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PRINCIPES DE L'ÉCOLE CLASSIQUE
DU DROIT PÉNAL


- tous les hommes sont égaux devant la loi ;

- l'homme étant un être raisonnable, sa conduite est une opération contrôlée par sa raison et sa droite conscience ;

- il s'ensuit qu'il est libre : il vit sous l'empire du libre arbitre et doit donc supporter les conséquences de ses actes ;

- l'homme étant naturellement raisonnable et bon, il doit éprouver un vif sentiment de culpabilité, de remords, de repentir dans sa conscience lorsqu'il enfreint des règles issues de la fameuse "volonté générale" de Jean-Jacques ROUSSEAU 44.

Ayant considéré les hommes comme rigoureusement égaux entre eux, l'école classique ne s'est guère appesantie sur l'élément "personnalité". Tous ses efforts ont été concentrés sur l'acte criminel. C'est de cet état d'esprit que témoigne le célèbre dicton de CARRARA, représentant de l'école classique en ITALIE, comme quoi le crime n'est pas une action, c'est une infraction, il n'est pas une entité de fait mais une entité de droit » Partant de l'idée que tout le monde connaît les actes punissables, une nomenclature claire et exhaustive doit en être établie. La peine doit être proportionnelle non seulement à l'acte incriminé, mais également au degré de responsabilité morale que son libre arbitre assure au criminel.

L'école classique représente donc le triomphe de la loi et de la légalité [35] sur l'arbitraire de l'ancien régime et assure aux coupables un traitement qui ne va pas à 1Tencontre de la dignité humaine. Les plus parfaits exemples de ce nouveau droit sont le code pénal de ZANARDELLI promulgué en ITALIE en 1889 et le Code Pénal français de 1810. L'idéal de cette justice est représenté par une équation relativement simple, qui permet de calculer avec une exactitude toute mathématique, la peine en fonction de l'acte et de la responsabilité morale de l'individu.

La deuxième étape dans l'évolution du problème qui nous occupe s'ouvre avec l'avènement du positivisme. Le porte-parole de cette nouvelle tendance se nomme Enrico FERRI, juriste et sociologue, plus tard Ministre de la Justice en Italie, qui attaque, dans sa thèse de doctorat, le fondement même du droit pénal classique. L'ouvrage publié à Florence en 1878 s'intitule "De la théorie de l'imputation et la négation du libre arbitre". FERRI propose d'adapter la méthode inductive des sciences expérimentales à l'étude de la criminalité et de l'homme criminel et, suivant la doctrine du positivisme, de l'envisager comme un produit de nombreux déterminismes dus à son hérédité, à son caractère et à son milieu social. Les travaux de Césare LOMBROSO, "L'Uomo delinquente" publié à Turin en 1876, vont dans le même sens que les propositions de FERRI. Cette école positiviste qui vient de se créer base ses recherches et ses propositions sur les thèses suivantes.

THÈSES DE L'ÉCOLE POSITIVISTE

- c'est le comportement du criminel et non pas l'acte incriminé qui est important lorsqu'on le juge.

- Pour comprendre le comportement criminel, il faut retracer l'influence les facteurs héréditaires, personnels et d'environnement [36] dont il dépend.

- Il faut donc apprécier la valeur subjective, rapportée à toute la personnalité et au milieu de l'homme inculpé, de l'acte incriminé ; on rejette la notion classique de l'"homo delinquens" l'homme raisonnable toujours maître de ses actes et toujours libre de choisir entre le bien et le mal.

- Le criminel vit sous l'empire des lois naturelles que la science seule peut découvrir, il est donc déterminé par elle et ne jouit point de liberté pour accomplir son acte.

- La justice pénale n'aura plus pour mission de punir une faute, ni de rétablir arbitrairement le droit violé par l'imposition objective d'une sanction réparatrice ; à la doctrine de la répression succède l'idée de protéger la société, protéger la société contre le crime ; c'est en vertu de ce principe que les positivistes attaquent les juges qui prononcent des sentences trop peu sévères.

- Cette nouvelle justice pénale doit s'orienter d'après les enseignements des sciences criminologiques, dont la première tâche est d'établir des distinctions entre les criminels, de les classer en des catégories différentes, susceptibles chacune d'un traitement spécialisé. Dès lors, on réclame une magistrature pourvue d'une formation criminologique qui soit à même d'appliquer les nouveaux codes.

