Première partie








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XV


Les deux jours suivants, matin et soir, Lothaire envoya le baron de Seldorf prendre des nouvelles de la malade. Le matin du troisième jour, Valérien informa dame Véronique que le prince était rappelé inopinément à Waldenstein, son cousin le prince héritier se trouvant à ses derniers moments.

– Son Altesse m’a chargé, ajouta-t-il, de vous dire qu’il veut que vous le teniez au courant de la maladie, jusqu’au jour où Mlle de Croix-Givre entrera en convalescence.

Car Aélys était sortie de la période dangereuse, et le médecin répondait presque maintenant de la guérison.

Très bien constituée, sous une apparence un peu frêle, la fillette se remit en effet assez promptement. Mais elle restait absorbée, avec un regard mélancolique, inquiet, trop pensif. Jamais elle ne prononçait le nom du prince, et dame Véronique n’osait lui en parler la première, dans la crainte de provoquer une émotion néfaste.

Un jour, Aélys demanda :

– Savez-vous comment va Johann, Véronique ? Comment se fait-il que je ne voie pas Heller ni sa femme ?

– C’est qu’ils ne sont plus ici. Voilà quinze jours qu’ils sont partis pour Waldenstein. Comme vous étiez alors en pleine fièvre, ils n’ont pas pu vous voir pour vous faire leurs adieux et m’ont chargée de vous les transmettre.

– Ah ! les pauvres gens ! murmura douloureusement Aélys.

Une larme glissa le long de sa joue. Elle se souvenait des appréhensions de la famille Heller... et comme elle les comprenait mieux, maintenant qu’elle savait de quoi était capable le prince de Waldenstein !

Ce même jour, dans l’après-midi, apparut Mme Schulz, la femme du régisseur. Elle s’excusa de n’être pas venue plus tôt voir Mlle de Croix-Givre, elle-même ayant été malade à la suite des grands soucis que son mari avait eus – comme elle l’avait bien prévu ! ajouta-t-elle avec un soupir.

De fait, elle était pâle, amaigrie, et semblait fort lasse.

– Enfin, nous voilà tranquilles maintenant ! Croix-Givre est fermé, tout est remis en place.

Aélys tressaillit. Elle apprenait ainsi que le prince Lothaire avait quitté son domaine de la Comté.

Mme Schulz ne s’appesantit pas sur ce sujet. Maintenant que Mlle de Croix-Givre était la fiancée du prince, il convenait moins que jamais d’évoquer devant elle les fantaisies despotiques et les durs traitements qu’infligeait aux êtres dépendant de son pouvoir celui qui deviendrait son seigneur et maître.

De son côté, Aélys n’adressa aucune question à la femme du régisseur, ni après son départ à dame Véronique. Mais elle venait d’éprouver une impression de soulagement à la pensée que Lothaire n’était plus là, qu’elle ne serait pas obligée de le revoir d’ici quelque temps au moins.

Un jour de la semaine suivante, elle dit à dame Véronique :

– Je me sens presque bien portante maintenant, et je voudrais retourner à la Combe-des-Bois.

– Attendez encore un peu, que vous soyez tout à fait remise.

– Non, je me remettrai mieux là-bas, je le sens.

– Eh bien ! en ce cas, faites comme vous voudrez... puisque le prince ne m’a donné aucune instruction à ce sujet.

Aélys dit âprement :

– Il n’aurait pas le droit de m’empêcher... pas encore.

Dame Véronique crut le moment venu de tenter quelques paroles de conciliation.

– Voyons, il ne faut pas exagérer la rancune. D’après ce que vous avez dit dans votre délire, j’ai compris que le prince avait cédé à un moment de vivacité. Mais il a dû le regretter, car dès qu’il a connu votre maladie, il est venu s’informer...

Aélys était assise près de la porte vitrée de la salle, son chat sur les genoux. Elle se détourna brusquement et dit avec une sorte de violence :

– Ne me parlez jamais de lui... jamais, entendez-vous, Véronique ? Je veux essayer de l’oublier, jusqu’au moment où...

Sa voix s’étrangla dans sa gorge. Et, se levant d’un bond, elle quitta la salle.

Une huitaine de jours plus tard, Aélys alla faire sa visite d’adieux au curé de Cornillan et à Mlle Pharamond. Elle partit le lendemain pour la Combe-des-Bois sans avoir revu le parc, les jardins et ce Château-Vert qui, maintenant, lui inspirait une sorte de répulsion.
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