A. E. Van Braam houckgeest








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20 décembre.

Nous n'avons pas pu partir, attendu que tout notre bagage était encore derrière nous, & qu'il a plu toute la journée : d'ailleurs on manquait de coulis, parce que les présents destinés à l'empereur & envoyés de Canton avant notre départ, ont passé ici hier, & que ce transport emploie environ mille coulis. Nous avons trouvé hier au soir deux glaces encore hors de la ville ; on les a transportées ce matin, & comme il nous faut bien trois cents coulis pour notre suite & notre bagage, il sera difficile de les obtenir.

Pendant la journée une grande partie de nos effets sont arrivés à notre logement, & nous avons appris que dans le cours des deux journées & des deux nuits précédentes huit coulis sont morts de fatigue & de froid.

p1.094 On nous a informés aussi, que les dispositions pour nos logements dans la route, ne dépendent nullement de nos mandarins conducteurs, mais que chaque province a député des mandarins pour régler cet objet.

Ici le gouverneur de la province du Kiang-nam en avait chargé le on-tcha-tsu, décoré du bouton bleu transparent. Il était venu en conséquence à Yu-thing-chen pour ordonner nos logements ; mais comme cela est laissé ensuite aux soins des commandants des lieux, ce circuit conduit souvent à des résultats dont le voyage est plutôt retardé qu'accéléré.

Le lingua est venu me dire, le soir, que le manque de coulis nous empêchant de partir demain de grand matin, nous n'avons aucun besoin de nous presser. Le temps ne cesse pas d'être froid & pluvieux.

21 décembre.

Une revue nous a fait voir que beaucoup de nos effets manquent encore, & que nous n'avons pas une seule caisse de vin, ce qui nous a déjà réduits à souper hier au soir avec de l'eau pure.

Ce jour-ci étant le Tong ou jour de Noël des Chinois, qu'ils célèbrent avec éclat, il est encore plus difficile de trouver des coulis.

À onze heures nos conducteurs mandarins sont venus rendre visite à l'ambassadeur & à moi, & lui faire agréer des excuses sur le mauvais accueil qu'on a fait à Son Excellence en arrivant ici. Ils nous ont dit que ce détail n'était point du tout de leur p1.095 département, mais laissé aux mandarins de la province & des lieux où nous passons.

Peu après, le on-tcha-tsu de la province est aussi venu pour nous complimenter. Il a été très honnête, & n'a pas manqué de nous parler tout de suite de l'ignorance du commandant de la ville, qui avait fait indiquer à l'ambassadeur un logement qui ne lui était pas destiné, au lieu de celui qu'on avait préparé pour le recevoir, comme le prouvaient les dispositions qu'on y avait trouvées. Il a ajouté qu'il avait déjà adressé ses plaintes de cette conduite, au gouverneur de la province, & qu'il ne doutait pas que le commandant de la ville ne fût démis de sa place. Ensuite il nous a proposé de faire vingt-cinq li, afin d'arriver demain à la ville de Liu-tsiou-fou ; mais comme il était déjà plus de midi, qu'il demandait au moins deux heures pour réunir les porteurs nécessaires, & qu'il nous manquait encore beaucoup de bagage, j'ai détourné Son Excellence d'aller plus loin aujourd'hui, parce que ce ne serait que très avant dans la nuit qu'on pourrait atteindre l'endroit projeté, où il faudrait, selon toute apparence, se passer de souper & de lits, tandis qu'ici nous aurons l'un & l'autre. Son Excellence goûtant mes raisons, a éludé de se mettre en route aujourd'hui.

J'ai proposé alors aux mandarins de nous faire faire, chaque jour, quatre-vingt-dix ou cent li, & de prendre des mesures pour que nous puissions toujours partir à quatre heures du matin, tant que nous devrons être portés par des coulis ; que quand nous serons parvenus à la province de Chan-tong, (où l'on nous flatte que nous pourrons avoir des litières), l'on pourra allonger nos courses, p1.096 & même nous faire voyager pendant la nuit, d'autant plus que la clarté de la lune nous servira alors, & que les chemins, devant être fermes & gelés, il sera facile de faire jusqu'à deux cents li en vingt-quatre heures, si cela est nécessaire.