La nouvelle école positiviste attaquait avec violence les positions de l'école classique. FERRI décrétait la banqueroute du droit pénal classique. Deux grandes thèses ont surgi de l'école positiviste qui ont [37] considérablement influencé l'évolution de la pensée pénale ultérieure : ces deux thèses-là sont la notion de l'état dangereux et la notion de l'individualisation de la peine 45.

Contrairement à l'école classique qui ne voyait que l'acte, les positivistes ont placé la personnalité du coupable au centre de leur intérêt. Pour apprécier le danger qu'un criminel représente pour la société, il ne faut point se baser sur l'acte qu'il a commis, mais sur la périculosité que sa personne plus ou moins pervertie représente pour la société. CRISPIGNI définissait l'état dangereux comme la capacité évidente d'une personne à commettre un méfait. Les sanctions doivent être établies, non pas en vue des délits possibles mais incertains, mais par rapport à l'état dangereux qui est certain. C'est dire toute l'importance du diagnostic dans cette théorie qui est liée étroitement au pronostic. Et c'est là un point capital sur lequel nous allons revenir un peu plus tard. Quels sont les éléments constitutifs de l'état dangereux ? Résumons-les avec M. PINATEL 46. D'abord ses éléments objectifs.

ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS
DE L'ÉTAT DANGEREUX


- Les éléments d'ordre étiologique qui sont particulièrement importants pour les inadaptés tels que les caractériels et les débiles.

- Les éléments d'ordre historique qui permettent de caractériser les professionnels que l'on identifie par rapport au processus de maturation criminelle.

- Les éléments d'ordre circonstanciel permettent de distinguer les criminels occasionnels grâce à la notion de la situation spécifique.

[38]

Parmi les éléments subjectifs nous relevons :

- les éléments d'ordre génétique qui ont trait aux sentiments d'injustice subie et qui se retrouvent chez tous les inadaptés profonds.

- Les éléments relatifs au mobile et aux motifs qui sont susceptibles d'éclairer la conduite des pseudo-délinquants.

- Les éléments relatifs aux processus de passage à l'acte qui permettent l'identification du criminel passionnel.

Pour déterminer l'état dangereux, il est donc capital qu'un diagnostic sûr ait été posé.

On peut considérer, toujours avec M. PINATEL, que l'état dangereux est certain en ce qui concerne les délinquants professionnels et les inadaptés profonds qui cumulent les troubles de caractère et de l'intelligence.

Nous voyons donc qu'une grande majorité des criminels, les criminels qu'on appelle par ailleurs normaux parfois marginaux, ne peuvent être diagnostiqués avec sûreté suivant les critères de l'état dangereux.

Il apparaît ainsi qu'à la notion de la responsabilité morale, chère aux tenants de l'école classique, a été substituée, par les positivistes, celle de l'état dangereux. La détermination de celui-ci ne dépend plus de l'appréciation du juge mais de l'expert savant.

De cette notion d'état dangereux dérive l'autre innovation dont nous parlions plus haut, celle de l'individualisation de la peine. Il ne peut plus être question de prendre comme seule unité de mesure l'acte incriminé qui peut n'être qu'un acte passager. Il faut prolonger la privation de la liberté Infligée au criminel, lorsque cette prolongation sera [39] nécessaire pour assurer la sécurité de la société. Cette mesure touche deux catégories de criminels signalés tantôt : les multirécidivistes, criminels de carrière, et les caractériels-inadaptés. Des mesures de sûreté, des sentences indéterminées sont proposées à 1'encontre de ces criminels car la base de la répression n'est plus la justice rétributive des classiques mais le danger qu'un individu représente pour la société. Il est bien entendu que des mesures préventives doivent tendre à diminuer, dans la société, les facteurs qui provoquent l'état dangereux.

L'apport de l'école positiviste fut l'introduction des sciences d'observation et d'expérimentation dans le procès judiciaire et cet apport a bouleversé l'ordre des notions qui ont fait la force de l'école classique.

