Enjeux et spécificités des relation avec les universités dans les villes périphériques (exposé introductif)








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ENJEUX ET SPÉCIFICITÉS DES RELATION AVEC LES UNIVERSITÉS DANS LES VILLES PÉRIPHÉRIQUES (EXPOSÉ INTRODUCTIF)

Bernard Pouyet

Président honoraire de l’Université

Pierre Mendès France de Grenoble


« Il n’y a pas de plus grand enjeu pour l’enseignement supérieur que son rapport au territoire et à la territorialité »1, ce propos de Michel Lussault illustre combien la problématique « universités-territoires » a désormais acquis, sans jeu de mot, « droit de cité ».

En un peu plus d’une vingtaine d’années, sous l’effet notamment des politiques programmatiques, telles que U 2000, U 3 M, le plan campus ou encore les contrats de projets État-Région (CPER), la relation des universités à leurs territoires est devenue un enjeu partagé entre collectivités territoriales et établissements universitaires, comme l’atteste par exemple la convention-cadre conclue, en novembre 2010, avec les associations d’élus locaux (AVUF, AMGVF2, FMVM3 et la conférence des Présidents d’universités (CPU).

Parallèlement s’est développée une réflexion sur la nature et les questions soulevées par la rencontre entre deux mondes, qui se sont longtemps ignorés, les villes et les universités. Depuis le Colloque fondateur de Grenoble des 31 mai et 1er juin 19904, se sont progressivement multipliées études et recherches, sous l’égide, notamment, du Plan Urbanisme-Construction-Architecture (PUCA), du réseau d’étude sur l’enseignement supérieur (RESUP) et, évidemment, de l’AVUF.

On dispose désormais d’un corpus d’analyses et de réflexions, qui se sont affinées et diversifiées, saisissant notamment la diversité des relations établies entre les universités et la variété des collectivités territoriales.

Dès lors, il apparaît naturel d’ouvrir aujourd’hui une réflexion sur les rapports entre enseignement supérieur et villes périphériques, sous la double réserve, pourtant, de clarifier la terminologie employée et de s’interroger sur la spécificité de la relation universités/villes périphériques.

Il va de soi que les termes d’enseignement supérieur ou d’université doivent s’entendre lato sensu, c’est-à-dire comme désignant l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche d’un site, lesquels d’ailleurs, tant dans le cadre d’un PRES, que dans celui de la politique des investissements d’avenir, (IDEX notamment), tendent vers l’unité ».

Par contre, l’expression « villes périphériques » mérite d’être précisée.

La périphérie n’existe que par rapport à une centralité, à laquelle elle s’oppose, cherche à se relier ou se compare. En soi la périphérie est une désignation de situation assez neutre, là où les villes se caractérisent, de manière plus significative, par leur taille, par les fonctions urbaines et métropolitaines qu’elles réunissent, voire par leurs activités dominantes : industrielles, administratives, touristiques, etc…

Plus explicite apparaît la désignation de « ville de banlieue », laquelle serait peut-être même trop explicite, dans la mesure où elle s’emploie désormais en France pour caractériser des villes qui relèvent de la politique de la ville. C’est en ce sens, par exemple, que 120 d’entre elles se sont regroupées dans l’« Association des Maires de France, villes et banlieues », dans le but affirmé de restaurer l’image des banlieues.

Par ailleurs ne raisonner qu’en termes de « villes périphériques » peut conduire à n’envisager pour notre propos, les universités, que leur insertion dans des périphéries à statut communal. Or les implantations universitaires se retrouvent aussi dans des quartiers périphériques des grandes villes, comme c’est le cas à Marseille-Luminy, à Toulouse-Le-Mirail, à Besançon, à Dijon-Montmuzard, à Reims, etc…

Or, à l’évidence les problèmes des quartiers périphériques accueillant des implantations universitaires, ne sont pas, à proprement parler, différents de ceux des villes périphériques.

Enfin, on pourrait rapprocher des villes périphériques, les villes-nouvelles, qui, initialement devaient accueillir des équipements universitaires, objectif qui s’est principalement réalisé en région parisienne, où les universités portent même le nom des villes nouvelles : Marne-La- Vallée, Évry, Saint Quentin en Yvelines, Versailles, Cergy-Pontoise.