Les mandarins ont trouvé mes propositions très acceptables. Et l'on a conclu, après un long examen, que demain nous ferons soixante-quinze li, afin de trouver une couchée convenable ; que pour plus de facilité, l'on fera voyager notre bagage toute l'après-midi, (ce qui a été réellement exécuté). On a réglé de plus, que nous partirons demain à cinq heures. Les mandarins, qui ont paru satisfaits de ces arrangements, ont pris congé, & se sont retirés. Nous restons donc encore dans notre logement.

Il a neigé doucement presque toute la journée, & il fait assez froid. Le thermomètre de Farenheit a descendu ce matin jusqu'à trente-deux degrés, point de la gelée du thermomètre de Réaumur. Dans la nuit, le temps a été clair, & la gelée forte.

22 décembre.

À six heures du matin, nous avons quitté Yu-ching-chen, le thermomètre de Farenheit étant alors à vingt-cinq degrés & demi 1. La route était gelée, raboteuse & avec des points tranchants, ce qui donnait beaucoup de difficulté à y marcher. Le temps a été clair, & nous avons vu le soleil pour la première fois depuis le onze. Nous avons toujours traversé des plaines avec p1.097 de légères montées & des descentes, mais il n'y avait d'autres montagnes que celles que nous apercevions dans un grand éloignement. Aussi avons-nous rencontré peu de rivières.

À onze heures nous étions à Tau-chan-chen (19) où nous nous sommes rafraîchis pendant une heure au moins. Cette ville est assez grande. Partis après dîner, nous sommes arrivés à cinq heures & demie à Koun-eck, où nous avons couché dans un très bon logement.

J'ai compté dans cette journée quatre arcs de triomphe en pierres & j'ai vu du maïs, ou blé de Turquie, pour la première fois dans de petites boutiques, ainsi qu'une espèce de petites fèves plates, qu'on a introduites à la Chine, à qui elles sont étrangères comme le maïs.

Nous avons fait soixante-quinze li aujourd'hui, La nuit a été claire, & il a gelé.

23 décembre.

Le thermomètre de Farenheit était ce matin à vingt-deux degrés 1. Nous sommes partis à quatre heures & demie. Comme hier, nous avons parcouru des espaces où tout est labouré, & où il y a de légères élévations.

À onze heures nous sommes arrivés à la ville de Liu-tcheou-fou (J), où nous avons passé le long des remparts en dehors. Elle nous a semblé fort grande. Nous nous sommes arrêtés dans p1.098 le faubourg du nord, pour changer de porteurs & prendre quelques rafraîchissements. Le temps était doux, mais couvert & sans soleil. À midi nous sommes repartis, & nous sommes allés jusqu'à Tin-fau-sé, où nous étions à cinq heures, & où nous sommes restés pour y passer la nuit. Nous avons fait aujourd'hui soixante-quinze li.

Le soir le mandarin de Fong-yong-fou, qui exerce le pouvoir exécutif dans cette province, est venu faire visite à l'ambassadeur & à moi. Il porte le bouton bleu-foncé. Il a au moins soixante ans, & est affable. Nous nous étions déjà trouvés avec lui à Yu-ching-chen, & avec le on-tcha-tsu. Il a apporté un présent de vingt-sept habits de peaux de moutons pour nos soldats & nos domestiques, & quelques fruits pour nous. Il nous a dit que le mandarin de Yu-ching-chen avait perdu sa place à cause de sa conduite envers nous. Il eut été difficile qu'il nous montrât plus d'honnêteté, & qu'il exprimât plus de sensibilité de ce qu'il ne pouvait pas nous procurer plus de commodités dans son district, & de ce que nous étions obligés de faire un voyage aussi incommode dans une saison aussi froide. Les habits de peaux ont été très bien reçus par notre monde. J'en ai pris deux que je convertis en sacs, pour que Son Excellence & moi nous puissions y mettre nos jambes dans nos palanquins, & nous défendre du froid. (Nous nous en sommes trouvés à merveille, surtout lorsque nous y avons ajouté une cruche remplie d'eau chaude.)

