L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission








télécharger 2.02 Mb.
titreL'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission
page3/47
date de publication02.07.2017
taille2.02 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > droit > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   47
LA CRIMINALITÉ
PROCESSUS SOCIO-CULTUREL


Ce bref examen de la pensée durkheimienne nous permettra de mieux comprendre une des théories principales de la sociologie contemporaine, celle de SUTHERLAND, qui a dominé, pendant ces vingt-cinq dernières années, la sociologie criminelle américaine et qui a fortement imprégné toutes les recherches entreprises aux États-Unis 19. SUTHERLAND considère la criminalité comme un processus socioculturel qui fait partie de chaque société. Le phénomène criminel est un processus intégré dans la [12] culture d'une société déterminée dans le temps et dans l'espace 20.

Le comportement criminel s'explique à partir des postulats suivants :

a) le processus dont résulte le comportement criminel ne diffère en rien d'un processus de comportement normal.

b) le comportement criminel est impliqué dans le système social as-sociationnel, comme l'est le comportement normal. Chacun d'eux a son monde social organisé en système avec les groupes, les cliques ou les unions plus ou moins durables, intégrés par une échelle de valeurs respectée.

c) c'est dans un système associationnel, celui des malfaiteurs, que se développe la personnalité du criminel. Les mêmes processus de base, l'apprentissage et la socialisation, qui caractérisent l'intégration des personnalités dans une culture, président à la formation de la personnalité criminelle. Puis les normes morales en vigueur dans cette culture déterminent l'attitude devant les "infractions". Or ces normes n'indiquent aucune répréhension pour les vols, par exemple, qui constituent, dans leur cadre, une activité "normale".

d) Les différences individuelles ne jouent un rôle dans le devenir de la personnalité criminelle que dans la mesure où la participation du délinquant à la culture criminelle s'avère plus ou moins étroite.

e) Les conflits socioculturels qui ont provoqué la naissance de ces associations différentielles sont également à la base de la personnalité criminelle. Le criminel est membre des associations, des groupes qui l'intègrent comme membre "normal" d'une société.

f) La désorganisation sociale, c'est-à-dire la décomposition de la société en plusieurs secteurs, en conflit les uns avec les autres, l'affaiblissement [13] de l'effet cohésif de la culture globale et l'apparition de cultures particulières, les sub-cultures, est la cause fondamentale du comportement criminel qui n'a de sens que dans une situation conflictuelle 21.

En définitive, le comportement criminel est lié aux associations différentielles et se développe dans une situation conflictuelle qui se crée à la suite d'une désorganisation sociale, elle-même tributaire d'une désintégration culturelle. La définition du crime de SUTHERLAND est la conséquence de sa thèse sur le comportement criminel. Il dit, en effet, qu'il y a crime lorsqu'un individu commet une infraction aux règles en vigueur dans une culture. Pour qu'il y ait crime, il faut que soient réunis trois éléments :

- les valeurs ignorées ou niées par les criminels doivent être appréciées par la majorité de la société globale, ou, souvent, par ceux qui sont politiquement les plus importants ;

- l'isolement de certains groupes fait que ceux-ci s'écartent des normes de la culture globale et entrent en conflit avec elle ;

- c'est la majorité qui applique des sanctions sur la minorité 22.

Nous avons vu comment, à travers des études empiriques sur les facteurs de la criminalité, s'est développée une théorie de la sociologie criminelle chez DURKHEIM, dont l'apport principal consiste à considérer la criminalité ou le phénomène pathologique comme "normal", lié à un complexe socioculturel. La théorie de SUTHERLAND développe ces mêmes idées en intégrant l'étude du comportement criminel dans la sociologie des autres [14] comportements, en associant l'étude de la culture criminelle à l'étude de la culture globale.

