A. E. Van Braam houckgeest








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25 novembre.

À la pointe du jour, nous étions parvenus au village Pac-miao-san, situé sur le bord occidental de la rivière ; nous nous y sommes arrêtés un quart d'heure pour laisser déjeuner notre monde, puis nous avons repris notre voyage par le fameux passage appelé Tsang-nun-bab, formé par un intervalle entre deux rangs de rochers d'une extrême hauteur & coupés à pic. À peine pouvait-on p1.035 apercevoir, le long de ce passage, un espace suffisant pour ceux qui tiraient la cordelle. La largeur commune de la rivière, dans ce passage, est d'environ sept cent cinquante toises, & quand on a le courant contre soi, il faut deux heures pour le franchir, en décrivant des lignes & en suivant des directions tellement sinueuses, qu'elles ressemblent aux replis tortueux d'un serpent. Mais l'un & l'autre bord offrent un sublime aspect.

Au milieu de cette étendue se trouve, à l'ouest, un couvent nommé Fi-lauy-tsi, situé de manière qu'on le croirait adossé à la montagne, sous l'ombre épaisse que forment des arbres. Les bonzes qui résident dans ce lieu ont fait un assez grand jardin de plantes potagères à côté du couvent, afin de se procurer les légumes nécessaires.

Au bout du passage & du côté du levant, est un corps-de-garde nommé Pha-cong-hau-chan, où sont des soldats. On y voit aussi un temple peu considérable & un petit nombre de maisons. Des arbres couvrent les hauteurs du passage.

Nous avons continué pendant toute la journée à voir beaucoup de montagnes des deux côtés. Il en est plusieurs à l'ouest que leur élévation rend très remarquables.

Les plaines étaient toutes plantées de cannes à sucre, & pendant notre navigation, nous avons vu plusieurs moulins destinés à les pressurer.

L'après-midi nous avons passé le village Tay-pehing-cok, placé à l'ouest de la rivière qui redevient plus large en cet endroit, mais où se montrent de grands bancs de sable. Au coucher du p1.036 soleil nous étions à un autre passage fort étroit, aussi, entre deux rangs de montagnes de rocs très déchirés & inégaux. Ce passage avait dans la longueur, pour une demi-heure de navigation. Après cela nous n'avons plus vu qu'une plaine très large, & notre route n'a pas cessé d'être bordée de lieux unis, si ce n'est pendant la nuit, lorsqu'un passage encore plus étroit que les deux autres nous a reçus : passage si peu considérable, que le jet d'une pierre pouvait le mesurer, & bordé de rochers si élevés & si hérissés que l'œil ne pouvait les contempler sans qu'ils imprimassent un sentiment d'effroi. Cet endroit s'appelle An-yong-hab.

26 novembre.

À la pointe du jour nous avions franchi l'espace de ces horribles rochers, à l'ouest desquels & au pied de la montagne, est une jolie pagode. Les plaines se renouvellent ensuite, principalement à l'est ; mais les bords de la rivière qui étaient élevés & perpendiculaires, empêchant qu'on ne vît la campagne, la curiosité me détermina à mettre pied à terre à huit heures du matin & à monter sur le haut de la rive qui avait trente ou quarante pieds d'élévation, afin de jouir du spectacle des champs ; je continuai ma promenade jusqu'à onze heures & demie. Aussi loin que ma vue pouvait s'étendre, elle découvrait des campagnes admirablement bien cultivées, & qui en me rappelant la province d'Utrecht, reproduisaient en moi le délicieux souvenir de mon pays natal. Ici était un champ couvert de froment, contigu à un autre champ de blé noir ou blé sarrasin embelli de sa fleur. Là, un espace cultivé en navets, & ensuite un autre intervalle consacré p1.037 aux patates douces. Une agréable variété égayait l'œil dans toute cette étendue, où l'on n'apercevait pas le plus petit coin négligé ou laissé inculte, & dont l'ensemble formait un magnifique tableau. La terre était argileuse sans être forte, & à juger de sa fécondité par les chaumes, elle doit être riche en blé.

Nous avons passé aussi devant plusieurs briqueteries placées sur le bord de la rivière, & nous avons aperçu, dans l'intérieur, plusieurs beaux villages ombragés par des bamboux & par d'autres arbres.

