A. E. Van Braam houckgeest








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9 décembre.

Nous sommes arrivés devant Tchong-eck ce matin à cinq heures, & nous nous y sommes arrêtés pendant environ une heure. Quoique Tchong-eck ne soit pas réputé ville, il en a néanmoins toute l'apparence. Il occupe plus de huit cents toises le long de la rivière, & son bord, que garnissaient de nombreux bâtiments, a une enceinte en pierres très élevée au-dessus de l'eau, & entretenue avec le plus grand soin. On y voit aussi plusieurs temples & d'autres édifices assez jolis. Tchong-eck placé à l'est de la rivière, est à soixante li de la ville de Sin-tu-chen. (six lieues),

p1.069 A huit heures nous étions à Yeng-tsi-tsau, placé justement au point que laissent entr'eux deux bras de la rivière. De jolies maisons & de beaux arbres, lui donnent un aspect gracieux. L'œil ne peut découvrir le plus petit monticule, & l'on croirait que tout a été nivelé. Ce tableau semble dire encore que le pays est fertile & riche, puisque tous les champs sont ensemencés de divers grains, & que de toutes parts l'on voit des villages & des hameaux garnis d'arbres, ayant, pour la plupart, des maisons de pierres, & un aspect qui attire l'attention du voyageur.

Je puis dire qu'il n'y avait dans tout ce que ma vue parcourait alors, aucun site désagréable ; je pouvais compter à volonté sur l'une ou l'autre des deux rives, douze hameaux ou villages, se présentant au même instant à mes regards. À l'extérieur, tout avait l'air de la prospérité & du bonheur.

À neuf heures, nous étions par le travers du village de Tsan-tsen-cai-thong, & trois quarts d'heure après, par celui de V'ong-quan-san, tous deux à l'est de la rivière. Ce dernier est étendu & garni d'arbres. À onze heures nous avons atteint la ville de Tong-ching-chen (11), placée aussi à l'est, mais qui à moins d'apparence que Tchong-eck, que nous avons vu ce matin. Tong-ching-chen a aussi un mur de pierres de taille le long de la rivière, mais dont plusieurs portions n'existent plus. Du bord de l'eau, l'on ne voit que des maisons placées hors de la ville, & qui sont sans intérêt. Nous y avons demeuré jusqu'à midi & demie, que nous sommes repartis, comptant encore cent vingt li (douze lieues), à faire avant d'atteindre Nan-tchang-fou, capitale de la province de p1.070 Kiang-si, où nous sommes maintenant, & d'où il faudra aller à Pe-king par terre, en employant vingt-huit jours d'après les calculs de notre premier mandarin, attendu qu'il restera encore alors à faire trois cent vingt lieues, (trois mille deux cents li)

À une heure & demie, nous étions vers Long-thau-than, couvent bâti sur un rocher dont la rivière baigne les deux côtés, parce qu'il la partage en deux bras. Le temple dépendant de ce couvent est consacré à saint Sam-quan. Sa position sous de gros arbres, fait qu'il y est comme enchâssée. À l'est, & vis-à-vis du couvent, est un grand village, où les arbres sont aussi très multipliés. Sur le même côté est, est encore Tay-cong-hau-fong, où nous étions à trois heures. Ensuite ont succédé plusieurs hameaux, & enfin le village Tchu-tsa-than, qui est assez grand.

10 décembre.

À deux heures du matin, nous étions à Tsa-tsin-sé, placé sur la rive occidentale, & en face de Nan-tchang-fou (G). C'est ici que se termine notre voyage par eau ; tous nos bagages & nos effets doivent y être débarqués, pour être portés par terre. Au jour, nous avons vu sur l'autre rive, la ville qui nous présentait une grande étendue, & qui paraissait contenir beaucoup de maisons, & en outre, des temples & d'autres édifices importants. Au milieu de la rivière, est un banc ou une île de sable assez grande, mais sans nulle culture.

À huit heures, toutes les personnes de l'ambassade sont sorties de leurs champanes, & ont mis pied à terre. Nous avons été portés, à l'hôtel d'un grand mandarin, qu'on avait disposé pour p1.071 nous recevoir. Tous nos effets ont été débarqués & déposés dans notre logement, pour qu'on les mît en état d'être transportés par les coulis. Nous avons dîné, & à deux heures & demie nous nous sommes assis, l'ambassadeur & moi, dans nos palanquins, pour commencer notre voyage terrestre, que nos autres messieurs ont préféré de faire à cheval.