Le dernier chapitre de l'histoire qui nous occupe est écrit depuis la fondation de l'Union Internationale du Droit Pénal en 1888 et qui a commencé à élaborer une nouvelle doctrine, connue universellement sous le nom de "Défense Sociale". Contrairement aux positivistes, ses promoteurs, comme PRINS, VAN HAMEL, entre autres, maintienne l'autonomie et l'autorité du droit pénal vis-à-vis de la science criminologique, en affirmant que la fonction de ce premier est d'assurer la protection des intérêts majeurs de la communauté en faisant peser une menace sur ceux qui voudraient enfreindre les lois. L'école de la Défense Sociale a pris surtout de l'ampleur depuis la deuxième guerre mondiale, grâce à l'action des personnalités comme le Professeur GRAMMATICA de Gènes et du Conseiller Marc ANCEL de Paris et du Professeur SELLIN des États-Unis 47.

[40]

PROPOS DE L'ÉCOLE
DE DÉFENSE SOCIALE


Dès le début de sa carrière, l'école de la défense sociale tendait vers une synthèse entre la position de l'école classique et le positivisme, en s'appuyant comme nous le verrons, davantage sur ce dernier que sur la première. Résumons avec le Conseiller Marc ANCEL, l'essentiel des propos de cette école.

1) La Défense Sociale suppose d'abord une conception générale du droit pénal qui vise non à punir une faute et sanctionner par un châtiment la violation consciente d'une règle légale, mais à protéger la société contre les entreprises criminelles ;

2) cette protection devrait être réalisée par un ensemble de mesures généralement extra-pénales, destinées à neutraliser le délinquant, soit par élimination ou par ségrégation, soit par l'application de méthodes curatives ou éducatives ;

3) la Défense Sociale tend à promouvoir une Politique Criminelle qui donne le pas à la prévention individuelle sur la prévention collective et s'efforce d'assurer la prévention du crime et le traitement du délinquant ; cette politique criminelle tend vers la resocialisation ;

4) cette resocialisation ne peut se développer que par une humanisation toujours croissante du droit pénal nouveau, qui devra faire appel à toutes les ressources de l'individu, qui cherchera à lui rendre confiance en lui-même et à lui rendre le sens des valeurs humaines ;

5) cette humanisation du droit et du procès pénal ne sera pas seulement l'effet d'un mouvement humanitaire mais s'appuiera sur la connaissance scientifique du fait criminel et de la personnalité du délinquant ; elle suppose un idéal moral qui lui font dépasser largement les [41] cadres du déterminisme matérialiste 48.

Nous voilà amené au terme de notre aperçu historique : nous avons dégagé un certain nombre d'éléments qui figurent aujourd'hui à la base même de controverses qui nous occupent. Nous pouvons accepter, je crois, les principes généraux proposés par l'école de la Défense Sociale. Il me semble qu'ils tiennent largement compte des exigences que nous accordons à la Justice humaine. Il importe toutefois d'examiner un certain nombre de problèmes qui font l'objet d'expériences et de recherches actuellement et dont la solution fera progresser d'une façon révolutionnaire la lutte contre le crime. J'ai choisi, parmi beaucoup d'autres, deux problèmes.

DEUX OBJECTIFS PRINCIPAUX
LA RECHERCHE ACTUELLE


- l'effet préventif ou curatif de la peine.

- la valeur du traitement des criminels.

Depuis que les hommes vivent en sociétés organisées, ils ne sont défendus contre les agresseurs en utilisant un des moyens suivants : les exterminer ; leur inspirer une crainte salutaire ; leur assurer une réforme, une rééducation. Ces trois moyens ont eu, comme nous le savons, un rôle plus ou moins important au cours de l'histoire, sans qu'aucun ait été déclaré définitivement caduc. Si nous examinons les motifs qui inspirent la prononciation des peines, nous relevons a) le désir primaire de vengeance, ou la loi du talion ; b) la compassion éprouvée pour un prochain malheureux infortuné ; c) le désir d'exploiter les capacités productrices des condamnés ; d) l'espoir de les rendre à la société comme citoyens respectueux de la loi, grâce à des méthodes de traitement rationnelles et adéquates 49.

[42]

Dans l'ordre des moyens de l'exécution de la peine, dans celui des motivations du jugement, nous trouvons des éléments permanents et c'est l'importance de leur rôle respectif qui change. Ces changements reflètent l'attitude de l'opinion publique et de ses organes, le législateur, les magistrats, la police et le service de réhabilitation, vis-à-vis de la peine.