24 décembre.

Par la lenteur des coulis, nous n'avons pu partir qu'à cinq heures & demie. Quatre heures après nous avons passé dans la ville p1.099 de Liang-chan-chen (20), assez grande, remplie de boutiques, & paraissant fort commerçante. On y voit une tour hexagone à sept étages, & quelques arcs de triomphe.

Vers midi, nous sommes venus à Ho-chan-ek, lieu passablement grand. Après y avoir pris un léger repas, nous l'avons quitté à une heure, & à huit nous étions à Ching-kiou-ek, autre grand lieu, fixé pour le repos de cette nuit.

Le temps a été beau aujourd'hui, & le soleil nous a fait compagnie. La nature des lieux parcourus, ne diffère point de celle des deux jours précédents ; presque point de rivières, & les montagnes fort éloignées de nous. Notre route, de cent dix li au moins, nous a fait voir sept arcs d'honneur en pierres. Le chemin était paisiblement bon, & nous avons vu quantité de villages & de hameaux où les terres étaient ensemencées.

Nous avons rencontré les quatre glaces que nous devons offrir à l'empereur. Chacune d'elles est portée par vingt-quatre coulis, & suivie de vingt-quatre autres. Ces quarante-huit porteurs se relaient à chaque demi-lieue. On peut juger par là, de ce que le transport de ces quatre pièces coûtera.

Nous avons trouvé, pour la première fois, une charrette attelée de deux chevaux, l'un au brancard, l'autre à côté. Il y a beaucoup d'analogie entre cette voiture & la charrette couverte de la Gueldre ; mais elle n'est pas, à beaucoup près, aussi bien faite que cette dernière.

Arrivés fort tard, il était impossible que nous pussions attendre un souper de nos cuisiniers; nous nous sommes donc résolus à nous p1.100 coucher sans manger, & comme hier, nous avons eu le plancher pour lit, les nôtres n'étant pas encore arrivés. La privation du vin ajoutant à ces désagréments, le voyage devient pénible & ennuyeux, d'autant qu'il est évident pour nous qu'ils ne sont dus qu'au peu d'ordre, & à l'imprévoyance des différents mandarins des départements. Une preuve sans réplique de ce fait, c'est que nos mandarins conducteurs qui n'ont compté que sur eux-mêmes, ne manquent de rien.

Le temps a été clair durant la nuit, & il a gelé.

25 décembre.

Le départ a eu lieu à cinq heures & demie, & l'arrivée à la ville de Ting-yuu-chen (21), à peu-près à midi. Nous y avons dîné tandis que l'on changeait de coulis. Cette ville passablement grande, a une tour hexagone à sept étages, sans sommet & à une petite distance de ses murs. Nous avons eu dans le faubourg un logement assez bon. À une heure & demie, supposant que les coulis étaient prêts, comme on me l'avait dit, j'allai me mettre dans ma chaise. Mais au bout d'une demi-heure, le lingua vint m'annoncer qu'il s'écoulerait encore plus d'une heure avant que nos porteurs se présentassent, parce qu'ils n'étaient pas payés. Je sortis donc de ma chaise, & j'engageai Son Excellence à ne pas aller plus loin aujourd'hui ; car je savais que le premier rendez-vous qu'on nous marquait était encore à soixante li de nous, & calculant que nous n'y serions pas avant huit ou neuf heures du soir, je voyais la nécessité de se coucher sans souper, tandis qu'ici nous avons un logement agréable, & le temps suffisant pour que nos p1.101 cuisiniers nous apprêtent un bon repas. Je persuadai l'ambassadeur. Quand on a connu cette résolution, on a essayé de nous faire partir, en disant que les coulis nous attendaient, mais comme il était déjà deux heures & demie, nous avons persisté à rester.