En quittant la ville nous avons trouvé deux arcs d'honneur successifs, entre lesquels s'étaient placés deux cents militaires en armes, bordant la haie. Nous avons passé entr'eux, & à chaque arc d'honneur, l'on a tiré trois décharges pour saluer l'ambassadeur.

Nous avons continué notre route, traversant, tantôt des lieux considérables, tantôt des hameaux dont plusieurs étaient assez jolis, nous trouvant d'autrefois dans un terrain inégal, où s'offraient de légers monticules, mais partout la campagne était composée de terres labourables. Le soir nous sommes arrivés à Lok-faa-tsun, où nous avons passé la nuit. Ce lieu est assez grand, & paraît fréquenté ; nous y avons eu un logement passable.

11 décembre.

À quatre heures & demie du matin, nous nous sommes remis en route. Nous avons traversé deux fois des rivières en bateau, & nous nous sommes trouvés, à dix heures & demie, dans la ville Kien-tchang-cheu (12). On y a dîné. À deux heures nous cheminions de nouveau pour gagner Ta-ngan-chen (13) où nous sommes arrivés à neuf heures du soir ; nous y avons couché.

Nous avons éprouvé beaucoup de contrariétés dans le transport de notre bagage, & les coulis en ont été la principale cause. Il p1.072 nous a semblé que les mandarins n'avaient sur eux qu'une faible autorité.

La route nous à encore conduits aujourd'hui à travers plusieurs jolis villages & hameaux, & le long de terres labourables très fertiles, dont une grande partie est plantée en blé, en navets & en fèves de l'espèce qu'on appelle fèves de chevaux ou féveroles. Toutes ces plantations, faites au cordeau, offrent un ordre remarquable & le disputeraient à celui de nos jardins potagers. Il paraît que les Chinois ne sèment rien à la main, mais toujours en suivant des lignes & avec un semoir. Cette régularité symétrique donne un coup d'œil charmant aux pièces qui sont déjà en végétation.

Sur les collines il y a beaucoup de houx, des taillis, des bois de chêne & des fougères.

J'ai observé aussi que les pourceaux de cette partie diffèrent absolument de ceux de Quang-tong, étant tout à fait noirs & paraissant d'une espèce sauvage : ils n'ont pas le ventre traînant, leur museau est court & rentré, & leurs oreilles sont longues & pendantes ; ils ont aussi le poil plus gros & plus dur. Il est également facile de voir que dans les hommes mêmes, il y a des différences, notamment quant à la couleur de la peau. En général ils sont ici d'une nuance rouge plus foncée que celle des habitants du midi de la Chine, ce qui est encore plus sensible chez les femmes dont les joues sont colorées comme celles des paysannes européennes, qui ont la fraîcheur de la santé.

Au nombre des voitures employées dans cette province, il y a une brouette singulièrement construite, & qu'on emploie à p1.073 transporter indifféremment & les personnes & les effets. Suivant qu'elle est plus ou moins chargée, elle est dirigée par une ou deux personnes, dont la première la tire après soi, tandis que l'autre la pousse par les brancards. La roue qui est fort grande, proportionnellement à la brouette, est posée au centre du point où se met la charge de manière que toute l'action de la pesanteur est sur l'essieu, & que les brouettiers



ne l'éprouvent point, mais servent seulement à faire avancer la brouette & à la tenir en équilibre. La roue se trouve comme emboîtée dans un petit châssis fait avec des lattes, & que recouvre une planchette de quatre à cinq pouces de largeur. Pour recevoir le fardeau, il y a, des deux côtés de la brouette, une saillie où l'on met les effets ou qui sert de siège aux personnes. Un voyageur chinois se met d'un côté & forme ainsi le contrepoids de son bagage qu'il a placé de l'autre. Si son bagage est plus pesant que lui, on équilibre ses effets sur les deux côtés, & il se place lui-même sur la planchette qui est au-dessus de la roue, parce que la brouette est faite pour toutes ces combinaisons.

Le spectacle de cette brouette ainsi chargée, étant entièrement nouveau pour nous, je ne pouvais m'empêcher d'en remarquer la singularité, en même temps que j'admirais la simplicité de l'invention. Je crois même que dans beaucoup de cas, cette brouette serait trouvée supérieure aux nôtres.

