Concepts, actions et outils linguistiques








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L’interprétation/traduction français-langues nationales : un levier pour le développement des langues nationales


(texte provisoire)

Mahamadou Sawadogo


Université de Ouagadougou

Résumé : On a de plus en plus recours à la traduction ou à l’interprétation impliquant le français et les langues locales africaines dans des programmes de sensibilisation et de développement, entre autres. La présente communication vise, à travers l’examen d’un cas précis d’interprétation français-langues nationales de discours religieux, de montrer comment l’activité traduisante ou interprétative est une véritable occasion de dialogue de langues et de cultures, de découverte de soi et d’autrui et d’enrichissement linguistique mutuel. Elle suggère que cette activité soit vivement encouragée par les décideurs étant donnée sa grande contribution à la codification et la normalisation des langues nationales, avec la participation leurs locuteurs natifs.

Mots-clés : codification, coexistence, culture, français, francophone, interprétation, langues africaines, multilinguisme, standardisation, traduction.

Introduction

Le Burkina Faso a une configuration sociolinguistique typique de la plupart des pays africains francophones : il est pays fortement multilingue (plus d’une soixantaine de langues pour dix millions d’habitants) avec pour langue officielle celle de son ancien colonisateur, le français en l’occurrence. Pays sous-développé, sa population est majoritairement analphabète (en français et en langues nationales) et la communication publique pour le développement se fait souvent via le français. Cette situation « babelesque » est censée être propice au développement de la traduction et l’interprétation, mais il n’en est rien sur le terrain, du moins pour l’activité traduisante ou interprétative professionnelle. La coexistence du français et des langues nationales potentiellement bénéfique semble être vécue par les uns ou les autres comme une cause d’affaiblissement voire de disparition de langues locales. Nous essayons de montrer dans cette communication que la traduction du français vers les langues nationale et vice-versa peut être un levier pour le développement des langues nationales, et une source d’enrichissement mutuel des langues en présence.
1. Guerre des langues ?

La coexistence du français et des langues nationales en Afrique sub-saharienne est souvent envisagée en termes conflictuels. On parle souvent de « guerre » que se livrent sans merci ces langues que la colonisation a mises en contact houleux (Chaudenson), une « guerre larvée » et inégale où les langues africaines sont condamnées à subir la loi impitoyable de ce que Calvet a appelé la glottophagie. Cette issue "tragi-glottophagique" serait inéluctable tant il est vrai, selon Untel60 que "la victoire ira bien sûr à celle [la langue] qui a le plus de support institutionnel et logistique", le français étant considéré, à juste titre, comme le "concurrent trop fort" sous la pression duquel les langues nationales sans appui s’essoufflent, s’étouffent, s’asphyxient et disparaissent.

Les avis divergent quant à la possibilité de coexistence « pacifique » entre ces langues et, au regard de l’importance de l’une ou de l’autre sur le plan local ou international, les solutions proposées oscillent entre l’exclusivité linguistique et le partenariat linguistique. Nous aimerions ici abonder dans le sens des conclusions des derniers "États généraux de l’Enseignement du français en Afrique Subsaharienne Francophone " (Libreville, mars 2003) en disant que

La coexistence entre le français et les langues africaines, née de l’Histoire, ne doit pas se vivre en termes de conflit ou de « guerres des langues », mais bien en termes de solidarité et de complémentarité. Le partenariat linguistique français/langues nationales se fonde sur l’affirmation de l’égalité des langues-cultures et le refus de toute hiérarchisation dans ce domaine.

Nous explorons ici une des voies possibles de partenariat linguistique français/langues nationales, à savoir l’enrichissement mutuel par le biais du développement de l’activité traduisante ou interprétative entre ces langues.
2. Le problème

Le problème fondamental dans l’utilisation élargie de nos langues locales en Afrique sub-saharienne francophone est, en plus de la difficulté du choix d’une ou de quelques langues entre plusieurs, leur standardisation encore incomplète là où elle est initiée. Nous entendons par standardisation « le processus par lequel une langue est codifiée, à travers le développement de choses comme la grammaire, l’orthographe, les dictionnaires, et éventuellement, la littérature »61 selon Wardhaugh (1998). Hudson (2000) ajoute qu’elle passe par élaboration de fonctions de manière à adapter la langue à l’utilisation dans des domaines variés comme le droit, l’éducation, la science, la technique etc. Or, plus de quarante ans après les indépendances, le constat est amer. Selon Chaudenson,

en dépit de nombreuses années de recherches et d’un grand nombre de thèses de linguistique africaine soutenues depuis les années 60, aucune langue africaine n’est complètement décrite dans tous ses aspects ; en outre, les descriptions qui existent sont à peu près inutilisables pour l’élaboration rapide et facile d’outils pédagogiques.

