Concepts, actions et outils linguistiques








télécharger 4.44 Mb.
titreConcepts, actions et outils linguistiques
page14/74
date de publication21.01.2020
taille4.44 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > droit > Documentos
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   74








Langues nationales et développement







Langues nationales, éducation, développement durable : le défi LTT




Fary Silate Ka


Chef du Laboratoire de Linguistique

IFAN – Ch. A. Diop (UCAD)

Résumé : La modernisation fonctionnelle des langues africaines est nécessaire à leur contribution au projet de l’« éducation pour tous » pour le développement durable en Afrique. Elles ont donc besoin d’être enrichies par la création lexicale, laquelle est étroitement liée aux besoins de traduction. Il y a des problèmes, mais ils ne sont pas insolubles : l’exemple du cas du pulaar/fulfulde au Sénégal est, à ce titre, fort instructif.

Mots-clés : terminologie, interventionnisme, création lexicale, traduction, TAO.
L’objectif de l’Éducation pour Tous (EPT), que visent légitimement tous les peuples d’Afrique aujourd’hui, est une des conditions sine qua non pour un développement durable des pays en voie de développement. Mais il va de soi qu’en ce qui concerne l’Afrique, cet objectif ne saurait être atteint à terme – en tout cas pas dans les délais de la décennie 2003-2012 – en ne s’appuyant que sur les langues d’origine coloniale. Le recours aux langues autochtones – lesquelles d’entre elles, et selon quels critères importe peu à ce niveau du raisonnement – s’avère nécessaire, aussi bien au niveau de l’éducation formelle (écoles) que celle, non formelle (alphabétisation), qui lui est complémentaire.
Le contexte

En début de conclusion de son article46 dans Les langues africaines et créoles face à leur avenir, le Directeur des langues et de l’écrit de l’AIF, I. Ndaywel E Zem, ne convenait-il pas : « On l’aura noté, la question linguistique est au cœur de la problématique du développement du continent africain. » ?

Or, les langues africaines ne sont pas toutes également prêtes pour jouer pleinement leur rôle dans ce processus. En effet, compte tenu des besoins modernes actuels en termes d’information scientifique et technologie, de technicité et d’efficience pédagogique, les langues autochtones ont besoin de se moderniser, de s’enrichir et de se développer, dans tous les domaines, ceux de la lexicographie, terminologie et de la traduction (LTT), notamment.

En affirmant cette nécessité de principe, nous nous fondons sur la conviction profonde que toute langue peut satisfaire tous les besoins de communication et d’information de la communauté qui la parle, à une époque déterminée de son histoire. En principe, les langues africaines d’usage au quotidien doivent en conséquence pouvoir jouer le rôle de véhicules de sciences, de culture, et partant d’information et de formation scientifique modernes. La modernisation scientifique de ces langues doit se faire surtout dans le domaine conceptuel, terminologique.

Mais ici, l’évolution spontanée (génération naturelle de nouveaux concepts et de nouveaux termes) ne peut pas suffire, car les langues africaines n’ont pas suivi, et ne suivent pas, une évolution culturelle, scientifique qui leur soit propre, à travers l’enseignement, la recherche et l’usage scientifique et technologique. Ce rôle est dévolu aux langues européennes « partenaires » avec lesquelles elles cohabitent. Or, les deux catégories de langues vivent et partagent les mêmes réalités actuelles, les mêmes besoins d’information et de communication de la part des communautés africaines. Elles se trouvent dans une situation de « développement inégal et combiné » qui régit les langues du monde, actuellement : elles vivent concomittamment, en temps réel, ensemble, et souhaiteraient pouvoir exprimer « également » les préoccupations communicationnelles de leurs communautés respectives, toutes engagées dans la même mondialisation (globalisation).

C’est cela qui fonde et légitime la nécessité d’« aider » ces langues à s’enrichir par la création terminologique assistée. D’où l’interventionniste en terminologie.