C'est cette manière de voir qui a permis à SUTHERLAND de découvrir d'autres formes de la criminalité qui échappent la plupart du temps à la répression du Code pénal. Il s'agit d'une violation des normes en vigueur dans une culture donnée. C'est par exemple, la "white collar criminality", la délinquance des "cols blancs", celle des milieux économiquement très élevés qui transgressent les règles régissant l'activité de leur profession. Leur comportement est semblable à n'importe quel autre comportement criminel, la seule différence y est l'absence d'une sanction légale 23.

Cette manière de voir nous amène à une définition bien plus large de la criminalité : est considérée comme telle toute violation des lois, des normes et des valeurs en vigueur dans une culture donnée. La criminalité réprimée par le Code pénal n'en constitue qu'une partie, celle qui est propre, en général, aux milieux déshérités qui sont victimes des rapports de forces existants dans la société.

IMPORTANCE
DES FACTEURS PSYCHOLOGIQUES


La théorie de SUTHERLAND et celles de quelques sociologues américains donnent un concept sociologique très élaboré du crime et du comportement criminel. Ceux-ci sont considérés comme des faits socioculturels et s'expliquent en fonction de systèmes socioculturels. Le déterminisme bio-psychique et l'étroitesse d'une conception purement juridique du comportement criminel semblent largement dépassés 24.

Le rôle des facteurs psychologiques et sociologiques dans la formation du comportement criminel peut être mis en relief par la distinction [15] entre les traits psycho et socio-génétiques du criminel : les premiers rendent raison du comportement individuel et les seconds l'expliquent dans les cadres des modèles socioculturels.

Ici nous nous trouvons au point d'intersection de l'individuel et du social où se pose notamment le problème de la motivation de l'acte criminel. La motivation d'un acte qui fait de son auteur un délinquant est toujours strictement individuelle. Ni les conditions biologiques, ni les conditions d'ordre socioculturel ne remplacent les motivations inhérentes au for intérieur d'un homme. E. de GREEFF avait raison d'écrire que les "causes sociologiques" ne tiennent que jusqu'au moment où l'on se trouve placé en face de l'homme criminel 25. Pourquoi est-ce justement X qui a cédé à la tentation criminelle, alors qu'il se trouve exactement dans la même situation héréditaire que son frère jumeau Y et qu'il partage la condition sociale d'innombrables autres personnes.

En distinguant l'étude de la criminalité de celle du criminel, le docteur de GREEFF a indiqué, très opportunément, la ligne de démarcation entre les deux domaines d'investigation. La légitimité des deux approches n'est pas douteuse, mais celles-ci doivent être considérées comme complémentaires.

J. DOLLARD a tenté de systématiser les mobiles des actes criminels dans une théorie psycho-sociologique. Loin de supprimer le caractère individuel de la motivation, il en cherche seulement les racines dans les ordres psychologique et social. Son hypothèse fondamentale se résume  en cet énoncé : toute agression est la conséquence d'une frustration 26. Pour l'étude de la criminalité, qui est un genre d'agression, il ajoute à la notion de frustration celle de 1'"anticipation of punishment". [16] Cette seconde notion indique la crainte d'une punition qui, selon l'auteur, est aussi une forme de l'agression, exercée par des forces pro-sociales contre les forces antisociales. L'auteur de ces deux concepts se propose de réexaminer tous les facteurs réputés criminogènes, à la lumière de ces deux concepts. En prenant par exemple l'âge, il montre combien, à chaque phase de la vie, correspondent un genre et un degré différents de frustration 27. L'auteur examine ainsi le statut économique, l'instruction, la constitution physiologique et la race, jusqu'aux conditions de logement, la situation écologique, l'armée et le voisinage ; et notre énumération n'est point exhaustive 28.

Il conclut que le niveau de la criminalité dépend des rapports dynamiques de la frustration et de 1'"anticipation of punishment" ; si les frustrations peu nombreuses, la criminalité ne sera pas très forte. Il en est de même si un haut degré de frustration est enregistré : la criminalité ne sera pas élevée si 1'"anticipation of punishment" est également élevé. En revanche, si 1'"anticipation of punishment" est peu élevé et les frustrations nombreuses, l'écart des deux facteurs déterminera un niveau certainement élevé de la criminalité 29.

