Jules Verne latiniste : présences du latin et de la culture classique








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3. Paris au XXème siècle (1863)



En 1863, le roman Cinq semaines en ballon, publié par l’éditeur Hetzel, rencontrait le succès et inaugurait la grande aventure littéraire et éditoriale des Voyages extraordinaires (même si ce titre générique n’apparaît qu’en 1865, avec les Voyages et aventures du capitaine Hatteras).

Cette même année, Jules Verne écrivit aussi un livre d’inspiration bien différente, Paris au XXème siècle, que Pierre-Jules Hetzel jugea très mauvais et refusa de publier. C’est pourtant un livre très intéressant pour notre propos !

Jules Verne y imagine la France de 1960, métamorphosée par un progrès bien problématique. Triomphent la Science, la Finance et l’Industrie ; les rues sont propres et éclairées ; circulent des voitures qui utilisent un moteur à air dilaté par la combustion du gaz ; partout les Mathématiques et la Technique. L’Ecole est devenue la Société Générale de Crédit Instructionnel. Et les Humanités se meurent : « Nous avouerons que l’étude des belles lettres, des langues anciennes (le français compris) se trouvait alors à peu près sacrifiée ; le latin et le grec étaient des langues non seulement mortes, mais enterrées », et « les derniers professeurs de grec et de latin achevaient de s’éteindre dans leurs classes abandonnées » (chapitre I). Le héros du livre est un jeune homme, Michel Dufrénoy, qui précisément, est un humaniste. Au début du livre, nous le voyons recevoir sous les quolibets un premier prix de vers latins dans son lycée. Il refuse de toute son énergie la vie industrielle, financière et commerciale qu’on lui prépare. Il aime la littérature, les romans et la poésie, qui n’intéressent plus personne. Il n’a pas sa place dans cette société soumise à une rationalité desséchante. Et le dernier chapitre le montre errant, épuisé et affamé, dans les allées du cimetière du Père Lachaise, par une soirée d’hiver : il finit par tomber évanoui sur la neige. Le livre se conclut sur cette chute qui résonne comme une mise à mort. Ce chapitre ultime porte un titre latin —et biblique : « Et in pulverem reverteris », « Et poussière tu redeviendras ».

Ce roman représentait pour Jules Verne bien autre chose qu’une pure fantaisie. Il y exprimait une part profonde de sa personnalité. Tout le récit montre la sympathie avec laquelle l’auteur regarde son jeune héros Michel Dufrénoy : ce prénom suffirait déjà à le dire : Michel est aussi le nom du fils de Jules Verne, né deux ans auparavant, en 1861 ; ce sera aussi le prénom de grandes figures des Voyages extraordinaires : Michel Ardan, le héros de la Terre à la lune (1865), ou Michel Strogoff (1876).

Confirmation supplémentaire de cette profondeur : dans un discours qu’il prononce en 1875 devant l’Académie des sciences, belles lettres et arts d’Amiens, Jules Verne imagine ce que sera cette ville en l’an 2000, et reprend la vision développée douze ans auparavant dans Paris au XXème siècle. Certes, ce discours répond aux règles d’une communication qui se devait d’être originale et spirituelle ; mais Jules Verne raconte un rêve qui a tout d’un cauchemar et ce monde modelé par la science, la technique et l’argent, oubliant les belles-lettres et les humanités classiques, a des couleurs bien inquiétantes (ce discours est disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.france-pittoresque.com/perso/Une-Ville-Ideale-Amiens.pdf).
Nous voici donc confrontés à une surprenante constatation : celui qui allait inscrire l’aventure scientifique au cœur de son univers romanesque donnait, dans ce Paris au XXème siècle de 1863, une image très critique de la science et marquait son attachement aux humanités classiques. En entrant maintenant dans le monde des Voyages extraordinaires, nous n’oublierons pas cet apparent paradoxe.

II . Dans les Voyages extraordinaires



De temps en temps, d’abord, se rencontre une citation latine qui s’inscrit dans un jeu lettré et fonctionne comme un signe de reconnaissance culturelle.

Mais on voit aussi le latin et la culture classique prendre un rôle plus important dans le jeu romanesque : c’est le cas en particulier dans le roman Voyage au centre de la Terre.

Et, plus profondément, nous aurons à constater que la référence antique et l’attachement maintenu à la culture classique viennent éclairer des figures d’énergie et des rêves d’indépendance.

Nous allons parcourir cette palette de tonalités, où le latin commence par être un indice de distinction culturelle et où il finit par accompagner révoltes et ruptures.
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