Je prolongeai ma petite incursion jusques vis-à-vis la ville de In-té-chen, point ou je trouvai, sur la rive orientale, une belle tour, à neuf étages, très bien conservée quoiqu'elle paraisse fort ancienne, si l'on en juge par les arbres qui ont pris naissance dans les crevasses de ses murs, & qui s'élèvent même de son sommet.

Le côté occidental de la rivière avait moins d'étendue plane, ma promenade n'avait même encore duré qu'une heure, lorsque je remarquai que les montagnes étaient revenues jusque sur la rive où elles étaient terminées par cinq rochers isolés, dont le plus septentrional, qui était aussi le plus considérable, avait la forme d'un pain de sucre lorsqu'on le voyait du côté de l'ouest.

Un peu plus loin, & précisément au pied d'autres montagnes pierreuses, est le village Ngo-ci-ouan, contenant beaucoup de maisons & dont les habitants paraissent avoir une existence assurée dans le travail de la coupe des pierres que ces montagnes leur fournissent à proximité. À côté du village est le corps-de-garde Yau-ci-chun, & ils forment à eux deux, les seuls objets qui interrompent l'aspect triste & monotone d'une suite de monts escarpés, régnant depuis p1.038 les cinq rochers dont j'ai parlé, jusqu'à la ville de In-té-chen, en face de laquelle je me rembarquai.

Cette ville n'est pas grande, mais à en juger par l'entretien de ses murs, elle annonce de la propreté. Elle a un faubourg très étendu le long de la rivière. Au nord de la ville se trouve un rocher isolé, sur lequel s'élèvent de très gros arbres ; leur ombre couvre un temple qui, vu de cette distance, offre de la magnificence & une situation fort agréable. On l'aperçoit de très loin surmontant la ville.

Partis d'In-té-chen nous avons passé à trois heures & demie, le hameau Mi-ou-mi-sang, & à cinq heures nous nous sommes arrêtés devant le village V'ong-hou-cong, qui a plusieurs rues toutes garnies de boutiques que remplissent des provisions de bouche de tous les genres.

Depuis In-té-chen, le fond de la rivière est entièrement rempli de gros cailloux. Son lit est très large à V'ong-hou-cong, mais garni de plusieurs bancs de sable. C'est une raison de croire que dans le temps des pluies, lorsqu'elle a encore depuis six jusqu'à dix pieds d'eau de plus, comme d'anciennes marques l'indiquent, le passage doit y devenir très dangereux, surtout dans les endroits pierreux & dans les points étroits où nous avons passé la nuit dernière.

Nous sommes repartis un peu après sept heures, lorsque l'ambassadeur a eu dépêché pour Canton un Chinois affidé, chargé d'y porter les lettres pour Batavia que les vaisseaux de la Compagnie retournant en Europe délivreront en passant le détroit de la Sonde à l'île du Nord.

p1.039 Nous avons vu aujourd'hui un de ces pêcheurs qui n'emploient ni filet ni ligne, mais des oiseaux dressés & accoutumés à aller poursuivre le poisson sous l'eau. Ces oiseaux saisissent leur proie & l'apportent à leur maître. S'il leur est arrivé d'avaler quelques petits poissons, le pêcheur, en pressant leur jabot, les oblige à les restituer, & leur en donne seulement quelques morceaux pour leur nourriture. Ce singulier genre de chasse au poisson, n'est pas une preuve légère de l'industrie des Chinois, lorsqu'on sait que son invention appartient à l'une des dernières classes de la nation.

C'est durant la nuit que nous avons passé les fameux rochers qui enserrent le temple dédié à la déesse Coun-yam ; nous avons été conséquemment dans l'impuissance d'en rien voir.

27 novembre.

À huit heures du matin nous avons passé devant le hameau Tcin-v'ong-tsauy-san, où se trouve un corps-de-garde. Parvenus à ce point, nous apercevions derrière nous plusieurs montagnes d'une forme singulière, & parmi lesquelles il y en avait beaucoup d'isolées. Nous avions aussi constamment de chaque côté de notre vue une suite de montagnes placées à une distance qui nous les montrait sous un aspect vraiment pittoresque, & que rien du même genre ne pourrait surpasser dans aucun lieu du monde.

