Anthologie d’histoire de la civilisation française








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Chansons de geste et poèmes amoureux


Deux foyers principaux de création, deux langues littéraires, deux inspirations aussi – parce que les habitudes mentales du public sont différentes. Entre la Normandie, le Val de Loire et l’Ile-de-France, on voit apparaître, écrits pour la première fois dans les toutes dernières années du XIe siècle, des poèmes épiques dont les formes et les thèmes s’étaient lentement élaborés et transmis par la parole, les chansons de geste. La première peut-être de celles qui furent confiées à1376 l’écriture fut ce chef-d’œuvre, composé par un lettré de génie, bon connaisseur de Virgile et de Lucain, et dont le succès fut immédiat et immense : la Chanson de Roland. Longues suites de vers assonancés1377, scandés1378 à haute voix sur un accompagnement musical rudimentaire, ces poèmes sont bâtis pour plaire à des techniciens du sport militaire et à des féodaux, dont la vie morale est en grande partie ordonnée autour du dévouement vassalique – à des hommes qui ont pris la croix1379 ou qui rêvent de le faire. Leurs héros sortent de l’époque carolingienne, car c’est le temps de la première expansion chrétienne aux dépens de1380 l’Islam et dont tous ceux qui ont suivi les chemins de Saint-Jacques ont vu les traces – et aussi la période de gestation1381 de l’aristocratie féodale, où chaque famille de prince et de châtelain situe ses principaux ancêtres, la racine de sa généalogie1382. Ces héros sont partagés entre le souci de la gloire personnelle, l’avidité, les devoirs envers les parents, les obligations vassaliques ; ils s’affrontent1383 dans des combats dont les phases sont minutieusement, inlassablement1384 décrites ; la plupart d’entre eux enfin sont les modèles d’une chrétienté héroïque, engagée au service de Dieu dans la guerre sainte ; les Sarrasins1385, leurs ennemis, sont aussi ceux du Christ, ceux des croisés ou des pèlerins d’Espagne – et ces joutes1386, ces galopades1387, ces conflits entre la foi jurée et la démesure1388 ont pour décor le pin et l’olivier1389, Orange, les Aliscamps d’Arles, les ports pyrénéens, Constantinople.

Au même moment, entre Poitiers et Limoges, se révèlent les premiers témoignages écrits d’une littérature en langue occitane. Le ton est bien différent. Ce sont de courtes chansons dont les paroles profanes s’ajustent à1390 des mélodies plus complexes, venues de ces psalmodies1391 liturgiques dont Saint-Martial de Limoges était l’un des plus féconds foyers de création ; leur thème dominant est la relation1392 amoureuse ; leur premier auteur connu est un seigneur, parmi les plus grands, le duc d’Aquitaine, Guillaume IX. Ces différences tiennent à1393 la teinte1394 particulière que revêt1395 la civilisation chevaleresque au sud de la Loire. Les institutions féodo-vassaliques n’y forment pas le cadre principal de la société noble, qui est elle-même moins exclusivement occupée de l’activité militaire, plus civile, habituée, dans un pays où les traditions de vie urbaine n’ont pas été aussi nettement interrompues pendant le haut moyen âge, à d’autres rencontres que les plaids1396 judiciaires ou la formation des groupes de combat. Les contacts y sont plus intimes avec les pays méridionaux, avec l’Espagne mozarabe1397 et musulmane, d’où sont venues peut-être des incitations1398 au chant profane – tandis que la vie scolaire est beaucoup moins développée, les clercs formés à une culture à la fois latine et chrétienne, beaucoup moins nombreux, et la religion – plus profondément imprégnée1399 par l’esprit clunisien – d’orientation surtout musicale et décorative. Enfin, ce pays a connu1400 sans doute plus tôt cette transformation sociale de première importance : la promotion de la femme dans le monde chevaleresque.

Georges Duby, Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, Librairie Armand Colin, 1968.