Quel est maintenant l'effet préventif des peines ? Les opinions comme vous le savez, sont fortement contradictoires. John Barker Waite, directeur du American Law Institute, déclare formellement que punir davantage n'a jamais prévenu les crimes : ce n'est qu'une administration judiciaire plus éclairée, plus conforme à l'esprit de la loi qu'à la lettre qui pourrait diminuer le nombre des candidats au crime 50.

En effet, continue-t-il, l'esprit de lucre, l'amour du gain a toujours été plus puissant, pour certaines catégories d'hommes, que la crainte de conséquences physiques néfastes. Les chercheurs d'or de L'Alaska grimpaient sur les cadavres gelés de leurs compagnons pour s'approcher du but ; lorsque HAUPTMAN fut exécuté pour le rapt du bébé LINDBERG, la fréquence de ce crime s'est accrue. En 1950, les juges de Détroit ont remplacés les amendes pour infraction au Code de la Route par des peines de prison. Ils ont envoyé des milliers de chauffards en prison sans que les infractions aient diminué pour autant.

Pour cet auteur, comme pour beaucoup d'autres, la crainte de la punition en soi n'est pas préventive : il faut que chaque individu ait des raisons autres que la crainte d'une punition pour observer la loi. Sinon, il faudrait poster un gendarme devant tout objet interdit ou convoité.

[43]

WAITE insiste particulièrement sur l'effet désastreux des sentences peu sévères, inconsistantes et de l'acquittement de criminels récidivistes par les juges lorsque des détails techniques mineurs dans l'administration de la preuve font défaut. L'accusation parle de vol d'une vache et le juge la déboute car l'animal volé est un taureau ... Il y a des cas bien plus graves, notamment dans le domaine des tentatives d'homicides, de vol, etc. Ce sont presque toujours des détails technico-juridiques infinitésimaux mis adroitement en valeur par l'avocat de la défense, qui permettent, de qualifier de "tentative" un crime grave, qui valent à leur auteur des peines réduites. WAITE cite le cas ahurissant d'un juge qui a fait relâcher trois récidivistes trouvés coupables de tentative de viol car, en fait, ils ont consommé le viol et ne furent donc pas coupables de ce pourquoi le jury les avait condamnés ! Ils ont donc été relâchés. On pourrait citer également de nombreux cas où la manière avec laquelle la police a obtenu les preuves de la culpabilité a été trouvée incorrecte par le juge et où les criminels avérés ont pu demeurer en liberté.

En somme, pour WAITE, ce n'est pas la sévérité des peines qui a un effet préventif mais la façon dont la justice est administrée par la magistrature et on peut, ajouter que la crainte d'être pris, comme nos proverbes disent bien "la crainte du gendarme", peut avoir un effet préventif et non pas la sévérité incohérente des peines de la répression.

Cette opinion, comme vous vous imaginez bien, n'est pas partagée par un certain nombre de juristes éminents. Le doyen Légal note que "la plupart des délinquants sont des individus qui réfléchissent peu, donc sont incapables de profiter de l'expérience, mais les incriminations et [44] les sanctions légales ne s'adressent pas seulement à des êtres qui sont typiquement des a- ou des anti-sociaux, elles sont faites pour l'ensemble des citoyens où se rencontrent des hommes de volonté et de moralité moyenne que la pensée de la peine est fort bien de nature à détourner de l'infraction" 51. Et le professeur FREY de Zurich ajoute : "le praticien de la justice criminelle n'attend pas de grandes choses de l'effet d'intimidation de la menace de sanction comme moyen préventif parce que, jour pour jour, d'année en année, il n'a affaire qu'à des individus qui ont été réfractaires à ce mode de prévention. Mais le nombre de citoyens qui transgressent la loi est infime par rapport au nombre de ceux qui ont subi l'effet préventif. Que chacun de nous, continue-t-il, se pose en silence la question de savoir si son propre comportement ne serait pas différent, si, du jour au lendemain, toute pénalité était supprimée !" 52.