Aussi dans notre réflexion sur les universités et les périphéries, ne serait-il pas plus approprié de travailler sur les « territoires périphériques », plutôt que sur les « villes périphériques » ?
L’ensemble des analyses déjà conduites sur les rapports entre l’université et la ville valent, dans leurs grandes lignes, pour les territoires périphériques, notamment s’agissant de l’identification des partenaires en présence, des politiques qu’ils conduisent, de leur moyens d’action et des contraintes réglementaires et financières auxquels ils sont soumis respectivement.

Mais la précarité qui apparaît comme un caractère dominant des territoires périphériques oblige à poser d’emblée, que l’importance de la dimension des relations que les universités seront susceptibles d’entretenir avec eux, s’articulent fortement à travers la question du social.
La pertinence d’une réflexion sur la spécificité de la problématique « universités-territoires périphériques » peut, selon nous, apparaître, d’une part, à travers les facteurs qui ont rendu, et rendent encore difficiles la relation université/périphérie et d’autre part à travers l’identification des axes sur lesquels peuvent aujourd’hui se croiser projet d’université et projet de territoire.
I – La difficile construction de la relation Universités/Territoires périphériques
I.1 Pour des raisons historiques :

L’implantation des universités dans les périphéries résulte essentiellement d’un volontarisme d'État qui s’est exprimé dans les années 60/70. Les « campus à la française » sont, au cours de cette période, les produits d’un centralisme étatique et d’une pensée urbanistique, fondés sur le fonctionnalisme et le zonage, attribuant des zones dédiées à divers types de fonctions : l’habitat, l’industrie, les commerces et aussi les universités…

Les campus sont conçus alors selon des plans-masses des plans de composition, proches d’un site à l’autre :

- caractère auto-centré de la composition ;

- absence de liaison avec les quartiers environnants ;

- desserte automobile privilégiée au détriment des transports en commun, sauf
quelques exceptions comme à Villeneuve d’Ascq ;

- délimitation imprécise des espaces publics ;

- vastes espaces libres etc…
Mais surtout la réalisation des domaines universitaires est une affaire de l’État, conduite sans concertation avec les collectivités locales. L’État paye et donc commande, exproprie le foncier, aménage et maîtrise selon les règles de la domanialité publique de vastes espaces : 230 hectares à Talence, 176 ha à Saint-Martin-d’Hères/Gières, 80 ha aux Cézaux etc…

Il conviendrait d’étudier ces relations, territoire par territoire, mais le plus souvent, l’université s’installe contre la volonté même des communes-supports. Relevons, par exemple, ce témoignage de Patrick Jarry maire de Nanterre :

« L’Université, ouverte en 1964, a été conçue pour être à part de la ville : dans sa
forme urbaine, elle tourne le dos à la ville »…/…

« Les voies ferroviaires et routières ont encore fermé l’université »1

Le même constat peut être établi pour le campus de Saint-Martin-d’Hères : toutes les voies et rues de la ville qui auraient été susceptibles de déboucher sur le campus se terminent en impasse, à l’exception des deux entrées proprement dites du domaine.

Non seulement la ville, – qui est quand même en population la deuxième ville du département ! – tourne le dos au campus, mais elle s’en protège, construisant, au fil des ans, une sorte de glacis fait d’entrepôts, de zones de dépôts de matériaux etc…

Les événements de 1968 accentuent cette séparation physique, qui s’alimente dans une volonté de rupture idéologique. Le campus de Grenoble est occupé par divers groupes gauchistes qui s’abritent derrière les franchises pour s’approprier l’espace, fermé aux forces de police, au point de voir Paris-Match titrer, avec excès certes, en 1969 un article sur « Grenoble, le campus de la peur »… ! En tout cas, les activités qui se développent alors sur le domaine universitaire ne sont guère du goût de la municipalité communiste de Saint-Martin-d’Hères. Patrick Jarry exprime, plus sobrement, un constat néanmoins identique pour Nanterre, également ville à municipalité communiste :

« Mai 1968, au lieu d’être un moment de rencontre entre le monde ouvrier et le monde
étudiant a plutôt créé de la méfiance, voire de l’hostilité »2.