Cela a pour conséquence la pénurie de la documentation dans nos langues locales et leurs relégations au second plan dans bien de domaines de la vie courante. Nous pensons que la traduction et l’interprétation professionnelle peuvent aider à rendre nos langues aptes à servir dans ces domaines en aidant, par la recherche terminologique, à redécouvrir des équivalences (il y en beaucoup enfouies dans nos langues !) avec le français ou à les créer quand elles n’existent pas. Pour ce qui est de la création, il est important pour le terminologue ou le traducteur de ne pas se cantonner à ce que Hudson (2000) appelle «l’approche du fauteuil » mais de mener préalablement un travail effectif de recherche sur le terrain. Notre travail essaye de montrer combien la création dans nos langues ou leur redécouverte peuvent être efficaces en mettant à contribution tous les acteurs concernés dans l’activité traduisante ou interprétative, à savoir, le public cible (représentant authentique de la « langue d’arrivée »), l’émetteur du message à traduire (représentant de la « langue de départ »), et le traducteur/interprète (le communicateur, « réconciliateur de langues »). Cette approche s’inscrirait en droite ligne dans les préoccupations de NIDA qui, en préférant l’appellation « langue du récepteur » à celles de « langue cible » ou « langue d’arrivée »,

introduit aux cotés du couple traditionnel auteur-traducteur un troisième partenaire dans l’acte de traduction, à savoir, le lecteur, en fin de compte le seul dépositaire de la qualité de la traduction. (Balliu 1996 : 12)

Dans notre contexte, ce sont nos populations qui sont les seules dépositaires de la qualité de la traduction ou de l’interprétation qui leur sont servies. Notre observation in situ a permis de voir comment elles peuvent l’apprécier, la critiquer, la corriger ou la rejeter sur le terrain. La présence de ce troisième partenaire force donc le traducteur ou l’interprète à réduire ses ardeurs pour « l’équivalence formelle » pour privilégier une « équivalence dynamique » qui tienne compte des facteurs sociolinguistiques. Ainsi pourrait-on, peut-être, aboutir à une standardisation négociée, pacifique et acceptée de tous.
3. Le cadre de l’étude

La présente communication est un compte rendu de l’observation de l’activité interprétative dans le discours religieux en milieu multilingue, impliquant le français et le mooré62 (la langue locale la plus parlée au Burkina). C’est en l’occurrence, le discours qui se déroule dans les temples évangéliques de la commune de Ouagadougou essentiellement peuplée par les mossis, ethnie majoritaire du Burkina. Les formes de discours retenus ici sont les sermons, les conférences ou autres interventions interprétés du français vers le mooré ou vice versa. Le public est hétéroclite en raison du caractère cosmopolite de la ville. L’auditoire est essentiellement composée de bilingues ou diglottes langues nationales-français (le profil mooré-français étant majoritaire) et d’unilingues mooréphones. Les premiers sont généralement alphabètes en français et analphabètes en langues nationales, tandis que les derniers sont généralement alphabétisés en mooré. L’orateur (prédicateur, conférencier ou autre) a souvent le même background linguistique que son auditoire, sauf quand il est un expatrié (missionnaire, visiteur, etc.). L’interprète est, évidemment, un mossi francophone, mais il arrive quelques fois qu’il ne soit pas un locuteur natif du mooré. Il n’a pas nécessairement une maîtrise comparable des deux langues, et il interprète dans les deux sens, même s’il a tendance à se spécialiser dans un sens plutôt que dans l’autre.

L’interprétation est consécutive et il n’est pas rare que l’interprète qui n’a pas reçu de formation formelle en traduction/interprétation sollicite implicitement ou explicitement le secours ou l’arbitrage de l’auditoire au cours de sa prestation. Il reçoit même parfois des suggestions sans les avoir sollicitées, et dispose en permanence d’un feed-back immédiat de l’auditoire qui lui permet, au besoin, de réajuster son interprétation. L’importance et la fréquence des contributions de l’auditoire varient avec la solennité du moment, mais il y a toujours comme une solidarité dans l’effort de communication interlinguistique et interculturelle.