Le problème qui se pose se résume donc à ceci : pourquoi alors la création lexicale « artificielle »? l’interventionnisme terminologique est-il justifié aujourd’hui pour les langues africaines ? Si oui, – et c’est notre avis – quels sont les problèmes que cela pose et comment les résoudre ?

Pour aborder cette problématique, nous entendons simplement être pragmatique, en partant de notre propre expérience dans le cas du Sénégal.
Les faits :

Pour ne pas être trop long, nous considérons le cas d’une seule langue au Sénégal, le pulaar/fulfulde, et les étapes qui ont marqué son évolution en langue écrite « moderne », avec tous les problèmes qui ont jalonné ce processus jusqu’à nos jours. Ce cas, à quelques détails près, peut constituer un échantillon pour toutes les langues africaines à tradition orale. Les étapes majeurs de cette évolution sont :

- 1966 (mois de mars) : la Conférence de Bamako (de l’UNESCO) dote le fulfulde, entre autres langues africaines, d’un alphabet à caractère latins;

- 1971 : par décret n° 71-566 du 21 mai 1971 relatif à la transcription des langues nationales47, l’État sénégalais dote l’ensemble des six premières langues nationales (dont le fulfulde) d’un stock de caractères latins aux fins de constitution d’alphabets pour les différentes langues ;

- 1980 : le décret 80-1049 du 14 octobre 1980, portant « Orthographe la séparation des mots en pulaar » est publié au Journal Officiel.

- 1988-90 : deux associations partenaires – le Groupe d’Initiative pour la Promotion du Livre en Langues Nationales (GIPLNN) et Associates in Research & Éducation for development (ARED) – mettent en commun leurs efforts et leurs moyens pour publier (en PAO pour la première fois) un (01) premier ouvrage – un roman en fulfulde – « Ndikkiri Joom Moolo » de Yéro Doro Diallo, tiré à 1.000 exemplaires.

- 2004 : la seule Ong ARED en est à plus de 128 titres d’ouvrages publiés dans huit (08) séries (ou domaines), pour un total de 492.018 exemplaires imprimés à ce jour (dont 398.446 diffusés, par vente, sur le terrain).

Les évolutions historiques se faisant de façon plutôt logarithmique que linéaire, quand on considère ce parcours du seul fulfulde au seul Sénégal, on mesure aisément la trajectoire dynamique que peuvent prendre virtuellement les langues africaines, même si ce n’est pas nécessairement elles toutes qui connaîtront cette évolution. Et c’est pour cette raison que nous disions, dans une communication récente, que « la mort des langues africaines – du moins pour certaines d’entre elles – n’est pas pour demain. »

Ces langues sont appelées aujourd’hui, non seulement à combler le vide laissé par les langues officielles d’origine coloniale en matière d’éducation et de formation, mais encore à être le principal vecteur de l’éducation pour tous dans le sens du renforcement des capacités et des compétences des communautés à la base : ainsi, les principales langues de la décentralisation et du transfert des compétences au Sénégal sont les langues nationales. C’est pour cela qu’il faut, à notre avis les enrichir, les développer pour qu’elles soient en phase avec leur temps : faire face au défi de l’information/formation, en complémentarité synergique avec les langues européennes.

Il faut retenir, au passage, que ce développement des langues autochtones n’est en rien contradictoire ou concurrentiel par rapport à celui du français en Afrique francophone.

Voilà ce qui fonde, à notre sens, la nécessité de recourir – outre le travail d’élaboration lexicographique – à un certain interventionnisme en matière de création lexicale.

L’ancien projet de Promotion des langues Mandingue et Peul de l’ACCT (1980-1990) ne s’y était pas trompé, qui avait inscrit à son programme les projets de « Lexiques spécialisés» et de « Dictionnaires monolingues  ».
Pourquoi la création lexicale ?

