les hommes…. Le latin en fera les mots de la famille guberno, as, avi, atum, are : diriger un navire et le français en tirera gouvernail et gouverneur

Nous disions que la cybernétique proposait un nouveau "mode d'étude de toute structure complexe organisée". Quelle est la particularité, la spécificité de ce "mode d'étude", de ce point de vue ? De mettre l'information au cœur du processus et de l'analyse de ce processus. En effet, un processus complexe (qu'il soit le fait d'une machine ou d'un être vivant) ne peut exister que grâce à un échange d'information. Nous reviendrons dans quelque temps sur le sens à donner à ce mot très complexe d'information. Contentons-nous pour l'instant de le définir dans son acception ordinaire, telle que nous en faisons usage dans le langage courant. L'information, c'est alors " la transmission à un être conscient d'une signification, d'une notion, par le moyen d'un message plus ou moins conventionnel et par un support spatio-temporel: imprimé, message téléphonique, onde sonore, etc." 13

Or, depuis longtemps, la psychologie pragmatiste ou béhavioriste a montré que la compréhension d'un comportement pouvait s'affranchir du problème du sens de l'information qui déclenche ce comportement, c'est-à-dire de la conscience qu'a l'acteur (animal ou humain) de cette information qui le fait agir, le sens de l'information n'étant dans sa réalité dernière que "l'ensemble des actions qu'elle déclenche et contrôle" 14.

Pas d'accord ?

"A bicyclette ou en voiture, j'ai freiné devant un obstacle, bien avant d'avoir peur. On peut même dire que "voir un obstacle", "avoir conscience d'un obstacle", c'est l'éviter. Si, distrait, je regarde dans la direction de l'obstacle sans réagir, et si je viens buter contre lui, peut-on dire que je l'ai vu ? Si, à côté de moi, un automate (…) avait détecté l'obstacle par sa cellule photo-électrique et l'avait contourné, lequel, de l'automate ou de moi-même, aurait donné le mieux l'impression de la conscience ?" 15

En ce sens, toute structure (machine ou être vivant) peut émettre et recevoir ce qu'il faut bien appeler des informations. Et la compréhension de cette structure et de son fonctionnement (qu'il s'agisse, encore une fois, d'un être vivant ou d'une machine) passe par l'analyse des informations qui la parcourent et qu'elle échange avec l'extérieur. On peut dire en ce sens que le thermomètre "informe" la vanne thermostatique d'un système de régulation de chaleur ; que le sang "informe" le cerveau de sa teneur en eau ; que le compteur d'une voiture – dans un système de régulateur de vitesse – "informe" le mécanisme d'injection d'essence après comparaison de la vitesse réelle du véhicule relativement à la vitesse de consigne. Vitesse réelle, vitesse de consigne, pression d'injection, etc. sont des informations qui circulent en boucle dans la structure complexe du régulateur… Je fais référence ici à la fameuse boucle de rétro-information ou feed-back qui "informe" la structure des résultats de son action, ce qui permet le calcul des nouvelles actions ou informations...

On pourrait multiplier à l'infini les exemples. Avant de rompre avec la recherche militaire en 1943 (ce qui est une exemple de pacifisme quasi-unique dans le monde scientifique USA pendant la seconde guerre mondiale), Norbert Wiener avait conçu un système complet de DCA intégrant un radar et un calculateur, permettant ainsi à la machine – sans doute pour la première fois dans l'histoire des techniques – d'anticiper les réactions humaines et de communiquer étroitement avec l'humain en s'efforçant de prévoir son comportement pour adapter celui de la "machine"….

Conclusion essentielle de cette brève évocation de la cybernétique :

l'information est une condition absolument nécessaire au bon fonctionnement d'une "structure" et la perte de cette information ne manquerait pas de causer un désordre pouvant aller jusqu'à la destruction – la mort – de la structure. L'information est donc à cet égard génératrice d'ordre et elle est le contraire d'une "déstructuration", d'une diminution d'ordre. Or une telle "diminution d'ordre" a un nom en physique : l'entropie 16 . Disons pour simplifier que l'entropie est la tendance de tout milieu isolé à évoluer vers un état d'équilibre qui est celui d'une uniformisation témoignant d'un état de dégradation complète accompagnée d'un désordre total.