Ce sont les mêmes processus qui semblent en œuvre aux débuts, et pendant relativement longtemps, du campus de la Doua, à Villeurbanne, dont les rues ne sont pas nommées, ni irriguées par les transports de l’agglomération.

Mais le rejet de l’université ne répond pas qu’à des motivations idéologiques ; des raisons plus substantielles prévalent aussi, notamment d’ordre financier et fiscal. La présence universitaire est perçue par les communes-supports comme génératrice de coûts induits sans contrepartie fiscale. Les espaces occupés par l’université échappent par exemple à la perception de la taxe professionnelle.

Une étude, au cas par cas, des territoires périphériques apparaît néanmoins nécessaire. L’exemple de Villeneuve d’Ascq conduirait ainsi à nuancer l’analyse, dans la mesure où les relations entre université et ville ont trouvé à s’organiser différemment. La création de la commune de Villeneuve d’Ascq, en 1970, issue de la fusion de trois communes de la ville nouvelle de Lille-Est, s’est effectuée de manière concomitante avec le lancement, en 1971, du chantier de l’université de Lille 3.

Il n’en reste pas moins vrai, qu’il faudra attendre les années 80 pour qu’on assiste à un dépassement de la rupture universités-territoires périphériques, qui a présidé à la création par l’État des campus.

Avec le schéma « Universités 2000 », s’ouvre une phase de retour des constructions universitaires sur les campus, après une longue période d’immobilisme. La réalisation de schémas directeurs est confiée à des architectes-urbanistes de renom : Paul Chemetov à Nanterre, Yves Lion à Cergy, Antoine Grumbach à Saint-Quentin en Yvelines, Peter Ahrends à Grenoble Saint-Martin-d’Hères…

La plupart d’entre eux entendent faire pénétrer la ville dans les campus en développant des éléments de liaison avec les quartiers environnants1.

Leurs propositions sont ainsi parfois l’occasion, comme à Saint-Martin-d’Hères, de réactualiser les réflexions de la Mission « Banlieue 89 », destinée à désenclaver les quartiers défavorisés, confiées en 1983 aux architectes R. Castro et M. Cantal-Dupart.
I. 2. Pour des raisons identitaires :

Si les collectivités locales ont rejeté une université, qui leur était, en quelque sorte imposée, les universités et les universitaires en général ont eu une réaction comparable à l’égard des territoires et villes périphériques. Jusqu’au début des années 90, l’université se complait en effet dans une sorte d’isolement vis-à-vis de son environnement économique et social, qu’il s’agisse d’un marché qui compromet ou d’une proximité sociale qui inquiète…

Au-delà de ce repli idéologique, les universités se vivent d’autant moins comme citoyennes, qu’elles ne s’intéressent guère aux conditions de vie des étudiants et abandonnent toutes les questions d’aménagement, d’équipements d’accompagnement de la vie étudiante aux seuls CROUS. Autrement dit, les universités, en tant que telles, se désintéressent de ce que les collectivités locales sont le mieux à même de leur apporter : leurs compétences en matière d’accompagnement et d’équipement.

Ce qui est vrai globalement dans la relation entre les communautés et les villes, l’est particulièrement à l’égard des territoires périphériques.

Encore aujourd’hui, diverses enquêtes montrent qu’il n’y a pas de sentiment d’appartenance des étudiants aux villes périphériques, même si, de manière récente, les choses semblent évoluer et si les étudiants semblent prêts à participer désormais à des opérations de présentation et d’information des villes périphériques.

Le rejet des universités des villes et territoires périphériques perdure pourtant d’autant plus que ces territoires constituent des banlieues défavorisées, lesquelles sont facilement considérées, - qu’on le regrette ou non - , comme stigmatisantes pour l’image des universités.

Une université se réclame volontiers de la ville centre, de la métropole, dont elle porte le nom, alors que la ville support donne, au mieux, son appellation au domaine universitaire qu’elle accueille : Bron/Parilly ; Saint-Martin-d’Hères/Gières ; Talence/Pessac/Gradignan ; les Cézeaux , la Doua…

Par ailleurs une université a d’autant moins de raison de se réclamer d’une commune-support, qu’elle possède une diversité d’implantations sur une même ville ou agglomération.