C’est donc dans ce contexte, lieu de prédilection de l’interprétation, que se déroule le discours qui fait l’objet de notre investigation. Nous nous sommes intéressé en particulier à la création linguistique et discursive et au mode de résolution des problèmes de communication d’ordre linguistique ou culturel, en essayant de tirer des leçons pour une plus grande échelle.
4. Dialogue de langues

L’aspect « dialogue des langues » passe parfois inaperçu tant que l’interprète ne rencontre pas de difficultés dans la traduction d’un mot ou d’une expression. Mais dès que survient la difficulté, ce dialogue devient explicite et se manifeste parfois, dans notre situation, par des questions d’éclaircissement à l’orateur ou des appels à l’aide à l’endroit de l’auditoire. Il s’instaure donc une négociation du sens qui permettra à l’interprète d’identifier l’équivalent déjà existant ou à forger, qu’il propose ensuite à l’auditoire (décrit plus haut) qui apprécie. Les appels au secours de l’interprète suscitent généralement un élan de solidarité de l’assistance tout entière, engagée dans la résolution du problème de communication posée. La présence de mooréphones unilingues contraint l’interprète à éviter au maximum l’utilisation de mots d’emprunt. Nous nous contentons ici de lister seulement quelques mots ou expressions qui ont fait l’objet d’une négociation au cours de notre observation.

L’orateur bilingue francophone utilise le terme technique « année-lumière » et est convaincu que son interprète ne saurait le rendre en mooré. « Cette fois, je vais parler en mooré, lance-t-il », mais en réalité se met donner une explication du terme en « français facile » que l’interprète traduit en mooré. Alors un mooréphone unilingue à côté de qui nous étions s’exclame à voix basse, ahuri par l’ordre de grandeur de la distance évoquée par « années-lumière ». « Iiyé ! veenem yuumd kend pa nana ti pa sokeda yuum kena! ». (lit. Tiens ! la marche de la lumière pendant une année est déjà tellement impressionnante, a fortiori, sa marche pendant plusieurs années ! ». Et dans cette exclamation on trouve non seulement une traduction acceptable de « année lumière » (« veenem yυυmd kende ») mais aussi de son pluriel « années-lumière » (« veenem yυυm kena »).

« Femme stérile » : l’équivalent mooré « pυg- kiri » est soufflé par un membre de l’auditoire après que l’explication fut donnée.

Pour le mot « espérance » l’interprète ne trouve pas d’équivalent immédiatement. L’auditoire semble également ne pas pouvoir lui venir en aide quand un autre interprète qui s’y trouve souffle l’expression explicative « teeb pidsig guudem » littéralement « une attente de la concrétisation de la foi », qu’il avait trouvé dans ses recherches antérieures.

Pour la traduction de « l’allure avec laquelle Jésus est monté au ciel » le mot « allure » pose une difficulté à l’interprète. Il s’en suit une négociation du sens entre les trois participants (orateur, interprète et public). Le recours à l’emprunt « vitesse » par l’interprète n’est pas acceptée, et une proposition est faite « a Zezi kenda tυυlem » (lit. « la chaleur/rapidité de la marche/voyage de Jésus ») est finalement ainsi améliorée : « A Zezi zekra tυυlem » (lit. « la chaleur/rapidité de l’élèvement Jésus ». Cette « trouvaille » collective est utilisé dans le reste du discours, et le sera probablement à d’autres occasions.

