A. E. Van Braam houckgeest








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6 janvier.

Partis à quatre heures, nous avons atteint la ville de Fau-ching-chen (32) à huit heures & demie. On y a déjeuné, puis pour changer de coulis, il a fallu retarder jusqu'à midi. La conduite p1.126 du mandarin de la ville, à cet égard, a été trouvée si extraordinaire par notre second conducteur, qu'il a cru devoir le payer publiquement de quelques soufflets, qui présagent qu'en outre il perdra sa place. Nous n'avons pu arriver à Hien-chen (33) qu'à huit heures du soir. On croyait que nous irions au-delà, mais les dispositions relatives aux coulis, nous ayant retardés, Son Excellence a préféré de passer la nuit ici.

Nous avons fait, en plaine, cent dix li (dix lieues & demie).

L'un de nos conducteurs a envoyé, ce soir, au nom du vieux mandarin chantonnais, deux manteaux rouges fourrés pour l'ambassadeur & pour moi, & vingt-sept autres pelisses pour le surplus de nos messieurs & les personnes de notre suite. Chacun a fait un gracieux accueil au présent, dont le froid devenu très piquant, surtout de grand matin, fait sentir tout le prix.

Ici nous avons eu & mauvais logement & mauvais souper.

7 janvier.

Nous sommes partis à trois heures du matin, à la clarté de la lune qui a servi aussi à nous faire voir que la ville de Hien-chen est en très mauvais état, & qu'il s'y trouve partout des maisons de terre glaise renversées.

À huit heures trois quarts, nous étions à Ho-kien-fou (L), où l'on nous a reçus dans un édifice public, grand & imprimant le respect. Le déjeuner & le changement de coulis motivaient cette halte. Malgré la beauté de l'édifice, la ville est plutôt un amas de ruines qu'un endroit habité, & quoiqu'elle soit classée parmi les villes du premier rang, il n'y a pas le quart de son étendue de bâti.

p1.127 J'ai été curieux de connaître la cause de cet état d'abandon, & l'on m'a répondu que lors des grands débordements, dont la province a éprouvé tant de dommages l'année dernière, cette ville avait été inondée & avait extrêmement souffert.

Nous sommes repartis à onze heures. Nous avons rencontré diverses pagodes totalement détruites. Plusieurs ruisseaux & rivières ont coupé notre route jusqu'à cinq heures que nous sommes venus au bourg de Lin-chou-sing, où nous avons pris de nouveaux porteurs pour faire encore soixante li.

Il était huit heures quand nous nous sommes remis en chemin. Nous avons traversé un lac très considérable, au milieu duquel passe le chemin en parcourant une ligne droite, qui exige une heure & demie de temps de voyage. Dans cet intervalle on trouve neuf ponts de pierres & un grand village sur une île située au milieu du lac. À une heure & demie du matin, nous sommes arrivés à Hiong-chen (35), où nous avons pris, sans souper, un peu de repos dans une très mauvaise auberge, terme d'une course de cent quatre-vingt li. Nos messieurs n'ayant pu trouver de chevaux de relais au dernier endroit, ont été contraints, pour poursuivre leur route, d'accepter des charrettes ordinaires. Heureusement que le voyage tire à sa fin, car de pareilles fatigues seraient insoutenables dans une saison aussi froide.

8 janvier.

Nous sommes repartis à quatre heures & demie, & nous avons traversé la ville de Hiong-chen, qui est assez grande, & qui a un peu meilleur mine que celles dont elle est précédée. Nous p1.128 avons passé continuellement dans des plaines, & nous sommes arrivés à onze heures & demie dans la ville de Sin-ching-chen (36) où l'on nous a conduits à une vraie gargote. Je refusai d'y entrer, ce qui détermina à revenir sur nos pas jusqu'à une petite distance où nous fûmes menés à un bel édifice public de la ville, dans lequel Son Excellence venait d'entrer ; parce que, d'après ma répugnance à adopter le mauvais bouchon où j'étais venu le premier, quelqu'un avait été à sa rencontre pour qu'on la conduisît à cet asile.

Nous avons pris là une tasse de thé & quelques fruits, puis ayant reçu de nouveaux porteurs, nous sommes repartis à une heure & un quart, passant par le centre de la ville qui n'a rien de curieux, ni qui mérite même qu'on la compare à un village de Hollande.