Mais, surtout, mentionner une appartenance à une ville périphérique, relevant de la politique de la ville, consciemment ou non, c’est jouer pour une université sur un effet d’image négatif.

C’était vrai il y a vingt ans ; cela l’est encore plus, malheureusement aujourd’hui, en raison :

- de la concurrence entre les universités, à l’échelle européenne et internationale ;

- de la compétitivité exacerbée entre « les campus d’avenir » entre eux, et avec les
autres.

Dès lors, tout se passe, comme si le fait d’être implantée dans une périphérie jouait contre l’attractivité d’une université.

À une époque où l’excellence est mise en avant, il semble qu’en termes d’image de marque, les universités soient promptes à se démarquer de toutes formes de précarité. Peu d’entre elles, à cet égard semblent disposées à conjuguer excellence et solidarité, à se vouloir à la fois compétitives et citoyennes.

Ajoutons, diverses enquêtes le montrent aussi et les gestionnaires des CROUS en font état, que les étudiants, et leurs familles, rejettent toutes formes de présence et de logement dans les banlieues, à raison du sentiment d’insécurité qu’engendrent les périphéries.

II – Quels croisements entre projet d’université et projet de territoire ?
Projet d’université et projet de territoire, à la lumière des expériences en cours, qui sont, il est vrai, de plus en plus nombreuses, sont susceptibles de se rencontrer et de s’articuler principalement sur quatre axes :

- les transports en commun ;

- le logement et l’habitat ;

- l’économie ;

- la vie étudiante.

II.1. Les transports en commun

Les transports collectifs constituent une forme d’infrastructure, d’équipement et de service public qui focalise un maximum d’enjeux stratégiques pour les universités et les périphéries :

- à raison de la dimension pratique des problèmes à résoudre : l’accès à
l’université, comme les dessertes intérieures des domaines universitaires ;

- à raison de la portée symbolique des liaisons réalisées : pour nombre de campus en
périphérie l’arrivée des transports en commun exprime l’articulation aux quartiers et
à la ville et la résorption des effets de ghetto.

Ce n’est pas par hasard si, par exemple, la politique culturelle des universités de Grenoble s’organise sous l’égide du « Tramway nommé culture ».

Les lignes de transports en commun ont concouru au désenclavement des campus :

- à Villeneuve d’Ascq d’abord où, dès 1983, est créé le tout premier métro
automatique du monde ;

- puis à Saint-Martin-d’Hères, dès 1990 et plus récemment à Talence, la Doua, Bron
Parilly, Aubière-Clermont-Ferrand : campus des Cézeaux etc…

Les lignes de transports collectifs peuvent réaliser aussi bien la liaison entre la ville-centre, (première ligne de tramway de Saint-Martin-d’Hères), qu’avec la périphérie elle-même et la ville périphérique, (2° ligne de tramway à Saint-Martin-d’Hères et prolongement d’une ligne vers la gare de Gières, érigée en deuxième gare SNCF de Grenoble).

Au-delà de la desserte du campus, une ligne de transport en commun, et singulièrement le tramway permet aussi le désenclavement de la ville périphérique elle-même et participe à sa meilleure intégration au sein d’une agglomération.

Ajoutons encore que se vérifie pour les campus un constat déjà fait pour les villes, les lignes de tramway notamment, ont un effet structurant sur l’urbanisme et l’aménagement local, comme en témoigne la requalification des campus de Grenoble, Bordeaux ou Villeurbanne/La Doua.
II.2. Le logement et l’habitat

La crise du logement étudiant se poursuit ; la presse la qualifie désormais d’« éternelle » et le discours est récurrent, qui insiste sur l’urgence à la résoudre…

L’idée prévaut désormais qu’au-delà de la construction et de la requalification des logements, il convient de multiplier les approches et les solutions innovantes, ne serait-ce que pour faire face à l’urgence. Sachant que les villes périphériques sont également confrontées à de nombreuses difficultés en matière de logements sociaux, la prise en compte du logement étudiant peut présenter au moins trois enjeux :

- le logement étudiant peut constituer dans des quartiers, un facteur de mixité sociale ;

- la recherche de formules nouvelles peut permettre d’imaginer de nouvelles formes de
solidarité entre périphéries et universités : ainsi la périphérie apparaît comme le
terrain d’élections de la « co-location à projet », telle qu’elle s’organise autour de
formules proposées par l’AFEV et inspirées de l’expérience de Louvain-La-Neuve
des KAPS et des « Kapseurs »1.