Notre voyage se faisant de la manière la plus prompte & la plus pressée, on ne peut s'empêcher de regarder avec étonnement quel zèle infatigable manifestent nos matelots jour & nuit pour l'accélérer encore, & presque sans prendre de repos. Trois fois par vingt-quatre heures ils font un repas qui ne dure pas plus d'un gros quart p1.040 d'heure, & ils dorment fort peu. Néanmoins ils exécutent leur travail avec vigueur, & y emploient une gaieté qui, dans d'autres contrées ne se montre qu'aux parties de plaisir. Nul être n'est plus propre que le Chinois à la fatigue & à soutenir la durée d'un labeur pénible. Pourvu qu'on prenne soin de lui assurer une réfection suffisante à des époques fixes, on est certain qu'il aura toujours des forces nouvelles pour ce qu'on voudra lui faire entreprendre de plus laborieux.

À dix heures & demie nous avons été rendus à Tan-tchi-ki, joli village que des arbres ombragent. Vis-à-vis & sur l'autre rive, est un rocher isolé dont l'œil ne peut mesurer la hauteur, & qui se trouve placé au bord de l'eau, précisément comme s'il avait été soumis à une coupe verticale. La rivière étant fort étroite dans cet endroit, l'on passe à une très petite distance de ce rocher & en le considérant, l'on se défend mal d'un sentiment qui appartient à la crainte. Aux trois quarts de sa hauteur, vers son sommet, est une grande tache blanchâtre qui indique un creux qu'on juge avoir été produit avec force. Les Chinois disent, à cette occasion, qu'à une époque tellement reculée dans leurs annales que le souvenir lui-même en est immémorial, un grand général nommé V'ong-tsau, allant à une expédition militaire, lança une flèche sur ce rocher & qu'elle y fit cette marque. Quoiqu'il en soit de son origine, sa forme & sa nuance sont très remarquables.

Nous avons eu, dans cette journée, un vent frais, venant du midi, qui nous a donné la possibilité de faire usage de nos voiles & a favorisé notre marche. Après le dîner nous avons passé un assez p1.041 grand village appelé Pou-ting-tan, qui était encore rempli d'arbres dont l'ombre le protégeait d'une manière agréable. Vers deux heures nous étions à Ou-chac autre grand village, & trois quarts d'heure après au bourg Mong-li-cheun, où réside un petit mandarin, & à l'opposite duquel, sur l'autre rive, est le hameau de Cai-tan-fan.

Ayant observé alors que le penchant de la montagne offrait une plantation régulière d'un arbrisseau qu'embellissaient des boutons de couleur blanche tout épanouis, je demandai ce que c'était, & j'ai su que cet arbuste produit une noix d'où l'on tire l'huile qu'on fait brûler dans les lampes.

Au soleil couchant nous étions à un point de la rivière où le courant était si fort, que ce n'a été qu'avec une peine infinie que nous sommes parvenus à franchir cet espace. L'établissement qui est à ce coude s'appelle Tchie-can-tam. Nous nous y sommes arrêtés une heure pour prendre notre repas, & en étant repartis à sept heures, nous avons poursuivi notre route toute la nuit.

28 novembre.

À huit heures du matin nous avons passé le bourg Cok-cou-un-im-fou, où est sur le bord de la rivière un grand magasin impérial pour le sel. Cet édifice est très joli & a même de l'apparence ; un très large escalier de pierres de taille qui donne sur l'eau, sert pour y monter.

Peu après nous sommes arrivés à la ville de Chao-tcheou-fou (B), au sud-est de laquelle la rivière se partage en deux branches, dont l'une, que nous suivons, remonte dans le nord-est ; tandis que p1.042 l'autre se dirige à l'ouest en passant au sud de la ville. On a construit un pont de bateaux sur cette seconde branche.

Vis-à-vis la bifurcation de la rivière & au milieu de son lit, est une petite île élevée, sur laquelle est bâtie une tour hexagone à sept étages. On en découvre une autre sur le sommet d'une très haute montagne, à une très grande distance de la ville, du côté de l'ouest.

Nous avons côtoyé ensuite le bord oriental de la ville, le long duquel étaient environ deux cents militaires en parade & en armes bordant la haie, dans l'ordre suivant : 1° Un corps de tireurs d'arc, qui avaient pour uniforme un surtout blanc, bordé de rouge. 2° Des fusiliers avec des mousquets à mèche, vêtus d'un habit rouge, bordé de blanc. 3° Des gladiateurs ayant des boucliers, en habit bleu, bordé de rouge. Tandis que nous passions, l'ambassadeur & moi dans nos navires, ils nous ont salué de trois décharges, lorsque nous nous trouvions au commencement de cette troupe, & de trois nouvelles décharges lorsque nous étions parvenus vers son extrémité. Dans le lieu où nous nous sommes arrêtés, l'on avait fait dresser, sur le bord de la rivière, pour nous recevoir, une sorte d'édifice avec des arcs de triomphe & un escalier.