Progrès de l’art de raisonner


Ce qui se forge1401 également, sous l’influence de ce brassage1402 d’idées, c’est une autre démarche1403 intellectuelle, une nouvelle méthode pour arriver à la compréhension de Dieu, de l’homme et de l’univers. Au lieu de saisir des harmonies, d’interpréter des symboles, mieux vaut comprendre, c’est-à-dire utiliser un système de déduction1404 rationnelle. Intelligere, c’est définir, classer, observer, et l’on mesure1405 la place que prend dans cette perspective la dialectique, art du raisonnement. Déjà pour l’écolâtre1406 de Tours Béranger, peu avant 1050, la raison était bien « l’honneur de l’homme, qui est en lui l’image même de Dieu », et la querelle sur la réalité des idées générales (universaux) opposant « nominalistes », qui en nient l’existence, et « réalistes », avait déjà entraîné d’assez graves remous1407 sur le plan de la foi. Dès la fin du XIe siècle, la dialectique est considérée comme une discipline essentielle à la formation du clerc : Fides qućrens intellectum, la formule1408 de saint Anselme, le maître influent1409 qui dirigea l’abbaye du Bec en Normandie avant d’accéder1410 au siège archiépiscopal1411 de Cantorbéry (1102), exprime dans une orthodoxie parfaite la place réservée à ce mode privilégié1412 d’investigation1413.

Cette promotion1414 de la raison caractérise la pensée du XIIe siècle. D’autant plus qu’elle peut exercer son action sur une matière de plus en plus vaste et de plus en plus diversifiée1415. Car cet essor de la culture s’accompagne, comme l’humanisme, d’une quête1416 fiévreuse1417 d’œuvres antiques. Par l’intermédiaire des Byzantins et des Arabes, à travers la Sicile et surtout l’Espagne, des fragments inconnus de savants et de philosophes grecs : Euclide, Ptolémée, Hippocrate, Galien, Platon, parviennent jusqu’aux écoles françaises. Et surtout la pensée d’Aristote, tronquée1418 certes et corrompue1419, se révèle à eux ; mais l’Organon, la Logique et les bribes1420 de l’Éthique à Nicomaque suffisent à alimenter un appétit de savoir organisé et cohérent, un désir de logique.

Tout s’enchaîne1421 décidément1422. Tandis que l’instrument1423 du raisonnement se perfectionne, que le matériel1424 intellectuel disponible s’étoffe1425, voici que les méthodes d’enseignement se transforment. La « leçon », simple lecture expliquée du texte antique, s’élargit. Elle s’accompagne de « gloses1426 », colligeant1427 et discutant les opinions des « autorités1428 » sur tel point précis, qui sont à leur tour mises par écrit1429 et étudiées comme telles. Quant aux difficultés d’interprétation qui surgissent1430 lors du commentaire, elles sont formulées1431 avec le plus de clarté possible sous forme de « questions », que la dialectique s’applique1432 ensuite à résoudre de façon rationnelle. L’Écriture et les Pères de l’Église sont soumis1433 à cet examen méthodique au cours d’un cycle d’études supérieures, qui couronne1434 les arts libéraux et qui commence à porter le nom de « théologie ». Anselme de Laon, Pierre le Lombard à Paris, travaillent à1435 mettre de l’ordre1436 dans le dogme, à le réduire en « sentences1437 » et à faire ressortir1438 les « questions » qu’il importe1439 de traiter1440 et d’examiner. Attitude qui ne va pas sans risques, comme le montre l’exemple d’Abélard, logicien et dialecticien brillant, penseur audacieux1441, professeur populaire, dont l’enseignement consacra1442 définitivement la fortune1443 des écoles de Paris. Prenant position avec fougue1444 dans les controverses1445 cruciales1446 du temps, il clarifie1447 grâce à une argumentation1448 plus subtile1449 le problème des « universaux ». Dans son Oui et Non (1135), où sont rassemblées toutes les contradictions des « sentences », il fournit à la théologie une méthode spécifique qui débouche1450 pour lui sur un idéal de tolérance et de confiance dans la raison : « N’emploie jamais la contrainte1451 pour amener1452 ton prochain à la croyance qui est la tienne : c’est par ses lumières seules que l’esprit humain doit se déterminer1453. En vain essaieras-tu d’obtenir violemment une adhésion1454 mensongère, la foi ne vient pas de la force, mais de la raison. » En butte à1455 l’hostilité déclarée1456 de saint Bernard, finalement condamné par le concile de Sens (1140), Abélard n’en a pas moins1457 assuré les bases d’un système de pensée logique : la scolastique, qui est bien la « première philosophie d’Occident ».
André Joris, L’essor du XIIe siècle, 1075-1180, in Histoire de la France, éd. G. Duby, Larousse, 1970.