- des effets induits peuvent aussi résulter d’une action des villes périphériques sur le
logement : une étude conduite par l’AFEV révèle ainsi que la moitié des étudiants
habitant à Nanterre depuis plus de trois ans envisagent d’y demeurer et de s’y
établir, à la fin de leurs études.
II.3. L’économie

II.3.1. Le développement économique

On dispose d’études sur l’impact de la présence universitaire sur les villes moyennes qui a été évalué et dont la réalité explique l’action de ces villes pour obtenir la présence de tout ou partie d’une université sur leur territoire.

Les travaux conduits notamment par Kh. Bouabdallah et J.A. Rochette pour l’Université Jean Monnet de Saint Étienne montrent le double jeu que représente l’université :

- comme agent économique : consommation, employeur, localisation de dépenses ;

- comme agent de développement local : amélioration du capital humain ; facteur
d’attractivité et de créations d’emplois ; partenariat de l’innovation…

On ne dispose pas d’études comparables pour les villes périphériques, mais, d’ores et déjà on peut relever des cas où ces villes entendent intégrer désormais l’université dans leur action économique.

Saint-Martin-d’Hères, il y a une quinzaine d’années, a vécu le développement d’activités commerciales sur le campus comme une concurrence pour l’animation commerciale de la cité.

Aujourd’hui, la même ville conduisant avec le groupe APSYS une vaste entreprise d’implantation de commerces fait valoir dans sa communication sa qualité de « pôle universitaire de la communauté d’agglomération de Grenoble », et présente la création d’une ZAC multifonctionnelle en limite du campus comme « un accompagnement de la requalification du 3° pôle universitaire de France, qui va bénéficier d’un budget de 160 millions d’euros dans le cadre du Grand Emprunt national »1.

Dans le même sens, « Talence Innovation », l’agence économique du Sud bordelais fait état de « la présence des universités comme un atout pour l’environnement du développement économique des communes du Sud bordelais, vivier potentiel de créateurs d’entreprises…

Ces analyses mériteraient évidemment d’être approfondies, mais, tout semble indiquer la volonté des villes périphériques de valoriser désormais la présence des universités sur leur territoire, dans une démarche comparable à d’autres villes universitaires ».
III.3.2. L’orientation, l’insertion et l’emploi

Autant de facteurs qui concourent à la réalisation du parcours de réussite d’un étudiant et qui trouvent actuellement difficilement des solutions en général, donc, a fortiori, pour les jeunes étudiants des quartiers et villes de banlieues.

Appréhender la relation entre ces territoires et l’université oblige à interroger cette dernière sur l’attention qu’elle porte à l’égard de leurs habitants ?

En matière d’orientation des jeunes des quartiers, quelle articulation existe-t-il entre collèges/lycées et universités ? Comment l’université fait elle connaître ses cursus ? Comment s’organise-t-elle pour repérer et recruter les « jeunes talents » des quartiers ?

On connaît les initiatives de l’ambassade des États-Unis en France pour offrir des bourses d’études, jusque-là réservées aux diplômés des grandes écoles, à des jeunes des quartiers défavorisés. Ou encore l’ouverture de l’Institut d’Études Politiques de Paris aux meilleurs lycéens des établissements des banlieues.

À part les initiatives de quelques proviseurs (Vaux en Velin, par exemple), trop rares sont encore les passerelles organisées entre les lycéens de banlieues et les premiers cycles universitaires, qui devraient pourtant utiliser l’avantage de leur proximité avec les territoires périphériques.