À cette nouvelle les mandarins sont venus engager Son Excellence à faire du moins trente li en avant ; mais en vain. M. Agie leur a dit en chinois, au nom de l'ambassadeur, que nous savons par expérience que les mandarins accourcissent toujours la route quand ils nous parlent des distances. Qu'en nous abusant ainsi, on nous fait arriver si tard à la couchée, que nous n'avons pas le temps de nous faire faire à souper, à moins que nous ne voulions sacrifier tout notre repos, puisqu'il faut se lever chaque matin à trois heures ; que si l'on avait toujours eu soin d'avoir des porteurs prêts, le voyage se serait fait avec facilité ; mais que devant toujours attendre une couple d'heures, sans préjudice du délai du changement de coulis à midi, nous perdons les trois heures les plus favorables de chaque journée, & que le voyage devient désagréable & fastidieux ; que l'on pouvait bien se passer une fois de manger, mais que cela ne devait pas être quotidien ; que plusieurs malles & plusieurs caisses qui nous étaient nécessaires, restaient absolument en arrière, de sorte que quelques personnes n'avaient plus de linge, & que depuis six jours nous n'avions pas eu une seule goutte de vin ; qu'enfin il fallait qu'on adoptât un autre ordre de choses, parce que nous redoutions d'exposer nos santés à tant d'incommodités.

Les mandarins n'avaient rien de fondé à opposer à nos raisons, p1.102 mais ils se retranchaient sur le désir qu'avait l'empereur de nous voir avant la nouvelle année, & insistaient toujours pour que l'ambassadeur fît encore trente li. Ils y ont mis plus d'une heure d'obstination sans rien obtenir. Son Excellence leur a promis d'être prête à partir demain matin à trois heures, ajoutant qu'elle n'ira qu'à quatre-vingt-dix li pour s'arrêter à la ville de Lin-ouay-chen.

Il ont essayé alors de nous jouer un autre tour, & de nous conduire vingt ou trente li plus loin que ce rendez-vous. Il nous ont donc prié de partir à deux heures au lieu de trois. Soupçonnant leur dessein, parce qu'il m'était démontré qu'il suffirait de partir même à cinq pour faire les quatre-vingt-dix, je leur ai fait dire que l'ambassadeur était résolu à ne pas aller au-delà de Lin-ouay-chen, & qu'il voulait y passer la nuit, qu'en conséquence ils n'avaient qu'à y bien réfléchir.

Voyant que notre système était affermi sur la connaissance géographique du pays, ils ont changé de ton, & ont fini par dire qu'il serait inutile de hâter notre réveil, & qu'un domestique de nos mandarins nous fera lever demain quand il en sera temps, ensuite il se sont retirés. Le vieux mandarin est celui qui a pris le plus de part à toute cette petite discussion, & en s'en allant, il m'a fait entendre, quoique d'une manière très ménagée, que j'avais été cause de son peu de succès. Il était accompagné de l'un des frères très ressemblant du tsong-tou de Canton.

Nous avons passé la nuit à Ting-yun-chen.

L'aspect des lieux que nous avons vus dans cette journée retraçait absolument celui des objets que nous ont offert les jours p1.103 précédents, & nous n'avons point rencontré de rivières. Dans l'après-midi MM. Van Braam & Dozy, allèrent hors du faubourg, pour essayer des patins dont leur avait fait présent le chef anglais Browne, à qui le Lord Macartney les avait laissés. La surprise des Chinois n'a pas été médiocre en voyant l'adresse qu'ils mettaient dans cet exercice, & ils venaient de toute part pour en être les témoins.

Dans la nuit le ciel a été couvert & le froid violent.

26 décembre.

Pour la première fois les porteurs ont montré de l'empressement. aussi étions-nous partis à quatre heures & arrivés un peu après neuf à Hong-chau-chen (22), où nous nous sommes rafraîchis. Repartis à dix heures & demie, nous sommes parvenus, après huit heures de route, à Lin-ouay-chen (23), où nous couchons, mais encore sans souper, parce que nos cuisiniers sont arrivés trop tard.

L'espace que nous avons parcouru dans la matinée était plus inégal que celui d'hier. Dans quelques endroits il était très pierreux, & dans d'autres chargé de bruyères. On ne voyait que quelques intervalles cultivés. Aussi les maisons étaient tellement rares, qu'il nous est arrivé de faire jusqu'à vingt-cinq li sans en rencontrer une seule. L'on voyait encore moins de tavernes (
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