Le rituel de mort et de resurrection. 30








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LE CHATEAU DE L'ÂME.


Le Château de l'âme ou le Livre des Demeures a été écrit en 1577, par Mère Thérèse d'Avila pendant que Jean de la Croix - en prison à Tolède - écrivait de son côté les poèmes de la Noche et du Cantico. C'est l'œuvre la plus remarquable, la plus simple et la plus claire concernant le processus d'intériorisation progressive du contemplatif. Parcourons-le ensemble 75.

Jean de la Croix s'excuse dans le Prologue du Cantico d'employer quelques termes de scolastique. Mère Thérèse, elle, écrit théocentriquement, selon l'abondance du cœur, c'est-à-dire selon la théologie mystique qui n'a que faire du langage spéculatif pour exprimer un savoir « pratiquement pratique ». Aussi son œuvre est-elle comprise de tous, ce qui n'a pas empêché l'Eglise, en sa Maternelle Sagesse, de l'accepter comme Docteur pratique... sans diplôme, ni patente.

Si le Docteur du « rien » expose, en clinicien consommé, la manière d'arriver sûrement et infailliblement à « l'union im-médiate d'amour », hors les signes et en brûlant les étapes, si l'on peut dire, Mère Thérèse, elle, est le peintre de ces étapes. Elle les décrit en femme, minutieusement, cliniquement, en marque les balises, les jalons, en souligne les faveurs caractéristiques. Il n'est point possible de traiter de vie mystique sans se rapporter à la classification qui lui fut donnée en une vision.

Cette vision des Sept Demeures de plus en plus intérieures, est la traduction en creux, de tous les autels à gradins qui s'érigent, encore aujourd'hui, en beaucoup d'églises baroques, au Brésil entre autres et expriment les sept ciels couronnés par Marie.

La définition de la Sainte est très synthétique, très ramassée :

« On peut considérer l'âme comme un Château, qui est composé tout entier d'un seul diamant ou d'un cristal très pur, et qui contient beaucoup d'appartements, ainsi que le ciel qui renferme beaucoup de demeures ».

Ce Château est « fait à l'image de Dieu ». Aussi notre « insigne stupidité » vient-elle de ce que « toute notre sollicitude se porte sur la grossièreté de l'enchâssure du diamant, ou enceinte de ce château, c'est-à-dire sur notre propre corps », au lieu de nous attacher à connaître la valeur inestimable de notre âme.

« Ce château... a beaucoup d'appartements, les uns en haut, les autres en bas et sur les côtés, tandis qu'au centre, au milieu de tous les autres, se trouve le principal, celui-là où se passent des choses très secrètes entre Dieu et l'âme ».

Or, « il y a de grandes différences dans la manière d'habiter un appartement. Elles sont nombreuses les âmes qui se trouvent dans l'enceinte extérieure du château, là où se trouvent les gardes ; elles ne se préoccupent point d'y entrer, ni de savoir ce qu'il y a dans un si riche palais, ou quel est celui qui l'habite, ou quelles en sont les demeures ».

Telles sont les âmes qui ne font pas oraison ; elles sont « comme un corps paralysé et perclus, qui a des pieds et des mains, mais qui ne peut s'en servir ». Ces âmes, nous les connaissons trop, à notre époque d'activisme vertigineux. Elles « sont tellement infirmes et tellement habituées à ne s'occuper que des choses extérieures, qu'on ne saurait les en tirer et qu'elles semblent dans l'impuissance de rentrer en elles-mêmes. Elles ont déjà contracté une telle habitude de vivre au milieu des reptiles et des bêtes qui se trouvent autour du château, qu'elles en ont pris, pour ainsi dire, la ressemblance ».

Or, « la Porte qui donne entrée dans ce Château, c'est l'oraison ». Pour trouver cette première porte, il faut d'abord « se connaître soi-même et constater que l'on a suivi une mauvaise route ». Les âmes peuvent ainsi entrer dans les premières demeures du bas, « mais elles y sont accompagnées de tant de reptiles [c'est-à-dire de convoitises des biens du monde], qu'ils ne lui permettent ni de contempler la beauté du Château, ni d'y trouver repos. Néanmoins, c'est déjà beaucoup qu'elles y soient entrées ».

Ce Château ne se silhouette point sur la croupe d'une montagne, ce qui compte en lui, ce n'est pas le donjon, c'est la chambre forte, les celliers secrets. Après avoir parlé d'un cristal, en bonne jardinière, Mère Thérèse nous offre la comparaison du chou-palmiste, fruit délicieux des tropiques - dont la décapitation entraîne la mort de l'arbre - et nous ramène à une vision « en volume » :

« Vous ne devez pas considérer ces demeures comme si elles étaient l'une à la suite de l'autre, et à la file. Portez les regards au centre du château. C'est là qu'est la demeure, le palais où habite le Roi. De même que le fruit savoureux du palmiste est tout entier recouvert d'une foule d'écorces qui l'entourent, ainsi ce palais a-t-il tout autour de lui et au-dessus une foule de demeures ».