« Jésus a inauguré la route du ciel pour nous » traduit par « a zezi paka arzan sor tond yinga » après une fructueuse négociation sur le sens du mot « inaugurer »

La même procédure est utilisée pour la traduction de bien d’autres mots ou expressions comme « examen  (scolaire) »  rendu par « geesgo », « concours » rendu « waks taaba », « réservoir » rendu par « bumb pυga »etc.. Les équivalents trouvés ne sont pas d’utilisation courante, mais une fois réemployés il semblent avoir un regain de vitalité. Il est donc manifeste que ce dialogue est une occasion d’enrichissement lexical et que cette activité est un terrain fertile de recherche terminologique.
5. Dialogue de cultures 

L’observation de cette activité d’interprétation a permis de voir l’intensité et la richesse du dialogue de cultures ainsi occasionné, les langues et leurs représentants respectifs étant mis en contact direct dans cette collaboration tripartite (orateur, interprète, public cible). On pourrait même dire avec Galisson (1986) qu’ici il y a plutôt interaction entre des individus formés culturellement, « les cultures dialoguant par le truchement des individus qui les possèdent et qui sont formés communicativement par elles ». En voici quelques exemples illustratifs :

L’orateur, un expatrié français, commence son intervention par un « bonjour » à l’auditoire, ce que l’interprète traduit par « ne y yibeoogo » (lit.  « avec votre matin »). Dans la suite de son intervention, il utilise le style direct dans la narration d’une histoire où deux personnes se disent « bonjour ». L’interprète, s’enquiert à voix basse auprès de lui du moment de la journée concerné avant de traduire par « ne y windiga » (lit. Avec votre soleil »). En mooré, effet, la formule de salutation dépend du moment précis de la journée et de l’activité menée par la personne qu’on salue au moment de la salutation. L’orateur qui se rend compte de cette différence précise la fois suivante « bonjour de l’après-midi », ce qui fait sourire les francophones de l’audience qui savent que cette formule n’est pas française : le français n’a que deux formules « bonjour » et « bonsoir ». Pour la réunion de « ce soir » à laquelle l’orateur a été invité, il a fallu que l’interprète précise « cet après-midi » puisque l’heure de ladite réunion était 15 heures, ce qui, pour l’écrasante majorité de l’auditoire, se situe « le soir ». Par la suite, le même orateur reçoit en cadeau un boubou qu’il se presse de porter en répétant « merci, merci beaucoup » que l’interprète traduit par « y barka, y bark wusgo ». Il reçoit ensuite des compliments pour le boubou qui lui va bien, ce qui lui arrache encore un « merci » que l’interprète traduit « y barka ». Mais ce deuxième remerciement est interprété par des unilingues moréphones ( interrogés ultérieurement) comme une répétition ou un renforcement du premier, puisque le remerciement après un compliment ne semblent pas courant en mooré : la tendance est plutôt à faire utiliser une formule de modestie, pour des raisons superstitieuses, semble-t-il.

Un orateur commence son intervention en mooré, le jour de pâques, en souhaitant une bonne fête de pâque à l’auditoire. Il utilise les formules consacrées « ne y taabo »,  « Wenna taas ed veere », « n winidg yuumde » ; « n ko ed a taab yaaka » que l’interprète traduit invariablement par 4 « bonne fête ! » provoquant des rires interrogateurs des unilingues mooréphones, tandis que les bilingues comprenaient la difficulté de traduction de ces formules. « Ne y taabo » veut dire littéralement « avec votre atteinte de ce jour » et qui se traduirait mieux par « félicitations pour avoir vu ce jour de fête) ou plus simplement  « bonne fête » qui, en français, est un souhait de pleines réjouissances à l’occasion de la fête. Les autres formules sont des souhaits de vivre encore de nombreuses fêtes identiques les années suivantes.

Le temps de cette interprétation, tout au moins, il y a un dialogue de cultures, où les participants se rendent compte de « leur singularité grâce à la différence de l’autre » (Besse 1984) et l’intercompréhension dans la différence est un facteur de rapprochement des acteurs, des langues et des cultures. Les exemples ci-dessus semble confirmer que « tout morceau de langue est saturé de culture » (Porscher 1988) et que la communication interactive est le lieu où les spécificités culturelles se manifestent le plus nettement (Cabut et al. : 1986).
6. Témoignages de traducteurs / interprètes :