Nous avons poursuivi par des terres unies, mais peu fertiles ; à six heures trois quarts nous étions dans le faubourg de Tso-tcheou (g) où nous avons trouvé un excellent conquan. Quant au souper, il a fallu se contenter d'œufs & d'un peu de riz. Nous avons fait cent dix li. Nos autres messieurs, grâces aux charrettes, ne sont arrivés qu'un peu avant onze heures, & se plaignant de tout ce qu'elles ont d'incommode.

9 janvier.

À trois heures du matin, nous avons repris notre métier de voyageur. Nous avons passé dans la ville de Tso-tcheou, qui nous a paru très commerçante, par le grand nombre de boutiques qu'on y voit. Vers le milieu de la route que nous parcourions, était un p1.129 grand bâtiment à deux étages, formant le dessus d'une porte voûtée qui avait trente-six pas de voie. C'est sans doute le point où se place le commandant de ce lieu en cas d'attaque, afin de découvrir de toute part & de donner des ordres en conséquence. Au sortir de la ville nous avons passé sur un joli pont de pierre d'environ trente pieds de large & ayant neuf cent soixante pas de long. Dans les deux cents pas qui occupent le milieu de cette longueur, il est arqué, tandis que les deux bouts ou extrémités sont plats & sans pente sensible. Ne pouvant voir le pont tandis que je le passais, il m'a été impossible d'en compter les arches, d'autant que la moindre perte de temps est redoutée.

Dans l'après-midi nous avons passé encore deux ponts semblables & de pierres de taille, l'un de deux cents, l'autre de cent pas de long.

Le terrain parcouru a été inégal & aride. Des montagnes s'offraient en perspective à l'ouest.

Nous sommes arrivés à neuf heures & demie à Liang-hiang-chen (37), ville très misérable, que nous avons traversée après nous être arrêtés une heure dans une mauvaise auberge à attendre d'autres porteurs. Hors de la ville est une tour à six étages, unique chose qui mérite d'être remarquée. Nous avons passé ensuite par Lo-ko-kiou, lieu formé d'une très longue rue remplie de boutiques. Une population nombreuse y annonce aussi un grand commerce. De là nous avons gagné la petite ville Fee-ching-sé (38), d'une assez jolie apparence, parce que son enceinte, ses maisons & ses portes sont bien conservées.

p1.130 On trouve, près de cette ville, un pont, en pierres de taille, d'une rare beauté ; sa longueur est de deux cent seize pas, & à côté de ses extrémités sont deux très beaux pavillons ouverts, dont le toit a des tuiles jaunes vernissées. Au centre de ces pavillons sont des pierres avec des inscriptions en l'honneur de l'architecte du pont. La rivière qui est très large, en cet endroit, était gelée à une grande profondeur.

Peu avant le pont est un grand & superbe édifice carré, à double toit, aussi couvert de tuiles jaunes vernissées & embelli par beaucoup d'ornements. C'est un temple érigé par les soins de l'empereur, à l'un des dieux par lesquels il se croit protégé. Là nous avons rencontré une légion de dromadaires qui allaient vers la capitale ou qui en revenaient. J'en avais vu quelques-uns ce matin, mais ces derniers étaient extrêmement nombreux. Il y en avait beaucoup qui portaient du charbon de bois, mais leur charge était si peu considérable, que j'en ai été étonné.

Après Fee-ching-sé, nous avons passé une grande vallée de sable où nos porteurs ne marchaient qu'avec une extrême difficulté ; la vallée franchie, nous sommes arrivés au chemin pavé qui continue jusqu'à la porte de Pe-king, c'est-à-dire, durant quinze li de long (une lieue & demie). À son commencement se trouve un superbe arc de triomphe en pierres, avec trois passages qui sont magnifiquement décorés par différents ornements. Un peu à côté de cette porte & au cinquième li du chemin, sont deux pavillons égaux, de forme carrée, à double toit, avec des tuiles jaunes vernissées, ornés de parties artistement sculptées & entièrement dorées. On y p1.131 trouve aussi des inscriptions à la louange de celui qui a fait faire ce chemin. La lumière du soleil, en frappant ces toits, y produisait un vif éclat, & faisait jaillir, de ces édifices, des rayons éclatants. Ils sont entretenus avec le plus grand soin.

J'évalue à trente pieds, la largeur pavée du chemin. On y a employé des masses de pierres pesantes & dures, de douze pieds de long, sur quatorze pouces de large, & autant de haut ; ce chemin a été combiné pour le passage continuel de charrettes pesamment chargées, & sans cette prévoyance, il serait déjà ruiné depuis longtemps.