Ces premières demeures ne renferment pas « un petit nombre seulement, mais une infinité d'appartements », correspondant à l'infinie variété des âmes. Bien qu'elle en parle souvent au singulier, il n'y a pas sept Demeures, mais sept hiérarchies de Demeures, qu'il faut parcourir en se hâtant.

« Il est très important de ne pas reléguer, pour ainsi dire, dans un coin et de ne pas mettre dans la contrainte les âmes qui s'adonnent quelque peu ou beaucoup à l'oraison. Laissez-les aller librement par ces demeures qui se trouvent en haut, en bas, ou sur le côté, dès lors que Dieu les y a appelées à une si haute dignité. Ne les obligez pas à rester longtemps dans une seule demeure, serait-ce celle de la connaissance propre ».

Ah ! Ce n'est pas la Sainte qui mésestimerait le pouvoir qu'a Dieu d'élever promptement les âmes à Lui. Montant à quarante-trois ans « l'escalier secret » des Vmes Demeures, elle a vu certaines de ses filles y entrer à dix-huit... au bout de quelques mois seulement d'oraison.

Pour l'instant, elle observe que les Premières Demeures « ne reçoivent encore presque rien de la lumière qui sort du palais où réside le Roi ; elles ne sont pas cependant complètement dans les ténèbres ; elles ne sont pas noires non plus comme quand l'âme est en état de péché, mais il y a quelque peu d'obscurité... Je veux dire que si celui qui est dans l'appartement ne peut voir cette lumière, ce n'est pas parce que la demeure n'est pas éclairée, mais parce que toute cette foule de couleuvres, vipères et reptiles venimeux qui y sont entrés avec l'âme ne la laisse pas profiter de la lumière... ses yeux sont tellement couverts de boue qu'il ne peut presque pas les ouvrir ».

Tout de même le sens « spirituel » des Ecritures n'est nullement « obscur » pour qui n'est pas corporel et grossièrement éloigné de la vie divine ; les paroles inspirées ne sont pas obscures, c'est l'intelligence qui est « obscurcie » chez ceux qui les interprètent bassement. Leurs yeux sont « enténébrés » comme ceux des Pèlerins d'Emmaüs.

Il convient, « si l'on veut entrer dans les Secondes Demeures que chacun, selon son état, s'applique à se dégager des soucis et des affaires qui ne sont point indispensables ». Qui n'avance pas recule, en ce combat entre le Bien et le Mal ; celui qui a franchi la porte « ne pourra même pas rester dans la demeure où il est, sans courir de grands dangers, bien qu'il soit entré déjà dans le Château ; car il est impossible qu'au milieu des bêtes si venimeuses, il n'en soit pas mordu une fois ou l'autre ».

Dès l'entrée en Secondes Demeures, les démons se déchaînent. Ils représentent à l'âme ces reptiles pleins de venins, que sont les biens du monde, excitant à la convoitise de ces biens : Ils « lui montrent que les plaisirs d'ici-bas sont en quelque sorte éternels ; ils lui rappellent l'estime dont elle y jouit, ses amis, ses parents ; ils lui parlent de sa santé qu'elle va compromettre par les pénitences ; enfin, ils lui suscitent toutes sortes d'obstacles... Tout l'enfer est alors conjuré pour l'obliger à sortir du Château ».

Cependant, grâce à la miséricorde de Dieu, à sa propre générosité et aussi à l'aide de ceux qui « ont pénétré plus avant dans l'intérieur du Château », l'âme bien décidée entre dans les Troisièmes Demeures. Elle n'est pas encore en sécurité. Beaucoup risquent de retomber et commencent à ressentir des sécheresses par manque d'humilité, manque de patience, se croyant trop vite dignes d'entrer par la Porte des celliers, celle de l'union des Cinquièmes Demeures « qui donne entrée dans l'appartement de notre Roi ».

Il s'agit ici d'âmes vertueuses, de ceux que l'on a coutume d'appeler : les bons chrétiens pratiquants. Elles devraient « dominer déjà le monde ou du moins en être bien désabusées... mais dès les premières épreuves en des choses peu importantes, elles se laissent aller à tant d'inquiétude et d'angoissement de cœur » que Dieu ne peut les éprouver davantage pour les faire avancer. Beaucoup se fixent, ou mieux s'arrêtent, dans cette Demeure, croyant faire assez que s'exercer négativement à ne point pécher, au lieu de s'exercer, encore et toujours, positivement, à aimer de toutes leurs forces et avec une violence croissante.