Je dois ajouter que la roue a au moins trois pieds de diamètre, que ses rayons sont courts & multipliés, & par conséquent que les jantes sont très hautes ; que la convexité ou partie extérieure prend, en se terminant, une forme aiguë au lieu d'être plate comme p1.074 dans les roues ordinaires. Cette forme amincie du dehors de la roue, m'avait parue, au premier coup d'œil, peu convenable, & il me semblait qu'étant large, elle aurait été plus analogue à des terres grasses ; mais je me suis ressouvenu qu'à Java, les charrettes attelées avec des buffles, ont aussi des roues à jantes aiguës, précisément pour que dans les temps pluvieux, elles puissent couper & déplacer la terre forte, tandis que des roues larges y seraient engagées, comme l'expérience l'a appris au savant M. Hooyman, qui avait tenté d'employer sur ses terres, aux environs de Batavia, des charrettes à roues larges, & qui a été forcé de suivre la manière du pays. Je suis donc convaincu que les Chinois ont la roue la mieux adaptée aux terres argileuses.

12 décembre.

L'ambassadeur a eu, ce matin, une pente discussion avec le mandarin qui commande notre escorte, relativement au désordre qu'on aperçoit dans tout, puisqu'hier il a fallu attendre notre repas qu'on n'avait pas encore préparé à minuit, la précaution de nous faire précéder par nos cuisiniers ayant été négligée. Les coulis les avaient même déposés sur le chemin, en refusant de les porter plus loin. Lits, valises, tout n'était arrivé que tard & partiellement, & notre logement était mauvais & sans nulle commodité.

Le mandarin a témoigné combien il était sensible à tous ces désagréments, & nous a assuré qu'il n'y en avait pas un seul qu'on dût imputer à sa négligence, mais bien à l'insubordination des coulis. Qu'il redoublerait d'efforts pour y remédier, mais que durant quelques jours, il lui serait impossible de nous procurer un p1.075 meilleur logement, parce que cette province n'en offre point ; qu'on en trouvera dans le Kiang-nam & plus près de Pe-king, & qu'il espère que Son Excellence voudra bien s'armer de patience pour quelques jours. Il nous a engagés à nous remettre sur le champ en route.

Après un léger déjeuner, nous sommes partis à neuf heures & demie, avec la pluie & un vent très fort. Nous sommes arrivés à une heure dans une grande & belle pagode, dédiée à la déesse Coun-yam (qui est la Vierge Marie des Chinois). Nous y avons pris un dîner froid & nous en sommes sortis à quatre heures, afin d'aller coucher à la ville de Kieou-kiang-fou ; la pluie & le vent ayant augmenté dans la soirée, nos flambeaux s'éteignaient à chaque instant. Le chemin, dans la partie où il passe sur des élévations ou dans les gorges, était très glissant, & nos porteurs après l'avoir franchie, étaient saisis de froid, mouillés & excédés de fatigue. Aussi en abordant la première maison, ont-ils placé mon palanquin sous un hangar à côté du chemin, pour aller vite chercher dans la maison du feu pour se réchauffer, & pour faire sécher leurs vêtements. Je m'arrangeai donc dans ma chaise pour y dormir, éprouvant alors combien il avait été heureux que notre négociant Ponqua eût pris soin de procurer à l'ambassadeur & à moi, ces voitures si nécessaires en voyage. Le reste de la nuit s'est écoulé tandis que je goûtais un paisible sommeil.

Dans la matinée nous avons vu passer deux litières portées par des mulets ; elles étaient plus grandes que nos palanquins couverts, & auraient été conséquemment plus commodes pour notre p1.076 voyage, mais il est impossible d'en obtenir de semblables. Ces voitures appartenant à des personnes riches qui les font faire lorsqu'elles ont de longues courses à entreprendre.

13 décembre.

Au point du jour mes porteurs sont venus me reprendre. Le chemin, comme les deux jours précédents, parcourait des plaines où sont des hameaux & des habitations isolées. À huit heures je suis arrivé au logement que nous devions occuper dans la ville de Kieou-kiang-fou (H) & où Son Excellence était depuis deux heures après minuit. Le mandarin qui y gouverne & qui a un bouton bleu foncé, est venu me saluer, ce qu'il avait fait par rapport à l'ambassadeur dans la nuit même. Il est âgé, extrêmement poli, & a été empressé de complaire à tout ce qui pouvait nous être agréable. Notre logement était très convenable & vaste.