La scolastique


Méthode d’enseignement qui se développe dans les écoles urbaines au XIe et surtout au XIIe siècle puis dans les universités, en opposition croissante avec les méthodes et l’esprit des écoles monastiques. Si le but est le même : trouver Dieu par la science, la scolastique donne bientôt au fides qućrens intellectum du moine saint Anselme une inflexion1458 décisive en accordant1459 aux processus « rationnels » de la pensée une importance de plus en plus grande et de plus en plus éloignée des voies mystiques de la culture monastique. La théologie scolastique devient elle-même une science dont les monuments1460 les plus achevés sont les sommes1461 des docteurs du XIIIe siècle : Alexandre de Halès, Raymond de Peńafort, saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et d’autres (l’Opus majus de Roger Bacon est une somme). Tous ces noms sont ceux de franciscains1462 et de dominicains1463, ce qui manifeste que la scolastique n’est ni antimonastique ni antimystique dans l’absolu mais par rapport à certaines traditions désaccordées1464 avec la Chrétienté en expansion des XIIe-XIIIe siècles.

Si le point de départ méthodologique est le même – les sept arts libéraux groupés dans les deux cycles du trivium et du quadrivium (arithmétique, musique, géométrie, astronomie), la scolastique fait subir à ce programme des modifications capitales. La science clé, c’est la dialectique, science du raisonnement, et les arts du quadrivium s’orientent vers une pratique de plus en plus poussée1465 de l’expérimentation (cela ne sera vrai qu’un temps, et bientôt la théorie envahira et sclérosera1466 la science scolastique). Les arts mécaniques, autrefois méprisés parce qu’ordonnés1467 vers la vie matérielle, se rapprochent des arts libéraux à la faveur de1468 la promotion de la vie active et du dialogue qu’elle développe avec la vie contemplative. Une nouvelle liste, c’est-à-dire une nouvelle classification des sciences, plus riche, mieux articulée1469 (où entre notamment la physique) tend à remplacer l’Heptateuchon traditionnel. Si la base de l’enseignement reste la lectio, la lecture des textes, et d’abord du texte sacré de la Bible, la sacra pagina, la lecture biblique évolue profondément. A la recherche traditionnelle des quatre sens qui culmine1470 dans l’appréhension1471 mystique du sens concret, se substitue de plus en plus un processus « logique ». La lectio fournit des autorités qui sont mises en questio, la question est discutée « rationnellement, c’est la disputatio dont le maître tire sa conclusio personnelle. Les magistralia, les opinions des professeurs – ouvrant la porte aux conclusions individuelles de chacun – prennent place à côté des authentica, des autorités traditionnelles. Cette transformation décisive des méthodes scolaires et intellectuelles est le produit d’une nouvelle société : la société urbaine. Elle est la technique d’un métier nouveau, d’une corporation1472, l’universitas des maîtres et des étudiants. Elle devient l’affaire de professionnels qui, pour leur travail, vont réclamer salaire. Elle consomme de plus en plus de livres devenus instruments de travail entre les mains d’une nouvelle catégorie sociale : celle des travailleurs intellectuels.
Jacques Le Goff, La Civilisation de l’Occident médiéval, Arthaud, 1977.