Signalons pourtant l’expérience prometteuse des « cordées de la réussite »,

dont l’objectif est de mettre en réseau lycées et établissements d’enseignement supérieur (254 cordées en 2010) et qui ont fait l’objet d’une Charte, signée en novembre 2010 entre l’AFEV, le MESR, le ministère de la Ville, les conférences d’établissements d’enseignement supérieur.

L’exposé des motifs de cette charte est clair :

« Au vu des enjeux posés par la société de la connaissance, d’une nécessaire hausse du niveau de qualification des jeunes, il faut aller vers une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur, laquelle passe par un accès facilité à l’université.


  • En matière de lutte contre l’échec :

À l’évidence l’échec en licence qui concerne l’ensemble de l’enseignement supérieur affecte tout particulièrement les étudiants issus des milieux défavorisés.

Là encore les universités devraient prioritairement développer des actions de soutien aux jeunes des périphéries, où elle sont implantées.

L’opération « Rebonds » est ici exemplaire.

Née en 2002 du côté de Namur (Belgique), elle constitue un essai de prise en charge du décrochage précoce de l’enseignement supérieur. Elle est reprise en France par l’Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (AFIS).


  • En matière d’insertion :

Là encore les universités ont un devoir de responsabilité à l’égard des étudiants des périphéries.

Elles peuvent s’en acquitter :

- en développant à leur égard des formations en alternance et en apprentissage ;

- en organisant avec les villes périphériques des forums pour l’emploi ;

- en ouvrant aux villes périphériques les cursus de formation tout au long de la vie ;

- en favorisant l’obtention d’entretiens des recrutement, à l’instar « des rencontres
improbables
 », qui ont pour objectif de permettre aux jeunes diplômés des quartiers
et à ceux de l’immigration, d’obtenir des entretiens d’embauche qu’ils n’arrivent
pas, seuls, le plus souvent à décrocher.

Dans tous ces domaines de l’orientation, de la lutte contre l’échec, de l’insertion, on pourrait souhaiter que les territoires périphériques constituent un terrain d’élection d’expérimentation d’une responsabilité sociale des universités, en faveur des jeunes défavorisés…

Dans cette perspective, les universités pourraient notamment s’appuyer, quitte à le renforcer, sur leur potentiel de recherche en sciences humaines et sociales souvent très développé sur les questions de société et notamment sur celles relatives à l’exclusion.
II.4. La vie de l’étudiant

Au fur et à mesure des progrès de l’intercommunalité et des transferts corrélatifs de compétences des communes vers les structures d’agglomération, les communes sont reportées vers des responsabilités de proximité concernant la qualité de vie et les services offerts aux habitants. Toute la question, pour les territoires périphériques, réside, là encore, dans leur capacité à considérer les étudiants comme des habitants et pour ces derniers à exprimer un sentiment d’appartenance à la ville.

Le partenariat ici doit s’organiser dans une perspective de réciprocité d’intérêts et d’ouverture.

Collectivités et universités gèrent chacune, mais dans des conditions diversifiées localement, des équipements culturels, bibliothèques, scènes de spectacle, lieux d’exposition etc…), sportifs (stades, gymnases, piscines…), associatifs (MJC, Maison pour tous, espaces de vie étudiante…) Or trop souvent ces équipements s’ignorent, voir peut-être se concurrencent.

D’où la nécessité, – en périphérie plus qu’ailleurs eu égard à la rareté des ressources –, d’organiser la réciprocité d’accès aux équipements et de décloisonner les pratiques. Une différenciation qui persiste, comme celle qui oppose « sport universitaire » et « sport civil » mériterait d’être dépassée.

Il ne faut pourtant pas ignorer que les rapprochements entre équipements universitaires et communaux devront surmonter de réelles rigidités : origines des financements, différences de régimes juridiques et appartenance à des fonctions publiques distinctes, horaires et temps de fréquentation des salles selon les publics etc…

Pourtant des expériences sont en cours qui montrent que les rapprochements des politiques et des équipements universitaires et locaux sont possibles :

ex : la ZAC Pujol, XIIIème arrondissement de Paris : la bibliothèque universitaire est ouverte aux habitants. Le gymnase et l’auditorium sont ouverts aux étudiants.

ex : le « GUC Jeunes » est un centre de loisirs à dominante sportive du Grenoble Université Club, qui organise des activités pour les enfants et adolescents, le mercredi et lors des congés scolaires, en utilisant les équipements sportifs du campus et en recourant pour l’encadrement aux étudiants de l’UFRAPS (UFR activités physiques et sportives).