Nous avons présenté cette théorie à titre d'exemple, pour indiquer un pont éventuel entre la sociologie criminelle, qui étudie les conditionnements externes de la criminalité et la considère comme faisant partie d'une culture, et les théories purement psychologiques ou psychanalytiques qui expliquent l'acte criminel à la lumière d'un destin purement personnel. Il nous semble, toutefois, que la théorie de DOLLARD ne souligne pas suffisamment l'importance de la culture et celle des groupes sociaux à l'intérieur desquels se forment et se déclenchent la frustration [17] et 1'"anticipation of punishment".

SYNTHÈSE
ENTRE PSYCHOLOGIE ET SOCIOLOGIE


La préoccupation d'établir une synthèse sur le plan des concepts opérationnels se fait jour de plus en plus. Au lieu de se lancer des anathèmes, les chercheurs se penchent sur le phénomène criminel et mettent à l'épreuve de l'expérience et de l'analyse tous les concepts, qu'ils viennent de la psychanalyse ou de la sociologie. Considérons brièvement deux propositions, l'une provenant d'un médecin psychiatre, professeur de psychologie, l'autre d'un sociologue, professeur de sociologie juridique 30. Remarquons, tout d'abord, que les deux essais ne se situent pas exactement sur le même plan : la pensée de D. LAGACHE demeure d'essence clinique, l'intégration des concepts, l'analyse de la criminogenèse s'opère au niveau de la thérapeutique. En revanche, la théorie de C.R. JEFFERY est plus abstraite et, en même temps plus ambitieuse : elle propose un concept de caractère psycho-social pour expliquer toute conduite criminelle.

Selon LAGACHE, la criminogenèse, pour le psychologue, doit être analysée grâce aux concepts de conduite, de personne, de situation et de groupe. Il précise que "...la plupart des situations auxquelles l'homme doit répondre et qui président à sa formation, sont des situations sociales. La société est une articulation et une stratification de groupes, qui répondent à la diversité de ses besoins et dans chacun desquels il a un statut et un rôle plus ou moins formels et définis" 31. L'auteur ouvre la voie à la collaboration de toutes les disciplines, de la médecine à la sociologie, dont chacune doit scruter le même phénomène dans une optique qui lui est, toutefois, propre. Il récuse le concept [18] étroit de la psychocriminogenèse, qui n'aura pas le souci "des ensembles réels et de l'articulation des déterminants de divers ordres" 32. Pour lui, la psychocriminogenèse devient la criminogenèse tout court.

Le point de départ de JEFFERY est la constatation d'une carence dans l'explication du phénomène criminel : ni la psychanalyse (les théories de FREUD) ni la sociologie (la théorie de SUTHERLAND) n'ont été capables d'expliquer tous les crimes et tous les comportements délictueux. Car tous les criminels ne sont pas névrotiques non plus que tous n'ont fait l'apprentissage de leur conduite criminelle dans des bandes ou d'autres associations criminelles. Au lieu de partir du subconscient ou des groupes sociaux extérieurs à la conscience individuelle, notre auteur fonde sur la notion de la personne socialisée sa théorie d'aliénation sociale.

Le délinquant se caractérise, déclare-t-il, par une "dépersonnalisation" sociale : la formation de ses Moi et Sur-Moi a été défectueuse par suite de son identification imparfaite avec les figures parentales ; son intégration dans la société laisse à désirer : il n'a pas pu acquérir les statuts auxquels il aspirait. Il n'a intériorisé les valeurs de la culture globale que partiellement, ce qui le met dans un isolement mental relatif au sein de son milieu de vie. JEFFERY souligne surtout la "dépersonnalisation" des relations sociales (impersonality) qui se manifeste dans 1'inauthenticité de celles-ci à cause d'une incapacité organique ou accidentelle. Selon l'auteur, ce concept d'aliénation pourrait absorber toutes les propositions criminologiques de la psychiatrie, de la psychologie et de la sociologie, relatives à l'étiologie de la délinquance. Les troubles émotionnels comme les troubles d'origine sociale affectent [19] l'intégration de la personnalité en elle-même et dans la société.

