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Alexandre Dumas
Les Mohicans de Paris



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Alexandre Dumas

Les Mohicans de Paris

I

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 793 : version 1.01

« Avec Les Mohicans de Paris, Dumas écrit, de 1854 à 1859, dans Le Mousquetaire puis dans Le Monte-Cristo, son plus long feuilleton. Il y met en scène sa comédie humaine, dans le Paris de ses vingt ans, celui de la génération romantique et de la Restauration. Les « Mohicans », ce sont tous les déshérités de la fortune qui tentent de conquérir liberté, gloire, bonheur dans les marges d’une ville toute entière vouée à l’ambition du pouvoir et de l’argent. Leurs vies s’entrelacent autour de la figure de Salvator qui, face au redoutable M. Jackal, le chef de la police, prépare, à la tête de la Charbonnerie, la révolution de 1830. »

En quatrième de couverture,

de l’édition Quarto, Gallimard.

Les Mohicans de Paris

I

Le roman est ici présenté en six volumes.

Éditions de référence :

Michel Lévy – Gallimard, coll. Quarto.

I



Dans lequel l’auteur lève le rideau sur le théâtre où va se jouer son drame.


Si le lecteur veut risquer, avec moi, un pèlerinage vers les jours de ma jeunesse, et remonter la moitié du cours de ma vie, c’est-à-dire juste un quart de siècle, nous ferons halte ensemble au commencement de l’an de grâce 1827, et nous dirons aux générations qui datent de cette époque ce qu’était le Paris physique et moral des dernières années de la Restauration.

Commençons par l’aspect physique de la moderne Babylone.

De l’est à l’ouest, en passant par le sud, Paris, en 1827, était à peu près ce qu’il est en 1854. Le Paris de la rive gauche est naturellement stationnaire, et tend plutôt à se dépeupler qu’à se peupler ; au contraire de la civilisation, qui marche d’Orient en Occident, Paris, cette capitale du monde civilisé, marche du sud au nord ; Montrouge envahit Montmartre.

Les seuls travaux réels qui aient été faits sur la rive gauche, de 1827 à 1854, sont la place et la fontaine Cuvier, la rue Guy-Labrosse, la rue de Jussieu, la rue de l’École-Polytechnique, la rue de l’Ouest, la rue Bonaparte, l’embarcadère d’Orléans, celui de la barrière du Maine ; enfin, l’église Sainte-Clotilde, qui s’élève sur la place Bellechasse, le palais du conseil d’État sur le quai d’Orsay, et l’hôtel du ministère des Affaires étrangères sur le quai des Invalides.

Il en a été bien autrement sur la rive droite, c’est-à-dire dans l’espace compris du pont d’Austerlitz au pont d’Iéna, en longeant le pied de Montmartre. En 1827, Paris, à l’est, ne s’étendait, en réalité, que jusqu’à la Bastille – et encore tout le boulevard Beaumarchais était-il à bâtir ; au nord, que jusqu’à la rue de la Tour-des-Dames et la rue de La Tour-d’Auvergne, et, à l’ouest, que jusqu’à l’abattoir du Roule et l’allée des Veuves.

Mais, du quartier du faubourg Saint-Antoine, qui, de la place de la Bastille, va jusqu’à la barrière du Trône ; du quartier Popincourt, qui, du faubourg Saint-Antoine, va jusqu’à la rue Ménilmontant ; du quartier du faubourg du Temple, qui va, de la rue Ménilmontant, au faubourg Saint-Martin ; du quartier La Fayette, qui va, du faubourg Saint-Martin, au faubourg Poissonnière ; mais, enfin du quartier Turgot, du quartier Trudaine, du quartier Breda, du quartier Tivoli, du quartier de la place de l’Europe, du quartier Beaujon ; des rues de Milan, de Madrid, Chaptal, Boursault, de Laval, de Londres, d’Amsterdam, de Constantinople, de Berlin, etc. – il n’en était point encore question.

Quartiers, places, squares, rues, la baguette de cette fée qu’on appelle l’Industrie les a tous fait jaillir de terre, pour servir de cortège à ces princes du commerce qu’on appelle les chemins de fer de Lyon, de Strasbourg, de Bruxelles et du Havre.

Dans cinquante ans, Paris aura rempli tout l’espace qui reste vide, aujourd’hui, entre ses faubourgs et ses fortifications ; alors, tout ce qui est faubourgs sera Paris, et de nouveaux faubourgs s’allongeront à toutes les ouvertures de cette vaste enceinte de murailles.

Nous avons vu ce qu’était le Paris physique, en 1827 ; voyons ce qu’était le Paris moral.

Charles X régnait depuis deux ans ; depuis cinq ans, M. de Villèle était président du Conseil ; enfin, depuis trois ans, M. Delavau avait succédé à M. Anglès, si gravement compromis dans l’affaire Maubreuil.