Des traducteurs interprètes mooré-français et français-mooré que nous avons approchés témoignent volontiers de la meilleure connaissance qu’ils ont de leur propre langue maternelle (en particulier) et du français depuis qu’ils mènent cette activité. Ils ont élaborés des glossaires personnels dont le contenu finit par être vulgarisé à force d’être utilisé publiquement. En d’autres termes, ils ont découvert ou redécouvert leur propre langue à travers l’activité traduisante ou interprétative et l’ont redécouvrir ou redécouvrir à leur nombreux public cible qui les ont parfois aidé dans cette tâche. Cela est évidemment une source de renforcement de la connaissances de nos langues surtout chez les jeunes générations chez qui la tendance est de plus en plus à verser dans la facilité de l’emprunt au français. L’un d’eux déclare que cette activité a fait naître en lui un amour particulier pour sa langue maternelle. Chaque découverte de mot ou d’expression « en voie de disparition » est un heureux événement qu’il s’empresse de « publier » dès que l’occasion se présente. « La traduction, dit-il, me permet de rechercher la racine de certain mots en mooré, leurs sens premiers et le sens que l’évolution de la langue donne aujourd’hui ». Voici quelques de mots, entre de nombreux autres, cités en exemple :

- « peemleega » qui veut dire « fenêtre »,

- « parwende » qui veut dire « monstre »,

- « banga » qui veut pour « téléphone » mais dont le sens premier est « fer ». L’équivalent du verbe « téléphoner » est l’expression idiomatique « wẽ banga » dont le sens littéral est « taper le fer ».

L’utilisation d’emprunts est, selon un autre interprète, le dernier recours, « quand je n’ai pas le choix ». Il se dit parfois obligé « d’inventer » des mots dans sa langue maternelle quand il n’y a pas d’équivalents pour les mots français et que le public « ne peut pas accepter » l’emprunt du français, comme dans l’exemple du mot français « veuf » : le mooré a des équivalents pour « veuve » et « homme célibataire » qui sont respectivement « pυgkõore » (littéralement « femme sans mari ») et « rakõore » (littéralement « homme sans épouse ». C’est ainsi que le mot « sidkõore » (littéralement « mari sans épouse ») aurait été créé par analogie avec« pυgkõore »  tout en marquant la différence avec « rakõore » qui semble être le premier venu des trois termes..

La « publication » de ces découvertes entraîne comme une réaction d’approbation du public cible qui en fait parfois des commentaires après la réunion concernée. « Ce sont des personnes qui ont les deux langues bien classée dans la tête, capables de parler l’une ou l’autre des langues sans les mélanger ». Comme l’a dit Balliu (1996), c’est le public qui est le meilleur appréciateur de l’interprétation qui leur est servie.

Des observateurs extérieurs que nous avons approchés (parfois des linguistes ou des traducteurs professionnels) nous ont dit leur émerveillement devant les prouesses de ces interprètes sans formation formelle, ce qui semble corroborer la déclaration d’un de ces interprètes formés « sur le tas » : « la traduction améliore non seulement ma connaissance du mooré, mais aussi ma connaissance du français ».
Conclusion

Cette observation sommaire que nous venons de faire permet de tirer quelques enseignements :

- La traduction /interprétation français – langues nationales peut être un levier pour le développement, voire, de pérennisation de nos langues nationales en favorisant leur standardisation. En outre, elle est un facteur de développement solidaires des langues et cultures impliquées. Nous avons délibérément survolé l’aspect appropriation du français (si chère à Senghor63), mais l’activité traduisante ou interprétative y contribue grandement et permet en fin de compte à l’africain de se retrouver dans le français qu’il parle tout en comprenant le français qu’on lui parle. Ainsi, nous préserverons notre culture dans "notre" français, mais également nous la préserverons, et l’enrichirons dans nos langues locales.

- La recherche terminologique dans le cadre de la standardisation des langues africaines gagnerait à maintenir fermement les locuteurs natifs (unilingues au besoin) au cœur de la recherche car ils sont les vrais dépositaires de la qualité de leurs langues.

- Pour que « Plan d’Action Linguistique pour l’Afrique » adopté par l’Organisation de l’Unité Africaine à Addis Abeba, en juillet 1986 ne reste pas un vœux pieux, il faudra que les décideurs africains prennent au sérieux, entre autres, les recommandations n° 21, 24, et 185, des premiers « États généraux de l’Enseignement du français en Afrique Subsaharienne Francophone » (mars 2003, à Libreville) ainsi libellées :

- 21 Nécessité d’enseigner conjointement le français et nos langues. (p12)

- 34 Aider à la formation d’interprètes et traducteurs (français – langues partenaires et vice-versa). D’une façon générale, développer dans toutes les universités en Afrique des départements de traduction.64 (p12)

- 185 Que la diversité linguistique et culturelle soit consolidée. (p21)

Bibliographie


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