Par delà les industries culturelles, l’émergence du capitalisme culturel








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TROISIÈME PARTIE

Les processus et conséquences du développement du capitalisme culturel




LA MONOPOLISATION DE LA CRÉATION ET DE LA CRÉATIVITÉ



Les économies nouvelles basées sur la création et la créativité vivent de l’accaparement et de la monopolisation de la création culturelle. Par delà leur puissance d’imposition, elles développent leurs capacités de captation, d’accaparement et de formatage de ce qu’elles approchent et qui pourrait leur être utile. La volonté de contrôle des sources et centres de créativité est centrale, ainsi que des recherches visant à l’innovation culturelle qu’elle se poursuive au sein ou hors des entreprises. Dans le même temps, il importe de mettre en place des procédures et des règles permettant l’acquisition des droits de propriété immatérielle et intellectuelle, d’aménager les conditions de dépôt ou d’achat de bre­vets, ou encore d’obtenir des droits d’auteur ou des copyrights. A l’affût d’innovations culturelles, les entreprises cherchent à étendre les droits de propriété in­tellectuelle et immatérielle mais aussi à accroître leur durée et leur portée géographique. Telles sont quelques unes des conditions de l’accaparement et de la monopolisation des fruits de la création.
Paradoxalement, à l’ère du cyberespace et de l’Internet, de la matériali­sation de l’immatériel et de la virtualisation du matériel, au moment où tout peut paraître transmissible et accessible à tous, on assiste à formidable extension des DPI et des droits d’auteur à un nombre croissant d’éléments tangibles et intangibles, tels un modèle, un design, un logiciel, une appellation. Ainsi, un nombre croissant de biens et de services culturels cessent d’être des biens communs destinés aux personnes et aux collectivités et deviennent des objets d’appropriation et de jouissance privatives, même si les entreprises prétendent mettre leur créativité au service du bien du consommateur ou du client, voire du bien commun.

On comprend alors comment toutes les formes d’artisanat, d’art, d’expression, de style et de culture deviennent des forces productives au service des entreprises et un atout à l’exportation ; comment art et culture se muent en produits mais aussi en instruments de production et deviennent un capital. Ainsi, de fil en aiguille, art et culture sont soumis aux lois du marché, de la propriété privée et donc, à la logique de l’économie et de l’accumulation capitalistes, même si tous les secteurs culturels ne sont pas devenus marchands. Ce qui explique les inégalités majeures inscrites au cœur du capitalisme culturel.
Pourtant quoiqu’on invente, la monopolisation de la création et de la créativité n’est jamais totale. Quels que soient les droits ou les autres moyens utilisés pour barrer l’accès aux informations et innovations, tels les clés et les codes “in-décryp­tables”…, les possibilités de copiage, de contrefaçon, de pillage et de piratage se développent au rythme de l’évolution des technologies et des inventions. Des captations clandestines restent pos­sibles sans en payer le prix. Les pays moins avancés ne s’en privent d’ailleurs pas. Pour eux, c’est un moyen de se développer à moindre coût étant donné le coût de l’obtention d’un DPI ou de l’achat d’un brevets ou d’une licence. En conséquence, la protection des brevets, des droits d’auteur, des marques déposées, des modèles griffés nécessite des mesures de surveillance, des procédures d’anti-contrefaçon et d’anti-contournement. Sans cela, on n’arrête ni le copia­ge, ni le contournement parce que ni les personnes, ni les entreprises, ni les pays n’ont pas les mêmes intérêts à l’extension et au respect des DPI. Ainsi s’expliquent l’espionnage, le copiage et la piraterie organisés à partir des pays à la recherche de connaissances et de capacités nouvelles indispensables à la croissance. Mais si le copiage et le contournement par les pays moins avancés sont souvent dénoncés, les violations ne sont pas à sens unique. Les pays dé­ve­loppés font de même lorsqu’ils pillent les objets et accaparent les connaissances et les symboles traditionnels des peuples pauvres, fruits de leur créati­vité actuelle ou passée. Il en est ainsi des soieries indiennes, de diverses œuvres ar­tisa­nales, des peintures ou des sculptures typiques, des formes de musicalité ou de thèmes musicaux, des formes de danses, de modes de trans­for­ma­tion et d’étamage de différents métaux, de formes ou de dessins tradi­tion­nels, d’éléments de folklore, de recettes de cuisine, de plantes médicinales, de divers types de graines, des riches­ses potentielles pouvant résulter de l’exploitation de la biodiversité de cer­tai­nes zone. L’UNESCO se préoccupe d’ailleurs de ce pillage des patrimoines par des pays étrangers.
Mais le problème le plus important résultant de l’extension des DPI, droits d’auteurs ou copyrights n’est peut-être pas là. En fait, ces droits favorisent certaines catégories, certaines entreprises, certains pays, dans nombre de cas, au détriment d’autres. En effet, dans l’économie mondiale de l’information, de l’intelligence et de la culture, il y a, d’un côté, les créateurs et concepteurs ; d’un autre, les produc­teurs et reproducteurs ; d’un autre côté encore, les pro­priétaires des réseaux de communication et de distribution avec finalement et en face d’eux : les clients, les utilisa­teurs, les consommateurs, les lecteurs potentiels. On peut comprendre que ces di­verses catégories puissent diverger quant à l’opportunité d’une extension à l’infini de ces droits de propriété intellectuelle.

Selon les partisans de l’extension des droits, les systèmes de protection favorisent l’inventivité : pour eux, l’obtention d’un brevet portant un titre et un nom constitue une incitation majeure pour un inventeur ou un créateur. Au contraire, selon les adversaires du “tout brevetable”, la création et la conception sont souvent le résultat d’une collaboration, d’une coopéra­tion entre des cerveaux. Ceux là pensent que les inven­tions et les innovations intellectuelles, immatérielles et culturelles sont avant tout le fait d’un milieu ouvert, de facilités d’intercommunication, de rela­tions entre des personnes au sein d’équipes ou de communautés réelles ou virtuelles, ou encore de rapports entre des cultures différentes, et donc du métissage culturel.

Par ailleurs, selon ces critiques, les cloisons élevées par les DPI ont, à plus long terme, des consé­quences négatives sur la créativité individuelle et collective. D’après eux, l’innovation dépend le plus souvent de l’ac­cessibilité au patrimoine commun d’une nation ou de l’humanité. Il en est ainsi lorsque dans ses films Walt Disney, et aujourd’hui World Disneys, s’inspirent des contes des frères Jacob et Wilhelm Grimm. Ainsi donc, en attribuant un droit à une personne, voire à une institution ou à un pays, on ne ferme pas seulement la porte au nez des utilisateurs suivants, on barre la route aux innovations dérivées.

Ainsi donc, sans nécessairement remettre en question l’importance du droit de propriété, il faut se demander s’il n’est pas temps de tracer une limite à l’extension de ces droits en ce qui concerne les élé­ments immatériels et culturels ? Une li­gne de partage claire ne s’impose-t-elle pas entre matériel et immatériel, entre le brevetable et le non-brevetable ? Plus fondamentalement, faut-il continuer à étendre les droits de propriété intellectuelle et immatérielle et renforcer les droits d’auteur ou, au contrai­re, ouvrir l’accès aux innovations en vue d’en assurer la plus large diffu­sion ? Pourquoi les créations ne tomberaient-elles pas d’office dans le pa­trimoine commun de l’humanité contribuant ainsi à l’accroissement du bien-être du grand nombre ?

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