Le roi Charles X était bon ; il avait à la fois le cœur faible et honnête, et laissait croître autour de lui les deux partis qui, en croyant l’affermir, devaient le renverser – le parti ultra et le parti prêtre.

M. de Villèle était moins un homme politique qu’un homme de bourse ; il savait déplacer, remuer, tripoter les fonds publics ; mais voilà tout. Au reste, personnellement honnête homme, et devant se retirer des finances, au bout de cinq ans, aussi pauvre qu’il y était entré, et après y avoir manié des milliards.

M. Delavau était sans valeur individuelle, entièrement dévoué, non pas au roi, mais au double parti qui agissait en son nom : son chef du personnel exigeait des certificats de confession des employés et même des agents ; on ne pouvait être reçu mouchard si l’on ne s’était confessé au moins dans la quinzaine précédant le jour de l’admission.

La cour était triste et seulement égayée par la jeunesse, le besoin de distraction et le côté artiste qu’il y avait dans le caractère de madame la duchesse de Berry.

L’aristocratie était inquiète et divisée ; une portion se rattachait aux traditions semi-libérales de Louis XVIII et prétendait que la tranquillité de l’avenir reposait sur une sage distribution du pouvoir entre les grands corps de l’État : le roi, la chambre des pairs, la Chambre des députés ; – l’autre portion se jetait violemment en arrière, voulant renouer 1827 à 1788, niait la Révolution, niait Bonaparte, niait Napoléon, et croyait n’avoir besoin d’autre soutien que celui auquel s’étaient appuyés Louis IX, leur ancêtre, et Louis XIV, leur aïeul, c’est-à-dire le droit divin.

La bourgeoisie était ce qu’elle est en tout temps : amie de l’ordre, protectrice de la paix ; elle désirait un changement et tremblait que ce changement n’eût lieu ; elle criait contre la garde nationale, contre l’ennui de faire sa faction, et devint furieuse lorsque, en 1828, la garde nationale fut supprimée. En somme, elle suivait le convoi du général Foy, prenait parti pour Grégoire et pour Manuel, souscrivait aux éditions Touquet, et achetait par millions les tabatières à la Charte.

Le peuple était franchement de l’opposition, sans savoir bien nettement s’il était bonapartiste ou républicain ; ce qu’il savait, c’est que les Bourbons étaient rentrés en France à la suite des Anglais, des Autrichiens et des Cosaques. Or, détestant les Anglais, les Autrichiens et les Cosaques, il détestait naturellement les Bourbons et n’attendait que le moment de s’en débarrasser. Toute conspiration nouvelle était saluée de ses acclamations : pour lui, Didier, Berton, Carré étaient des martyrs ; les quatre sergents de La Rochelle, des dieux !

Maintenant que, par trois degré successifs, nous sommes descendus du roi à l’aristocratie, de l’aristocratie à la bourgeoisie, et de la bourgeoisie au peuple, descendons un degré encore, et nous allons nous trouver dans ces limbes de la société éclairés seulement par les pâles réverbères de la rue de Jérusalem.

Supposez que nous nous trouvions transportés dans la soirée du mardi gras de 1827.

Depuis deux ans, il n’y a plus de mascarades de police : les voitures dont la double ligne sillonne les boulevards, toutes chargées de poissardes et de malins qui, chaque fois qu’ils se croisent, s’arrêtent et – pardonnez-moi, je dois me servir du terme courant –, et s’engueulent, sont des voitures particulières.

Quelques-unes de ces voitures appartiennent de fondation à un excellent jeune homme nommé Labattut, qui, trois ou quatre ans plus tard, ira mourir d’une maladie de la poitrine à Pise, et, quoiqu’il fasse tout au monde pour que l’on sache que ces immenses mascarades, que ces sonneurs de cor, que ces hommes à cheval sont bien à lui, les spectateurs s’obstinent à ignorer son nom, et à en faire honneur à lord Seymour.

Les cabarets en vogue sont : à la Courtille, Dénoyez, le Salon de Flore, La Courtille ; à la barrière du Maine, Tonnelier.

Les bals fréquentés sont La Chaumière, tenue par Lahire – deux races en train de disparaître aujourd’hui y dansent sur le volcan qui doit les engloutir : les étudiants, les grisettes ; la lorette et les Arthurs, qui les ont remplacés, sont encore inconnus : Gavarni créera pour eux son charmant costume de débardeur ; le Prado, qui flamboie en face du Palais de Justice ; le Colisée, qui bruit derrière le Château d’Eau ; la Porte-Saint-Martin et Franconi, qui ont seuls, avec l’Opéra, le privilège des bals masqués.

Nous ne parlons, bien entendu, ici de l’Opéra que pour mémoire : à l’Opéra, on ne danse pas, on se promène, les femmes en domino, les hommes en habit noir.