Là nous nous sommes trouvés obligés de changer de bâtiments pour aller jusqu'à Nan-hiong-fou, attendu que la rivière n'a plus assez de profondeur pour les premiers. À dix heures, l'ambassadeur, moi & tout le reste de notre suite, nous sommes descendus à terre, & nous nous sommes rendus au lieu qu'on nous avait préparé, & p1.043 où le premier mandarin de la ville nous a reçu avec la plus grande distinction, & nous a régalés d'une tasse de thé.

Après y être demeurés un quart d'heure, nous avons pris congé de lui pour aller à bord de nos nouveaux bâtiments, où l'on avait transporté nos effets pendant que nous étions à terre, & qui, étant à peu près, plus petits de la moitié que ceux que nous avons quittés, font que notre flottille est presque doublée.

La ville de Chao-tcheou-fou est un peu moins grande que Canton. Il s'y trouve une douane impériale & une assez forte garnison. La nécessité de transporter les objets des grandes barques dans les petites, ou de celles-ci dans les autres, selon que l'on monte ou que l'on descend la rivière, se faisant sentir au point où cette ville est bâtie, elle est le centre d'un grand mouvement qui lui donne un air très animé. À Chao-tcheou-fou, ainsi que dans toutes les autres villes de la Chine, lorsqu'on ne les voit que du dehors, on n'aperçoit guère que leur rempart, parce que les maisons sont basses ; les seuls toits des temples & ceux des palais des mandarins surmontent cette enceinte.

Chao-tcheou-fou n'a pas une forme régulière ; son rempart fait une courbure à l'est, & vue du midi au nord, cette ville a une figure oblongue. À son extrémité nord-est, est un autre très grand pont de bateaux près de la douane ou maison du hou-pou. Au même point est un très grand faubourg placé hors du rempart, & où à cause de la nature de la rivière, les maisons sont presque toutes bâties sur pilotis, ce qui donne à ce faubourg un aspect singulier. À l'endroit où aboutit sur l'autre rive le pont de bateaux, est p1.044 un autre faubourg assez étendu & se dessinant assez bien. Le passage par ce pont est sûr, & se renouvelle continuellement ; il y a des heures fixées dans la journée pour l'ouvrir, afin de donner une issue aux bateaux qui montent ou qui descendent. Pendant cet intervalle, de petites barques suppléent le pont, & satisfont l'impatience de ceux qui désirent gagner l'autre bord sans retardement.

On voit encore au septentrion de la ville & à l'extrémité d'une haute montagne, une tour qui paraît massive & construite sans aucun goût ; elle a huit angles & pas plus de trois étages.

Tous nos effets étant embarqués, & chacun de nous ayant pris la place qui lui était assignée, nous sommes partis à deux heures. Après une demi-heure de navigation, nous avons été obligés de nous arrêter encore, à cause du manque de matelots pour tirer nos embarcations : tout le reste des champanes en manquaient également. Il a donc fallu se résoudre à la patience, pour attendre que les mandarins en eussent fait faire une levée. Mais ce moyen fut lui-même très peu efficace, parce que les matelots, après avoir reçu leur argent, s'en allaient l'un après l'autre, de sorte qu'en moins de quelques minutes, de dix hommes que j'avais pour mon bâtiment, il ne m'en resta plus que quatre. Le surplus, tout en naviguant, sauta dans de petits champanes, & s'échappa de cette manière.

Je me vis ainsi forcé de donner l'ordre de venir se mettre à l'ancre de l'autre côté du pont que j'avais déjà passé, & d'y demeurer jusqu'à ce que le mandarin, qui commandait l'arrière-garde, fut arrivé. Ce mandarin me joignit à six heures & demie, & fit à l'instant tout ce qui était en son pouvoir pour me procurer p1.045 des matelots, ce qui me retarda à tel point, qu'il était plus de sept heures lorsque je pus faire route. Tous les autres bateaux m'avaient devancé de beaucoup, mais comme ils s'étaient arrêtés pour prendre le repas du soir, & qu'ils m'avaient attendus, je les rejoignis à neuf heures. Le soupé fini nous sommes repartis.

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