Je suis allé me promener dans la ville. C'est plutôt un hameau, puisqu'on y voit, au lieu de la distribution ordinaire des villes, des maisons environnées de terrains consacrés à des potagers. Des champs entiers, des espaces cultivés, séparent les maisons, entre lesquelles il y a de si grands intervalles, que je ne crois pas qu'il y ait plus du dixième de l'enceinte renfermée entre les murs qui soit bâti.

J'ai visité la principale pagode, où se trouvait logé notre premier conducteur, ce qui m'a fourni l'occasion de lui faire une visite. Ce temple est fort grand, & très bien entretenu. À côté, est un couvent habité par plusieurs bonzes. Proche la pagode, on voit une belle tour à six angles & à sept étages. Cette tour p1.077 diffère de celles que j'avais vues, en ce qu'entre chaque étage elle a un double cercle ou balcon. C'est la seconde de cette espèce que je rencontre ; l'autre est à Kien-tchang-chen, où nous sommes passés avant-hier.

Il serait impossible de dire quelle incroyable multitude de peuple se pressait pour me voir. Elle était telle, que sans les soldats chinois qui étaient avec moi qui me faisaient ouvrir la foule, il m'aurait été impossible de la percer. Les femmes garnissaient toutes les portes & les fenêtres. En général elles avaient bonne mine, j'en ai même remarqué quelques-unes qui étaient belles.

L'ambassadeur avait l'intention de se reposer encore une nuit, mais cette après-dîner, à trois heures, le mandarin est venu nous proposer d'aller coucher à quarante li plus loin. Son motif était, qu'ayant à traverser à Kieou-kiang-fou un bras très large du Kiang, & pour lequel le vent était très favorable, il pourrait arriver que demain le vent rendît ce passage impossible, ce qui retarderait beaucoup notre voyage, & pourrait nuire à nos succès.

Le ton d'intérêt & de persuasion du mandarin a gagné Son Excellence, & nous ayons quitté, à quatre heures, notre bon logement pour nous mettre encore en route. Nous sommes venus au bord de la rivière, qui est très large, & qui forme un beau spectacle. On y navigue même avec de petites jonques. Nous avons trouvé plusieurs bâtiments grands & commodes, prêts à nous transporter, avec notre train & notre bagage. Nous y sommes entrés, & mettant à la voile, avons gagné l'autre bord en trente minutes.

p1.078 Il faut ajouter ici qu'au point où nous nous sommes embarqués, il y a sur une colline une pagode, à côté de laquelle on voit une tour hexagone à six étages, très bien conservée. Le temple recevait l'ombre de gros arbres, & l'ensemble du temple & de la tour, formait une agréable perspective.

Parvenus à l'autre rive, nous avons repris nos chaises, & nous sommes venus à un lieu assez grand, où l'on nous a conduits à un édifice public. Le commandant que nous avions vu de l'autre côté de la rivière, est venu nous marquer encore les mêmes égards, parce que nous étions toujours sur son territoire. Il nous a invité à manger des choses qu'il avait fait préparer, mais nous nous en sommes excusés, en lui marquant le désir d'arriver à la couchée, assez tôt pour y souper. Après nous être munis de flambeaux, nous sommes partis à six heures ; mais à peine avions-nous été portés quelques minutes, que les coulis nous ont déposés dans la rue, refusant de nous conduire plus loin, si on ne les payait pas plus cher. On a passé deux heures en débats, pour finir par acquiescer à ce qu'ils exigeaient. Pendant cet intervalle, le temps était devenu très mauvais, venteux & pluvieux. Nous avons poursuivi néanmoins. Je me suis placé dans ma chaise de manière à y reposer, & je ne suis arrivé qu'à deux heures après minuit à Liang-kiang, dans le plus misérable logement que nous ayons rencontré jusqu'ici. Nous n'avons pu y satisfaire ni notre soif ni notre faim, & il n'y a nulle place, où l'on puisse se coucher décemment.

J'en étais tellement indigné, qu'après avoir vainement attendu pendant une demi-heure que l'ambassadeur arrivât, je suis allé me p1.079 coucher dans mon palanquin. J'étais extrêmement mortifié que Son Excellence se fût laissé persuader par le vieux mandarin, & que nous nous trouvassions privés, & de notre excellent logement, & même de notre souper, tout notre train étant entièrement dispersé.

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