Dans les autres bals, c’est-à-dire chez Dénoyez, au Salon de Flore, au Sauvage, chez Tonnelier, à La Chaumière, au Prado, au Colysée, à la Porte-Saint-Martin, chez Franconi, on ne danse pas non plus : on chahute.

Le chahut était une danse ignoble, laquelle était, au cancan, ce que le brûle-gueule et le tabac de caporal sont au cigare de La Havane.

Au-dessous de tous les lieux que nous venons de nommer, et qui descendent du théâtre à la guinguette, et, de la guinguette, au cabaret, sont les bouges immondes qu’on appelle les tapis-francs.

Il y en a sept à Paris :

Au Chat-Noir, rue de la Vieille-Draperie, dans la Cité ;

Au Lapin-Blanc, en face du Gymnase ;

Aux Sept-Billards, rue de Bondy ;

Hôtel d’Angleterre, rue Saint-Honoré, en face de La Civette ;

Chez Paul Niquet, rue aux Fers ;

Chez Baratte, même rue ;

Enfin, chez Bordier, au coin de la rue Aubry-le-Boucher et de la rue Saint-Denis.

Deux de ces tapis-francs ont des spécialités.

Le Chat-Noir réunit particulièrement les voleurs à la carouble et à la fourline ; le Lapin-Blanc, les charrieurs, les scionneurs et les vantarniers.

Oh ! qu’on se rassure, nous n’allons pas nous engager dans un dialogue d’argot, et faire un livre que l’on ne puisse comprendre qu’à l’aide du dictionnaire infâme de Bicêtre et de la Conciergerie.

Nous nous hâtons, au contraire, de nous débarrasser, pour n’y plus revenir, de tous ces termes immondes, qui nous répugneraient autant qu’à nos lecteurs.

Disons donc rapidement ce que sont les voleurs à la carouble et à la fourline, les charrieurs, les scionneurs et les vantarniers.

Les voleurs à la carouble sont les voleurs avec fausses clefs.

Les voleurs à la fourline sont les tireurs de bourses, de montres, de mouchoirs.

Les charrieurs sont ceux qui entrent chez les changeurs sous prétexte de choisir des pièces à l’effigie de tel roi, au millésime de telle année, et qui, tout en choisissant les pièces demandées, en fourrent pour cinquante francs dans chaque manche.

Les scionneurs sont ceux qui entourent d’un mouchoir ou d’une corde le cou de la personne qu’ils veulent voler et la chargent sur leurs épaules, tandis que les complices la barbotent, c’est-à-dire la fouillent.

Enfin, les vantarniers sont ceux qui volent la nuit, par les fenêtres, à l’aide d’un échelle de corde.

Les cinq autres tapis-francs sont tout simplement des réceptacles de voleurs de toutes les catégories.

Pour veiller sur toute cette population de forçats libérés, de filous, de filles, de voleurs de toute sorte, de bandits de toute espèce, il n’y a que six inspecteurs et un officier de paix par arrondissement – les sergents de ville ne sont point encore créés et ne le seront qu’en 1828, par M. Debelleyme.

Ces inspecteurs font leur service en bourgeois.

Tout individu arrêté par eux est conduit, d’abord, à la salle Saint-Martin, c’est-à-dire au Dépôt ; là, moyennant seize sous pour la première nuit, et dix sous pour les autres nuits, on a droit à une chambre séparée.

De là, les hommes sont envoyés à la Force ou à Bicêtre ; les filles, aux Madelonnettes, rue des Fontaines, près du Temple ; les voleuses, à Saint-Lazare, rue du Faubourg-Saint-Denis.

On exécute sur la place de Grève.

Monsieur de Paris1 demeure rue des Marais, n° 43.

La première question que le lecteur se fait à lui-même, et qu’il nous ferait si nous n’allions pas au-devant d’elle, c’est celle-ci : « Puisque la police sait où prendre les voleurs, pourquoi la police ne les prend-elle pas ? »

La police ne peut arrêter qu’en flagrant délit ; la loi, sur ce point, est positive, et les voleurs de toutes classes le savent bien.

Si la police pouvait arrêter les voleurs autrement que la main dans le sac, comme elle les connaît à peu près tous, un coup d’épervier jeté dans tous les bouges de Paris, et il n’y aurait plus de voleurs – ou si peu, du moins, que ce ne serait pas la peine de s’en plaindre !

Aujourd’hui, aucun de ces tapis-francs n’existe plus : les uns ont disparu dans les démolitions que nécessitent les embellissements de Paris ; les autres sont fermés, éteints, morts.

Bordier seul a survécu ; mais le tapis-franc de 1827 est devenu une élégante boutique d’épiceries, où l’on vend des fruits secs, des confitures et des liqueurs fines, et qui n’a plus rien du bouge immonde où nous allons être forcés de conduire nos lecteurs.

II



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