Notre expérience, avec le fulfulde, dans le cadre de l’alphabétisation et de la post-alphabétisation en appui au développement des communautés à la base, nous a montré qu’à la base de cette nécessité se trouve deux contraintes essentielles : a) la nécessité de la production (génération) de savoirs et connaissances modernes par la langue peule, en plus de la valorisation des savoirs traditionnels par cette même langue48 et b) les exigences et implications de la traduction d’ouvrages et documents utiles49 à la formation, l’éducation citoyenne, l’acquisition de compétences nouvelles, etc. des populations.
a) Au niveau de la production : la création lexicale « volontariste »

Les langues n’ont pas le même stock lexical et conceptuel. De plus, les langues à tradition écrite ont plus de « vocabulaire » que les langues orales (n’oublions pas que chaque langue n’exprime, spontanément et naturellement, que les préoccupations communicationnelles, « du moment »), de sa communauté.

En outre, chaque domaine scientifique ou d’activité particulière a son jargon (médecine, linguistique, agronomie, informatique, mathématique, philosophie, etc.). Plus une langue est « développée » en sciences, arts, technologie, commerce, etc., plus elle a un stock lexico-conceptuel large et varié.

Ainsi, par exemple, si aujourd’hui on voulait traduire spontanément, en fulfulde tout ce qui est écrit en anglais (langue la plus usitée au monde!), c’est un peu comme si on voulait couvrir la cour d’un jardin avec une nappe de table. Non pas que le fulfulde ne puisse pas potentiellement le faire, mais il faudra nécessairement agir de façon artificielle sur la nappe.

Et c’est cela qui justifie et impose même, pour ainsi dire, la nécessité de la création lexicale dans les langues africaines aujourd’hui, en vue de leur modernisation.

b) Les exigences et contraintes liées à la traduction

Dans le cadre de nos travaux de recherche et d’application linguistique, pour l’utilisation des langues nationales au service du développement communautaire (à la base), à travers nos ONGs partenaires, etc., nous avons souvent été confrontés au besoin de traduire des documents à l’intention des populations néo-alphabètes, dans des domaines divers (cf. références bibliographiques en annexe) : santé, textes juridiques liés à l’éducation citoyenne (dispositions constitutionnelles, questions foncières, code forestier et protection de l’environnement, bonne gouvernance, décentralisation, gestion des ressources naturelles, gestion des conflits, etc.), aptitudes techniques, gestion, etc.

Pour chaque type de document ou de domaine, nous avons dû recourir souvent à la création lexicale, intra muros. Entre la nécessité d’avoir des termes pour rendre des idées et des concepts, leur acceptabilité et, surtout, leur diffusion, nous avons toujours été confrontés, nos formaeurs et nous, à cette éternelle nécessité, si difficile à gérér.

En effet, il en est des langues comme des sociétés et/ou communautés qui les parlent : aucune n’est identique à l’autre. Mais toutes sont les mêmes et remplissent la même fonction : assurer la communication avec le maximum de chances de succès. Ainsi donc, tout ce qui s’exprime dans une langue – dans le cadre de ses préoccupations naturelles – peut s’exprimer dans une autre langue, dans les mêmes conditions.Mais il se trouve que :

- les langues n’expriment pas la réalité de la même manière.

- D’une langue à l’autre, des mots « équivalents » ne « signifient » pas nécessairement la même chose à tout moment. (Exemple, du français à l’anglais : tête /head (headline/gros titre). Le sens des mots dépend très largement du contexte.

- Les « mots n’ont que le sens qu’on leur donne » dit-on. Cela veut dire tout simplement, et à juste raison, que le « mot » n’acquiert son plein « sens » qu’en contexte. De plus, des mots, termes ou lexies équivalents d’une langue à l’autre, ne couvrent pas toujours exactement le même champ sémantique. Ainsi, par exemple, les valences sémantiques de fer en français minerai, métal, épée (croiser le fer), élément chimique, fer à repasser, fer à cheval, etc.. ne peuvent être toutes couvertes par l’équivalent njamndi en fulfulde qui signifie seulement le métal « fer ».