Terminons ces citations par un mot du Dr De GREEFF : "c'est précisément parce que la plupart des gens sont suffisamment parfaits pour n'être pas à la merci du premier processus criminogène… qu'il y a place pour 1'intimidation" 53.

Nous pouvons donc conclure de tout ceci que la peine n'a pas d'effet préventif, d'intimidation pour une fraction réduite mais redoutable de citoyens : ceux justement qu'on caractérise par l'état dangereux. Lorsqu'on dit que la peine et la législation punitive renforcent la criminalité, vous l'avez déjà entendu dire par certaines gens, on pense à ceux-là et on a raison. Mais lorsqu'on parle de l'effet préventif de la peine on pense à la grande majorité des citoyens qui ont gardé un certain degré [45] de responsabilité morale et qui acceptent le principe de la peine expiatoire. Comme le note M. THELEN, "ces vieilles et respectables notions sont, en fait, fondées sur le sentiment de justice que possède tout individu ; l'individu le plus dépravé conserve ce sentiment, même si, par bravade, il le nie en parole ; quant à celui qui en est dépourvu, il relève de la psychopathologie ; l'âme humaine est ainsi faite que justice et expiation restent partie intégrante du crime et cela même si la peine s'effectuait dans les cadres d'un hôtel de luxe" 54.

Le deuxième problème que nous allons examiner est celui de la valeur du traitement des criminels. Des recherches criminologiques ont permis de distinguer entre plusieurs catégories de criminels et d'établir ainsi une sorte de morphologie, comme en biologie, du monde criminel. A chaque catégorie, correspond un type de traitement et une certaine possibilité de réhabilitation. Avec le Dr GUTTMACHER, psychiatre en Chef de la Cour Suprême de Baltimore, nous pouvons distinguer cinq classes : 55

- D'abord ceux qu'on appelle les criminels normaux qui enfreignent la loi à cause des troubles qu'ils ont connus au cours de leur socialisation dans la famille. Ils représentent 75% des criminels. Il y a beaucoup de chances de réhabilitation pour ceux-là. On recommande en particulier la thérapie occupationnelle, la formation professionnelle. Les effets de la thérapie en groupe, exercée par petits groupes de 10 à 15 sous la direction d'une personne qualifiée, permet la resocialisation, au moins partiellement, et donne une bonne chance de réhabilitation aux condamnés, pendant la détention.

- Deuxième catégorie : ce sont les criminels occasionnels, qui ont un surmoi ou conscience morale saine ; ce sont ceux qui ont été victimes d'un "Stress" [46] de circonstances exceptionnelles qui les ont conduits au crime. Ils représentent une très faible proportion parmi, les condamnés, alors que leur nombre en fait est bien plus élevé. Ces gens constituent un public de choix pour le travail de probation et de réhabilitation. Ils forment une partie considérable de la clientèle des agences publiques et privées.

- Troisième catégorie : ce sont les criminels organiquement prédestinés à la conduite antisociale ; ils sont également peu nombreux mais se composent de nombreux sous-groupes comme des faibles d'esprit, des aliénés, des encéphalitiques, des épileptiques, etc. Naturellement, la grande majorité de ces personnes-là n'est pas criminelle. Une partie des criminels cependant se recrutent parmi eux.

Le traitement ici doit s'adapter à l'étiologie de la maladie et la plupart de ces personnes devraient se trouver dans des hôpitaux plutôt qu'en prison.

- Quatrième catégorie : ce sont les criminels psychotiques ou atteint d'une maladie mentale caractérisée. Ils ne représentent que un et demi pour cent de tous les criminels. Les règles de MCNAGHTEN leur ont été, dès 1843, appliquées et leur responsabilité a été déclarée nulle. Ces malades mentaux sont relégués pour traitement dans les annexes psychiatriques des prisons.