On aurait peine à imaginer quelle innombrable quantité de dromadaires, de chevaux, de charrettes & de mulets, nous avons rencontrés dans ce chemin, & quel effet surprenant, pour nous, produisait cet ensemble. Il annonçait clairement le voisinage de la résidence impériale.

À trois heures, n'étant pas très éloignés de la ville, on nous a fait entrer dans une pagode pour attendre le retour de nos conducteurs, qui étaient allés, hier au soir, avertir le Premier ministre de notre approche. Après une heure de temps, nos conducteurs ne revenant point, l'on nous a fait retourner à nos palanquins pour aller plus avant. Non loin de la porte, nous avons vu, près du chemin, une tour à huit angles, divisée en deux portions, dont la plus basse ne forme qu'un seul étage, tandis que la supérieure en a treize petits : construction absolument nouvelle pour moi.

À quatre heures & demie nous étions à la porte du faubourg de Pe-king. Entré dans ce faubourg, je n'ai pas été peu surpris de p1.132 trouver que la rue était sans pavé, tandis qu'il y en avait un aussi beau pour le grand chemin au dehors. Cette rue qui suit une ligne droite a plus de cent de largeur. Les maisons qui la bordent des deux côtés n'ont aucune régularité, ni aucun alignement, & le petit nombre de très belles boutiques qu'on y aperçoit, sont quelquefois à côté de misérables baraques.

Après avoir avancé dans cette rue environ trois quarts d'heure dans la direction de l'est, & en avoir suivi une autre, tournée au nord, pendant dix minutes, nous sommes arrivés à la porte de la ville de Chun-ting-fou, ou Pe-king, que l'on nomme aussi King-tching. Le faubourg est appelé Agauy-lau-tching.

La porte de Pe-king a, comme celle de son faubourg, un bastion de forme demi-circulaire qui la couvre extérieurement. L'entrée du bastion de la ville, a quatre portes très fortes, très solidement ferrées, & qu'on rencontre successivement dans l'intervalle de vingt-quatre pas, que forme l'épaisseur du bastion.

L'entrée de la ville, prise dans le rempart, n'a au contraire qu'une seule porte ferrée, quoique ce rempart donne à l'entrée une profondeur de trente pas. Au-dessus du rempart, & au point où il surmonte l'entrée de la ville, est un édifice qui a la forme d'un carré long, & trois étages sur une largeur que j'évalue à soixante pieds au moins. Chaque étage est percé de douze petites embrasures pour du canon.

Nous n'avions pas encore fait beaucoup de chemin par cette porte, lorsque les coulis nous posèrent à terre dans la rue, sans doute pour attendre des ordres sur le lieu où nous devions être p1.133 menés ; c'est du moins ce dont je crus m'apercevoir. En effet ces ordres étant venus quelques minutes après, & prescrivant de nous reconduire au faubourg, cela a été exécuté. On a fermé les portes dès que nous avons été ressortis, comme c'est toujours l'usage au soleil couchant.

On nous a menés, non loin de la porte de la ville, dans un conquan ou cabaret, où logent d'ordinaire les charretiers dont nous apercevions même déjà plusieurs chevaux dans l'écurie. Indigné d'un traitement aussi peu analogue au caractère d'un ambassadeur & Son Excellence partageant le même sentiment, j'ai fait entendre que nous voulions un autre logement, mais on nous a répliqué qu'il n'y en avait point de meilleur.

Peu après, deux de nos mandarins conducteurs sont venus nous dire qu'ils ont annoncé notre arrivée au Premier ministre, qu'on nous a préparé un logement dans la ville, mais que nous ne pouvons l'occuper que demain, parce que les portes sont fermées.

Ils nous ont fait beaucoup d'excuses sur la nature de notre asile, en nous assurant qu'il est impossible d'en trouver un autre dans tout le faubourg, & en nous offrant, comme preuve de leur assertion, la nécessité où ils sont de s'y réfugier eux-mêmes. Il faut donc avoir encore recours à la patience.

Les mandarins nous ont fait apporter des mets apprêtés à la chinoise, mais nous nous sommes contentés de quelques fruits, & après avoir fait plus de cent vingt li (douze lieues), nous nous voyons réduits à coucher tout habillés sur le plancher, pour pouvoir goûter quelque repos. Nos autres messieurs ne sont pas plus heureux dans le choix de leurs gîtes.

p1.134 Nous voilà donc à notre arrivée dans la célèbre résidence impériale, logés dans une espèce d'écurie ! Nous serions-nous attendus à une pareille aventure ! Nulle part, dans toute la longueur de notre course par terre, nous n'avons éprouvé plus de désagréments que dans la province de Tché-li.