Cela est dû au fait que les mêmes sémèmes n’ont pas, dans les deux langues, la même évolution sémantique. Qu’il suffise de penser à l’évolution du mot « bureau » du français, depuis la bure (morceau d’étoffe couvrant une table [de travail]) jusqu’à l’actuel bureau (organe dirigeant d’un établissement ou d’une structure), en passant par la table de travail elle-même, le lieu de travail où se trouve la table, le personnel, l’établissement, etc., pour attérir à l’équivalent de notre yiilirde en fulfulde « organe dirigeant ».

Même d’un dialecte à l’autre d’une même langue, il se pose des problèmes de « traduction » (cf. fulfulde (Est) et pulaar (Ouest), ceci sans compter les faux – amis, les expressions idiomatiques qui ne se rendent que par des équivalents culturels, mais ne sauraient être traduites textuellement. La langue est largement tributaire de la culture spécifique de la communauté qui la parle.

C’est pourquoi, en traduisant les documents, du français ou de l’anglais au fulfulde, nous sommes presque toujours contraints de recourir à la création terminologique, avec les problèmes qui y sont liés comme indiqué ci-dessous.
Les contraintes et problèmes

S’agissant de la création lexicale, nous savons que pour créer, forger, l’équivalent dans une langue B d’un terme ou concept d’une langue A, trois principes minimaux méritent d’être observés :

- Bien comprendre, appréhender, cerner, le terme ou concept de départ. S’il relève d’un domaine spécialisé, s’attacher les services d’un spécialiste du domaine consitue un plus. Tout ce qui est clair et bien compris peut se rendre « aisément » dans la langue d’arrivée.

- Bien connaître et maîtriser les ressources et latitudes créatives et dérivationnelles de la langues B d’arrivée50. On aura souvent besoin d’un linguiste de B.

- Veiller à la transparence (et au caractère systématique, si c’est en science) et à l’acceptabilité probable du néologisme. Plus le néologisme est simple et conforme aux structures phonétiques, morpho-sémantiques et aux règles dérivationnelles de la langues B, plus il a des chances de « vivre ». Rien ne remplace le verdict des locuteurs.

Pour ce qui est de la traduction, nous savons que pour « bien » traduire, d’une langue A vers une langue B, il y a intérêt à bien maîtriser A et B et bien connaître leurs charges culturelles respectives. Il est ainsi plus facile de faire la traduction entre langues de cultures similaires ou rapprochées. Ainsi en est-il notamment quand il s’agit de traduire des expressions proverbiales, idiomatiques ou culturellement trop marquées. La traduction « mot-à-mot » aboutit inévitablement aux non-sens, solécismes ou autres barbarismes.

La traduction des langues comme le français, l’anglais, etc. vers les langues africaines actuelles, nécessite souvent le recours à des néologismes « forgés » hic et nunc. Aussi traduction et création lexicale sont-elles étroitement liées actuellement pour ce qui est des langues autochtones africaines.

Mais malgré les grands principes ci-dessus édictés, et dont nous avons toujours tenu compte, nous avons souvent été confrontés, sur le terrain, au problèmee d’acceptabilité des termes, et ceci, pour au moins deux raisons essentiellement :

- la première est que, quelle que soit la clarté et la transparence du mot, sa conformité « au génie de la langue » comme on dit, dès l’instant qu’il est créé au niveau des bureaux de production, il reste « le secret » de ses « créateurs  ». Il n’y a pas de dictionnaires des néologies, et l’évolution endogène des connaissances et de la culture des membres de la communauté ne leur permet pas de se familiariser à un mot, fût-il peul d’origine, qu’ils ne connaissaient pas.

- la deuxième, étroitement liée à la première est la suivante : les langues n’étant pas utilisées dans le mode écrit généralisé, la génération (production) lexicale nouvelle n’est pas le produit d’une évolution scientifique, industrielle ou même simplement culturelle de la société. Les mots sont simplement étrangers, et le degré d’évolution culturelle qui a vu leur naissance dans les langues européennes d’origine n’a aucune commune mesure avec celle des sociétés réceptrices. Nous avons certes déployé beaucoup de stratégies qu’il serait long d’exposer ici, dans le cadre de cette communication, mais le problème reste entier et fort d’actualité.