L’art roman et l’art gothique


L’architecture romane
Les richesses nouvelles ont servi en premier lieu à réaliser plus pleinement l’idéal clunisien de magnificence1473 liturgique. Saint Hugues, abbé de Cluny jusqu’en 1109, proclamait hautement que les métaux précieux ne devaient plus s’entasser1474 dans le trésor, mais être dépensés pour l’ornement de la maison de Dieu. L’essor artistique est donc parti des provinces de France les plus soumises à l’influence clunisienne, c’est-à-dire celles du Midi. Or, ces pays étaient aussi, autour de Poitiers, de Toulouse, de Clermont et d’Autun, de Lyon, de Vienne, d’Arles, les plus tenaces1475 refuges1476, les plus fidèles conservatoires1477 de la civilisation antique, où subsistaient1478 encore, plus nombreux, moins détériorés, les monuments romains, devant lesquels des générations étaient passées sans les voir, mais que l’on s’était repris vers l’an mil à1479 admirer, à regarder comme des sources d’inspiration. Les techniques de Rome, assimilées par Cluny, c’est-à-dire par un christianisme orienté vers la célébration fastueuse1480, à la fois musicale et plastique, de la gloire de Dieu, tel est bien l’art nouveau, celui qui se cherchait dans nombre1481 d’expériences isolées depuis les dernières années du Xe siècle, et qui fleurit à l’orée du1482 XIIe, dans des réussites éclatantes, au sud de la Loire et des plateaux1483 bourguignons.

L’objet, le seul objet de cet art : l’église. L’acte artistique majeur, celui autour duquel s’ordonnent1484 toutes les autres préoccupations, c’est de construire — construire en belles pierres, bien ajustées, sur le modèle des édifices romains, le vaisseau* qui puisse contenir et amplifier1485 le chant psalmodié1486 de la liturgie. L’ouverture de nouveaux chantiers1487 de maçonnerie est ainsi la manifestation la plus apparente de la renaissance artistique, comme elle est aussi sans doute la première entreprise économique de grande envergure1488 qui se soit dégagée des cadres ruraux. Art du bâtiment, art coûteux, par conséquent — car les églises romanes ne sont pas sorties du sol par l’effort spontané et bénévole1489 des fidèles, ni par le travail propre des religieux, ni par les corvées gratuites des tenanciers1490 paysans ; elles sont l’œuvre d’hommes de métier, carriers1491, tailleurs de pierres1492, transporteurs (le beau matériau1493 n’est pas toujours le plus proche), maçons, qui réclament salaire et qui, organisés en compagnies itinérantes1494, ont certainement formé les premiers groupements cohérents de travailleurs spécialisés. Et l’on comprend que l’aboutissement1495 des longues recherches préparatoires, que l’éclosion1496 de l’architecture romane, la floraison d’églises blanches qui a tant ému les contemporains se soient situés au moment précis où le mouvement d’expansion économique se trouvait suffisamment lancé1497, où la monnaie pénétrait partout, où l’argent sortait des trésors pour circuler, au moment de la renaissance des villes, de la création des péages*, de la multiplication des marchands. On comprend aussi que la réalisation de ces œuvres d’art énormes et magnifiques que sont les grands sanctuaires* — très rapide lorsque l’entreprise était soutenue par des ressources1498 financières abondantes et régulièrement reconstituées, comme ce fut le cas à Cluny où l’immense basilique, la troisième, commencée en 1088, se trouvait presque achevée en 1118 — ait souvent traîné1499 indéfiniment avec de longues interruptions, malgré les tournées1500 de quêtes1501, la publicité autour de nouvelles reliques* ou de nouveaux miracles. En raison de ce long étalement1502 dans le temps, les édifices sont souvent disparates1503, terminés selon une esthétique et au moyen de techniques différentes de celles qu’avait choisies le premier créateur.