Au-delà de la réciprocité d’accès aux équipements la question de la vie étudiante pose pleinement celle de la responsabilité sociale des universités.

Rapprocher vie étudiante et vie locale, c’est consacrer les étudiants comme des acteurs de la vie locale et en même temps c’est les former à devenir des « citoyens solidaires ».

Les actions envisageables devraient peu à peu être mieux connues et développées notamment grâce aux travaux de l’Observatoire de la jeunesse solidaire », lequel travaille principalement sur les quartiers populaires et à ceux de « l’Observatoire de la responsabilité sociale universitaire » (RSU), qui se met en place.


En guise de conclusion, quelques considérations sur les questions de gouvernance, que soulève la relation université-territoires périphériques.

- Un constat : l’enseignement supérieur et la recherche relèvent de plus en plus d’une maîtrise intercommunale.

Certes les collectivités territoriales sont, stricto sensu, dépourvues de compétence en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Mais depuis vingt ans, elles ont toutes, à des degrés différents, été conduites à soutenir les politiques d’investissement et de fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

S’agissant des communes, dans un pays couvert à plus de 90 % par les structures intercommunales, les compétences et les moyens sont passés presque toujours des communes aux regroupements, principalement aux communautés d’agglomération et urbaines. L’enseignement supérieur et la recherche s’inscrivent en effet dans le prolongement des compétences dévolues aux intercommunalités, notamment le développement économique, la réalisation et la gestion des grandes infrastructures et équipements : transports collectifs, habitat, voire grandes structures culturelles ou sportives.

Aujourd’hui est même posée la question d’un report de l’enseignement supérieur et de la recherche vers l’inter-communalité de deuxième degré,  telle qu’elle s’organise autour des « pôles métropolitains »

L’exemple de Grenoble qui se recompose en une « Université des Alpes » intégrant les délocalisations sur la Drôme et l’Université de Savoie est significatif dans la mesure où ce périmètre correspond exactement à celui du « Pôle métropolitain », dit du sillon Alpin.

Une évolution qui devra se concilier avec la revendication des régions à se voir reconnaître une pleine compétence légale sur les universités.
- D’où une question : quelle place pour les communes, et notamment ici pour les communes périphériques, sur un champ de compétence disputé par les intercommunalités, parfois les départements, les régions et l’État ?

À la limite, les villes périphériques peuvent, se trouver dessaisies de moyens d’action sur les universités et, se rapprocher de la situation des quartiers périphériques.

Pour conserver et développer un rôle à l’égard des universités, diverses opportunités s’offrent aux territoires périphériques, notamment :

- centrer leur action sur l’exercice direct de compétences de proximité, liées à la
vie communale : vie associative, culturelle, sportive, habitat etc…

- prendre toute leur place dans la double structuration qui s’organise sous forme
de conseils, commissions, groupes d’études et ateliers :

. dans le cadre des intercommunalités ;

. dans le cadre des Pôles régionaux d’enseignement supérieur et de
recherche (PRES).



1 Exposé introductif, « Universités et Territoires », n° 47.

2 Association des Maires des Grandes Villes de France.

3 Fédération des Maires des Villes Moyennes.

4 V. « L’Université et la Ville », sous la direction de M. Laurencin et B. Pouyet, éditions Plan urbain, Paris, 1991, 250 pages.

1 Entretien avec Patrick Jarry, « Universités et Territoires », n° 69, 31.05.2010.

2 Ibidem.

1 V. G. Novarina « La requalification des campus » in « Ville, architecture, université », sous la direction de F. Guy, Fl. Kohler, B. Pouyet, les éditions du Moniteur, Paris, 1998, p. 26.

1 Voir « Universités et Territoires, n° 81, 06.12.2011.

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«Grand Paris Express» s’étendra sur 200 km de voies et disposera de 72 gares. Le parcours de ce métro automatique sera articulé en...








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