La diffusion et de l’acceptabilité des néologismes reste un problème récurrent. En effet, comme nous l’avons vu, les deux principaux problèmes de la création lexicale en fulfulde que nous avons le plus souvent rencontrés sont : l’acceptabilité et la diffusion des néologismes. Il s’y ajoute aussi parfois celui de la normalisation interdialectale. Pour illustrer notre propos, nous pouvons partir de quelques cas précis : un cas de succès, un d’échec (relatif !) pour l’acceptabilité, et un cas des divergences dialectales.

1. Avec la prolifération du mouvement organisationnel, lié au développement à la base, toute la terminologie nouvelle lieu à cela est si souvent utilisé au quotidien qu’elle finit par avoir droit de cité et être acceptée comme une génération spontanée de la langue. Considérons les deux mots suivants :

▪ le mot « bureau », organe de direction d’une structure ou d’un service, est rendu en fulfulde par le néologisme yiilirde « [organe] qui fait tourner [le travail] » ;

▪ le mot « secrétaire général » se dit koolaado kuubal 51 « personne de confiance en tout ».

Si on se référait aux fameux cinq critères de « viabilité » (motivation, adéquation, dérivation, acceptabilité, et maniabilité) de la Banque de terminologie (1971) de l’Université de Montréal52, ces deux néologismes ne seraient certainement pas les mieux choisis. Yiilirde a un cote de motivation quasiment nul, sans compter que son sens global laisse à désirer : l’idée de « faire tourner » fait plutôt penser à une essoreuse à salade ! Quant à koolaado kuubal, c’est un calque sémantique – tout ce qu’il y a moins recommandable en terminologie – qui reprend le premier sens (étymologique) de « secrétaire ».

Pourtant, ces deux termes connaissent un succès, une acceptabilité et une diffusion réels aujourd’hui. Ils sont employés presque quotidiennement et partout. Cela est dû à la prolifération des organisations à la base en milieu peul (Fouta sénégalais, Mauritanie, notamment) liée au développement, ce qui est un peu « à la mode » aujourd’hui.

2. Par contre, si nous prenons le cas du couple de mots jurol et ngorol ayant respectivement pour sens premier « latte verticale » et « latte horizontale » [de la charpente de toit de la case peule traditionnelle – qui est ronde] pour désigner méridien et parallèle en géographie, on constate qu’ils ne sont pas adoptés. Ceci, pour une raison bien simple : certes, nous les avons « bien » créés (par dérivation sémantique) et par analogie (projet MAPE, Nouakchott, 1981), mais on n’enseigne pas la géographie en fulfulde ! Ils ne sont donc pas employés, et restent méconnus dans leur nouveau sens.

Ces deux cas illustrent bien, à notre sens, ce qui est le nœud gordien du problème aujourd’hui : si la création lexicale (l’interventionnisme terminologique) n’est pas accompagné et soutenu par l’enseignement et l’éducation dans et par les langues africaines, son succès restera toujours nécessairement limité. La création lexicale intra muros, en dehors du contexte que voilà, a toutes chances de n’aboutir souvent qu’à des mots/termes connus de leurs seuls auteurs et condamnés à restent dans les tiroirs, ou dans des livres non diffusés faute de politique éducative d’accompagnement.

3. Un autre problème de la création lexicale intra muros est le risque de renforcement des divergences dialectales, dans des langues à dialectes comme le fulfulde. En effet, l’expérience nous a montré que si, pour un même concept ou un même terme étranger, chaque zone dialectale crée son équivalent à part, l’atomisation dialectale de la langue va crescendo. Et c’est dommageable, au vue de la nécessité de la standardisation progressive des grandes langues africaines.
Des solutions?