De ces troubles résultent, par exemple, le suicide, l'usage des stupéfiants, l'alcoolisme, la schizophrénie, les troubles neurotiques ou le comportement criminel. Armé de son concept d'aliénation sociale, notre auteur s'efforce de démontrer la concordance de tous les résultats d'études criminologiques avec sa théorie. Néanmoins, il est à craindre qu'il ne convaincra que peu de monde. Sa théorie intègre toutes les autres, car elle est la plus abstraite. Mais cet avantage ne lui fait-il pas perdre l'attribut indispensable de toute théorie scientifique : la prédiction de phénomènes spécifiques ? Des qu'il s'agira d'expliquer un phénomène criminel particulier, les concepts traditionnels reparaîtront et la théorie de l'auteur risque de n'ajouter que fort peu de choses à l'étiologie du problème. Dans ces conditions, l'on peut se demander s'il est possible d'élaborer une théorie intégrée du crime et du comportement criminel.

Nous sommes tentés de répondre par la négative. Notre scepticisme est basé sur les considérations suivantes : tout d'abord, ce qui constitue un délit est déterminé par la loi. Or celle-ci est l'expression des aspirations d'une partie plus ou moins importante des diverses couches sociales qui constituent la société. Dans ces conditions, la législation criminelle ne représente pas une œuvre rationnelle, basée sur certains critères logiques, mais résulte de l'évolution des mœurs d'une société particulière. La relative pérennité de certaines lois ne reflète que l'évolution particulièrement lente des idées morales. Par conséquent, il apparaît vain de rechercher un principe unique qui gouvernerait le comportement d'un adolescent qui vole une auto pour parader [20] devant sa petite amie, d'un tueur du "syndicat du crime" et d'escrocs de grand style dont une fraction seulement se trouve sous les verrous. Il serait plus facile, sans doute de développer une théorie générale du comportement déviant où des critères physiologiques, psychologiques et sociologiques assez sûrs rendraient possible un raisonnement scientifique.

Une deuxième considération dont nous voudrions faire état concerne la maturité actuelle de la théorie sociologique. Celle-ci est à l'heure des "théories à moyenne portée" (middle range théories) selon le mot de R.K. MERTON. Ce qui nous manque, actuellement, ce sont des concepts qui rendent compte, non pas de la réalité phénoménale, mais des rapports qui existent entre certaines de ses caractéristiques. Sans vouloir dresser ici un inventaire de notre ignorance, nous pouvons affirmer qu'il est vain de rechercher l'étiologie du crime en général, alors que nous connaissons à peine celle des crimes particuliers. De plus, bien que la théorie sociologique ait fait des progrès notables, depuis l'époque de DURKHEIM, elle reste encore largement insuffisante devant l'explication de maints aspects de la conduite sociale.

En définitive, il semble que le rapport entre recherches psychologiques et sociologiques ne puisse trouver une réponse satisfaisante, provisoirement sans doute, qu'au niveau du travail clinique ou de recherches empiriques particulières. Elle n'a pas encore sonné l'heure de l'intégration des théories dans une étiologie globale de la conduite criminelle 33.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   47

similaire:

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission
«Que sais-je ?», 1995 (2e éd.), 128p.; trad indonésien (Penerbitan Universitas Atma Jaya, Yogyakarta) [En préparation dans Les Classiques...

L\Chapitre 1 Ce que Dieu montre et dit
«Pourquoi?», est-ce notre faute ou la leur? Et si c'est notre faute, quelle en est la raison?








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com