Pour les constructeurs romans de la France méridionale, il s’agit de bâtir des églises entièrement en pierre, non seulement les murs, mais le plafond. Non point pour plus de sécurité, par souci d’éviter l’incendie (qui effectivement avait détruit tant de sanctuaires), mais par fidélité à une conception nouvelle de la beauté architecturale. La voûte* est en effet l’élément majeur d’une esthétique particulière, dont le but essentiel est la création autour de l’autel d’un espace intérieur clos, séparé du monde, où l’atmosphère soit d’une qualité différente, réceptacle1504 et caisse de résonance1505 de la musique sacrée, et dont l’unité de structure réponde à l’unicité1506 divine que l’église entend1507 représenter symboliquement. Aux nefs* de la basilique antique, avec leurs processions1508 rythmées de piliers et d’arcades, le problème a donc été d’ajuster une ouverture de pierre, l’une de ces voûtes, en berceau* ou d’arêtes*, qu’avaient déjà utilisées les bâtisseurs carolingiens dans les parties nouvelles de l’église, dans les cryptes* et les clochers*-porches*. Mais dans l’état de la technique du bâtiment, il était alors nécessaire pour des raisons d’équilibre que les murs fussent épais, n’offrissent que peu d’ouvertures et ne fussent pas trop élevés. Églises relativement obscures donc — mais cette pénombre1509, où le feu du sanctuaire, les luminaires1510 qui tiennent une place si importante dans la liturgie et les représentations religieuses de ce temps, prennent toute leur valeur, est précisément l’une des principales composantes1511 de cet espace sacré que l’on veut offrir à la prière collective et déployer1512 autour des reliquaires*. Églises trapues1513 — mais les constructeurs sont moins soucieux1514 d’ampleur et d’élévation que de proportions équilibrées. L’harmonie, l’équilibre, le rythme — l’organisation rationnelle, permise par une familiarité plus grande avec l’arithmétique, de l’espace et du temps (car on ne peut séparer les recherches des bâtisseurs de celles des musiciens) font la beauté des constructions romanes, dont la silhouette et les proportions intérieures sont celles mêmes des derniers monuments légués1515 par l’antiquité classique.

Les églises du XIIe siècle sont très différentes les unes des autres, car, dans ce monde où, malgré l’essor de la circulation, les distances réelles restent démesurées1516, les recherches sont menées isolément, dans la fièvre créatrice, dans la germination1517 de solutions originales. En outre, il n’existe pas encore d’architecte, au sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot : c’est le chef de la communauté religieuse, celui qui a décidé de construire le sanctuaire, qui conçoit1518 seul le projet, avec le souvenir des monuments qu’il a vus dans ses voyages, en envoyant parfois prendre sur place les mesures de tel édifice choisi pour modèle — avec ses connaissances empiriques* (et l’on voit là quel rôle ont joué dans la rénovation artistique la réforme du recrutement1519, l’épuration du haut personnel ecclésiastique, ainsi d’ailleurs que la diffusion des connaissances mathématiques dans les écoles religieuses). Pour cette raison, il existe une certaine parenté entre les monuments d’une même région, car ce sont les formes des églises les plus proches, celles qu’ils ont vues le plus souvent, qui s’imposent à l’esprit des bâtisseurs. Toutefois, ces affinités provinciales ne sont pas exclusives, car les effets de la proximité sont contrariés1520 par d’autres influences : liens spirituels unissant deux monastères éloignés et qui incitent1521 leurs chefs, accoutumés malgré les distances à se visiter, à adopter un même style en signe de1522 fraternité ; antagonisme, au contraire, de prélats1523 voisins : c’est ainsi que l’évêque d’Autun choisit au début du XIIe siècle pour les églises neuves dépendantes de sa cathédrale un type architectural différent de celui que proposaient les Clunisiens, tout proches, qu’il ne pouvait souffrir. Multiplicité, richesse : nefs* recouvertes d’une succession de coupoles à Cahors, à Périgueux, à Angoulême, solution qui s’est propagée par Solignac et Poitiers jusqu’à Fontevrault ; exception hardie de Saint-Philibert de Tournus où, dans une harmonie précieuse de pierres blanches et roses, des piliers maçonnés1524 hauts et cylindriques supportent une succession de berceaux* transversaux1525 juxtaposés ; immense développement des basiliques à pèlerinage, aménagées pour1526 la circulation des foules, avec les multiples nefs accolées1527 et le rayonnement des chapelles autour des déambulatoires*, ce que sont encore Saint-Sernin de Toulouse et Sainte-Foy de Conques, ce qu’étaient alors aussi Saint-Martial de Limoges et Saint-Martin de Tours ; étrange bariolage1528 de Notre-Dame de Puy ; églises brionnaises, plus lumineuses car des fenêtres hautes s’ouvrent dans leur nef majeure au-dessus des bas-côtés* voûtés1529 d’arêtes*, et qui ont servi de modèle à Vézelay ; fidélité stricte aux exemples romains dans les pilastres* cannelés* de la cathédrale d’Autun, dans les frontons* triangulaires que supportent des colonnes à chapiteaux* corinthiens* au porche* de très simples églises de Provence.
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