En attendant l’entrée définitive des langues nationales à l’école et l’instauration d’un environnement lettré, on peut imaginer quelques éléments de solutions pouvant accompagner le processus de la création lexicale et de la traduction dans les langues africaines actuellement.
a) Le recours aux médias pour la diffusion

On peut valablement recourir à la radio, surtout les radios communautaires ou rurales pour, non seulement sensibiliser et informer de façon générale, sur les thèmes majeurs relevants de la préoccupation de la post-alphabétisation en langues autochtones, mais aussi pour diffuser, faire connaîte et faire discuter sur la viabilité et l’acceptabilité des termes créés dans un domaine donné. L’expérience de la radio Gaynaaka FM de l’organisation ADENA de Namarel (au Sénégal), ou encore les centres d’écoute de l’ONG EVEIL de Sévaré/Mopti (au Mali) peuvent constituer, à ce titre, des sources d’inspiration. Il est possible d’organiser des émissions inter-actives sur les nouvelles publications, des jeux terminologiques, des courriers des lecteurs, etc.

Là où cela est possible, le recours à l’audio-visuel (groupe poste téléviseur, lecteur vidéo, sono) peut aussi appuyer les groupes communautaires pour l’information sur les nouveautés terminologiques, les publications et les diverses productions en langues nationales.
b) La ressource numérique

Dans le cadre du nécessaire partenariat qui doit exister entre les langues africaines et le français, en afrique francophone, pour ne prendre que cet exemple, les propositions suivantes peuvenet être avancées en guise de solutions, selon un processus ordonné :

- harmonisation des orthographes des langues d’abord;

- harmonisation, unification, des claviers électroniques ensuite, selon les langues;

- création de caractères acceptables par Internet (e-mails, navigation) : rien n’empêche d’avoir, à défaut d’un clavier par grande langue, un stock de lettres acceptables par Internet et pour les e-mails (cf. stock de caractères du Sénégal)

- logiciels d’appui à la traduction (TAO) entre langues africaines apparentées53, et entre langues africaines et langues européennes partenaires ;

- dictionnaires bi- ou multilingues interactifs sur le NET.
c) Des mesures lexicographiques d’accompagnement : élaboration et formation en lexicographie

Les mesures que voici peuvent aussi contribuer grandement à l’instauration de l’environnement lettré si nécessaire au développement des LTT. Il s’agit de l’élaboration de :

- dictionnaires monolingues nationaux ou dialectaux, selon les langues ;

- dictionnaires trilingues interdialectaux avec vedettes principales en français ;

- dictionnaires et/ou lexiques entre langues africaines (par exemple : pulaar/wolof, sereer/pulaar, wolof/sereer, etc.)

- dictionnaires bilingues français/langues africaines

De même, aussi bien dans les universités que dans la formation des adultes en post-alphabétisation, la formation en lexicologie, lexicographie et terminologie peut être fort utile.
Conclusion

Tout est possible si la volonté et la décision politiques fermes y sont. Et si le partenariat langues européennes/langues africaines n’est pas perçu et envisagé comme un jeu à somme nulle. En tout état de cause, au stade actuel des choses, aussi bien l’enrichissement lexical des langues africaines que la traduction vers les elles ne sauraient faire l’économie d’une création lexicale orientée et contextualisée.
Références
REY, A., La terminologie : noms et notion¸ Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1979, 128 p.

DIKI-KIDIRI, M. & al., Guide de la néologie, Paris, CILF, 1981, 68 p.

NDAYWEL E ZEM, I. (Ed.), Les langues africaines et créoles face à leur avenir, Paris, L’Harmattan, 2003, 192 p.

KA, F. S. & al., Structures et méthodes du projet MAPE, ACCT, Edim, Bamako, 1983.

KA, F. S., (documents traduits) voir liste ci-dessous :

A. Français/Pulaar

Kuulal Jeyi-Ngendi (La Loi sur le Domaine National), Papa Banga Guissé, Marième Sy, Mayacine Diagne & Félix Tano (Université de Saint-Louis), 1994, 72 p.

Widto Tunndu Kelkoom (Mbege) (Une étude sur la forêt de Mbégué-Kelkom), Oussouby Touré, avec Abdoulaye Bâ, Demba Baldé, Aliou Kâ, Oumy Khaïry Koné, 1995, 88 p.