- La cinquième catégorie des criminels est composée de psycho ou sociopathes qui ne souffrent pas d'une maladie mentale caractérisée mais qui se livrent à une conduite criminelle antisociale parce que des conflits neurotiques inconscients les influencent. Ce groupe, également complexe, comprend de 10 à 15% des criminels. C'est parmi eux que se recrutent les criminels récidivistes les plus endurcis. La dynamique de [47] leur conduite criminelle étant très complexe, il faut les placer en observation, les isoler par petits groupes, pour poser le diagnostic. Après, ils peuvent être subdivisés en petits groupes de thérapie. Les cas typiques, dans cette catégorie, sont "les rebelles sans cause" (LINDNER), vous avez soit lu le livre soit vu le film. Ils ne savent pas pourquoi ils sont des malfaiteurs, mais c'est plus fort qu'eux : ils le deviennent toujours. L'origine de leurs troubles de personnalité vient sans doute d'une socialisation très défectueuse. Le traitement de ce genre de criminel est très difficile, en partie à cause de l'absence de dispositions légales qui prescriraient un traitement spécial pour ce genre reconnu de "psychopathes". Le problème est même très controversé au sein des psychiatres : les uns ne veulent reconnaître comme psychopathes que ceux qui sont des quasi psychotiques, pour les autres, 90% des criminels sont des psychopathes. Nous sommes encore loin de trouver une solution satisfaisante à ce problème. Toutefois, certaines initiatives ont eu lieu et de leur succès dépendra, sans doute, l'issue du débat. Au Maryland, la législature a adopté une loi en 1957 établissant le statut du "délinquant défectif". Ce concept comprend toutes les personnes qui se situent entre les pôles extrêmes de l'aliéné et de l'homme normal. Ces personnes, si elles sont condamnées, sont envoyées à l'institut Patuxent pour diagnostic. Si le personnel scientifique de l'institution les déclare "délinquants défectifs", on recommande un traitement psychiatrique .aux frais de l'État. Dans un jugement civil, la sentence originale est cassée et l'individu est interné pour un temps indéterminé dans cet institut pour traitement. Une partie de ce traitement peut être effectué sous liberté surveillée, en probation.

[48]

Ces procédés sont loin de susciter une approbation unanime ni des pénalistes ni des criminologues. Mais le principe même de l'orientation vers le traitement et la réhabilitation, au sein des institutions pénales, ne semble plus contesté par personne. Chaque collectivité y tend suivant le degré de maturité de son opinion publique et de ses possibilités financières. Il y a un Centre Fédéral de Formation à coté du Pénitencier St-Vincent de Paul et dans d'autres États plus riches, comme la Californie ou le New Jersey, on trouve des établissements modèles à Vacaville et à Menlo Park.

Mais le problème se situe ailleurs : le diagnostic psychiatrique est-il suffisamment sûr pour être à la base du jugement pénal ? Le Professeur HAKEEM, dans une étude approfondie, prouve la grande confusion qui caractérise la terminologie et le diagnostic de la psychiatrie légale. M. Paul CORNIL, éminent pénologue belge pose ce problème dans des termes fort clairs : nos connaissances scientifiques sont-elles suffisamment sûres, suffisamment précises pour qu'à l'effet préventif de la peine soit substitué celui du diagnostic ? Ne risque-t-on pas de remplacer l'arbitraire de la loi et de la peine classique par un autre arbitraire qui trouvera son origine dans l'imperfection de nos connaissances ?

[49]

V- LA CRIMINOLOGIE DANS
L'ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE :
CONTRIBUTION À LA SOCIOLOGIE
DE L'INNOVATION

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L'on affirme souvent que nous avons besoin de recherches tant pour faire avancer nos connaissances que pour provoquer des innovations dans le domaine des institutions sociales. L'on remarque moins souvent le cas où nos connaissances sont bien en avance par rapport aux possibilités et à la flexibilité des structures bureaucratiques, à l'état des mœurs et de l'opinion publique. Le champ de la criminologie nous offre à cet égard un véritable cas d'espèce : la nouvelle philosophie pénale, issue du positivisme italien et basée sur des recherches concernant l'étiologie et les méthodes de traitement de la criminalité, se heurte aux résistances des systèmes juridiques et institutionnels, préconisant la répression dont l'inefficacité ne fait aucun doute depuis longtemps déjà.

Toutefois, dans l'opinion publique se manifeste une évolution certaine, parallèle aux progrès de la division du travail social dans le secteur tertiaire de nos sociétés Industrielles. L'idée que la resocialisation des individus condamnés est plus importante que leur châtiment, que le coût de la prévention et du traitement est inférieur à celui de la punition par emprisonnement, fait son chemin, et des progrès semblables à ceux qu'a connus le domaine de la santé mentale sont à prévoir à plus ou moins brève échéance.