Or l'information est génératrice d'ordre. Elle est donc le contraire de l'entropie, ou désorganisation. Elle est une entropie négative.

Norbert Wiener est très marqué par la 2ème guerre mondiale et ses horreurs, ainsi que par la barbarie humaine dont elle témoigne. Si la société du futur ne veut plus retomber dans les monstrueux désordres qui ont caractérisé la première moitié du 20ème siècle, elle devra donc s'organiser autour de l'information pour lutter contre l'entropie, c'est-à-dire cette tendance naturelle au désordre social comme à la dégradation biologique.

Nous assistons ici un glissement, épistémologiquement très discutable évidemment, du physique vers le social ; de science physique, de point de vue sur le fonctionnement physique des structures complexes, la cybernétique devient une prétendue sociologie qui est en fait une idéologie.

Comment expliquer ou justifier ce glissement ? Par la réduction absolue de toute structure (machine, organisme ou société) à l'échange permanent des informations qui la définisse et la constitue. La cybernétique se définit ainsi comme un anti-humanisme absolu puisque l'homme n'est finalement rien d'autre que de l'information, comme n'importe quelle autre structure, même si l'échange d'information dans l'organisme animal et de cet organisme avec son environnement est particulièrement complexe. Mais le système nerveux de tout être vivant n'est rien d'autre, pour le cybernéticien, qu'une machine à information Ainsi, il n'est nullement absurde d'espérer un jour la création d'un animal, voire d'un être humain, artificiel puisque, comme l'écrit Wiener (cité par Ph. Breton S. Proulx, L'explosion de la communication, La découverte, 2006, p.316) "les grandes catégories de comportement sont les mêmes pour les machines et pour les organismes vivants".

C'est aussi, dans les années 50, une certitude partagée par l'inventeur de l'ordinateur, le mathématicien John von Neumann, qui affirme explicitement chercher à reproduire, sur un support autre que biologique, le fonctionnement du cerveau humain (Id., p. 318). Et c'est aussi, à la fin des années 50, la naissance de l'Intelligence Artificielle autour des travaux d'Alan Turing 17 qui ont conduit certains (en particulier dans les médias toujours à la recherche de spectaculaire) à l'affirmation simpliste qu'une machine pourrait dans un avenir pas très éloigné, proposer des performances tout à fait semblables à celles du cerveau humain 18. On en est, heureusement, encore loin, et personne ne tient plus aujourd'hui de semblables propos, même si l'intelligence artificielle demeure un enjeu majeur et un domaine de recherche essentiel.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   13

similaire:

Communication L1 S1 iconArchitecture de communication pour les applications multimedia interactives...
«cross ‐ layer» qui permet alors d'améliorer de façon significative la réactivité du système. Afin de faciliter l'intégration et...

Communication L1 S1 iconCours de communication
«Nulle part ni pour personne n’existe la communication. Ce terme recouvre trop de pratiques, nécessairement disparates, indéfiniment...

Communication L1 S1 iconRésumé P. Breton et S. Proulx s’intéressent d’abord aux techniques...
«sociale», ou communication médiatisée, qui met en jeu la circulation de messages

Communication L1 S1 iconDes halles sous jardin inondées de lumière
«Pour que ce projet soit réussi, IL fallait une communication limpide, critique et quelquefois passionnée entre le fabricant et les...

Communication L1 S1 iconBrevet de technicien supérieur communication
«communication» et à d’autres spécialités de brevet de technicien supérieur ainsi que les dispenses d’épreuves accordées conformément...

Communication L1 S1 iconCommunication

Communication L1 S1 iconBureau de la communication

Communication L1 S1 iconStratégie de Communication

Communication L1 S1 iconDirectrice marketing & communication

Communication L1 S1 iconProgramme général, communication








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com