Dowla Laawol (L’État de Droit), Babacar Kanté (Université de Saint-Louis), 1995, 64 p.

Wullitaango Ta;nannde Laamuyankoore (Les Voies de Recours contre les Actes Administratifs), Babacar Kanté (Université de Saint-Louis), 1995, 92 p.

Sardi Ladde (Le Code Forestier), Marième Sy, (Université de Saint-Louis), 1996, 120 p.

Yellitaare Ngaynaaka e nder Saahal (Pour un développement durable de l’élevage au Sahel), Brigitte Thébaud, Seydou Diallo & Annette von Lossau (Projet régional d’Appui au Secteur de l’elevage Transhumant – PRASET), 1996, 40 p.

Jabtugol wonde ngaynaaka ganni vuri } ko ngaynaaka ndewindaaka Wiido Cinngooli holliri koo (Reconnaissance de l’efficacité des systèmes pastoraux traditionnels : Les leçons de l’expérience de l’élevage contrôlé de Wido Thingoly), Brigitte Thébaud, Hermann Grell & Sabine Miehe (pour IIED), 1996, 52 p.

Kaaldigal e konseyee riiraal (Rencontre avec un conseiller rural), B.Kanté, UFR Sciences Juridiques et politiques, UGB de Saint-Louis, ARED, 2001, 56 p.

Janngo Daande Maayo Senegaal : yetten peeje moyye dee gila e jooni (Avenir du Bassin du Fleuve Sénégal : prendre les bonnes décisions dès maintenant), USAID, 2000, 14 p.

Hol janngo Daande Maayo ? Quel Avenir pour la vallée ?, Adrian ADAMS, ARED 2001, 108 p.

B. Anglais/pulaar

Lebte Ngaynaaka Hannde (e nder Senegaal) (Pastoralism in Peril, article) Karen & Mark Schoonmaker Freudenberger, 1993, 64 p.

C. Anglais/français

Cheminer avec le conflit : aptitudes et stratégies pour l’action (Working with Conflict : skills and strategies for action, par Simon Fisher & al., 2002

D. Terminologie/documents

Terminologie mathématique élémentaire (banque de données)

Terminologie juridique (banque de données)

La création lexicale et les problèmes de la traduction (communication, séminaire DAEB, 1999)

1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   74

similaire:

Concepts, actions et outils linguistiques iconRapport d’outils Raknet
«Raknet», ce document est donc une explication de certains des principes de «Raknet» ainsi que de ses concepts fondamentaux et comment...

Concepts, actions et outils linguistiques iconParcours Fonctionnements Linguistiques et

Concepts, actions et outils linguistiques iconLes écoles de linguistiques

Concepts, actions et outils linguistiques iconContenus linguistiques: (vocabulaire, grammaire…)

Concepts, actions et outils linguistiques iconObjectifs communicationnels, culturels et linguistiques’

Concepts, actions et outils linguistiques iconAdos le spécialiste des séjours scolaires linguistiques et aventures

Concepts, actions et outils linguistiques iconBts se r V ice s I n f or m a t I qu e s a u X o r g a n I s at I on s
Dans tous les cas, les candidats doivent se munir des outils et ressources techniques nécessaires au déroulement de l’épreuve. Ils...

Concepts, actions et outils linguistiques iconLes outils de développement de Telelogic mettent l’industrie automobile sur la voie du succès
«Les outils Tau de Telelogic ont déjà fait leurs preuves dans le secteur des télécommunications où le zéro défaut est une devenue...

Concepts, actions et outils linguistiques iconMichel Vinaver, Écritures dramatiques, Essais d'analyse de textes de théâtre, Actes Sud, 1993
«lecture au ralenti» consiste dans le pointage des actions d'une réplique à l'autre ou même à l'intérieur d'une réplique, c'est-à-dire...

Concepts, actions et outils linguistiques iconConcepts et Techniques








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com