Par contre, l'âme courageuse franchit le seuil des Quatrièmes Demeures - parfois très vite si Dieu la juge capable de volonté - et commence à entrer dans le domaine du surnaturel. Elle reçoit la grâce de l'oraison de quiétude. Jusqu'ici, elle s'exerçait à la méditation discursive ou imaginative, arrivait, par sa propre industrie, à une connaissance plus profonde de Dieu, maintenant, des connaissances autrement subtiles, lui sont données, infusées.

Avant, le contemplatif en oraison était comme un bassin qui recevait « l'eau de très loin... amenée par des aqueducs et à l'aide de notre industrie », désormais il reçoit l'eau « immédiatement de la source qui le remplit, sans bruit aucun ».

« Quand la source est abondante, comme celle dont nous parlons [Dieu], elle répand du bassin, une fois rempli, un grand ruisseau ; il n'est plus besoin de notre industrie pour l'avoir, et il n'y a plus à craindre que les aqueducs viennent à se détériorer ou que l'eau cesse jamais de couler ».

Au lieu d'avoir à lutter contre les égarements de son imagination, contre la paresse d'esprit, les soucis, les bruits extérieurs, etc... l'âme est mise en repos, en « quiétude » ; une paix profonde et suave semble « dilater son cœur ». Cette paix vient du centre de l'âme ; elle est indicible, cependant la Mère du Carmel s'efforce de l’expliquer à ses filles.

C'est un recueillement surnaturel, que nous ne pouvons obtenir par nous-même. Il serait très périlleux - nous le verrons - de chercher soi-même à suspendre son entendement, son imagination, à « faire le vide » comme on dit; ce serait ouvrir la porte aux invasions les plus dangereuses.

« Il commence à se faire dans l'âme une espèce de silence », observera Courbon ; l'action surnaturelle entre en jeu et fixe la volonté. Dans cette oraison, observe Mère Thérèse :

« Le corps éprouve une délectation profonde et l'âme un bonheur élevé. Celle-ci est si heureuse de se voir seulement près de la fontaine que même avant de s'y désaltérer, elle est déjà rassasiée. Elle s'imagine qu'elle n'a plus rien à désirer ; ses puissances sont dans une telle quiétude qu'elles ne voudraient pas se remuer; de fait, tout semble l'empêcher d'aimer. Toutefois, les puissances ne sont pas tellement enchaînées qu'elles ne pensent à Celui auprès de qui elles se trouvent. Deux d'entre elles restent libres. La volonté seule est captive » 76.

A ce degré, nous l'avons dit, le progressant se trouve dans une fête perpétuelle, il découvre « par la voie des sens corporels extérieurs », des lumières et des goûts spirituels. Il risque à nouveau de vouloir se fixer là, par délectation pour ces goûts et ces lumières des Quatrièmes Demeures, alors que, pour dépasser ce stade sensible, il lui faut entrer dans la contemplation obscure, la Nuit qui le conduira aux touches substantielles intérieures, dans la Volonté cette fois.

Pénétrons plus avant dans le domaine du surnaturel, où l'action de Dieu se fait plus pressante et plus puissante.

C'est l'heure de la contemplation mystique proprement dite, consistant cette fois, en une courte suspension de l'entendement. Ce que l'exercice - appelé par Mère Thérèse « de la Présence de Dieu » - s'efforçait de réaliser par ses propres moyens, autrement dit la simplification des affections et des idées pour obtenir une re-centration sur le sujet de la contemplation, Sa Majesté l'effectue elle-même, non en faisant le vide en notre pensée, mais en suspendant notre entendement, en fixant notre intelligence toujours oscillante, comme on bloque un phare tournant. Cette suspension s'ajoute à celle de la volonté déjà réalisée dans la quiétude.

Si le contemplatif ne cesse de pratiquer durant toute la journée cet exercice de la Présence de Dieu, quelles que soient ses activités, il se trouvera le soir, au moment de l'oraison, dans un état d'union de volonté déjà profond et qui lui fera désirer de boire davantage à la source d’Eau Vive.

Si cette union de volonté, qui caractérise les Cinquièmes Demeures, est réalisée autant que le doit notre volonté, Dieu peut intervenir, à nouveau, en suspendant cette fois la mémoire. C'est le « grand oubli ». Ce qui entraîne, non seulement un engourdissement des sens comme précédemment, mais la suspension totale des sens, en même temps que la suspension des trois puissances : volonté, entendement, mémoire. C'est le « rien, rien, rien » enfin réalisé : la porte de l'union franchie.

« Elles sont peu nombreuses, je crois », les âmes généreuses « qui n'entrent pas dans ces Cinquièmes Demeures ». Cependant certaines faveurs ne sont « le partage que d'un petit nombre ». Ces faveurs, ce sont les Grâces d'union des Cinquièmes Demeures, le « grand oubli » de Jean de la Croix, les « suspensions » qui viennent de ce qu'alors « l'union de l'âme avec moi est plus parfaite que l'union entre le corps et l'âme » dira le Seigneur à Catherine de Sienne.
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