[50]

La place et le rôle de l'enseignement criminologique dans les universités reflètent cette lente évolution de la société. Il a d'abord dû s'établir à l'intérieur des sciences déjà existantes comme une de leurs spécialités » Les facultés de droit et de médecine ont abrité les premiers cours de criminologie grâce à l'intérêt de tel ou tel professeur pour les problèmes de la criminalité. Dès l'avènement des sciences humaines dans les universités, d'autres formes d'enseignement de la criminologie sont nées.

Mais la présence des deux formules soulevait le problème de leurs rapports. Tant qu'il fut posé dans des termes abstraits, chacune des disciplines revendiquait la préséance : l'étude des phénomènes de criminalité relevait, selon le cas, du droit, de la médecine, des sciences sociales, etc.

On finit, toutefois, par admettre que le point de vue des disciplines voisines devait être pris en considération à titre d'apport complémentaire. Cette situation a prédominé entre les deux guerres mais a commencé à évoluer au lendemain de la seconde 56.

Des le début des années 1950, le problème de l'enseignement interdisciplinaire de la criminologie s'est posé comme s'était posé, quelques décennies plus tôt dans les sciences, celui de la biochimie par exemple ; ou, dans les sciences sociales, celui de la psychologie sociale. L'intégration horizontale des disciplines, psychologie, sociologie, psychiatrie, droit criminel, etc., fut le premier défi qu'un enseignement criminologique dût relever.

Le domaine du traitement de la criminalité a subi, durant cette même période, des changements notables. Nous avons assisté à 1'introduction [51] progressive des diagnostics et des pronostics médico-psycho-sociaux dans la procédure pénale et l'administration de la justice » Le champ d'application de mesures telles que la probation et la libération conditionnelle s'étendait considérablement et ces mesures nécessitaient un personnel nombreux et de plus en plus qualifié. Les institutions pénales elles-mêmes tendaient à devenir, non plus des lieux de résipiscence, mais des endroits où l'on pouvait réhabiliter les détenus : on cherchait a transformer la prison en milieu thérapeutique.

D'autre part, parallèlement au processus précédent, grâce à l'augmentation de la qualité de l'instruction de la population en général et au progrès de la division du travail, la professionnalisation atteignait des secteurs jusqu'ici sous-développés. Le niveau de recrutement de la police, du personnel des établissements pénitentiaires, des agents de probation, des éducateurs de jeunes délinquants, etc., devenait plus élevé et l'on exigeait d'eux une formation intellectuelle de type professionnel.

Ce processus a soulevé le problème de l'intégration verticale : un ensemble de connaissances scientifiques doit être relié, grâce à un art précis, à un champ de pratique distinct. En d'autres termes, nous assistons à la naissance d'une nouvelle profession : voici le deuxième défi que doit relever l'enseignement de la criminologie à l'université.

Si nous raisonnons par analogie, l'issue de cette évolution n'est point douteuse : la criminologie inspirera la formation professionnelle de tous les corps chargés de la protection sociale, comme la médecine inspire celle des organismes chargés de la santé individuelle et publique.

[52]

Cependant, la partie n'est pas encore gagnée : comme toujours lorsqu'il s'agit d'une innovation, deux groupes s'affrontent ; les conservateurs qui espèrent qu'en exploitant mieux les ressources actuelles et en les développant quelque peu on atteindra les objectifs que nous avons fixés plus haut et les innovateurs qui estiment que de nouvelles synthèses intellectuelles s'imposent ainsi que de nouvelles structures académiques pour mener à bien la prévention de la criminalité et le traitement des délinquants.

L'exposé qui suivra reflétera cette situation de transition, pleine de contradictions de toutes sortes. Nous tenterons toutefois de dégager les lignes de force de cette évolution et de présenter une perspective cohérente de la formation universitaire de criminologues. Il ne s'agit cependant plus de discussions académiques : des options dans le sens de l'innovation ont déjà été prises. Il est toutefois encore trop tôt pour en évaluer les résultats.

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«Que sais-je ?», 1995 (2e éd.), 128p.; trad indonésien (Penerbitan Universitas Atma Jaya, Yogyakarta) [En préparation dans Les Classiques...

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