10 janvier.

De grand matin toutes les personnes attachées à l'ambassade, & qui ont eu aussi leur écurie la nuit dernière, sans parler des deux précédentes qu'ils ont passées dans les charrettes, se sont rendues auprès de nous. Dès que les portes de la ville ont été ouvertes, nos conducteurs y sont entrés de nouveau, & en sont revenus à neuf heures amenant des charrettes pour Son Excellence & pour moi. Ils nous prièrent d'y monter pour gagner notre véritable logement, où le reste des personnes se rendraient dans les charrettes où elles ont voyagé. Nous prîmes donc place dans nos nouvelles voitures.



Elles ne sont destinées qu'à une seule personne ; l'extérieur en est propre ; un morceau de drap les couvre. On y a pratiqué de petites fenêtres, à l'aide desquelles celui qu'on y conduit peut tout voir. On y est assis sur un coussin mis sur le plancher même de la voiture, à la manière chinoise.

Ainsi placés, on nous a portés à travers la ville, suivis de tout le cortège diplomatique. La rue qui est aussi large que celle du faubourg, est pavée à son milieu dans une largeur d'environ trente pieds. Les maisons n'ont qu'un ou tout au plus deux étages, comme le veut l'usage de la Chine, & elles ne sont pas plus soumises p1.135 que celles du faubourg à l'alignement, ce qui blesse extrêmement le coup d'œil, mais c'est encore un préjugé chinois.

Cependant, en général, les maisons de la ville ont une apparence dont ne jouissent pas celles du faubourg, & il y a même des boutiques dont les façades sont richement décorées par des ouvrages gravés ou sculptés en bois ou en pierres, & dorées & vernissées du bas jusques en haut. La rue, même dans la partie non pavée, était couverte de tentes sous lesquelles des marchands étalaient tout ce que la mercerie peut produire, ainsi que des comestibles & des marchandises de toutes les espèces, ce qui nous représentait absolument une foire. Et le grand concours de peuple que les villes européennes offrent à ces époques, est un trait de ressemblance de plus. Ce spectacle, le bruit des charrettes, des chevaux, des mulets, des dromadaires ; ce rassemblement d'hommes & d'animaux, la vue d'habits, de manières & de figures nouvelles, tout se disputait ma curiosité, tout s'emparait de mon attention.

Après avoir voyagé assez rapidement durant un quart d'heure, nous avons passé un superbe pont de pierres de taille à cinq arches qui couvre un espace où l'eau était gelée. De ce pont nous avons eu la magnifique vue d'une partie des édifices formant le palais impérial qui n'est pas fort éloigné, & à travers lequel va passer l'eau que couvre le pont dont je parle. Peu de minutes après avoir quitté ce pont, à chaque bout duquel est un bel & très grand arc d'honneur en bois & à trois passages, nos petites charrettes s'arrêtèrent dans une rue étroite, où était notre logement. Nous voulions descendre, mais on nous pria de rester encore dans nos p1.136 voitures, parce que la maison était en désordre, & qu'on n'avait pas eu le temps de la nettoyer. Il est facile de concevoir jusqu'à quel point ce propos nous étonna. Nous recourûmes à notre grand moyen, la patience.

Après une heure d'attente, l'on vint nous prier de sortir de nos charrettes & d'entrer dans la maison. Nous l'avons trouvée passable & assez bien disposée, mais à la chinoise ; c'est-à-dire, toute divisée en petits appartements, & de plus mal balayée, & couverte de poussière. Dès que chacun de nous a su quel appartement il devait occuper, les domestiques ont été employés à les rendre plus propres en nettoyant les planchers & les bancs. Nous avons fait mettre des nattes sur ces premiers qui sont de pierres ; mais en attendant nous étions très douloureusement affectés du grand froid. & quoique nous marquassions toute notre sensibilité à cet égard, il a fallu un siècle pour obtenir un peu de feu, & pour avoir les choses les plus nécessaires. On a montré de l'embarras pour trouver chaque chose, & sur ce que nous avons témoigné de l'étonnement de ce manque de préparatifs, on s'est excusé sur ce qu'on ne nous attendait pas avant la nouvelle année. Tel est en réalité l'effet d'une lettre dépêchée par notre premier conducteur au voo-tchong-tang il y a dix ou douze jours, pour lui dire que, surpris par le mauvais temps, il serait possible que notre route jusqu'à Pe-king ne pût pas être terminée au temps projeté. On avait donc différé les dispositions de notre logement. Il semble cependant, puisque nous étions attendus, qu'il aurait été prudent & séant tout à la fois, de ne pas remettre au dernier moment. D'un autre côté, il faut avouer que deux p1.137 heures suffisent pour tout disposer dans un ménage à la chinoise, & l'on n'avait pas eu l'idée de préparer le nôtre à l'européenne. Malgré tout ce que le froid nous faisait souffrir, il a fallu nous résoudre à mettre nous mêmes en ordre ce que nous voulions qui y fût.

Une chose remarquablement heureuse, c'est que nous soyons tous arrivés à Pe-king, sans avoir été malades. L'on doit en tirer un fort argument en faveur de notre bonne constitution, puisqu'elle a résisté à une épreuve qui a réuni des fatigues aussi pénibles & aussi longues. Nos cinq messieurs & le mécanicien M. Petit-Pierre, ont, pendant dix-huit jours consécutifs, fait des courses de cent vingt à cent quatre-vingt li (de douze à dix-huit lieues) par jour, sur des chevaux qui, par leurs chutes fréquentes, leur ont fait courir très souvent le risque d'avoir un bras ou une jambe cassée. Manquant ensuite de chevaux, il leur a fallu faire usage de charrettes, trop courtes pour qu'on pût s'y coucher, trop étroites pour qu'on pût s'y mettre deux, ce qu'ils ont cependant été contraints de faire, parce que le nombre des individus était plus grand que celui des charrettes, dont l'unique haut ou couverture consistait dans une natte de bamboux. Qu'on ajoute à cela une plus grande intensité de froid, & parce que nous allions plus au nord, & parce que la saison devenait plus rude, & l'on jugera combien, surtout à la fin de notre marche qui a été précipitée, la nécessité de se mettre en route de si bon matin était cruelle. Une semaine de plus, & nous aurions peut-être payé un tribut à la maladie, ou au moins à un grand mal-être, car chacun de nous p1.138 donnait déjà des signes d'altération dans sa santé, quoique sans maux réels. Le manque de repos, le changement d'aliments & la privation de ceux qu'une longue habitude nous a rendus nécessaires, nous avaient tous maigris, & pour qu'on en juge mieux, je dirai que pendant ce voyage, la grosseur de mon corps a diminuée de cinq pouces au moins.

Grâces soient rendues à celui qui veille sur tout, de ce que parvenus au terme de notre destination, il ne manque aucun de ceux qui étaient partis avec l'espérance de l'atteindre !

Mon observation porte aussi sur nos domestiques chinois, car ils sont encore plus sensibles au froid que les Européens, & comme leurs oreilles principalement sont très sujettes à geler, ces habitants du Midi ont imité sagement l'exemple de leurs compatriotes des campagnes du nord, en couvrant leurs oreilles de coiffes de peaux, dont la fourrure est en dedans. Ils se sont précautionnés de cette manière dès la province de Chan-tong, & ont ainsi préservé l'organe de l'ouïe de tout accident.

Comme l'on présumait que nous n'aurions pas de dîner préparé, on nous a apporté quantité de plats de la cuisine impériale, ce qui a apaisé notre faim, tandis qu'on s'occupait de nos petits arrangements & de nos provisions. Pour échantillon de ces dernières, on nous a donné déjà de quoi former notre souper.

On nous a apporté aussi des tables, des chaises & des espèces de bassinoires remplies de charbons de bois ardents, pour échauffer nos appartements, suivant la mode du pays. Avec ce réconfort, nous sommes en état d'attendre sans impatience la nuit pour reposer.

p1.139 Dans l'après-midi nous avons reçu les félicitations individuelles de plusieurs mandarins sur notre arrivée, & notre premier conducteur est venu nous annoncer, de la part du Premier ministre, que Sa Majesté Impériale recevra, le douze, Son Excellence & moi ainsi que toutes les personnes de la suite, & qu'il faudra nous tenir prêts pour cette époque.

Nous avons pris de bonne heure un léger souper, & nous sommes allés nous coucher pour commencer à réparer, par un sommeil doux & tranquille, nos longues fatigues, & pour goûter une jouissance dont nous étions privés depuis que nous avions cessé de voyager par eau & conséquemment depuis un mois entier.

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